Ce précieux tabernacle

Par Alexandre Sarranle 11 mars 2018

Ce n’est pas évident, d’avoir une relation forte et constante avec Dieu. Je ne sais pas vous, mais moi, ma relation avec Dieu, elle passe par des hauts et des bas. Des fois, j’ai l’impression d’être à sec spirituellement ; j’ai l’impression, comme on dit, que mes prières montent jusqu’au plafond, et qu’elles retombent parterre. Il m’est arrivé de passer par des moments où j’avais l’impression que ma relation avec Dieu, en fait, n’était pas « réelle » ; en tout cas, pas « réelle » comme peut l’être ma relation avec Suzanne que je peux voir, entendre, et toucher. C’est gênant, pour un pasteur, de se présenter devant son église le dimanche pour prêcher ou pour conduire le culte (parce qu’il n’a pas le choix), alors que sa relation avec Dieu n’est pas au beau fixe.

Je suis sûr qu’il vous est déjà arrivé, comme à moi, de vous dire que si seulement Dieu vous guidait par des signes spectaculaires ou vous parlait à voix haute, si seulement la Bible c’était plus intéressant et qu’il y avait moins de généalogies et plus d’aventures trépidantes, si seulement votre église était plus grande, plus dynamique, plus cool, plus moderne, plus confortable, ça ferait un bien fou à votre relation avec Dieu ! Ça vous aiderait énormément à marcher fidèlement avec lui ! Peut-être même que vous êtes encore un non-croyant aujourd’hui, et que vous vous dites quelque chose de semblable : « Je suis prêt à croire en Dieu, mais franchement, ce serait beaucoup plus facile si la religion ça ressemblait plutôt à ceci ou à cela. »

Cette façon de penser est parfaitement normale et naturelle. Mais écoutez bien : si ça se trouve, Dieu a déjà mis à notre disposition tout ce qui est nécessaire pour qu’on le connaisse, pour qu’on marche avec lui, et même pour qu’on progresse puissamment dans notre relation avec lui. Si ça se trouve, ces choses nous sont disponibles, elles sont puissantes et efficaces, elles sont juste là devant nous, à portée de main ; mais on ne le sait pas, ou peut-être qu’on l’a oublié, ou peut-être qu’on a négligé ces choses parce qu’on a cru que c’était autre chose qu’il nous fallait.

Et justement, vous n’allez peut-être pas voir le rapport tout de suite, mais le texte qu’on va lire et étudier dans un instant a justement pour but de nous rappeler que Dieu a mis en place les moyens les plus efficaces qui soient pour nous aider à le connaître et à marcher avec lui. Il s’agit de la suite du livre de l’Exode. Les Israélites à l’époque de Moïse sortent d’une grave crise morale, mais ils sont revenus à Dieu, et ils ont organisé une grande collecte pour subvenir aux besoins de la construction du Tabernacle ; et maintenant, les travaux vont commencer.

1. Des travaux tout-à-fait conformes

Passionnant ce texte, non ? En fait, il y a une seule chose qu’on doit remarquer à la lecture de ce passage. C’est que ce texte est quasiment un décalque (ou décalquage) d’un passage qu’on a déjà vu quelques chapitres plus tôt. Au chapitre 26, Dieu était en train de s’entretenir avec Moïse en haut de la montagne sacrée, et il lui a donné des instructions détaillées concernant la construction d’un sanctuaire. Dieu lui a dit : « Tu feras ceci… tu feras cela… ». Et Dieu a précisé beaucoup de détails : le nombre et la taille des tentures, la couleur des lacets, le nombre d’agrafes, la disposition exacte des planches en bois, etc. Et maintenant, le texte reprend et répète tous ces détails. Ça semble rébarbatif et inutile !

Mais ce n’est pas non plus une photocopie exacte du premier passage. Si on veut, on peut jouer au jeu des différences ! Il y en a deux essentiellement. D’abord, les verbes ont changé de sujet. Dieu avait dit à Moïse : « Tu feras le tabernacle de dix tentures de fin lin retors… » ; maintenant le texte dit : « Tous les hommes habiles qui exécutèrent l’ouvrage, firent le tabernacle avec dix tentures de fin lin retors… ». Et deuxièmement, l’original incluait à trois endroits des précisions qui concernaient le dressage de la tente une fois réalisée (26.12-13 sur les tentures de « couverture » qui dépasseraient ; v. 30 sur l’importance de dresser le tabernacle selon le modèle révélé sur la montagne ; et v. 33-35 sur l’emplacement de certains objets par rapport au voile) ; des précisions qui n’apparaissent pas ici.

