Au secours !

Par Alexandre Sarranle 2 septembre 2018

Chaque année en France, il y a entre 10000 et 12000 personnes qui se donnent la mort, soit un suicide tous les trois-quarts d’heure. Le nombre de tentatives est quinze fois supérieur. En France, le suicide fait presque trois fois plus de morts que les accidents de la route. Le site internet « suicide-ecoute.fr » nous explique qu’il y a une « corrélation étroite » entre le suicide et « le chômage, la précarité, la pression professionnelle et le relâchement des liens familiaux et sociaux ». Et ensuite, en grandes lettres sur fond rouge, cette explication laconique : « On peut un jour être tenté par la mort, face à des difficultés qui nous dépassent ».

Alors avant d’aller plus loin, permettez-moi de vous dire que si vous avez déjà été dans cette situation, ne pensez pas que vous êtes quelqu’un d’anormal. Certains des plus grands héros de la Bible ont été dans cette situation avant vous : à commencer par Moïse (Nb 11.15), mais aussi le prophète Élie (1 R 19.4), le prophète Jonas (Jon 4.3), le prophète Jérémie (Jr 20.17), ou encore Job (Jb 3.11). Mais peut-être sans aller jusqu’à désirer la mort, vous avez certainement déjà été confronté à des difficultés qui vous dépassaient, et face auxquelles vous vous êtes senti complètement démuni et vulnérable. Peut-être que vous avez été dans ce tunnel dont on a du mal à distinguer la sortie, et peut-être même que vous y êtes aujourd’hui.

J’ai une bonne nouvelle pour vous : la Bible en parle ! Elle en parle notamment dans le passage que nous allons lire et étudier aujourd’hui, à savoir le Psaume 121, un texte plutôt bien connu, où l’auteur aborde précisément cette question : « Comment faire pour avancer quand on est dans l’adversité ? ». Et la réponse est simple, précise, mais radicale : « Toi, chrétien, sache qu’en tout temps, tu es entre les mains de Dieu qui t’est favorable ». C’est là toute la leçon de ce psaume, que nous allons lire maintenant. Et vous allez voir que ce psaume peut se diviser en deux parties : une première, plutôt courte, où l’auteur exprime une conviction fondamentale ; et une deuxième, un peu plus longue, où il exprime une confiance étonnante.

Une conviction fondamentale (v. 1-2)

Le psalmiste commence donc son poème en exprimant une conviction fondamentale, qui est la suivante : Si ton épreuve te dépasse, sache que Dieu dépasse ton épreuve. Le premier verset décrit une situation de détresse, une situation dans laquelle l’auteur a besoin d’être secouru. Il lève les yeux vers les montagnes, et je pense que les montagnes, ici, représentent un environnement hostile. Ce ne sont pas les montagnes des cartes postales, celles qu’on regarde de loin et qui agrémentent le paysage ; ce sont les montagnes au pied desquelles on se sent extrêmement vulnérable ! Le psalmiste doit lever les yeux pour les regarder : c’est l’image de quelqu’un qui se sent complètement dépassé par son environnement. Cet été, nous avons fait du camping dans les montagnes, et un jour, à l’heure du déjeuner, il y a eu un grand éboulement qui s’est produit sous nos yeux, dans un fracas impressionnant, et nous avons vu des blocs de granit de la taille d’une voiture dévaler la pente à quelques centaines de mètres seulement de nos tentes. Je peux vous dire que tout le monde dans le camping est resté figé pendant plusieurs minutes ! Le psalmiste fait face à ce genre de montagnes.

Étant dans cette situation, il n’a qu’une question sur les lèvres : « D’où me viendra le secours ? ». Mais remarquez bien que la réponse ne se fait pas attendre ; avec la répétition du mot « secours », on a l’impression que la réponse coule de source, qu’elle apparaît comme une évidence pour le psalmiste. Ce qu’il faut remarquer dans cette réponse, c’est la proposition subordonnée relative. Ce n’est pas que le secours vient de l’Éternel, point final. C’est plutôt que le secours vient de l’Éternel, « qui a fait les cieux et la terre. » Je voudrais que vous compreniez une chose : c’est le caractère merveilleusement logique de cette réponse. Qu’est-ce qui pourrait bien délivrer le psalmiste de cette montagne menaçante ? Eh bien pas grand-chose… sinon celui qui a créé la montagne ! Vous voyez la logique ? Le psalmiste ne réfléchit pas très longtemps à la question. Il fait face à des problèmes insurmontables ; pour que le secours soit possible, il faut que ces problèmes soient eux-mêmes soumis à une puissance et à une autorité supérieure, qui serait susceptible d’intervenir. Et il n’y a qu’une seule volonté qui dépasse ce qui dépasse l’homme : c’est la volonté de Dieu.

