La grande tribulation

Par Alexandre Sarranle 6 janvier 2019

La plupart d’entre vous, vous êtes des chrétiens, et donc je vous pose la question : finalement, est-ce qu’on ne se serait pas trompés en suivant Jésus ? Parce que sincèrement, la foi chrétienne, ça apporte quoi, sinon plus de soucis dans la vie ?

Il y en a ici qui ont perdu des amis à cause de leur foi, d’autres un conjoint, d’autres des parents, d’autres des enfants. Certains ont été marginalisés par leurs collègues, d’autres moqués devant leurs amis. Il y en a peut-être ici (et en tout cas beaucoup dans le monde) qui ont été persécutés physiquement parce qu’ils étaient chrétiens—emprisonnés, torturés, et beaucoup de nos frères et sœurs dans le monde et dans l’histoire ont été mis à mort. Certains ici ont été vraiment tourmentés par le diable et ses démons. La foi chrétienne ne nous a pas empêchés de tomber malade, d’avoir des accidents, de nous trouver au chômage, de manquer d’argent pour vivre, de connaître la dépression, de nous fâcher avec nos proches, de mentir, de nous énerver, de médire, de convoiter, d’être égoïste, jaloux, méchant, impatient, paresseux, orgueilleux, cupide, etc. !

Et le truc, c’est qu’en tant que chrétiens, en plus on se sent coupable pour toutes ces choses ! « Malheureux que je suis ! » s’est écrié le grand apôtre Paul, alors qu’il était chrétien (Rm 7.24). Alors la foi chrétienne, ça apporte quoi, sinon plus de soucis dans la vie ?

Eh bien vous savez quoi, c’est le sujet du texte qu’on va lire dans un instant ! C’est le dernier chapitre du livre du prophète Daniel, un texte qui a été écrit plus de 5 siècles avant la naissance de Jésus. Et ce passage parle d’avance des souffrances que connaîtront les croyants « au temps de la fin ». Et si vous avez suivi la série de messages qu’on a consacrés à ce livre, vous devriez savoir que cette expression, « le temps de la fin », ça désigne l’époque de l’histoire qui devait démarrer autour de la venue du messie. Le « temps de la fin » a donc commencé autour du premier siècle, et on y est encore aujourd’hui (ce que confirme le Nouveau Testament, comme on a pu le voir la semaine dernière). On est, depuis la venue de Jésus, le Christ, dans l’ultime étape de l’histoire du monde.

Et donc, ce texte nous parle de comment ça se passe pour les croyants pendant cette période. Et comment ça se passe ? Eh bien c’est compliqué. C’est difficile. Et si le texte en parle d’avance, avant la venue de Jésus, c’est pour que les croyants, justement, le moment venu, ne soient pas surpris, et qu’ils ne trouvent pas bizarre de souffrir alors qu’ils se sont ralliés au messie qui devait les délivrer.

Ce texte veut nous rappeler une vérité toute simple, mais qui est essentielle pour nous ; c’est que l’objet de l’espérance chrétienne, c’est un truc extraordinaire—mais c’est un truc qu’on doit encore attendre de recevoir pleinement. Souffrir, c’est donc normal pour des croyants ; mais par la foi, en vertu de ce que Dieu a fait pour nous par son messie, on peut tenir bon quand même !

Un temps d’ambivalence (v. 1-4)

Premier point : notre condition actuelle en tant que chrétiens est à la fois exceptionnelle et misérable. Le temps de la fin est un temps d’ambivalence.

Le prophète commence par attirer notre attention sur trois choses qui vont caractériser le temps de la fin. D’abord, l’archange Michel « se lèvera » (v. 1), c’est-à-dire que ce chef des anges, qui est l’instrument du messie dans le combat du messie contre le mal, va gagner la victoire et établir l’autorité de Dieu (« prendre position ») en faveur des croyants. C’est une allusion, sous l’angle spirituel, à l’œuvre du messie (cf. Ap 12).

Ensuite, le prophète dit que cette victoire va inaugurer « un temps d’affliction » vraiment inédit.

Et troisièmement, le prophète dit que les croyants « échapperont », c’est-à-dire qu’ils seront préservés par Dieu, parce que leurs noms sont inscrits dans le livre de Dieu. Quoi qu’il leur arrive pendant ce temps d’affliction, les croyants hériteront en fin de compte la vie éternelle (v. 2), tandis que les non-croyants seront condamnés. Les croyants (appelés des « clairvoyants », v. 3) seront comme des étoiles dans le paradis, pour toujours.

Il y a donc ces trois choses qui caractérisent le temps de la fin : la suprématie du messie, la souffrance dans le monde, et la sécurité des croyants (cf. Ap 1.9).

