Aimez vos ennemis

Par Denis Blumle 11 novembre 2018

Ce dimanche est un dimanche spécial sur l’église persécutée, pour que nous prenions vraiment un temps à part en église pour nous souvenir de nos frères et sœurs qui vivent ces réalités à cause de leur foi. L’association Portes Ouvertes nous relaye les informations qui viennent du terrain. Elle œuvre aussi activement sur le terrain pour apporter une aide matérielle et spirituelle via des formations.

Elle organise aussi un weekend annuel où des témoins de l’église persécutée viennent en France pour rendre compte de ce qu’ils vivent. Il a eu lieu le weekend dernier et nous étions une petite délégation à nous y rendre. Nous avons eu l’occasion d’entendre un témoin du Mexique, de l’Algérie, du Soudan, de l’Inde, une réfugiée de Corée du Nord qui a connu la prison et la torture dans son pays, et un pasteur d’Indonésie dont l’église a fait l’objet d’un attentat-suicide meurtrier en mai dernier.

Pour ce dimanche de l’église persécutée, Portes Ouvertes nous propose cette année d’axer notre réflexion sur l’un des enseignements de Jésus, qui est probablement son message le plus radical et le plus difficile à vivre : « Aimez vos ennemis ». C’est un message qui nous est adressé à nous aussi, et pas seulement aux chrétiens persécutés.

Jésus nous enseigne que face à toute forme de persécution ou d’opposition, l’arme secrète du chrétien c’est l’amour !

La vidéo au début du culte a introduit le thème de cette prédication, alors sans plus attendre, nous allons lire l’un des passages où Jésus enseigne ce message, dans l’évangile de Luc.

1. Un message radical (v. 27-30)

Jésus délivre à l’occasion de ce discours le message le plus radical et le plus choquant de l’ère nouvelle qu’il est en train d’inaugurer. Il vient de choisir ses 12 disciples qui deviendront les apôtres. Il est entouré d’une foule qui l’écoute, et il leur donne cet enseignement totalement choquant : « Vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis ».

Jésus donne cet enseignement juste après avoir annoncé que ceux qui le suivraient seraient persécutés.

« Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous serez dans la joie! Heureux serez-vous, lorsque les hommes vous haïront, lorsqu'on vous chassera, vous outragera, et qu'on rejettera votre nom comme infâme, à cause du Fils de l'homme [à cause de Jésus] ! Réjouissez-vous en ce jour-là et tressaillez d'allégresse, parce que votre récompense sera grande dans le ciel. » (Luc 6. 21-23)

Ce que Jésus dit aux disciples et à cette foule, c’est que s’ils le suivent, ils seront persécutés. Et il leur dit en plus de se réjouir lorsqu’ils seront persécutés. Et il pousse le bouchon encore plus loin en leur enseignant comment ils doivent réagir : Aimez vos ennemis ! Quoi de plus choquant ?

Accepter d’être persécuté au nom de Christ, c’est déjà difficile. Se réjouir lorsque l’on subit des offenses à cause de notre loyauté à Christ est aussi difficile. Et ce n’est pas du masochisme. On ne recherche pas la souffrance au nom de Christ. Mais des malheurs deviennent des sources de bonheur lorsqu'ils sont endurés volontairement pour le Seigneur.

Gilbert Hovsepian, un chrétien iranien, dont le père qui était pasteur a été assassiné de 26 coups de couteau, est venu témoigner à un weekend Portes Ouvertes. Et il disait qu’en Iran, quand on était frappé, méprisé, calomnié au nom de Christ : ils appelaient ça recevoir un honneur. Et il disait en souriant : « J’ai reçu beaucoup d’honneur ».

Si Dieu nous demandait seulement de supporter passivement les souffrances, de ne pas s’y opposer comme on peut le voir au v. 29 et 30 : accepter d’être frappé, d’être dépouillé de ses biens, etc. ; on pourrait s’y résigner et accepter qu’on nous méprise, comme Jésus, qu’on nous batte, comme Jésus, qu’on nous prenne nos vêtements, comme Jésus. Mais ce que Dieu nous demande, est bien plus fou que ça. Oui c’est une folie pour les hommes. Aimer ses ennemis, c’est beaucoup plus que radical. C’est révolutionnaire.