Ces deux premiers versets décrivent un changement de perspective. Au premier verset, les yeux se lèvent et le regard s’arrête sur les montagnes ; mais au deuxième verset, les yeux se lèvent un peu plus pour contempler celui qui a créé les montagnes. Le point de vue du psalmiste sur ses épreuves change complètement entre le premier verset et le deuxième. Il y a un certain nombre de films qui exploitent cette idée d’un changement radical de perspective sur le monde. Je ne sais pas si vous avez vu le film Last Action Hero, avec Arnold Schwarzenegger, qui est sorti au début des années 1990. C’est l’histoire d’un jeune garçon, fan de cinéma, qui à l’aide d’un billet magique, est propulsé à l’intérieur d’un film, aux côtés de son héros préféré. Grâce à ce garçon, et au fur et à mesure du film, le personnage incarné par Schwarzenegger découvre qu’il est en fait le protagoniste d’une histoire écrite par un scénariste, et que toutes les circonstances de sa vie sont en fait contrôlées par l’auteur des films dont il est le héros. C’est un changement radical de perspective sur sa personne et sur son histoire ! Il y a d’autres films comme ça : The Truman Show, avec Jim Carrey, qui raconte l’histoire d’un homme qui, depuis sa plus tendre enfance, participe à son insu à une émission de télé-réalité, dans un environnement artificiel dont les moindres événements sont contrôlés en temps réel par le réalisateur, et qui un jour, découvre la vérité. On peut aussi penser, bien sûr, à la fameuse série de films Matrix, où certaines personnes privilégiées découvrent que le monde dans lequel les êtres humains pensent vivre n’est en fait qu’un monde virtuel. Bref, si vous avez déjà vu ce genre de film, vous pouvez comprendre ce que je veux dire par un changement radical de perspective sur le monde.

Et ce psaume nous invite dans un premier temps à faire l’expérience de ce changement de perspective. Les montagnes ne sont pas tout. Elles sont l’œuvre d’un créateur. L’affirmation de ces deux premiers versets a un caractère proverbial, c’est une conviction fondamentale pour le psalmiste. Si ton épreuve te dépasse, sache que Dieu dépasse ton épreuve. Cette perspective sur le monde et a fortiori sur nos épreuves, nous l’affirmons à chaque fois que nous récitons le Symbole des Apôtres et que nous disons : « Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ». Voilà ce qui conditionne notre perspective sur toutes choses, et notamment sur les circonstances pénibles de notre vie que nous sommes tous appelés à traverser, et devant lesquelles nous nous sentons démunis et vulnérables.

Donc je lève les yeux vers mon cancer ; d’où me viendra le secours ? Le secours me vient de l’Éternel, qui a tissé ensemble toutes les fibres de mon être. Je lève les yeux vers mon chômage et ma précarité ; d’où me viendra le secours ? Le secours me vient de l’Éternel, à qui appartiennent l’or et l’argent. Je lève les yeux vers le gouvernement inique de mon pays ; d’où me viendra le secours ? Le secours me vient de l’Éternel, qui institue toute autorité dans ce monde. Je lève les yeux vers les conflits et les guerres ; d’où me viendra le secours ? Le secours me vient de l’Éternel, qui gouverne souverainement l’histoire des hommes. Voilà la conviction fondamentale du psalmiste. Si ton épreuve te dépasse, sache que Dieu dépasse ton épreuve. Mais il y a un problème. On peut, comme le psalmiste, avoir la conviction qu’il y a un Dieu qui dépasse nos problèmes ; que nous sommes les personnages d’une histoire qui a un scénariste souverain ; que si secours il y a face à l’adversité, ce secours ne peut venir que de Dieu qui est plus puissant que cette adversité ; mais peut-on vraiment compter sur Dieu ? Il est tout-puissant, mais est-il bien disposé à notre égard ? Il a la capacité de nous secourir, mais en a-t-il la volonté ?

