On ne badine pas avec Dieu !

Par Alexandre Sarranle 26 novembre 2017

De nos jours, beaucoup de gens prennent Dieu très à la légère. Beaucoup de non-croyants n’ont aucun problème à faire des blagues sur Dieu, par exemple, ou à caricaturer la religion. Beaucoup d’autres gens qui ne se définissent pas expressément comme des non-croyants n’accordent pas non plus à Dieu (ou du moins au sujet de Dieu) le sérieux qu’il mérite. On en parle de manière désinvolte (comme si ce n’était pas un sujet très grave), on spécule sur lui sans trop réfléchir, on utilise le mot « dieu » comme une exclamation (« mon Dieu », « Dieu merci », « Dieu qu’il est beau »…). Et nous qui sommes de bons croyants, nous secouons la tête en nous disant : « Ce n’est pas bien ce qu’ils font, ces impies… Dieu est un sujet super grave, et on ne doit pas prendre ça à la légère ! ».

Mais pas si vite. Est-ce que nous en tant que croyants, nous prenons Dieu au sérieux, ou à la légère… lorsque nous passons trois heures devant une série télévisée, et moins de cinq minutes à lire la Bible ou à prier ? Quand on va au culte tous les dimanches sauf… quand il y a la fête d’anniversaire d’un copain ou quand on est trop crevé parce qu’on a passé la nuit en boîte ? Quand on a fait une profession de foi à l’église, et quand on prend la sainte-cène chaque dimanche (ce qui revient au même), alors que le reste de la semaine, on soumet sa vie aux attentes des copains et des copines et des collègues plutôt qu’aux attentes de Dieu ? Quand on va à l’église surtout pour se donner bonne conscience, ou surtout pour soigner son image auprès des amis chrétiens, ou surtout parce qu’on aime bien la musique, ou surtout parce qu’on sait que c’est Yvette qui a préparé la collation et qu’on adore son pain d’épice et sa pâte de coing ?

Si je pose ces questions, ce n’est pas pour nous faire une leçon de morale, mais pour nous montrer (que nous soyons croyants ou non-croyants) que nous sommes tous enclins à ne pas accorder à notre relation avec Dieu le sérieux, ou la gravité, que cette relation mérite. Et c’est vraiment ce problème que le texte d’aujourd’hui veut pointer.

On arrive vers la fin des instructions que Dieu donne à Moïse pour la construction de son sanctuaire (ch. 25-30), et vous allez voir que Dieu va commander plusieurs choses qui ne semblent pas avoir beaucoup de rapport entre elles : un impôt, une cuve en bronze, et deux recettes. Sauf que toutes ces choses concernent la relation des Israélites avec Dieu, et toutes sont accompagnées d’un avertissement. Comme si Dieu disait, en gros : « Voici ce que vous devez faire, sans quoi vous vous mettez en danger : d’être atteints d’une plaie, de mourir, ou d’être exclus du peuple ». Et finalement tout l’intérêt de ces instructions ici, c’est vraiment de faire mesurer aux Israélites le sérieux de leur relation avec Dieu. Et à nous aujourd’hui, ce passage nous dit tout simplement : « On ne badine pas avec Dieu ! ». On ne prend pas Dieu, et notre relation avec lui, à la légère.

On ne serait rien sans Dieu (v. 11-16)

Il y a plusieurs choses que le texte veut nous faire intégrer concernant notre relation à Dieu. La première, c’est qu’on ne serait rien sans Dieu. Dans le texte, Dieu ordonne qu’un impôt soit prélevé à chaque recensement des Israélites. Le texte dit que cet impôt est comme une « rançon » qui doit servir de « souvenir » aux Israélites. Ce que le texte veut dire, c’est qu’en payant ce petit impôt symbolique, les Israélites doivent se rappeler, au moment où ils seraient le plus tentés de s’enorgueillir (au moment des recensements), que s’ils sont ce qu’ils sont, c’est uniquement grâce à Dieu. Ils sont redevables à Dieu de leur existence. Ils lui sont tributaires de leur existence, d’où ce « tribut » qu’ils lui paient, pour ne jamais oublier son œuvre dans leur histoire, et la relation qui a été établie avec lui, fondée sur sa grâce.