Jésus ne nous demande pas seulement de ne pas répondre au mal par le mal, de ne pas nous venger, de ne pas souhaiter du mal à nos ennemis. Le plus fou c’est que Dieu ne nous demande pas seulement de pardonner. Il nous demande de faire preuve d’un amour actif : de bénir, de faire du bien, de prêter, de prier pour nos ennemis (v. 27-28).

Vous avez entendu tout à l’heure le témoignage de Gladys dont le mari est mort assassiné et brûlé au Kenya. Elle ne voulait pas rester dans la colère et dans la peine, et Dieu l’a aidée à pardonner aux assassins !

Vous avez peut-être entendu parler de Dylan Roof. Il s’agit du tueur raciste de l’église de Charleston aux Etats-Unis. Il a tué froidement neuf afro-américains et n’a jamais exprimé aucun remord, il regrette seulement de ne pas avoir fait pire. Lors de son procès, les familles des victimes étaient appelées à s’adresser au tueur. Vous pouvez retrouver sur internet les vidéos de cette confrontation, où plusieurs familles l’ont assuré de leur pardon ! La fille d’une des victimes lui a dit au milieu de ses larmes : « Tu m’as pris quelque chose de très précieux, mais je te pardonne », et elle a poursuivi ainsi : « Je souffre, tu fais souffrir beaucoup de personnes, mais que Dieu te pardonne ».

C’est complètement fou de pardonner à l’assassin de sa mère ou de son père.

Gilbert Hovsepian, ce chrétien iranien dont je parlais, a composé un chant magnifique où il s’adresse aux assassins de son père : I forgive you (à écouter sur You Tube). Voici une traduction de quelques paroles :

Oh comme ma chair désire se venger
Mais je choisis de faire ce que Jésus a fait pour moi
Je vous pardonne pour tout ce que vous avez fait
Je vous pardonne pour toute la souffrance que vous avez causée
Même si les cicatrices sont toujours là
Je vous pardonne pour tout ce que vous avez fait

Oui, le chrétien est appelé à pardonner parce que Dieu nous a pardonnés de nos péchés. Et pardonner c’est déjà une preuve incroyable d’amour.
Mais ce que Jésus demande dans ces versets, c’est encore plus que ça. Voilà pourquoi je dis que ce commandement de Jésus est choquant et radical. Ce qu’il nous demande c’est d’aimer ses ennemis et de les aimer de manière active. Comme s’il demandait à la fille de la victime de Charleston, non seulement de pardonner à Dylan Roof, mais encore de prier pour lui, de le bénir, de lui faire du bien, par exemple de lui amener des gâteaux en prison !

Comment est-ce possible d’aimer ainsi ? On ne peut pas ! C’est vrai, on ne peut pas. Mais grâce à Dieu on peut tout, et il nous a montré l’exemple et on en reparlera tout à l’heure dans la 3e partie. Seul Dieu peut nous permettre d’aimer de cette manière. Ce n’est pas un amour humain, c’est un amour divin.

Et quand on y réfléchit, c’est tellement logique que Dieu nous demande de faire preuve d’un tel amour. Car comment ceux qui nous haïssent croiront-ils si nous leur manifestons de la haine ou du mépris ? Comment feront-ils preuve de repentance si nous faisons preuve d’indifférence ? Ce n’est que par un amour actif qu’ils pourront voir l’amour de Dieu, se repentir et être sauvés.

Quand Dieu disait dans la loi : « Aime ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19.18), il incluait dans les « prochains », nos ennemis. Nos ennemis sont nos prochains, ils en font partie et nous devons les aimer comme nous-mêmes.

Et cet amour se manifeste par des actes (faire du bien), par des paroles (bénir la personne, souhaiter son bonheur) mais aussi par une manifestation suprême d’amour qui est à la fois acte et parole (prier pour cette personne, pour son salut).

