Le verso de la réalité

Par Alexandre Sarranle 9 décembre 2018

J’écoute la radio assez fréquemment dans ma voiture, et j’ai été frappé dernièrement d’entendre l’inquiétude de beaucoup de gens devant les événements de ces dernières semaines. J’ai entendu des mots comme « haine », « émeute », « révolte », « insurrection », « putsch », « révolution », « guerre », etc. Et tous ces commentateurs qui disaient que le tumulte social actuel était inédit et imprévisible.

Personnellement, j’ai trouvé ça assez angoissant. Comme je le disais le mois dernier : on ne peut pas savoir pour sûr de quoi sera fait demain. Un simple imprévu peut dégénérer rapidement. Un régime politique peut être renversé en quelques jours. L’économie d’un pays peut s’effondrer en quelques heures.

Mais en plus de cette actualité particulièrement stressante ces jours-ci, on est nombreux à devoir aussi faire face à des situations personnelles, privées, familiales, qui nous angoissent : la maladie, les conflits, la précarité, un échec scolaire ou professionnel, une déception amoureuse, etc.

Et si on est croyant, on peut résumer toutes ces situations à une seule question, qui est caractéristique de notre angoisse : « Sérieux… tu fais quoi, Seigneur ? ». Tu fais quoi, dans ma vie ? Tu fais quoi, dans ce monde ? Je pensais que notre société était sur la bonne voie… et là, patatras, tout par terre ! Je pensais que mon avenir professionnel était clair… mais j’ai été recalé deux fois ! Je pensais que j’allais épouser cette personne… mais vlan, je viens de me faire plaquer ! Je pensais que ma famille était ancrée dans la foi… mais maintenant mon conjoint, mes enfants, tout part en vrille ! « Sérieux… tu fais quoi, Seigneur ? »

Vous vous êtes déjà senti un peu perdu et déconcerté, comme ça ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas tout seul ! Et ce n’est pas tout : Dieu veut nous aider ! Cet après-midi, il veut traiter notre angoisse par un moyen original, mais tout simple finalement : en élargissant notre champ de vision. On a besoin de se rendre compte qu’il y a autre chose dans notre vie, et dans notre monde, que simplement ce que nous voyons. Et juste de le savoir, déjà ça va nous faire du bien !

Ce texte, vous allez le voir, c’est un peu Dieu qui répond à notre question en nous disant : « Écoute, Alex, si seulement tu voyais ce qui se passe vraiment, tu ne serais pas si inquiet. »

Alors un peu de contexte avant de lire le texte : le prophète Daniel est à Babylone (il y a 2500 ans environ), et il a assisté au renversement de l’empire babylonien par les Perses, et il a vu beaucoup d’Israélites retourner en terre sainte grâce à l’autorisation du roi Cyrus, et ils ont commencé à réparer le pays. Ça se passe comme Dieu avait promis. Sauf que. Dès la 3ème année du règne de Cyrus, les travaux de reconstruction du Temple de Jérusalem ont dû être interrompus à cause des blocages des Gilets Jaunes, ou plutôt, à cause de l’opposition des habitants du pays qui ont obtenu le soutien du pouvoir politique par des manifs, du lobbying et de la corruption (Esd 4).

Daniel observe tout ça de loin, et il se dit quoi, à votre avis ? « Sérieux… tu fais quoi, Seigneur ? » Du coup, Daniel prend le deuil, c’est-à-dire qu’il s’humilie dans la prière, et il cherche la face de Dieu. Et c’est alors que Dieu va lui donner une révélation très détaillée sur les événements à venir (ch. 11-12) ; mais d’abord, pendant tout un chapitre (celui qui nous intéresse), Dieu veut élargir le champ de vision de Daniel. Il lui fait prendre de la hauteur. Il le fait passer de l’autre côté du miroir, pour qu’il se rende compte (et les Israélites qui découvrent cette histoire), qu’il y a autre chose qui est en train de se passer, dans le monde invisible, que simplement les circonstances déconcertantes qu’il est capable d’observer dans le monde visible.

Une perspective nouvelle

Quand on lit ce texte, il y a une première chose qui doit nous frapper. C’est le côté très spectaculaire de ce qui se passe. Jusqu’ici dans le récit, Daniel avait déjà vu des anges, et il avait même déjà parlé avec des anges. Il avait aussi déjà été troublé par ses visions. Mais maintenant, le texte en fait vraiment des tonnes pour nous faire mesurer le caractère absolument saisissant de cette nouvelle révélation. C’est très, très spectaculaire !