Parce qu’il y a ces différences, on peut en déduire que l’auteur n’a pas juste voulu recopier ; ce n’est pas, ici, juste une répétition des instructions originales. L’auteur nous raconte ce qui s’est passé : les ouvriers ont effectivement, pour commencer, confectionné les différents éléments constitutifs du tabernacle. Mais il aurait pu nous dire ça en trois mots (ou plutôt douze) : « Les ouvriers confectionnèrent les éléments du tabernacle selon les instructions de Moïse ». Au lieu de ça, l’auteur prend soin de reprendre et de re-décrire tous les détails. Et c’est justement ça qui est important ! Le texte attire notre attention sur le fait que les ouvriers ont tout réalisé, détail par détail, exactement comme Dieu le voulait.

En fait, ce texte a en quelque sorte la fonction d’un procès-verbal. Lorsqu’on va faire notre AG dans deux semaines, il y aura un ordre du jour qui indiquera les propositions qui seront soumises au vote. Et lorsque la réunion aura eu lieu, il y aura un autre document, le compte-rendu, qui reprendra textuellement les propositions qui apparaissaient déjà sur l’ordre du jour, simplement pour entériner, confirmer, attester pour l’avenir, que ces décisions ont bien été prises. À moins que des amendements aient été votés ; dans ce cas le procès-verbal en rendra compte. Ici, dans le texte, on a un « procès-verbal » qui rend compte du fait que dans la confection du tabernacle, tout a été fait exactement comme prévu, dans les moindres détails.

2. Des doutes tout-à-fait humains

Ça, c’est le premier point. Maintenant, pourquoi Dieu a-t-il voulu que les Israélites à l’avenir puissent avoir un tel « procès-verbal » ? Eh bien réfléchissons-y un instant. Pourquoi c’est important, les procès-verbaux ? C’est important au cas où, plus tard, quelqu’un mettrait en doute le fait qu’une décision a vraiment été prise ou qu’un événement a vraiment eu lieu. « Voyons… Dans l’ordre du jour de la réunion, il est marqué que l’église allait payer à Alex un mois de vacances dans les Caraïbes, mais je ne pense pas que l’église ait vraiment voté ça ! Regardons le PV… Ah si, tiens, c’est marqué en toutes lettres : ‘L’église décide de payer à Alex un mois de vacances dans les Caraïbes, approuvé à l’unanimité’… »

Et les Israélites, dans les décennies et même les siècles qui ont suivi la construction du Tabernacle, pouvaient aussi se demander si le Tabernacle qu’ils avaient sous les yeux, au milieu d’eux, avait vraiment été construit exactement selon les instructions détaillées de Dieu. Ils ne pouvaient pas faire une expertise du Tabernacle pour obtenir la réponse ; mais ce qu’ils pouvaient faire, c’était consulter les saintes Écritures qui leur attestaient avec autorité que : « Oui, les ouvriers ont tout fait, dans tous les détails, exactement comme Dieu l’avait demandé à Moïse ». Ce Tabernacle correspond vraiment, en tout point à ce que Dieu a voulu.

Et ça c’était important qu’ils puissent le vérifier, parce qu’il y aurait des moments dans l’histoire des Israélites, où ils n’auraient pas l’impression que Dieu est avec eux, et donc, où ils jetteraient le doute sur le Tabernacle. Par exemple, quand le temps commencera à se faire long dans le désert. « Est-ce que Dieu est vraiment avec nous ? » À ce moment-là, ils seront tentés de se dire que le fameux Tabernacle, eh bien peut-être qu’il a des défauts. Peut-être qu’il a été mal construit. Peut-être que ce n’était pas vraiment ça que Dieu voulait. Peut-être qu’il faut tenter autre chose, en s’inspirant, pourquoi pas, des peuples voisins ! Les Israélites ont eu du mal après 40 jours, alors pensez-vous, après 40 ans !

Mais voilà, ce texte est là comme un « certificat de conformité » pour que les Israélites ne puissent pas mettre en doute la fiabilité du Tabernacle, et pour qu’ils puissent se dire que s’ils n’ont pas l’impression que Dieu est avec eux, le problème ne vient pas de là ! Quand vous faites construire une maison, généralement avec le contrat, vous avez un descriptif détaillé de tout ce qui doit être fait : les matériaux, la façon dont ils seront posés, la marque et le modèle des équipements, etc. Et à la fin du chantier, vous faites un état des lieux et vous signez un procès-verbal de réception des travaux ; c’est un document qui dit que vous reconnaissez que les travaux sont conformes à la commande.

