À Dieu soit la gloire !

Par Jonah Haddadle 14 octobre 2018

Imaginez : vous êtes un jeune berger de l’Antiquité, qui habitez dans les environs de Jérusalem. Votre travail consiste à garder les troupeaux, ce qui peut exiger de longues journées qui s’enchaînent dans la solitude. Mais aujourd’hui est un jour spécial, un jour à part, où vous avez l’énorme privilège de pouvoir rentrer de la compagne jusqu’à chez vous pour participer à un festival―à une fête religieuse. Vous n’êtes plus un jeune enfant, et donc aujourd’hui ce sera la première fois que vous assistez à un sacrifice de louange.

En rentrant au village vous voyez les préparations―les prêtres vêtus de leurs robes sacerdotales, les gens qui portent du bois pour l’autel, des familles qui se rassemblent sur la colline en face de votre village. Vous ressentez l’excitation qui s’exprime autour de vous. Aujourd’hui le peuple va demander la bénédiction divine, en louant leur dieu.

Vous regardez avec intérêt alors qu’on allume le feu. Vous regardez alors que le prêtre prend la victime sacrificielle dans ses bras afin de la présenter au peuple. Vous regardez dans le silence alors que la fumée du feu monte vers le ciel. Et vous êtes submergé de sentiments de révérence et de crainte alors que le prêtre dépose votre petit frère de deux ans dans le feu de la fournaise. Ses cris de souffrance ne durent pas longtemps, étouffés par l’acclamation du peuple.

Alors, ce que je vous décris, c’est la louange de Moloch, dieu des Cananéens à l’époque de Moïse et de Josué. Quand on pense à des images comme ça, c’est quelque chose de moche―une pratique horrible, une pratique abominable. L’idolâtrie peut être quelque chose d’effrayant. Mais l’idolâtrie peut être subtile aussi. On ne croit pas en Moloch aujourd’hui. On ne sacrifie pas nos enfants dans le feu. On ne croit pas aux idoles de l’Antiquité. On n’a plus de statues de dieux grecs et romains dans notre maison. Mais l’idolâtrie est toujours présente. Il y a plein d’autres faux dieux que nous louons à la place du Créateur. Il y a plein d’autres dieux, dont le plus grand est le dieu de soi.

Aujourd’hui, je voudrais vous inviter à ouvrir votre Bible au Psaume 115, afin de découvrir comment on peut reconnaître les idoles de notre vie et comment affronter ces idoles qui se trouvent dans notre vie.

L’idée principale qui stimule la réflexion du Psalmiste dans ce texte se trouve tout-de-suite au verset 1. Le psalmiste nous dit que Dieu reçoit la gloire qui lui est due quand nous renonçons à nous-mêmes. Autrement dit, Dieu reçoit la gloire qui lui est due quand nous renonçons à nos idoles, dont la première est nous-mêmes (et la louange de soi). Le psalmiste nous dit que la première (et peut-être la plus grande) idole se trouve en nous. C’est pourquoi il nous dit : « non pas à nous Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne gloire. » Deux fois, dans ce texte, les gens qui récitent ces mots renoncent à eux-mêmes. Deux fois, le psalmiste nous dit : « Je renonce à moi-même pour louer le vrai Seigneur de l’univers. Dieu reçoit la gloire qui lui est due quand nous renonçons à nous-mêmes.

Comment reconnaître les idoles

À travers des formes poétiques hébraïques et des parallélismes grammaticaux dans ce texte, l’auteur nous apprend dans un premier temps à reconnaître les idoles. Voyez-vous le contraste entre le vrai et le faux, dans les versets 2-8 ? Le vrai Dieu est invisible, mais actif et présent. À l’inverse, les faux dieux sont visibles, mais inactifs et inefficaces. Le psalmiste nous montre qu’on peut reconnaître une idole par la place qu’elle occupe dans notre vie. Une idole est quelque chose d’ultime autre que Dieu. C’est ce qui prend la plus haute place dans notre vie. Selon le pasteur et commentateur, Tim Keller, l’idolâtrie ce n’est pas juste le fait d’élever les mauvaises choses ; c’est le fait d’élever de bonnes choses de façon à ce que ces bonnes choses deviennent des choses ultimes. Evidemment, une idole, c’est quelque chose d’autre que le vrai Dieu de l’univers. Mais ironiquement, les idoles sont des créations humaines qui manquent de pouvoir.

