Connaître l'avenir

Par Jonah Haddadle 8 avril 2018

Peut-être que vous avez l’impression que le monde fonctionne assez bien sans Dieu. Le développement de la politique, de l’infrastructure et de l’économie de la France n’a pas trop souffert depuis que la laïcité a expulsé Dieu de la place publique. Le président de la république ne propose jamais que son programme politique soit adapté à la volonté morale de Dieu. Je ne crois pas que l’assemblée nationale débute sa journée dans la chapelle du Palais Bourbon afin de remettre toutes leurs décisions entre les mains de Dieu par la prière. Ça m’étonnerait si les députés de l’Union Européenne cherchaient la sagesse des Écritures avant de proposer un plan économique qui convient au peuple. Les leaders des Nations Unies ne commencent pas leur discours en disant « si Dieu le veut ».

Et nous les chrétiens ? Est-ce que c’est si différent pour nous ? Est-ce que nous pensons à Dieu quand nous faisons nos projets ? Est-ce que nous prenons en compte la souveraineté de Dieu quand nous imaginons demain ? Il y a dans le cœur de l'homme beaucoup de pensées, mais c'est le dessein de l'Éternel qui s'accomplira, nous dit un proverbe de la Bible.

Et vous ? C’est sûr que vous avez déjà réfléchi à votre avenir. Et ces réflexions vous disent quoi ? Vous serez où dans 10 ans ? Dans 5 ans ? Aurez-vous un travail ? Serez-vous en bonne santé ? Aurez-vous un conjoint ? Aurez-vous la liberté, des ressources, et une stabilité dans la vie familiale ? Nous pouvons imaginer des réponses à ces questions, mais toute action et toute stratégie de l’homme est soumise à la volonté de Dieu. Mais malheureusement, c’est la norme pour les croyants comme pour les non-croyants de vivre indépendamment de Dieu dans l’orgueil égoïste et dans une autosuffisance qui atrophie la vie spirituelle et qui nous met à la place de Dieu.

Mais si nous sommes honnêtes, nous devrions reconnaître que la vie est fragile et que nos plans sont précaires. C’est ça que l’apôtre Jacques constate dans le 4ème chapitre de son épître.

J’avais envie depuis longtemps, que nous poursuivissions cette série en Jacques. Malheureusement, nous sommes un peu à la bourre dans notre étude de ce livre à cause des changements dans mon rythme de prédication. Aujourd’hui je prends la suite de ce que j’ai prêché en novembre de l’année dernière. Et donc, je vous rappelle que Jacques, le frère de Jésus, a écrit ce livre pour encourager son église à persévérer dans la foi et à vivre leur foi, pas juste en tant que simple affirmation intellectuelle, mais en tant que vocation à mettre en pratique. Puisque la foi en Dieu est une forme de connaissance, ça sert aussi comme fondement pour nos actes, au niveau de tout ce que nous faisons dans la vie chrétienne.

Ce livre procède par étapes en donnant des conseils pratiques pour l’église sur la base de proverbes et d’illustrations frappantes. Mais ici dans le chapitre 4, on n’est pas sûr si Jacques s’adresse à l’église ou à un public général. Il n’emploie pas le mot « frères » ici, comme il le fait souvent. En plus, ces versets sont étroitement liés au début du chapitre 5 qui condamne les riches qui avaient opprimé les justes de l’église. Et donc, il est possible que Jacques a en tête les gens à l’extérieur de l’église. Mais quel que soit le public, la mise en garde est claire, le plan de Dieu surpasse tout autre plan.

La fragilité de la vie (vs. 13-14)

Ce texte se divise facilement selon deux principes, à savoir la fragilité de la vie d’un côté, et de l’autre, la souveraineté de Dieu sur toutes choses. Et nous allons examiner ces deux principes à la suite. Le message des versets 13-14 est assez clair : Il y a beaucoup de choses qui échappent à notre contrôle. Comment se fait-t-il que nous confectionnons des plans pour notre avenir, tout en vivant dans la précarité de la vie ? Jacques rappelle à son auditoire qu’ils sont comme une vapeur qui disparaît aussi vite qu’elle apparaît.