Récemment, on a fait faire des travaux chez nous pour rénover la cuisine. À la fin des travaux, j’ai signé un document semblable. Puis, après quelques semaines, on a remarqué qu’il y avait très peu de pression dans le robinet. Notre premier réflexe a été de nous dire que le robinet avait un défaut ; peut-être qu’il avait été mal installé. Peut-être que ce n’était pas le modèle qu’on avait commandé. Peut-être que ce n’était pas un modèle adapté à notre cuisine et qu’on avait été mal conseillé. Mais après vérification du bon de commande, des instructions du robinet et de l’installation, tout était manifestement conforme. Le problème venait d’ailleurs. Effectivement, le problème venait d’un bouchon de tartre. Et les Israélites ont un Tabernacle au milieu d’eux ; c’est la demeure de Dieu au milieu de son peuple. Et si les Israélites n’ont pas l’impression que Dieu est avec eux, ce n’est pas parce que le Tabernacle aurait un problème. Ce n’est pas parce que Dieu aurait un problème. À votre avis, d’où vient le problème ?

3. Des moyens tout-à-fait efficaces

Le problème ici ne vient pas d’une eau trop dure… mais d’un cœur trop dur. Le problème vient des Israélites eux-mêmes. Ils ont un cœur sclérosé, incrédule, enclin à l’idolâtrie, prompt à se détourner de Dieu. Comme nous tous, en fait ! Et ce texte, en soulignant la perfection et la fiabilité du Tabernacle, dénonce implicitement l’imperfection et la faillibilité du cœur des hommes. Mais vous voyez l’effet que Dieu veut produire ici : il veut que les Israélites lucides et attentifs soient portés encore et toujours à s’appuyer sur ce précieux Tabernacle, c’est-à-dire sur ce moyen par excellence que Dieu a établi pour entretenir sa relation avec son peuple. « Mon cœur n’est pas fiable, mais le Tabernacle est fiable ; et ce Tabernacle me parle infailliblement de la présence de Dieu, de son amour, de ses promesses et de sa fidélité. » Comme le dit le psalmiste :

« Combien tes demeures sont chéries, Éternel des armées ! Mon âme soupire, elle défaille après les parvis de l’Éternel. » (Ps 84.2-3)

Ou encore :

« Je demande à l’Éternel une chose, que je recherche ardemment : habiter toute ma vie dans la maison de l’Éternel, pour contempler la magnificence de l’Éternel et pour admirer son temple. Car il me protégera dans son tabernacle au jour du malheur, il me cachera sous l’abri de sa tente ; il m’élèvera sur un rocher. » (Ps 27.4-5)

Et c’est là, finalement, toute la leçon de ce texte : Dieu a mis en place les moyens les plus efficaces qui soient pour nous aider à le connaître et à marcher avec lui. Et le Tabernacle, c’était un truc extraordinaire ! Mais vous savez quoi ? Le Tabernacle, ce n’était que le début. Depuis cette époque, Dieu a mis en place pour nous aujourd’hui d’autres moyens, des moyens supérieurs encore au Tabernacle.

Il faut savoir que le Tabernacle était génial, précieux, fiable, mais qu’il était temporaire. Le Tabernacle, avec tout ce qui s’y passait, avait une valeur pédagogique et préparatoire pour les Israélites. La Bible dit que le culte du Tabernacle était « une image et une ombre des réalités célestes » (Hé 8.5). Le Tabernacle servait à enseigner le peuple sur la relation de Dieu avec les hommes, et il servait aussi à préparer le peuple à accueillir, dans son histoire, l’intervention suprême de Dieu, par l’intermédiaire de son messie, qui viendrait résoudre une fois pour toutes le problème du mal et de la mort.

Et c’est ce qui s’est passé avec la venue de Jésus, le Christ. Il est venu de la part de Dieu, étant à la fois Dieu et homme, à la fois prêtre et sacrifice, pour être ce médiateur parfait, pour accomplir par sa mort et sa résurrection tout ce qui était illustré, ou symbolisé, par le Tabernacle. Conformément aux promesses de Dieu, il a payé la dette de nos péchés, il a vaincu le mal et la mort, et maintenant tous ceux qui lui font confiance sont assurés d’être pardonnés et d’être aimés de Dieu pour l’éternité. Ça, c’est mieux encore que le Tabernacle de l’époque de Moïse !