Quand Jésus nous dit de tendre l’autre joue quand on nous frappe, de donner notre tunique quand on nous prend le manteau, c’est avec l’idée de ne pas regarder notre vie et nos biens comme s’ils étaient précieux. De ne pas répliquer, de ne pas regarder nos droits comme si on devait les défendre.

Attention, Jésus ne pousse pas à la lâcheté mais à répondre au mal par le bien. Jésus trace ici le tableau d’un amour qui semble ignorer son droit et qui ne voit aucune limite au don de soi-même. Et si vous vous demandez si on doit toujours tendre l’autre joue, vous pouvez trouver un enseignement de Jonah Haddad sur le site internet de l’église.

Certains ne voient dans les préceptes des v. 29 et 30 qu’une condamnation énergique de la vengeance (Calvin), d’autres disent que ce ne sont que des hyperboles, des exagérations (Zwingli). C’est peut-être vrai, mais j’ai l’impression que Jésus nous montre aussi un absolu, un amour sans borne comme a pu le manifester Jésus.

Le Christ, « lorsqu’on l’outrageait, ne rendait pas d’outrage » (1 Pierre 2:23). Jésus a lavé les pieds de ses disciples, y compris de Judas qui allait le trahir, et il l’appelle même son ami (Mathieu 26.50). Il a laissé les soldats romains le dépouiller de ses vêtements et tirer au sort sa tunique (Jean 19.24). La tunique c’est les sous-vêtements. Jésus était donc nu sur la croix. Il a même prié pour ses tortionnaires : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » (Luc 23.34)

Attention, cela ne veut pas dire qu’il n’y pas de place pour la justice humaine. Un meurtrier mérite d’être puni sur cette terre et la justice humaine accomplit bien souvent la justice de Dieu. Mais Jésus nous montre là un absolu dans le don de soi.

Vous avez vu dans le vidéo le pasteur Thomas en Inde, qui a été battu en pleine rue, à coups de poing, de bâton et de barre de fer. Il a fini par s’évanouir, et il s’est réveillé en prison. Plusieurs membres des commissions pour les droits de l’homme sont venus le voir pour l’inciter à porter plainte. Thomas a répondu ainsi : « Je ne veux pas porter plainte contre eux, parce qu'ils ne savent pas ce qu’ils ont fait. Je continue à prier pour ce village parce qu’il faut que tous ces villageois sachent qui est Jésus. Je leur ai pardonné bien sûr. Je les aime. »

Ce pasteur a choisi de renoncer à ses droits pour leur montrer son amour. Et c’est probablement le sens des exemples que donne Jésus. Nous avons des droits, mais Dieu nous invite à y renoncer parfois pour le témoignage.

Jésus nous invite à faire preuve d’une générosité active et à supporter patiemment l’épreuve. Supporter les épreuves est en quelque sorte le versant passif de l’amour.

Oui, nous ne luttons pas avec l’épée, nous luttons avec l’amour. C’est notre arme offensive et défensive.

L’attitude que Dieu nous demande face aux agressions me fait penser à la photo de la « jeune fille à la fleur » prise par Marc Riboud en 1967, lors d’une manifestation à Washington contre l’intervention américaine au Vietnam. On y voit une jeune manifestante s’approcher de soldats équipés de fusils à baïonnette. Son arme à elle est une fleur qu’elle tient devant elle, une arme inoffensive en apparence. Et vous avez peut-être vu la photo de cette scène qui a eu un retentissement planétaire. La fleur ne parait pas adaptée, et c’est ça qui marque le spectateur. Comment un militaire équipé d’une baïonnette pourrait-il agresser une femme qui se défend avec une fleur ? D’une certaine manière, il est désarmé. Bien sûr, il pourrait l’attaquer, la blesser ou la tuer, mais l’effet de cette attitude inattendue de la jeune fille a tendance à désarmer l’adversaire.

C’est un peu la même chose lorsqu’un chrétien réagit avec de l’amour face à la haine. Il n’est pas dit que cela impactera l’agresseur à coup sûr et qu’il se repentira, mais c’est l’attitude qui peut le bouleverser, tellement elle est inattendue, étonnante et choquante.