Daniel est transporté en extase et il rencontre un être céleste à l’aspect extrêmement glorieux (v. 5-6). En le voyant, Daniel perd tous ses moyens (v. 8), et en l’entendant, il s’évanouit, « la face contre terre » (v. 9) ! Mais ensuite, il y a un échange incroyable entre les deux, au cours duquel Daniel va progressivement retrouver ses moyens. L’ange le touche une première fois ; Daniel se met à genoux (v. 10). L’ange lui dit de se lever ; il se met debout (v. 11), mais il garde la tête baissée et reste silencieux (v. 15). L’ange le touche de nouveau ; Daniel retrouve la parole, mais il n’a aucune force et il a même du mal à respirer (v. 16). L’ange le touche une troisième fois ; et Daniel, enfin, est fortifié (v. 18).

Le texte veut nous faire comprendre qu’il y a là quelque chose d’absolument inédit, même dans l’expérience du prophète Daniel. Et il faut lire ça dans le contexte du « deuil » de Daniel, c’est-à-dire à la suite de cette situation d’humiliation, de jeûne et de prière qui avait été elle-même suscitée par les mauvaises nouvelles en provenance de Jérusalem. Tout d’un coup, tout ça est relativisé !

Ça me fait penser à un film qu’on a regardé en famille il n’y a pas très longtemps, où des enfants viennent en aide au Père Noël pour lui permettre de distribuer tous ses cadeaux malgré un accident de traîneau. Bref. Tout le monde est un peu inquiet ; mais à un moment donné, la petite fille s’engouffre dans le sac de jouets du Père Noël, et elle découvre que c’est un sac sans fond, qui contient des milliards de jouets ; et non seulement ça, mais elle est aussi transportée par magie, à travers un hyperespace rempli de jouets, jusqu’au Pôle Nord, au quartier général du Père Noël et de tous ses lutins.

Quel est le rapport avec notre texte ? Eh bien le rapport, c’est que cette expérience merveilleuse, extraordinaire, ça change la perception du reste de l’histoire. Ce n’est plus pareil, si on a une réserve illimitée de cadeaux, et un accès direct au Pôle Nord, et des centaines de lutins à disposition.

Et de la même façon dans notre texte, ce n’est plus pareil pour Daniel, si la réalité n’est pas seulement constituée des problèmes qu’il peut observer : comme l’opposition contre les Israélites, la reconstruction du Temple interrompue, et l’incompréhension par rapport à ce que Dieu est en train de faire. Ce n’est plus pareil, si de l’autre côté du miroir, il y a quelque chose comme ce que Daniel a vu dans son extase, et qui lui a fait perdre tous ses moyens. Tout d’un coup, tout est relativisé pour lui ; et tout est relativisé pour les Israélites qui lisent ce texte.

Et tout est relativisé pour nous aussi ! Bien souvent, quand on est angoissé ou déconcerté, et qu’on a cette question sur les lèvres : « Sérieux… tu fais quoi, Seigneur ? », ce qu’il nous faudrait avant tout, c’est un petit voyage de l’autre côté du miroir. Pas pour découvrir les petits secrets de Dieu concernant l’avenir, mais pour être « frappé d’étourdissement, la face contre terre » (v. 9). Et cette expérience, on peut la faire par procuration, à travers Daniel qui nous rapporte son expérience (c’est peut-être mieux pour nous !).

Parfois, quand on se lamente par rapport aux circonstances qu’on traverse, il y a comme une accusation subtile qui est sous-entendue contre Dieu : « Sérieux… qu’est-ce qu’il fait ? Ce n’est pas comme ça que je gérerais cette situation, moi. D’abord, pourquoi ce n’est pas moi qu’on a choisi pour être Dieu ? Je pense que je me débrouillerais pas mal… »

Stop ! Toi, tu es de ce côté du miroir, et tu ne peux pas porter de jugement sur ce que Dieu fait en ne voyant que le recto de la réalité. Dieu voit et contrôle le recto et le verso, et si on prend conscience, comme Daniel, que la réalité n’est pas constituée seulement des problèmes qu’on peut observer, mais qu’il y a un monde invisible, et des puissances tellement supérieures à nous dans ce monde invisible, alors déjà, on peut commencer à relativiser nos problèmes, non ?

Un combat invisible

Mais ce n’est pas tout. Il y a une deuxième chose qui doit nous frapper dans ce texte, c’est la relation qui nous est décrite entre le monde visible et le monde invisible. C’est un point très important dans ce passage.