Dans la vie, il nous arrive fréquemment d’être redevables à quelqu’un d’autre d’une réussite. Moi, par exemple, j’ai gravi pas mal de montagnes dans le massif des Écrins, quand j’étais jeune, mais je suis redevable à mon père de cela. À l’âge de douze, treize ans, je n’y serais jamais arrivé tout seul, par mes propres moyens. Ce serait déplacé pour moi d’effacer mon père du tableau et de m’enorgueillir de ces formidables exploits. Imaginez quelqu’un qui essaierait de bâtir sa maison avant l’hiver, pour y abriter sa famille, mais il tombe malade et il ne peut plus travailler. Alors ses amis et ses voisins se rassemblent et se mettent au boulot, gratuitement, pour le tirer du pétrin. La maison est finie avant l’arrivée du froid, et sa famille peut y emménager. Imaginez que quelques jours plus tard, ce bonhomme inonde Facebook de photos de sa maison, tellement il est heureux et fier… mais pas un mot sur l’aide gracieuse que lui ont apportée ses amis et ses voisins. C’est un peu déplacé, non ?

Et les Israélites seraient tentés de faire pareil, surtout au moment de se recenser, une fois installés en terre promise : « On est heureux et fiers, on est nombreux et puissants, on est beaux et prospères… et on a effacé l’Éternel du tableau ». Et vous et moi, on fait pareil. On a un cœur qui bat, de l’oxygène qui entre dans nos poumons, des vêtements à porter, un toit sur nos têtes ; beaucoup d’entre nous avons un travail, des amis, de la famille ; peut-être une voiture, un compte épargne, un téléphone portable… Et ce n’est pas parce qu’on est trop forts. On aurait aussi bien pu naître dans une famille pauvre au Togo et devoir camper pendant une semaine devant l’hôpital avant d’être vu par un médecin. Tous ces bienfaits, même dans la vie des non-croyants, sont des bienfaits de la grâce de Dieu.

On ne serait rien sans Dieu. Mais quand on est croyant, on devrait mesurer encore plus cette réalité, puisque nous savons que Dieu a payé un grand prix pour nous racheter. La Bible nous explique que tous les êtres humains sont séparés de Dieu par nature, parce que nous préférons par nature l’indépendance et l’autonomie. Mais comme cette attitude nous est en réalité néfaste, Dieu a voulu nous chercher et rétablir le lien entre nous et lui, et il l’a fait par Jésus, qui a « donné sa vie en rançon pour beaucoup » (Mt 20.28). Tous les êtres humains, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, éduqués ou illettrés, ont la même valeur exceptionnelle aux yeux de Dieu, et tous peuvent être sauvés et réconciliés avec Dieu par la foi en lui, sur la base de ce que Jésus a accompli par sa mort et sa résurrection. Nous sommes tous à égalité devant la grâce de Dieu, et c’est pourquoi l’impôt dont il est question dans le texte est le même pour tout le monde. Mais c’est pourquoi aussi on ne badine pas avec Dieu, on ne prend pas notre relation avec lui à la légère. Parce qu’un prix exceptionnel a été payé pour que nous puissions le connaître aujourd’hui et pour l’éternité. On ne serait rien sans Dieu. C’est le premier point.

On ne peut pas, normalement, s’approcher de Dieu (v. 17-21)

La deuxième chose que le texte veut nous faire intégrer concernant notre relation à Dieu, c’est qu’on ne peut pas, normalement, s’approcher de Dieu. Dieu commande maintenant la construction d’une cuve en bronze dans laquelle on doit mettre de l’eau pour que les prêtres puissent se laver les mains et les pieds à chaque fois qu’ils vont remplir leur fonction. Ça a l’air important, puisque Dieu dit que s’ils ne le font pas, ils risquent de mourir ! C’est intéressant, parce qu’avec toutes les instructions qui précèdent, on pouvait s’imaginer que les Israélites avaient bien compris que c’était compliqué de s’approcher de Dieu. Mais Dieu ajoute ici un rite ordinaire, quotidien, une petite contrainte en plus, pour rappeler jusque dans les détails que s’approcher de Dieu, c’est vraiment pas banal !

La semaine dernière, on a comparé les prêtres à des chirurgiens, en disant que les prêtres faisaient un travail de spécialistes pour lequel il fallait être hautement qualifié et préparé. Comme les prêtres, les chirurgiens aussi doivent faire des ablutions rituelles, en l’occurrence avec du produit antiseptique. Sauf que dans le cas des chirurgiens, en cas de négligence, le danger encouru concerne surtout le patient ! Imaginez que ce soient les chirurgiens qui se mettent en danger de mort lorsqu’ils négligent leurs aspersions !