C’est bien et ce n’est pas bien à la fois ! C’est comme si vous gagniez 500 millions d’euros au loto. Quelle bonne nouvelle ! Sauf que… voilà que tout d’un coup, avant même que l’argent ne vous soit versé, il y a tous ces gens qui commencent à vous harceler pour que vous leur en donniez un petit peu, pour que vous placiez votre argent par ci ou par là ; il y a même le pasteur qui vous demande si vous ne pourriez pas financer l’achat d’un local pour son église. Ça devient insupportable ! Du coup vous devez déménager à l’autre bout de la France, voire même du monde, vous séparer de vos amis, de vos proches, et commencer à vivre incognito, presque reclus, peut-être même avec des gardes du corps. C’est génial, vous êtes multimillionnaire ! Et en même temps ce n’est pas si génial. C’est ambivalent.

Et ça, c’est un peu la condition des croyants ici-bas. D’un côté, en Christ, on est plus riche que riche ! C’est-à-dire que Jésus, le messie, est venu de la part de Dieu, et il est venu nous délivrer du mal et de la mort, et ainsi garantir pour tous ceux qui croient en lui qu’ils ressusciteront pour la vie éternelle.

Il faut savoir qu’on était séparés de Dieu par notre propre faute. On était morts spirituellement. On n’était pas destinés à aller au paradis, parce qu’il n’y a rien d’impur qui peut entrer au paradis ! Mais Jésus a pris nos fautes et notre impureté, et il les a portées sur la croix. Et là, il a subi à notre place la séparation d’avec Dieu. Il a souffert, il est mort, et le troisième jour, il est ressuscité, et c’est par ce moyen qu’il a vaincu le mal et la mort. C’est par ce moyen que l’archange Michel, dans le monde invisible, s’est « levé » et a terrassé le dragon (cf. Ap 12). C’est par ce moyen que le messie a établi sa suprématie, et qu’il a garanti la sécurité éternelle des croyants. Si on lui fait confiance, ça veut dire qu’on est inscrit dans le livre de Dieu, et qu’on va briller comme des étoiles dans son royaume. En Christ, donc, on est plus riche que riche !

Mais en même temps : il y a des souffrances ici-bas. Et des souffrances particulières pour les chrétiens. Sous l’angle spirituel, la Bible nous dit que c’est le diable, en fait, qui nous poursuit et qui nous harcèle (Ép 6.12 ; 1 Pi 5.8 ; Ap 12.17…), lui qui est le « chef de nos problèmes » (cf. Ép 2.2-3). Il nous harcèle parce qu’on a gagné le jackpot, si j’ose dire !

Depuis le premier siècle, depuis la venue du messie, les chrétiens fidèles ont toujours été persécutés. À l’image de leur maître, en fait ! 215 millions de chrétiens aujourd’hui, soit 1 chrétien sur 12 subit une « grave persécution » d’après l’association Portes Ouvertes. En France, et en Occident en général, c’est plus subtil. Mais c’est le même dragon qui est « irrité » contre nous et qui nous « fait la guerre » (Ap 12.17), par des tentations, des maladies, des conflits, des addictions, des mensonges auxquels il voudrait qu’on croie, etc. Parce qu’il a été précipité sur la terre et qu’il sait « qu’il a peu de temps » (Ap 12).

Le messie est venu et a vaincu, et en même temps c’est le temps de la « grande tribulation ». Voilà donc quelle est notre condition actuelle en tant que chrétiens, une condition à la fois exceptionnelle et misérable. Ça, c’est le premier point.

Un temps d’espérance (v. 5-7)

Deuxième point : Dieu a déjà fixé le moment où nos souffrances ici-bas s’arrêteront. Le temps de la fin est un temps d’espérance, parce qu’on peut être sûr que notre délivrance arrive.

Dans le texte, l’ange glorieux qui s’est adressé à Daniel depuis le chapitre 10 s’arrête de parler. Il a répondu au questionnement de Daniel, au départ, qui se demandait ce que Dieu était en train de faire et pourquoi les Israélites continuaient d’avoir des problèmes malgré la fin de leur exil à Babylone. L’ange lui a dit, en gros : « Il faut encore patienter quelques siècles jusqu’à la venue du messie ; voici quelques éléments qui permettront aux croyants de reconnaître sa venue ; mais il faut comprendre que même une fois qu’il sera venu, et qu’il aura vaincu le mal et la mort, il faudra encore souffrir, et même plus qu’avant ; mais au moins, les croyants ne souffriront plus pareil parce que leur foi sera plus solide et mieux fondée, en raison de la venue et de la victoire du messie. »

Et là, il y a deux autres anges, semble-t-il, qui apparaissent et l’un d’eux demande à l’ange principal : « Quand viendra la fin de ces prodiges ? » (v. 6). Et de manière très solennelle, l’ange répond que ces événements s’achèveront « dans un temps, des temps et la moitié d’un temps » (v. 7). Ceux qui ont suivi cette série de messages savent ce que ça veut dire. C’est une figure de style pour dire : « dans un temps fixé par Dieu, qui vous semblera se prolonger, mais qui prendra fin soudainement ». Pourquoi ce dernier temps n’est-il pas complet ? Parce que Dieu, par égard pour les croyants, n’a pas voulu que ce temps soit trop long.