Dans le monde visible de Daniel, on a donc un changement de régime (les Mèdes et les Perses ont renversé les Babyloniens), une autorisation extraordinaire accordée aux Israélites par le roi Cyrus, puis les obstacles à l’application de cette autorisation, des hostilités politiques et des guerres autour de l’empire médo-perse, et Daniel dans tout ça qui se consacre au jeûne et à la prière. Un monde instable et déconcertant.

Mais ce qu’on découvre à travers la vision de Daniel, c’est que ce qui se passe dans le monde visible est lié à ce qui se passe dans le monde invisible ! L’ange explique à Daniel qu’il a combattu, avec l’aide de l’archange Michel, « le chef du royaume de Perse » (v. 13), c’est-à-dire un autre ange, mais maléfique, qui prenait, lui, le parti de l’empire perse. Il dit qu’il va retourner le combattre, et que l’issue de ce combat, ce sera l’arrivée d’un autre ange maléfique qui représente le royaume de Yavân (la Grèce, qui va renverser l’empire médo-perse sous la conduite d’Alexandre le Grand, v. 20). Il rappelle aussi qu’il était actif à l’avènement de l’empire médo-perse pour permettre à cet empire de gagner la victoire sur les Babyloniens, toujours avec l’aide de l’archange Michel (10.21—11.1). Vous voyez : ce qui se passe dans le monde visible est lié à ce qui se passe dans le monde invisible !

C’est encore plus frappant quand on considère la corrélation que fait l’ange entre les trois semaines de jeûne et de prière de Daniel (v. 3) et les 21 jours de combat de l’ange contre le démon du royaume de Perse (v. 13). Le texte nous rappelle tout simplement ici que ce qui se passe sur la terre, dans l’histoire, est la face visible d’un grand combat spirituel (peut-être l’allusion du « grand combat » au v. 1).

C’est comme quand vous écrivez au marqueur sur une feuille de papier : il y a un côté de la feuille où vous arrivez à distinguer des tâches plus ou moins nettes, des formes plus ou moins régulières, et peut-être même que vous allez reconnaître certaines lettres à l’envers. Mais si vous prenez l’autre côté de la feuille, tout devient plus clair.

Et notre monde ressemble un peu à ça. La Bible nous présente clairement un monde (que Dieu a créé), qui a deux faces : une face visible et une face invisible. Les deux sont distinctes ; mais en même temps, les deux ne sont pas séparées. Le monde que Dieu a créé est unifié, et il y a une relation entre le visible et l’invisible. Même les non-croyants ont l’intuition de l’existence de cette dimension invisible du monde, parce que nous-mêmes, en fait, en tant qu’êtres humains, nous sommes des êtres à la fois physiques et spirituels. Il y a une partie de nous qui est invisible et immatérielle ; et qui pourtant a un effet et une influence sur la partie visible de notre être, et inversement ! Nous sommes des êtres unifiés.

Et donc dans le texte, Dieu montre à Daniel, en quelque sorte, l’envers du décor. « Daniel, tu a prié longtemps ! Trois semaines, tu étais dans le jeûne et la supplication ! Tu t’humiliais et tu pleurais sans comprendre ce qui se passait. Mais regarde : tes prières n’étaient pas vaines. Dès le premier jour (v. 12), je t’ai entendu, et pendant que tu priais avec ferveur, moi je combattais les ennemis d’Israël dans les lieux célestes. Viens, et regarde l’envers du décor ! Regarde les combats invisibles qui ont permis la fin de l’exil des Israélites ; et regarde maintenant les combats à venir, qui vont entraîner de nouveaux changements géopolitiques. Il y a autre chose qui est en train de se passer, que simplement les circonstances déconcertantes que toi et ton peuple êtes en train de traverser. »

C’est comme dans les DVD, quand on va dans les bonus et qu’on nous propose de regarder « les coulisses du tournage ». Ici, Dieu propose à Daniel, et aux Israélites, et à nous, un aperçu des coulisses du tournage de l’histoire du monde. Il y a un grand combat spirituel entre Dieu et ses anges d’un côté, et le diable et ses anges de l’autre (cf. Ap 12.7), et il y a une corrélation entre ce qui se passe là-haut et ce qui se passe ici-bas ; ou plutôt devrais-je dire entre ce qui se passe à l’endroit et à l’envers.

Vous avez peut-être regardé la série TV « Stranger Things » qui était très populaire il y a quelques mois. Dans cette histoire aussi, il y a une dimension visible du monde, et une dimension invisible, et une relation entre les deux. Ce qui se passe à l’envers est lié à ce qui se passe à l’endroit, et inversement. Eh bien c’est une vision du monde assez biblique, en fait !