On a longuement parlé du rôle des prêtres la semaine dernière. On a vu qu’ils étaient indispensables à la relation des Israélites avec Dieu. Et Dieu souligne encore ici la grâce extraordinaire qu’il fait aux Israélites en se laissant approcher par les prêtres. On sait bien, dans la vie, qu’il y a des gens dont on ne s’approche pas normalement. Le président de la République, par exemple. Le pape. Johnny Hallyday. On ne peut pas trouver leur numéro dans l’annuaire, et les appeler comme on appelle le coiffeur du coin ou le pasteur de l’Église Lyon-Gerland ! Et si ces gens-là se laissent approcher, c’est généralement avec tout un protocole et beaucoup de précautions. Et si c’est pour vous que de telles dispositions sont prises, vous allez normalement considérer que vous avez beaucoup de chance !

Et quand on parle de Dieu, et du culte, et de la prière, comme on le fait si souvent à la légère, avec nonchalance… est-ce qu’on se rend compte qu’on parle de l’Éternel des armées, du Créateur des galaxies, du Régisseur souverain de l’univers, de celui qui gouverne l’histoire, du Dieu trois fois saint, qui est un feu dévorant et dont les yeux sont trop purs pour voir le mal ? On ne peut pas, normalement, s’approcher de Dieu ! Si on peut s’approcher de Dieu, c’est uniquement parce qu’il se laisse approcher, parce qu’il daigne nous laisser nous approcher, et c’est lui qui nous a ouvert le chemin au prix exceptionnel des souffrances de son Fils, le Seigneur Jésus-Christ. Et à chaque fois que nous nous tournons vers Dieu dans la prière, à chaque fois que nous venons au culte, à chaque fois que nous prenons la sainte-cène, nous sommes en train d’emprunter ce chemin librement, sans risquer de mourir, parce que Jésus est mort à notre place. Est-ce que c’est quelque chose qu’on peut négliger ou faire avec nonchalance, comme si ce n’était pas bien sérieux ? Il faut qu’on se rende compte qu’on ne peut pas, normalement, s’approcher de Dieu ! C’est le deuxième point.

On devrait avoir le plus grand respect pour Dieu (v. 22-38)

Troisièmement et dernièrement, le texte veut nous faire comprendre qu’on devrait avoir le plus grand respect pour Dieu. On peut se dire que ça tombe sous le sens, étant donné tout ce qu’on a vu jusqu’ici. Mais qu’est-ce que ça veut dire exactement, « avoir le plus grand respect » pour Dieu ? Dans le texte, Dieu donne deux recettes : celle de l’huile sainte destinée à l’onction de tout le sanctuaire, de tous ses ustensiles et des prêtres (v. 22-33) ; et d’autre part, celle du parfum qui doit brûler matin et soir devant le voile (v. 34-38). Ce qu’il faut remarquer, ce n’est pas tellement les recettes en tant que telles, mais le fait que ces deux mélanges sont exclusivement réservés à Dieu. Interdiction formelle de fabriquer de cette huile pour un autre usage que l’onction des choses sacrées, et interdiction de fabriquer ce parfum pour son propre plaisir, sous peine d’anathème (d’exclusion, ou de retranchement, du peuple).

Dieu est en train de montrer aux Israélites qu’ils doivent respecter au plus haut point toutes ces choses que Dieu a mises en place pour représenter la relation qu’il y a entre lui et le peuple. Autrement dit, ils doivent respecter au plus point… cette relation ! Imaginez un homme qui composerait un poème d’amour pour sa femme. Le jour de la Saint-Valentin, il lui récite ce poème, et sa femme est profondément touchée. « C’est magnifique, mon amour ! Tu as composé ça juste pour moi ? Comme tu es chou ! » Mais le mari lui répond : « Non, en fait, j’avais écrit ça pour ma première fiancée ; j’ai juste changé le prénom. » Tout de suite, ça jette un froid, non ?

Et dans le texte, Dieu demande une forme d’exclusivité, lui aussi, par rapport au culte qu’il attend de son peuple. Cette relation est tellement importante, qu’elle se distingue de tout le reste. La « sacralité » de cette relation fait qu’elle ne ressemble à rien d’autre. Et ce serait un sacrilège d’utiliser les éléments de ce culte pour un usage profane. Ce principe, en fait, on le met en pratique tout le temps, à un autre niveau, dans la vie quotidienne : on n’utilise pas le torchon de la vaisselle pour essuyer le siège des toilettes ; on n’utilise pas la table de la salle à manger, en merisier massif, comme établi pour bricoler ; on ne prend pas le vase en cristal pour recueillir l’huile de vidange ; on ne joue pas au trampoline sur le canapé ; on ne mange pas son casse-croûte du mercredi midi dans le service en porcelaine de son mariage…