2. Une règle d’or (v. 31-34)

Puis Jésus affirme ensuite une nouvelle loi pour le royaume qu’il est en train d’inaugurer par sa venue sur terre. Vous avez peut-être déjà entendu qu’on appelait le v. 31 « la règle d’or » (Mathieu 7.12) :

« Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux. »

Ça aussi c’est révolutionnaire ! Mais il faut toutefois dire que cet enseignement n’était pas si nouveau que ça, il était déjà présent dans l’ancienne alliance. Proverbes 25.21 disait :

« Si ton ennemi a faim, donne-lui du pain à manger ; S’il a soif, donne-lui de l’eau à boire. »

C’est ce que le prophète Élisée a fait aux soldats syriens du roi Ben Hadad qu’ils avaient fait prisonniers (2 Rois 6.22). Il leur a fait donner du pain et de l’eau afin qu’ils mangent et qu’ils boivent avant de les renvoyer vers leur maître. Il y avait déjà dans l’ancienne alliance, cette idée de faire du bien à son ennemi.

Mais Jésus affirme cette règle comme un commandement. Il explique que c’est comme cela que l’on aime. Je dis que c’est révolutionnaire parce que les philosophes stoïciens disaient déjà de ne pas faire aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. Les commentateurs juifs disaient la même chose dans le talmud (Talmud de Babylone, traité Shabbat 31a : « Ce que tu ne voudrais pas que l’on te fît, ne l’inflige pas à autrui »).

Mais Jésus va beaucoup plus loin. Il nous donne un précepte positif. Il ne dit pas : ne fais pas ce que tu ne veux pas qu’on te fasse. Mais : fais le bien que tu aimerais qu’on te fasse. C’est beaucoup plus engageant. C’est une morale encore bien supérieure. Et c’est une règle d’or pour nous tous, indépendamment d’un contexte de persécution.

Vous aimeriez qu’on vous laisse intégrer la file de voitures quand vous sortez d’une place de parking ? Eh bien faites-le pour les autres quand ils sortent d’un parking. L’objectif n’est pas de recevoir en retour mais d’aimer activement. C’est à nous de prendre les devants. L’amour est notre arme secrète.

Et ce n’est pas un amour sentimental, c’est un amour qui donne au lieu de prendre, un amour qui cherche le bien de l’autre même s’il est notre ennemi, c’est un amour désintéressé et totalement altruiste. C’est l’amour agapé (en grec), l’amour inconditionnel, l’amour de la volonté, l’amour qui se met en mouvement. Cet amour nous pousse à agir, malgré nos sentiments.

Aimer ceux qui nous aiment c’est naturel. Ceux qui ne connaissent pas Dieu le font aussi. Cela fait partie de la grâce commune de Dieu. C’est la plupart du temps facile pour moi d’aimer ma femme, car je sais qu’elle m’aime.
Aimer ceux qui nous aiment n’a pas vraiment d’impact en termes de témoignage. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas le faire, et qu’il ne faut aimer que ses ennemis !

À travers les 3 exemples des versets 32 à 34, Jésus distingue l’amour qu’il exige de nous, de l’amour naturel dont font preuve tous les hommes.

- Aimer ceux qui vous aiment, les pécheurs le font aussi (v. 32) ;
- Faire du bien à ceux qui font du bien, les pécheurs le font aussi (v. 33) ;
- Prêter en espérant récupérer sa mise et tirer un profit, les pécheurs le font aussi. (v.34)

Aimer ceux qui nous aiment, c'est naturel. Ce que Jésus demande est totalement surnaturel, c’est un amour totalement gratuit et désintéressé. C’est pour cela que l’objet de cet amour peut être un objet qui lui est opposé et qui le déteste (un ennemi).