Ça, ce n’est pas la première fois que la Bible en parle. Il est possible aussi que Jacques a en tête la parabole de Jésus que l’on trouve en Luc 12.16-20, qui raconte l’histoire d’un homme riche qui a pris toutes sortes de mesures pour accumuler et préserver ses richesses, mais qui est mort soudainement cette nuit-là sans avoir réalisé ses plans. Il est également possible que Jacques a en tête les paroles de Job (dans Job 9.25-260), qui disent que les jours passent comme un coureur, comme un aigle qui fond sur sa proie. Dieu nous rappelle souvent la brièveté et la fragilité de la vie. Regardez le Psaume 102.4 et 12 qui disent que les jours s’évanouissent en fumée et que nos jours sont comme l’ombre qui s’étend. Ou encore le Psaume 103.15, qui nous rappelle que les jours de l’homme sont comme l’herbe qui flétrit dans le vent sec. Le roi Salomon nous dit dans le livre de l’Ecclésiastes 1.4 et 6.12 qu’une génération s’en va et une génération vient, mais la terre subsiste toujours. Même l’apôtre Pierre, dans sa première épitre, chapitre 1 verset 24, dit que l’homme disparaitra comme l’herbe fragile des champs. N’oubliez pas non plus que Jacques a dit déjà dans le chapitre 1 que l’homme riche mourra comme tout le monde. Dieu prend bien soin de s’assurer que nous sommes conscients de la précarité de la vie.

Et nous ferions bien de nous rappeler cette précarité de la vie. Et je ne veux pas dire par là que vous devriez offrir une pierre tombale à vos proches pour leur anniversaire ou pour Noël pour leur rappeler la fragilité de la vie. Ce que je veux dire plutôt c’est que ce n’est pas une mauvaise chose de contempler la vie et de compter les jours que Dieu nous donne en restant conscient que notre vie sur terre consiste en un petit nombre d’années négligeable en comparaison avec l’éternité. Il y a plus à la vie que de vivre pour le plaisir et le gain.

Combien de fois avez-vous commencé votre journée avec de grandes idées en tête, et fini par des échecs ? Il y a quelques mois mon fils Caedmon avait une compétition de judo (comme il en a souvent). Et généralement, il se débrouille bien. Et donc, naturellement il a démarré cette compétition avec de grandes attentes, mais 10 secondes plus tard sa compétition s’est terminée à cause d’une fracture de la clavicule et un œil poché. La vie et tous nos plans sont précaires, pour les enfants comme pour les adultes. La précarité de la vie se voit dans les petites choses et dans les grandes : une déviation sur la route, une grève des transports en commun, une réponse négative par rapport à une candidature, un conjoint qui vous quitte soudainement, la mort d’un proche. L’avenir n’est pas de notre ressort.

Il y a deux ans une jeune famille missionnaire américaine a été tuée dans un accident de la route dans une zone de travaux aux Etats-Unis. Ce jeune couple et leurs trois enfants étaient en route pour l’état du Colorado en provenance de Minnesota pour une conférence avant de partir pour leur mission. C’était un brusque rappel à la réalité pour nous, puisque nous avons fait exactement le même trajet le jour avant. La vie est fragile.

Nous avons tous besoin de nous souvenir de cette réalité. Mais ici Jacques s’adresse en particulier à ceux qui se confient dans leurs ressources, dans leur intelligence, et dans leur force. Il s’adresse en particulier à ceux qui se mettent à la place de Dieu―ceux qui refusent de s’humilier devant le Créateur des destins, ceux qui refusent d’admettre qu’ils ne sont pas les maîtres de leur vie. Il s’adresse à ceux qui planifient leurs activités sans avoir égard à Dieu, comme si Dieu n’existait pas.

Quand nous prions le matin avant de reprendre le travail ou de partir à l’école, est-ce que nous prions pour que Dieu bénisse nos plans, ou plutôt pour que nous soyons attentifs et conformes au plan de Dieu ? Dans ce texte Jacques nous dit qu’il n’y a qu’une chose sûre dans cette vie, c’est la présence et la fidélité de Dieu. Le plan de Dieu surpasse tout autre plan.

La souveraineté de Dieu (vs. 15-17)

Donc, pour récapituler, les versets 13-14 servent à corriger l’orgueil qui nous éloigne de Dieu. Ensuite, les versets 15-17 nous donnent une alternative, à savoir, le fait de confesser la souveraineté de Dieu et de nous soumettre à son autorité. Examinons donc l’expression « Si le Seigneur le veut, » une expression sur laquelle le texte est centré. Qu’est-ce que Jacques veut dire par cette expression ? Autrement dit, qu’est-ce que ce texte nous demande ? Qu’est-ce qu’il ne nous demande pas ? En fait, je ne pense pas que Jacques nous demande de réciter constamment « si Dieu le veut, » ce qui peut facilement devenir une expression désinvolte, dénuée de sens. Il y a ceux qui récitent les mots comme ça plus par superstition que par expression authentique de leur soumission à la volonté de Dieu. Et donc, il faut faire attention de ne pas utiliser cette expression comme simple cliché chrétien.