Le psalmiste se moque de ces faux dieux au verset 4. Un dieu est censé être un créateur puissant et souverain, mais ici on voit que les idoles sont, en fait, de simples créations elles-mêmes. Il n’y a rien de vivant derrière l’idolâtrie. Il n’y a pas de vrai créateur. Il n’y a que la créativité de l’homme et un désir de culte mal orienté. Mais ce qui est pire encore, c’est que si une idole c’est quelque chose d’ultime autre que Dieu, et si une idole c’est aussi quelque chose de mort et d’impuissant, alors par déduction on peut facilement voir où l’idolâtrie nous mène. Ça nous mène à la mort. Si nous adorons ce qui est mort, nous devenons morts. La louange des idoles, la louange de soi, ne prolonge pas la vie. Quel contraste avec le vrai Dieu vivant qui donne la vie. Quel contraste avec Jésus qui a dit :

« Je suis venu afin que vous ayez la vie en abondance. » (Jn 10.10)

Quel contraste avec le Dieu de la Bible qui est la résurrection et la vie (Jn 11.25). Quel contraste avec Dieu qui nous offre le don gratuit de la vie en Jésus-Christ le Seigneur (Rm 6.23).

Mais les versets 4-8 nous montrent qu’on peut reconnaître des idoles par l’odeur de la mort qui les accompagne. On reconnaît les idoles par leurs fruits. Le texte nous rappelle que les idoles ne parlent pas, ne voient pas, n’entendent pas, ne sentent pas, ne palpent pas et ne marchent pas, malgré le fait qu’elles ont une bouche, des yeux, des oreilles, un nez, des mains, des pieds, et ainsi de suite. Cette liste de carences renforce l’idée que les idoles n’ont pas de vie en eux. Elles sont mortes. Et donc, si nous dirigeons notre louange vers des choses qui n’ont pas de vie en elles, nous aussi nous risquons de perdre la vie. Nous devenons ce que nous adorons. Si nous adorons ce qui est mort, nous devenons morts. Les idoles ne sont que les produits de la vaine imagination d’artisans humains. Et donc, nous reconnaissons les idoles à ce qu’elles font de nous.

Pourquoi poursuivre une idole qui ne fait rien pour nous ? Parce que quand on aime tellement une idole, on a du mal à voir comment elle nous trompe. Quand on aime tellement une idole, on est prêt à ignorer ses carences. Nos idoles nous réconfortent. Et nos idoles nous promettent des récompenses pour notre allégeance. Imaginez une entreprise d’alimentation qui vendrait un produit qui s’appelle « l’eau déshydratée. » Qu’est-ce c’est ? C’est une innovation géniale en termes de marketing. C’est une bouteille d’eau en plastique mais qui n’a pas d’eau liquide dedans, pour qu’elle pèse moins et pour qu’elle soit plus facile à porter. Pour utiliser le produit, il faut juste ajouter de l’eau à la bouteille et la secouer. Et voilà ! Une bouteille d’eau. Voilà, l’eau déshydratée ! Quel produit original et facile à utiliser ! Mais c’est ça l’idolâtrie. C’est une carafe vide qui ne nous donne rien. Elle promet d’étancher notre soif et de nous donner la vie mais elle ne tient pas sa promesse faite aux clients. Elle prend plus qu’elle ne nous donne. Elle coûte plus que ce qu’elle nous apporte.

Ces idoles mortes nous saignent. La raison pour laquelle le psalmiste consacre autant de mots à sa description des idoles, c’est pour renforcer le vrai manque de vie et de pouvoir dans ces morceaux de pierre de de bois fabriqués par l’homme. Et ces idoles sont toujours présentes aujourd’hui. Elles ont changé de forme depuis l’époque de la Bible, pour mieux se cacher. Mais elles sont toujours là. Ce sont toujours ces choses qui prennent la place ultime dans notre vie.