De la même façon : on ne va pas au culte comme on va au bowling ou au cinéma ; on ne vit pas sa relation avec Dieu comme on vit sa relation avec ses potes ; on ne parle pas de Dieu comme on parle de n’importe quel autre sujet ; on ne lit pas la Bible come on lit une bande-dessinée, un roman de science-fiction, ou un magazine. La question de notre relation avec Dieu est complètement à part de toutes les autres préoccupations de notre vie. Il n’y a rien de comparable. Rien d’aussi important. Rien de plus sacré. On devrait avoir le plus grand respect pour Dieu. Mais est-ce qu’on y pense, à ça, quand le culte du dimanche est mis en concurrence avec le barbecue du collègue ou le match de foot de l’OL ? Quand la lecture de la Bible est mise en concurrence avec le prochain épisode de Walking Dead ? Quand la fidélité à Dieu est mise en concurrence avec les attentes des copains et des copines ou des collègues ?

Alors, j’ai dit au début que le but n’était pas de nous faire une leçon de morale. Mais vous avez vu, je pense, que ce texte voulait vraiment soulever la question de savoir si nous prenons Dieu au sérieux, ou à la légère. Croyants ou non-croyants, est-ce que la question de notre relation à Dieu est une question que nous prenons au sérieux ? Cette semaine, j’ai lu un article de blog sur le site slate.fr, dont le titre était : « Je ne peux pas vivre sans l’idée de Dieu ». C’est un billet d’humeur, comme souvent assez léger, voire satirique, sur un sujet plutôt grave. À un moment donné, par exemple, l’auteur dit ceci :

« Entre l’idée d’un néant sans rémission et celle d’un Dieu notoirement incompétent, atrabilaire [irritable], alcoolique au dernier degré, quitte à choisir, je préfère encore la deuxième hypothèse, elle laisse ouvert le champ des possibilités ».

Honnêtement, l’auteur ne s’en rend peut-être pas compte, mais il y a là, en fait, une remarque plutôt pertinente et même lucide du point de vue de l’apologétique (la défense de l’existence de Dieu et de la foi). Mais j’ai surtout pensé que cette façon de parler de Dieu en le caricaturant, en faisant de l’esprit, et même en spéculant sur lui, est en fait très répandue de nos jours, surtout dans notre société post-chrétienne, sécularisée et arrogante. Et bien sûr, si on est croyant, on se dit : « Oh là là, ces vilains non-croyants, ce n’est pas bien ce qu’ils font ! ». Mais est-ce qu’on fait mieux ? Est-ce qu’on fait mieux, quand on se dit croyant, et qu’on met Dieu au rang de nos autres préoccupations banales, voire frivoles ; quand on se dit croyant et qu’on parle de Dieu et qu’on vit notre relation avec lui, de façon à sous-entendre que Dieu, c’est bien ; comme des vacances à la mer, c’est bien ; comme Burger King, c’est bien ; comme sortir avec les copains, c’est bien ; comme gagner de l’argent, c’est bien. Alors que c’est vrai que toutes ces choses, c’est bien. Mais il n’y a pas de commune mesure entre ces préoccupations et la question de notre relation avec Dieu. Et le texte d’aujourd’hui nous l’a bien rappelé : on ne badine pas avec Dieu ! Le sujet est beaucoup trop sérieux. Il est à part de tout le reste. Et le sujet est si sérieux pour Dieu, qu’il a payé le prix fort, par son Fils Jésus-Christ, pour nous offrir le pardon de nos fautes et une relation personnelle avec lui qui durera jusque dans l’éternité. Vous voyez : on ne serait rien sans Dieu. On ne peut pas, normalement, s’approcher de Dieu. Et on devrait avoir pour lui le plus grand respect. Dans quelques minutes, on va partager la sainte-cène, qui est une commémoration solennelle de la mort et de la résurrection de Jésus au profit des croyants. C’est aussi une communion spirituelle avec le Christ et avec les autres croyants. Et j’ai été frappé, en étudiant ce texte, par le parallèle qu’il y a entre les avertissements de Dieu ici, à l’encontre de ceux qui prendraient leur relation avec Dieu à la légère, et les avertissements de l’apôtre Paul à l’encontre de ceux qui prendraient la sainte-cène à la légère (1 Co 11.29-32). Il dit que c’est parce que certaines personnes prennent le pain et la coupe indignement, que Dieu leur inflige des maladies et des infirmités pour les corriger. On ne badine pas avec Dieu. Alors à la pensée de toutes ces choses, j’espère sincèrement que nous avons tous pu être renouvelés dans notre crainte de Dieu, dans notre foi en lui, et dans notre reconnaissance profonde pour sa grâce.

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