En revanche, je pense que Jacques demande plutôt que nous prenions conscience que l’essence du mal se trouve dans l’orgueil qui consiste à mettre soi devant Dieu. Cette expression « si le Seigneur le veut » sert à nous rappeler que la volonté de Dieu surpasse la nôtre. Même si on ne dit pas ces mots à chaque fois qu’on parle, ces mots devraient devenir le refrain de notre cœur. Si le Seigneur le veut, je me lève ce matin. Si le Seigneur le veut, je fais mon travail. Si le Seigneur le veut je sers l’église, je partirai en mission, je renonce à mes projets. Ma vie est soumise à la bonne et parfaite volonté du Seigneur.

C’est pourquoi Jacques lie le mal à l’orgueil au verset 17. Le péché est une expression de notre supériorité (prétendue) sur Dieu et sur sa loi, et ça c’est pourquoi l’orgueil est au centre de tout péché. Par le péché, nous annonçons que nous sommes au-dessus de la volonté morale de Dieu―que nous sommes les créateurs de notre destin. C’est subtil comme péché, mais pas toujours. Considérez un exemple tiré du récit biblique :

Le prophète Daniel raconte comment le roi de Babylone a été humilié par Dieu après s’être vanté de sa splendeur. Naboukadnetsar (désormais appelé Nabou parce que c’est plus facile à prononcer), était roi de Babylone au 6ème siècle avant J.-C. Nabou était le Donald Trump du monde antique. Il était riche et puissant. Son harem consistait en des tops modèles les plus canons de l’Orient. Le nombre d’abonnés à son compte Twitter était très élevé. Selon quelques sources antiques, il était le cerveau responsable de la construction des fameux jardins suspendus. Nabou a vécu selon des principes très simple : écrase tes ennemis, vois-les s’enfuir devant toi, écoute les lamentations de leurs femmes, fais la fête, construis une statue ridicule, et bois trop de vin. Daniel 4 raconte qu’à cause de l’orgueil de Nabou, et en raison de ses vantardises de sa grandeur, Dieu l’a chassé de son palais, et qu’il a vécu dans la nature comme une bête pendant sept ans. Il a mangé de l’herbe comme un bœuf. Il a ressemblé à un monstre avec des griffes et des cheveux longs, jusqu’à ce qu’il se fût humilié devant Dieu. Il est resté dans la nature jusqu’à ce qu’il eût tourné ses yeux vers le ciel afin de reconnaître son humble position devant Dieu. Le Seigneur et créateur du monde lui a donné une leçon d’humilité.

En fait, Dieu nous demande tous de vivre dans la vérité de sa souveraineté. Pas juste de dire qu’il est souverain, mais de vivre comme s’il est vraiment souverain. Pas juste de dire « si le Seigneur le veut, » mais de vivre en reconnaissant que la volonté de Dieu est suprême. Par exemple, à chaque fois que nous prions, nous annonçons que Dieu peut intervenir lorsque nous ne le pouvons pas. Quand nous nous repentons des péchés dans notre vie, nous confessons que Dieu est maître. Quand nous cherchons le bien des gens autour de nous, nous reconnaissons que la volonté de Dieu surpasse notre propre volition et notre égoïsme.

Application

Quelle bonne nouvelle, que le plan de Dieu domine sur tout autre plan ! Si ce n’était pour la grâce de Dieu, nos plans nous amèneraient loin du sauveur. Si ce n’était pour la grâce de Dieu, nos plans nous amèneraient à l’enfer de notre égoïsme. La nuit où Jésus a été livré aux autorités juives, il a prié dans l’angoisse pour que la souffrance de la croix s’éloigne de lui. Il aurait été tout à fait normal pour Jésus de préférer une longue vie tranquille où il aurait joui de la faveur du peuple. Mais Jésus a fait confiance à Dieu le Père et en son plan qui a conduit au salut du monde.

Le verset 17 résume tout : Si quelqu’un sait faire le bien et ne le fait pas, il commet un péché. Mais quel est le bien auquel Jacques fait référence ? C’est de résister à la tentation de vivre comme si Dieu n’était pas pertinent pour notre vie. Le bien, c’est reconnaître la volonté de Dieu manifestée dans la croix de Jésus Christ, dans sa résurrection d’entre les morts, reconnaître sa présence dans notre vie par sa grâce, et répondre à l’appel qu’il nous adresse de vivre entièrement pour lui dans la foi.

Le bien se manifeste dans le fait de dire au Seigneur, « je suis volontaire. » Si je suis appelé à renoncer à quelque chose (comme à une mauvaise pratique), je dirai : « Seigneur je suis volontaire ». Si je suis appelé à servir l’église, je dirai : « Seigneur je suis volontaire ». Si je suis appelé à accepter une responsabilité difficile, je dirai : « Seigneur je suis volontaire ». Que nous le voulions ou non, le plan de Dieu surpasse tout autre plan.

Nous ne pouvons pas connaître l’avenir, mais nous pouvons connaitre celui qui est le maître de l’avenir et qui a un bon plan pour nous.

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