Est-ce qu’on a l’habitude de penser que les grands conflits de ce monde sont l’expression de combats invisibles qui se déroulent dans le ciel ? Est-ce qu’on s’imagine qu’il y a un combat dans le ciel en ce moment-même pour l’âme de la France et son avenir ? Et est-ce qu’on se rend compte que les difficultés personnelles, privées, familiales que l’on traverse, les tentations et les épreuves, la maladie, les échecs, les conflits, la précarité, tout ça, ce sont des manifestations visibles d’un combat invisible ?

Comme le dit l’apôtre Paul :

« Nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais […] contre les esprits du mal dans les lieux célestes. » (Ép 6.12)

Et si c’est vrai, à quel point devrions-nous redoubler d’efforts dans la prière !

« La prière agissante [ou fervente] du juste a une grande efficacité. » (Jc 5.16)

Si j’ose le formuler ainsi : nos prières soutiennent les anges dans leur combat. Et ça devrait nous motiver à prier, non ? D’autant plus qu’il y a un troisième point…

Une faveur victorieuse

Et ce troisième point, c’est que dans ce texte, on voit clairement que la puissance et la gloire qui font pâlir le visage de Daniel, et qui le frappent d’étourdissement (v. 8-9), cette puissance et cette gloire se déploient en faveur de Daniel et de tous les croyants.

L’ange qui fait fuir tout le monde (v. 7) touche Daniel et le met debout (v. 10-11). Il lui dit : « Sois sans crainte » ; il a entendu sa prière et il lui répond favorablement (v. 12). Et il lui répète : « Sois sans crainte, homme bien-aimé, que la paix soit avec toi ! Fortifie-toi, fortifie-toi ! » (v. 19). Vous voyez son amour et sa faveur envers Daniel ?

Et l’ange fait comprendre à Daniel que les combats qui ont lieu dans le ciel ont pour objet le plan de Dieu pour son peuple. L’archange Michel est connu pour être le protecteur particulier d’Israël, « le grand chef, celui qui tient bon en faveur des fils de ton peuple » (Dn 12.1). Et lui, et l’ange glorieux, combattent ensemble, et avec tous les anges, dans l’intérêt du peuple ! Il se passe des trucs dans le monde invisible, vous voyez, mais c’est en vue de la réalisation du projet de Dieu en faveur des croyants.

Imaginez un instant que vous habitiez New York. Vous êtes en train d’aller au travail, ce jour-là, et tout d’un coup, vous entendez une explosion, vous levez la tête et vous voyez un énorme vaisseau spatial, et il sort de ce vaisseau des robots hostiles qui se mettent à tout détruire. Vous êtes mal ! Mais soudain, Captain America fait son apparition devant vous, et il vous dit : « Sois sans crainte, homme bien-aimé, que la paix soit avec toi ! Fortifie-toi, fortifie-toi ! ». Et juste derrière lui, vous voyez Iron Man, Hulk, Spiderman, Thor, Black Panther, Ant-Man, Œil-de-Faucon, la Veuve Noire, Vision, et tous leurs copains. Peut-être que vous seriez rassuré ? Ils vont déployer leur puissance pour vous sauver !

Et c’est aussi ce que nous fait comprendre ce texte : Dieu déploie sa puissance dans un grand combat spirituel pour sauver les croyants. Tous les anges, sous la conduite du « grand chef » Michel notamment, combattent dans le monde invisible en faveur de ceux qui font confiance à Dieu.

C’est aussi ce que dit le Nouveau Testament :

« [Les anges sont] tous des esprits au service de Dieu, envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut. » (Hé 1.14)

Il y a des combats dans le ciel. Mais vous savez que le combat décisif a déjà eu lieu, et qu’il a déjà été emporté par Dieu ; la guerre a déjà été gagnée, et il ne pouvait pas en être autrement de toute façon, puisqu’il n’y a aucune comparaison possible entre la puissance du diable et des démons, et celle de Dieu Tout-puissant, de son messie et de ses anges.

Ce combat décisif a eu lieu à la croix, à l’intersection du ciel et de la terre.

L’ange de l’Éternel par excellence, le Fils éternel de Dieu, Dieu-fait-homme en Jésus-Christ, est venu du monde invisible au monde visible, et il a combattu pour nous. Il a été assisté des anges pendant son ministère sur la terre (Mt 4.11), mais quand l’ultime combat est arrivé, c’est tout seul qu’il s’est présenté devant ses adversaires (cf. Mt 26.53-54). Et il a pris nos péchés, la mort, la souffrance, et toute la puissance du diable, à bras le corps, et il a emmené tout ça avec lui sur la croix et jusque dans la tombe.