Quelles sont nos idoles alors ? Peut-être que c’est l’argent, la sexualité, ou le luxe. Peut-être que c’est notre image sur les réseaux sociaux. Peut-être que c’est le fait d’être admiré par les gens autour de nous. Peut-être que c’est notre carrière ou nos études. Peut-être que c’est la mode, la technologie, ou le fait de savoir des choses que les autres ne savent pas. Une idole, ça peut être la louange de soi. Mais attention, parce que nous pouvons aussi facilement faire une idole de notre apitoiement, de notre conscience de soi et de notre autojustification. Une idole, c’est ce qui prend la place ultime dans notre vie.

Dans la chanson Moth into Flame, le groupe de métal Metallica parle de comment les gens sont attirés comme des aimants vers la renommée et la gloire. Ils parlent de gens obsédés par leur image dans les réseaux sociaux et de gens qui sont constamment en quête du selfie parfait. Les paroles de cette chanson disent à un moment donné :

« L’infamie juste pour la publicité, une destruction qui devient virale, la renommée est un assassin qui vous attire vers la ruine ! »

Le psalmiste aurait été d’accord avec Metallica : l’auto-louange nous mène à la ruine. Mais Dieu reçoit la gloire qui lui est due quand nous renonçons à nous-mêmes.

Comment affronter les idoles

Et donc, pour résumer, le psalmiste nous montre dans un premier temps comment reconnaître les idoles. Mais ensuite, il nous donne des conseils pour savoir comment affronter les idoles. Les versets 9-18 nous suggèrent l’idée que nous pouvons combattre des idoles par la connaissance de Dieu. L’idée ici, c’est que la meilleure manière de reconnaître les contrefaçons, c’est de mieux connaître les choses authentiques.

Ces versets contiennent un parallélisme intéressant où trois fois le psalmiste implore les gens de se confier en Dieu. Ensuite, trois fois, il bénit les gens au nom de Dieu. Le psalmiste s’adresse au peuple de Dieu, à la maison d’Aaron et aux personnes qui craignent Dieu. Les destinataires de cette exhortation nous en disent beaucoup sur qui est Dieu et sur comment il agit dans le monde. D’abord, le psalmiste s’adresse au peuple d’Israël, c’est-à-dire au peuple de Dieu (aux versets 9 et 12). La vérité, la bienveillance et la souveraineté de Dieu (comme mentionnées aux versets 1-3) constituent la raison pour laquelle Israël peut se confier en Dieu. Et en plus, Israël aurait vu la vérité, la bienveillance et la souveraineté de Dieu à travers leur histoire où ils ont été délivrés de l’esclavage et à travers l’accomplissement des promesses de Dieu en leur faveur. Le Dieu d’Israël est un Dieu fidèle, bon, saint, et plein de grâce et d’amour. C’est pourquoi le peuple peut se confier en lui, au lieu des idoles. Mais ensuite, le psalmiste mentionne la maison d’Aaron qui consiste en des sacrificateurs ou des prêtres (aux versets 10 et 12). Si le peuple se confie en Dieu, à combien plus forte raison les responsables du culte doivent aussi se confier en l’Éternel par leurs actes de louange et par leur responsabilité dans le culte. Mais le psalmiste n’arrête pas là, puisqu’il parle aussi des gens en-dehors d’Israël (aux versets 11 et 13). Ceux qui bénissent Israël seront bénis. Ceux qui se tournent vers le Dieu d’Israël seront agréés par Dieu. Dieu est le Dieu de toute la terre. Pour le psalmiste, la réponse à l’idolâtrie consiste à se familiariser avec Dieu. La réponse au faux et de mieux connaître le vrai. La réponse à notre fausse confiance en nous-mêmes et dans nos idoles, c’est de mettre notre confiance en Dieu. On affronte les idoles en apprenant à reconnaître les contrefaçons.