« Christ est venu comme [grand prêtre] des biens à venir ; il a traversé le tabernacle plus grand et plus parfait qui n’est pas construit par la main de l’homme, c’est-à-dire qui n’est pas de cette création ; et il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang. » (Hé 9.11-12)

Dieu s’est fait homme pour que nous puissions le connaître et marcher avec lui. En Jésus, il est mort pour que nous puissions le connaître et marcher avec lui. Il est ressuscité pour que nous puissions le connaître et marcher avec lui. Dieu a su mettre les moyens pour que nous puissions le connaître et marcher avec lui, non ? Et cette œuvre parfaite, complète et suffisante, Dieu nous la communique par d’autres moyens encore qu’il a établis, et ce n’est plus par le Tabernacle, qui est révolu, mais par les Saintes-Écritures, par la prédication de l’Évangile, par les saintes ordonnances que sont les sacrements du baptême et de la sainte-cène, par la communion de l’Église (c’est-à-dire par la relation des croyants les uns avec les autres), ou encore par la prière personnelle et communautaire.

Ce sont des moyens ordinaires, mais comme le Tabernacle, ce sont aussi des moyens précieux et efficaces, que Dieu lui-même a établis pour notre bien (Cf. Ac 2.42). Le petit catéchisme de Westminster résume bien cette réalité (Q88) :

« Les moyens extérieurs et ordinaires par lesquels le Christ nous communique les bienfaits de la rédemption sont ses ordonnances, spécialement sa Parole, les sacrements et la prière, qui sont toutes efficaces pour le salut des élus. »

Alors qu’est-ce qu’on peut tirer de tout cela ? On faisait le constat, au début, de la difficulté qu’on avait d’avoir une relation vraiment forte et constante avec Dieu. On soulignait cette tentation qu’on avait de se dire que si seulement certaines circonstances extérieures à nous-mêmes étaient un peu plus favorables, ce serait quand même vachement plus facile de suivre Dieu fidèlement et d’avoir une foi vraiment solide. Si seulement la Bible était plus intéressante. Si seulement Dieu répondait à mes prières en faisant apparaître des mots dans le ciel. Si seulement l’Église, c’était plus moderne et spectaculaire et excitant.

Et en se disant ça, en fait, on est en train de sous-entendre que Dieu n’a pas mis en place des moyens efficaces pour qu’on le connaisse et qu’on marche avec lui. On est en train de reprocher à Dieu, subtilement, la faiblesse de notre foi. Alors que le problème ne vient pas du Tabernacle. Le problème vient de notre cœur. Les moyens que Dieu a mis en place sont fiables, ils sont puissants, ils sont efficaces. C’est nous qui devons le croire et nous appuyer dessus, et le texte d’aujourd’hui est là pour nous encourager dans ce sens.

La semaine dernière, un de mes enfants m’a dit : « Je prie souvent pour demander à Dieu de me parler tout fort ». En entendant cela, un autre de mes enfants lui a répondu : « Eh bien Denis [le responsable du groupe d'ados] a dit que si on veut entendre parler Dieu, on n’a qu’à lire la Bible à haute voix ». Et en fait, dans ce petit échange, vous avez toute la prédication d’aujourd’hui !

On a déjà tout ce qu’il nous faut pour connaître Dieu et marcher avec lui. Jésus est mort et ressuscité. Il déverse son Esprit chez ceux qui se repentent de leurs péchés et qui placent leur confiance en lui. Dieu nous donne les Saintes-Écritures au complet, qu’on peut acheter pour 2 euros dans les grandes surfaces. Dieu écoute attentivement nos prières. Il nous a donné la grâce de l’Église, la grâce de la prédication, la grâce de la sainte-cène, la grâce des groupes de maison, la grâce des « groupes de croissance » (où deux ou trois personnes se réunissent chaque semaine pour s’encourager mutuellement dans leur marche chrétienne), Dieu nous a donné la grâce des dons spirituels dans toute leur diversité, la grâce des ministères d’anciens et de diacres, la grâce des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, et même la grâce de la collation après le culte !

La question n’est pas de savoir si Dieu a mis en place des moyens efficaces pour nous aider à le connaître et à marcher avec lui, mais plutôt : est-ce que nous valorisons ces moyens efficaces qu’il a établis pour nous aider à le connaître et à marcher avec lui ? Est-ce que nous nous appuyons dessus ? Est-ce qu’ils ont dans notre vie la place que Dieu leur destine ? Puisse Dieu agir puissamment dans notre cœur pour nous enlever notre lassitude, notre nonchalance, peut-être même notre cynisme vis-à-vis de ces moyens, et pour nous donner à la place un enthousiasme et un émerveillement tout neufs et chargés d’espoir !

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