On était captif de tout ça (comme les Israélites sous les empires babyloniens, perse, grec et romain) ; on était en proie à la puissance de ces choses ; et il fallait qu’un prix soit payé pour nous délivrer. Eh bien le combat de Jésus a consisté à payer ce prix pour nous sur la croix. Et sa victoire a consisté à laisser tout ça dans la tombe et à ressusciter d’entre les morts le troisième jour ! Il a écrasé la tête du serpent. Il a triomphé des principautés et des pouvoirs par la croix, et il les a désarmés et dépouillés de leur puissance (Col 2.15).

Maintenant, il est celui qui se présente à l’apôtre Jean dans le livre de l’Apocalypse, sous des traits resplendissants qui rappellent étrangement l’ange qui s’est présenté à Daniel, et il est celui qui lui dit, et qui nous dit :

« Sois sans crainte ! Moi je suis le premier et le dernier, le vivant. J’étais mort, et me voici vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts. » (Ap 1.17-18)

Alors oui, on écoute la radio, on regarde la TV, on lit des articles sur internet et on voit des vidéos qui circulent sur YouTube, et on se dit qu’on vit dans un monde instable. Et on observe notre propre vie, et on fait l’expérience de difficultés diverses, des conflits, des maladies, des déceptions, des échecs, des tentations et des péchés, et on est déconcerté. « Sérieux… tu fais quoi Seigneur ? »

Eh bien le Seigneur, il a voulu aujourd’hui traiter notre angoisse en élargissant notre champ de vision, en nous faisant prendre de la hauteur, en nous rappelant qu’il y a autre chose dans notre vie, et dans notre monde, que simplement ce que nous voyons. « Écoute, Alex, Gilles, Denis, Soohyun, Colin, Zoé, Linda, Nico, si seulement tu voyais ce qui se passe vraiment, tu ne serais pas si inquiet. »

Et on a pu voir un peu, aujourd’hui, ce qui se passait vraiment. Il y a un recto et un verso à nos problèmes. Dieu voit les deux, et ça, déjà, ça peut nous rassurer. Mais en plus, il y a une relation entre le monde visible et le monde invisible ; et les épreuves du monde visible reflètent des combats dans le monde invisible, où les anges se démènent pour nous, en vue de la réalisation complète et totale du projet de Dieu qui nous est favorable.

Comme le dit Jean Calvin en commentant ce passage : « À quoi donc tient-il que Satan ne nous engloutit cent fois chaque jour, c’est-à-dire tant le corps de l’Église en général, comme chacun de ses membres en particulier ? Pour vrai, il nous faut bien penser que Dieu se fait partie contre lui, pour résister à sa furieuse rage : cela, il le fait par ses anges. Or nous ne pouvons pas apercevoir cette guerre qui est ainsi cachée, c’est-à-dire quand les anges combattent pour nous et pour notre salut. »

Et mes amis, ce salut nous a été gagné par Jésus, lors de la bataille décisive, lorsque la guerre pour le cosmos s’est jouée, en trois jours, entre le Mont Golgotha, là où Jésus a été crucifié, et le tombeau de Joseph d’Arimathée, dont Jésus est sorti vivant pour toujours.

Si tout ça est vrai, et si nous le croyons, nous pouvons avoir du courage et de la persévérance malgré les difficultés, parce que « celui qui est en [nous] est plus grand que celui qui est dans le monde » (1 Jn 4.4).

Si tout ça est vrai, et si nous le croyons, nous pouvons redoubler d’efforts dans la prière, sachant que nos prières, si j’ose dire, donnent de la force aux anges dans leurs combats pour nous. C’est aussi ce que dit l’apôtre Paul par rapport au combat spirituel :

« Priez en tout temps par l’Esprit, avec toutes sortes de prières et de supplications. Veillez-y avec une entière persévérance. » (Ép 6.18)

Enfin si tout ça est vrai, et si nous le croyons, nous pouvons annoncer la bonne nouvelle de la victoire de Jésus à tout le monde, prêcher « à toute la création » (Mc 16.15) « ce qui est inscrit dans le livre de la vérité » (Dn 10.21), parce que cet évangile, associé à nos prières ferventes, c’est ce qui fait trembler le diable, avec tous ses démons, et c’est ce qui les fera fuir loin de nous. C’est ce qui enfonce les portes du séjour des morts, et qui en fait sortir des hommes, des femmes et des enfants pour la vie éternelle.

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