Cette règle d’or est en quelque sorte le résumé du discours. Si vous ne deviez retenir qu’une phrase, retenez celle-là : « Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux. »

« Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire ; car en agissant ainsi, ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien. » (Romains 12.20-21)

Corrie Ten Boom est une rescapée des camps de concentration nazi. Elle était chrétienne et sa famille avait caché des Juifs pendant la seconde guerre mondiale. Elle a été confrontée un jour à un gardien du camp de concentration où elle avait été enfermée, et où sa sœur était morte. C’est à la suite d’une conférence qu’elle avait donnée qu’il est venu la voir. Ecoutez ce qu’elle en dit dans son livre The Hiding Place :

« Il s’approcha de moi, rayonnant et s’inclina : "Je vous remercie infiniment pour votre message, Fraülein," dit-il, "Quand je pense que comme vous l’avez dit, le Christ a lavé mes péchés !" Il me tendit la main. Et moi qui avait si souvent enseigné aux gens de Bloemendaal la nécessité de pardonner, je gardais mon bras le long de mon corps. Je pris conscience de mon péché, alors même que je sentais bouillonner en moi un sentiment de colère vindicative. Jésus-Christ était mort pour cet homme, que me fallait-il de plus ? "Seigneur Jésus," priai-je, "Pardonne-moi et aide-moi à pardonner à cet homme." J’essayais de sourire, je m’efforçais de soulever mon bras. En vain. Je ne ressentais pas la moindre parcelle de sympathie ou de charité. Je priai à nouveau en silence, "Jésus je ne peux pas pardonner. Accorde-moi ton pardon." Et alors que je prenais sa main, une chose extraordinaire se passa. De mon épaule le long de mon bras et jusque dans ma main un courant sembla passer de moi à lui pendant que mon cœur débordait d'amour pour cet étranger. »

L’amour vient en aimant. C’est en manifestant activement de l’amour que l’on finit par ressentir de l’amour.

Et dans les deux derniers verset, Dieu nous montre qu’en termes d’amour véritable il est lui-même le modèle à suivre.

3. Un modèle à suivre (v. 35-36)

L’amour est l’arme secrète du chrétien, et c’est Dieu lui-même qui est la source d’un tel amour. Il en est l’auteur, le modèle et l’exemple parfait. Et cet amour se déverse sur ses enfants, mais aussi sur les méchants, sur ceux qui le rejettent. C’est ce qu’on appelle la grâce commune de Dieu. C’est le sens de cette phrase, « Il est bon pour les ingrats et pour les méchants ». Dans l’évangile de Matthieu il est dit :

« Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. » (Matthieu 5.45)

Les bénédictions de Dieu sont accordées sans distinction.

Jésus répète à nouveau le commandement d’aimer ses ennemis et de leur faire du bien, mais il ajoute comment cela est possible alors même que cela parait impossible à vue humaine. En faisant référence à la miséricorde de Dieu au verset 36, il fait référence à la croix.

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jean 15.13)

C’est ce que Jésus a fait. Il est allé à la croix, expier nos péchés. Lui juste est mort pour des injustes. Alors si nous sommes disciples de Jésus, si nous sommes chrétiens (litt. « petit Christ ») nous sommes invités à avoir la même attitude. Il nous a montré l’exemple suprême de l’amour, un amour absolu, l’amour qui est prêt à se sacrifier pas seulement pour des amis, mais aussi pour des ennemis.

« Et vous, qui étiez autrefois étrangers et ennemis par vos pensées et par vos mauvaises œuvres, il vous a maintenant réconciliés par sa mort dans le corps de sa chair, pour vous faire paraître devant lui saints, irrépréhensibles et sans reproche. » (Colossiens 1.21-22)

En mourant à la croix, Jésus est mort pour nous qui étions ses ennemis.

Dirk Willems était un pasteur anabaptiste au XVIe siècle aux Pays-Bas, qui a été emprisonné à cause de sa foi. Il s’est échappé de la prison à l’aide d’une corde faite de chiffons noués. Un garde a remarqué son évasion et l’a poursuivi sur un lac gelé. Willems était maigre et léger du fait des faibles rations de nourriture qu’il avait reçues en prison. Il a pu traverser malgré la glace mince de l’étang. Le garde, plus lourd, a quant à lui brisé la glace, et a crié à l’aide alors qu’il luttait dans l’eau glacée. Willems a fait demi-tour pour sauver la vie de son poursuivant. Il a ainsi été repris et remis en prison, jusqu’à ce qu’il soit brûlé sur un bûcher le 16 mai 1569.