Une confiance étonnante (v. 3-8)

Eh bien c’est à cette question que la deuxième partie du psaume compte répondre. Après avoir exprimé une conviction fondamentale, le psalmiste va maintenant exprimer une confiance étonnante. Le texte nous a fait comprendre que nous n’étions pas à la merci de nos épreuves mais que nous étions à la merci de Dieu. Ça, c’est la conviction. Mais la confiance du croyant, qui vient s’ajouter à cette conviction, c’est la suivante : Si tu es à la merci de Dieu, sache qu’en Jésus, tu as la merci de Dieu (c’est-à-dire sa faveur). Ou pour le dire autrement : si tu avances à la faveur de Dieu, sache qu’en Jésus, tu avances aussi avec la faveur de Dieu. Les versets 3-8 constituent l’expression poétique de la confiance du psalmiste, où il insiste sur un concept en particulier : c’est que Dieu garde le croyant. Le verbe « garder » est répété six fois en six versets. L’idée générale, c’est que les croyants sont toujours et partout sous la bienveillante protection de Dieu. Mais n’avez-vous pas l’impression que cette insistance est un peu démesurée ? Enfin quand même : « il ne permettra pas que ton pied chancelle » (v. 3), « ni le soleil ni la lune ne te frapperont » (v. 6, c’est-à-dire rien, à aucun moment, ne te causera du tort), « l’Éternel te gardera de tout mal » (v. 7). Vraiment ? Levez la main, si depuis que vous êtes chrétien, vous avez arrêté d’avoir des problèmes !

Alors quoi : est-ce que ce texte dit des mensonges ? Est-ce que c’est un texte non-inspiré, qui a été inclus par erreur dans la Bible ? Est-ce que l’auteur de ce psaume est vraiment en train de dire que quand on est croyant, on est débarrassé de toute épreuve et de toute souffrance ? Est-ce que c’est ce qu’il croit ? Est-ce que c’est l’expérience qu’il a faite, lui-même ? Bien sûr que non. Personne ne l’aurait jamais pris au sérieux s’il avait prétendu cela, et un brin de lucidité suffit pour comprendre que ça ne peut pas être cela que l’auteur veut dire. Il ne veut pas dire que les croyants sont immunisés contre le mal. Mais qu’ils sont gardés du mal. Ce que l’auteur veut dire, c’est que quoi qu’il arrive, le croyant est en fin de compte en parfaite sécurité. Les problèmes sont une réalité, même dans la vie des croyants, mais en fin de compte, ce ne sont pas les problèmes qui gagnent ; c’est Dieu qui gagne. Ce n’est pas le mal qui triomphe du croyant, mais Dieu qui triomphe du mal, en faveur du croyant.

Imaginez que vous soyez un fervent amateur de tableaux de grands maîtres. Un jour, vous vous rendez à une vente aux enchères à l’autre bout du monde, où l’on propose le tableau que vous avez toujours voulu posséder, un tableau plus beau que tous ceux que vous ayez jamais vus. Vous êtes déterminé à l’acheter, alors les enchères montent, mais vous surenchérissez encore, et encore, jusqu’à ce que votre offre atteigne plusieurs millions d’euros et que plus personne ne puisse rivaliser. Adjugé, vendu. Vous y avez mis toute votre fortune, vous y avez engagé la vente de tous vos autres tableaux et de vos plus précieuses possessions, mais sans aucun regret. Ce tableau-ci, c’est la pièce que vous cherchiez depuis toujours. Mais avant de pouvoir le suspendre au milieu de votre séjour pour être admiré par tout le monde dans la maison, il va falloir le ramener chez vous. Et c’est un voyage long et difficile. Il y a beaucoup d’obstacles sur le chemin, beaucoup de dangers, beaucoup de circonstances à traverser où le tableau risque d’être endommagé ou perdu. Mais votre détermination est telle que vous allez accompagner ce tableau à chaque instant, vous n’allez pas le lâcher du regard, vous allez parfois le porter vous-même, et quoi qu’il lui arrive pendant le voyage, qu’il soit secoué, ou froissé, ou qu’il fasse l’objet de tentatives de vol, vous allez faire en sorte qu’il arrive entier à destination. Pourquoi ? Parce que vous y avez mis toute votre fortune, et vous y êtes attaché comme à la prunelle de vos yeux.