La meilleure manière de reconnaître les contrefaçons, c’est de passer beaucoup de temps avec les originaux. Dans les supermarchés et dans les magasins, par exemple, les personnes qui travaillent aux caisses apprennent à identifier les faux billets. Ils apprennent à faire ça en étudiant soigneusement les caractéristiques des vrais billets, en les comparant avec les faux. Ils apprennent à faire la différence entre les deux au toucher. Ils apprennent à quoi ressemble un vrai billet. Ils les regardent pour rechercher les signes distinctifs qui attestent de l’authenticité des billets.

La meilleure manière de reconnaître des contrefaçons, c’est de mieux connaitre les choses authentiques. J’ai vu une émission dernièrement sur les acheteurs de truffes noires en France et comment ils reconnaissent les impostures, c’est-à-dire les truffes importées d’Espagne ou d’autres pays qui cultivent des truffes inférieures. Ils commencent par examiner visuellement les truffes. Ensuite, ils les sentent pour vérifier le terroir. Ils les goûtent. Ils utilisent leurs facultés pour déterminer si la truffe va finir sur une assiette dans un restaurant gastronomique ou pas.

Les enseignants dans les écoles apprennent vite à reconnaître les fausses lettres d’excuse fabriquées par les élèves pour tromper les profs suite à une absence. Ils savent comment reconnaître les fautes de frappes et les signatures moches que font les enfants. De plus, nous savons comment reconnaître le spam dans notre boîte de réception parce que nous savons à quoi ressemblent les vrais mails qui viennent de sources fiables. La meilleure manière de reconnaître les contrefaçons, c’est de mieux connaître les choses authentiques. Et il n’y a rien de plus authentique que le Dieu de l’univers, Créateur des cieux et de la terre. Ce Dieu reçoit la gloire qui lui est due quand nous renonçons à nous-mêmes.

Application

Ce n’est pas facile d’identifier les idoles dans notre vie. Ce qui est facile, par contre, c’est de nous mettre d’accord avec le Psaume 115, mais sans nous débarrasser de nos idoles. Il faut se poser la question : où se trouve notre trésor ? Comme Jésus l’a dit : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Quel est l’objet donc, de notre louange ? L’admiration des gens ? La mode ? Les réseaux sociaux ? Notre corps ? Notre statut social ? Est-ce que nous sommes prêts à ne pas nous vanter de nos exploits ? Est-ce que nous sommes prêts à ne pas regarder combien de « likes » nous avons sur Facebook ? Est-ce que nous sommes prêts à trouver notre valeur dans ce que dit Dieu au lieu de ce que dit le monde ? Est-ce que nous sommes prêts à renoncer à nos prérogatives et à nos activités si ces choses sont devenues ultimes dans notre vie ? Est-ce que nous sommes prêts à réagir de façon radicale à nos idoles ? « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Le problème, selon le réformateur et commentateur, Jean Calvin, c’est que notre cœur est une fabrique d’idoles. Nous ne pouvons pas suivre notre cœur et en sortir vivant. La seule option est de renoncer aux désirs de notre cœur et de s’attacher à Dieu.

Si nous voulons échapper au piège de nos idoles, nous devons chercher Dieu de tout notre cœur. Ésaïe chapitre 55 verset 6 nous dit : « Cherchez l’Éternel pendant qu’il se trouve ; invoquez-le, tandis qu’il est près. Que le méchant abandonne sa voie, et l’homme de rien ses pensées ; qu’il retourne à l’Éternel, qui aura compassion de lui, à notre Dieu qui pardonne abondamment. » De même que le culte de Moloch était létal et abominable dans le monde antique, nos idoles d’aujourd’hui détruisent aussi notre âme et notre esprit par des méthodes sournoises et retorses. Nous devons à tout prix renoncer à ce qui est faux et s’accrocher à ce qui est vrai. Nous devons nous tourner vers Jésus, qui est lui-même la vérité et la vie. Pour que nous puissions dire : non pas à nous, mais à ton nom donne gloire, il faut que nous renoncions à nous-même dans l’humilité, et nous tourner vers Jésus dans la foi. Dieu reçoit la gloire qui lui est due quand nous renonçons à nous-mêmes. À Dieu, donc, soit la gloire.

Copyright ©2018 Église Lyon Gerland.