Cet acte d’amour pour son ennemi a marqué toute la population de la ville, et nous marque encore aujourd’hui.

C’est ce type d’amour et de compassion que Dieu veut que nous ayons. Dirk Willems n’a pas regardé à ses propres intérêts et il a sauvé la vie de son poursuivant. C’est exactement ce que Dieu nous demande.

« Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ. » (Éphésiens 4.32)

Et il promet même une récompense : « Votre récompense sera grande » (v. 35). Il y aura peut-être des récompenses spécifiques au ciel, mais la récompense principale accordée par grâce à tous ceux qui « sont fils du Très Haut » (v. 35), c’est la pleine participation à la vie éternelle et à la gloire du Dieu qui est amour.

On voit dans le verset 36 que c’est le caractère de Dieu qui est donné en exemple. « Soyez donc miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux ». Dans le passage équivalent en Matthieu 5.48, Jésus dit : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. ». Vous voyez que la barre est haute. Vous comprenez pourquoi je disais que ce passage n’est pas juste une exagération, une hyperbole, mais il nous présente un absolu qui est Dieu lui-même et son exigence morale. Dieu lui-même, et sa nature même, parce que « Dieu est amour » (1 Jean 4.8 et 16). Et devant cet amour absolu, on ne peut que reconnaître notre défaillance, notre manque d’amour, notre péché. Mais nous pouvons demander grâce au pied de la croix où Jésus à acquis notre pardon au prix de sa vie.

Pourquoi était-il important d’entendre ce message ce matin ? Pour au moins deux raisons :

- 1ère raison : Il est d’une importance capitale d’être enseigné sur la persécution, même si on n’est pas concerné directement aujourd’hui. Carlos, le témoin du Mexique qui était le weekend dernier à la rencontre annuelle de Portes Ouvertes, nous disait que lorsque les chrétiens étaient confrontés à des injustices à cause de leur foi, ils voulaient que leurs agresseurs aillent en prison. Ils voulaient se venger d’une certaine manière, et ne voulaient pas entendre parler de pardon. Portes Ouvertes envoie des équipes juridiques pour défendre les chrétiens. Mais cela ne dispense pas de réagir comme Dieu nous y invite dans ce passage. Encore faut-il avoir reçu un enseignement sur la persécution, sur le thème du pardon et sur l’amour dont Dieu nous demande de faire preuve face à nos ennemis.

Et on voit là l’importance d’avoir une bonne théologie, d’avoir une bonne connaissance de la Bible, d’être imprégné de la parole de Dieu. Ce n’est pas lorsque l’on fait face à la souffrance que l’on est d’un seul coup capable de vivre la souffrance comme Dieu nous y invite. Mais si on a déjà une théologie solide sur la souffrance on sera bien plus armé pour la vivre en glorifiant Dieu.

J’ai eu le privilège d’accompagner en soins palliatifs sur sa fin de vie, un ancien professeur de l’Institut Biblique de Genève. Son attitude était remarquable face aux souffrances physiques extrêmes qu’il vivait du fait du cancer généralisé qui rongeait son corps. Et dans cette souffrance, il me disait : « Je sais que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Romains 8.28). Et il a ajouté : « J’ai enseigné pendant des années à des étudiants sur le thème de la souffrance, Dieu me donne le privilège de vivre une leçon pratique. »

C’est la même chose avec la persécution. Nous devons nous y préparer, et accepter cet enseignement pour être prêt à le vivre un jour pratiquement, Si Dieu nous en fait « l’honneur ».