Eh bien c’est à cela que ressemble la relation de Dieu aux croyants. Écoutez ce que dit la Bible :

« Le partage de l’Éternel, c’est son peuple ; Jacob est sa part d’héritage. Il l’a trouvé dans un pays désert, dans un chaos hurlant et aride ; il l’entourait, il en prenait soin, il le gardait comme la prunelle de son œil. » (Dt 32.9-10)

Tout à l’heure, on se posait la question : Dieu est tout-puissant, mais est-il bien disposé à notre égard ? La réponse est oui, il est bien disposé à l’égard des croyants. Comment peut-on en être sûr ? Il suffit de regarder ce qu’il a payé pour faire de nous son héritage, son trésor, sa plus précieuse possession. Il a donné ce qu’il avait de plus cher : il a donné son Fils, le Seigneur Jésus-Christ, qui a accepté de donner sa vie en rançon pour nous délivrer de nos péchés, pour que nous en soyons délivrés, et pour que nous puissions être attachés, non pas au mal ou à toute puissance qui s’élève pour nous faire du tort, mais par un lien indéfectible à Dieu qui a triomphé de ces puissances.

La victoire de Dieu sur toute puissance hostile a été scellée lorsque Jésus est sorti vivant du tombeau. La Bible dit que c’est à lui que nous appartenons, si nous lui faisons confiance (Rm 7.4). C’est pour cela que je disais : Si tu es à la merci de Dieu, sache qu’en Jésus, tu as la merci de Dieu. Ou comme on l’a dit aussi : si tu avances à la faveur de Dieu, sache qu’en Jésus, tu avances aussi avec la faveur de Dieu. Une faveur certaine et constante, car elle est garantie par le sang de Jésus, le Fils bien-aimé de Dieu.

Il y a donc dans ce psaume, premièrement, une conviction fondamentale : Si ton épreuve te dépasse, sache que Dieu dépasse ton épreuve. Et deuxièmement, une confiance étonnante : Si tu es à la merci de Dieu, sache qu’en Jésus, tu as la merci de Dieu. Qu’est-ce que ça veut dire, en ce qui concerne les difficultés insurmontables auxquelles vous faites face ces jours-ci, ou auxquelles vous allez bientôt faire face ? Ça veut dire que quoi qu’il vous arrive, si vous aimez le Seigneur Jésus, vous êtes en fin de compte en sécurité. Vous êtes en sécurité, parce que celui qui gouverne l’histoire du monde vous garde. Rien ni personne ne peut vous ravir de sa main, pas même vos propres péchés ! Beaucoup de choses dans la vie continuent de faire mal, beaucoup de choses nous découragent, beaucoup de choses nous culpabilisent, beaucoup de choses nous paraissent insurmontables, mais Dieu a déjà triomphé de ces choses par Jésus-Christ, et il l’a fait pour nous ! Ça veut dire que ces choses ne vont pas triompher ! Elles ne peuvent pas triompher ! Et même si votre maladie, ou votre addiction, ou votre dépression vous semble être une cause perdue, sachez que c’est un mensonge du diable. Le tunnel a une sortie, et un jour, tôt ou tard, vous allez l’emprunter.

Cherchez aujourd’hui sa face, tournez-vous vers lui dans la prière, dites-lui vos luttes et vos détresses, méditez l’Évangile, la bonne nouvelle de la croix où Jésus a payé le prix le plus élevé pour que vous lui apparteniez et pour que vous ayez part à son héritage. Et vous redécouvrirez ce qui est vrai et ce qui vous rendra libre : c’est que vous êtes déjà juste aux yeux de Dieu en vertu de ce que Jésus a fait une fois pour toutes ; c’est que vous lui êtes infiniment précieux, qu’il ne va jamais, sous aucun prétexte, vous abandonner, et qu’il ne va certainement pas vous déshériter ! « Ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir, ni les puissances, ni les êtres d’en-haut, ni les êtres d’en-bas, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Christ-Jésus notre Seigneur » (Rm 8.39). Alors on s’était posé la question en introduction : « Comment faire pour avancer quand on est dans l’adversité ? ». Et la réponse, on l’a vu, est simple, précise, mais radicale : « Toi, chrétien, sache qu’en tout temps, tu es entre les mains de Dieu qui t’est favorable ». Comment conclure, sinon avec ces paroles de l’apôtre Jude :

« À celui qui peut vous préserver [garder] de toute chute et vous faire paraître devant sa gloire, irréprochables dans l’allégresse, à Dieu seul, notre Sauveur, soient gloire, majesté, force et autorité dès avant tous les temps, maintenant, et dans tous les siècles ! Amen ! » (Jude 25)

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