C’est aussi pour cela que l’association Portes Ouvertes organise des formations : « Tenir ferme dans la tempête ». Ils font parfois ce travail en prévention chez des chrétiens de certaines régions, comme par exemple en Malaisie où l’islamisation menace la survie des chrétiens, par une application de plus en plus stricte de la charia. Et nous pouvons soutenir financièrement ce type de formation directement auprès de l’association Portes Ouvertes. Nous pouvons aussi (ou devons) prier pour nos frères et sœurs qui souffrent, car l’église est un seul corps. (1 Corinthiens 12.26)

S’encourager à se préparer à la persécution, ce n’est pas du catastrophisme à bon compte, c’est du réalisme biblique. Celui qui me suivra sera persécuté, nous dit Jésus (Jean 15.18-21). Ce message n’est peut-être pas très encourageant ! Mais voici la deuxième raison pour laquelle ce message est important.

- 2ème raison : L’opposition à Dieu ne prend pas toujours la forme de la persécution, telle que certains de nos frères et sœurs la vivent dans le monde. Ce texte est adapté pour nous aussi aujourd’hui, pas seulement d’un point de vue théorique si un jour nous étions concernés. Nous sommes déjà concernés et nous devons déjà utiliser l’arme secrète du chrétien qui est l’amour. En France : l’ennemi est le même, le combat est le même, et les armes sont les mêmes.

Quels sont les types de persécutions, d’opposition que l’on connaît aujourd’hui en France ?

-Ce peut-être ce jeune collégien qui est moqué par ses camarades de classe car il soutient qu’il s’abstiendra de toute immoralité sexuelle, et aussi de toute relation sexuelle avant d’être marié, par obéissance à Dieu.
-Ce peut-être un interne en médecine qui refuse de pratiquer certains gestes comme des avortements et qui fait valoir sa clause de conscience, et qui subit les brimades et l’animosité de ses collègues de travail.
-Ce peut-être cet employé qui refuse de trafiquer les comptes de l’entreprise et qui ne bénéficiera jamais de promotion, mais plutôt de reproches sur son manque de loyauté à l’entreprise.
-Ce peut être cet étudiant qui est moqué et marginalisé dans sa promo car le dimanche il choisit d’aller à l’église.

Ce ne sont que des exemples et on pourrait encore les multiplier.

Dans ces situations, Jésus demande à la victime de manifester de l’amour à ceux qui l’oppressent.

-Oui, le jeune homme abstinent est invité à ne pas s’isoler de ses camarades de classe, à les bénir et à prier pour eux.
-Oui, l’interne en médecine est invitée à prendre des nouvelles de sa collègue désagréable et à lui manifester son soutien, parce que sa collègue vient de vivre une garde difficile.
-Oui, l’employé mis sur la touche est invité à faire un gâteau ou amener des croissants pour la pause-café de ses collègues et de son patron.
-Oui, l’étudiant moqué est invité à créer un collectif dans sa fac pour faire connaître la foi chrétienne à ses camarades de promo, pour qu’ils connaissent la vérité, parce qu’il les aime et prie pour eux.

Ce ne sont que des exemples mais c’est à cela que Jésus nous appelle, et c’est dur ! Sans son aide, on ne peut pas y arriver, sans son aide on ne peut pas aimer de cet amour-là. Ce n’est pas humain, effectivement, c’est un amour divin, qui ne peut venir que de Dieu.

Conclusion

Aimer ses ennemis est l’un des enseignements les plus profonds et difficiles donné par Jésus. C’est ce qui démarque véritablement le christianisme d’autres religions ou philosophies de vie. Ce n’est rendu possible que parce que nous sommes sauvés uniquement par la grâce, par un Dieu qui nous a aimés le premier, nous qui étions ses ennemis, et qui nous a réconciliés gratuitement. Nous aimons parce que nous sommes aimés. En aimant nos ennemis nous imitons Dieu. Dans la persécution, l’église est souvent conduite à aimer ses persécuteurs. Nous qui ne vivons pas souvent le même type d’opposition, nous pouvons nous laisser inspirer par leur exemple, dans notre quotidien, en utilisant notre arme secrète : l’amour.

« Petits enfants, n’aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actes et avec vérité. » (1 Jean 3.18)

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