Ce qui va se passer pendant cette période, c’est que la force du peuple des croyants va « s’épuiser entièrement », ou plutôt, va « voler en éclats » (v. 7). Ce n’est pas que Dieu veut nous pousser à bout ; mais il nous éprouve et nous humilie, il augmente notre dépendance de lui, il nous brise pour notre bien et nous fait désirer de plus en plus notre délivrance.

En fait, la réponse de l’ange glorieux est une bonne nouvelle ! Imaginez que vous ayez vraiment une très grave maladie. Vous avez des symptômes horribles, qui vous font vraiment beaucoup souffrir. Et vous consultez votre médecin, et vous lui demandez : « Quand viendra la fin de ces prodiges ? ». Et il vous répond : « Vous allez guérir ! Ce n’est pas pour tout de suite, vous allez peut-être trouver le temps long, mais croyez-moi, avec toutes mes années de formation en faculté de médecine, et tout mon savoir, et toutes mes années d’expérience, je peux vous assurer que vous allez guérir ! Même si vous avez l’impression que votre maladie empire de jour en jour, votre guérison approche. » C’est quand même plutôt une bonne nouvelle, non ?

Et c’est ce qu’on a dans le texte. La grande tribulation ne va pas s’éterniser ! L’homme « vêtu de lin » (qui ressemble étrangement au Christ glorifié de la vision de l’apôtre Jean dans le livre de l’Apocalypse, cf. Ap 1.13-18) a levé les mains vers le ciel, et il a juré par Dieu que notre guérison était inéluctable et proche. Dieu a déjà fixé le moment où nos souffrances ici-bas s’arrêteront.

Et donc si on est croyant, on peut regarder nos souffrances dans les yeux, et leur dire : « Encore des temps et la moitié d’un temps ! Bientôt je vais hériter la vie éternelle et briller comme une étoile dans le paradis de Dieu, à toujours et à perpétuité ! » Et c’est pour ça qu’on peut dire que le temps de la fin, c’est un temps d’ambivalence, mais c’est aussi un temps d’espérance. Une espérance exceptionnelle et solide.

Un temps de patience (v. 8-13)

Ce qui nous amène au troisième et dernier point : ce qu’on doit faire maintenant, c’est nous tenir prêts.

Dans le texte, on a Daniel qui a assisté à l’échange entre les deux anges, et qui ne comprend pas (v. 8). Alors il pose à son tour une question, qui est pratiquement une reformulation de la question de l’ange : « Quelle sera l’issue de ces événements ? ». Daniel demande peut-être à l’ange d’être plus précis : « Un temps, des temps, la moitié d’un temps, c’est trop vague ; ça va durer combien de temps exactement, ce temps d’affliction pour les croyants ? Entre la venue du messie, et la délivrance finale ? »

Mais l’ange ne répond pas exactement à la question. Il fait comprendre à Daniel que ce qui est utile de savoir a été dit ; et ces paroles seront surtout utiles pour le temps de la fin, justement (v. 9, cf. v. 4). L’ange ne satisfait pas la curiosité de Daniel, mais les gens du temps de la fin, eux, tireront instruction de ces paroles, pour comprendre, comme on l’a fait aujourd’hui, quelle sera l’ambivalence de leur situation, et quelle sera l’espérance solide sur laquelle ils pourront s’appuyer.

Mais l’ange ajoute quand même quelque chose. Il dit que pendant toute cette période, il y aura des gens qui vont se convertir au Seigneur, d’une part, et qui vont grandir dans la foi (ceux qui seront purifiés, blanchis et épurés, v. 10), et il y aura d’autre part des gens qui vont persister dans le mal.

Et ensuite il annonce quand même une sorte de durée pour cette période. « 1290 jours », dit-il, à compter de l’interruption du sacrifice perpétuel et de l’abomination du dévastateur (v. 11). Qu’est-ce que ça veut dire ? Eh bien si vous vous rappelez la fameuse vision des soixante-dix semaines (chap. 9), on avait vu que l’avènement du messie (la venue de Jésus et son œuvre) allait entraîner ces deux choses (Dn 9.27). D’une part l’interruption définitive des sacrifices au temple, puisque Jésus s’est offert une fois pour toutes en sacrifice pour les croyants, et d’autre part la profanation du temple de l’Éternel, une profanation absolue puisque le temple serait finalement carrément détruit.

C’est un peu technique, mais l’ange, ici, fait bien référence à la première venue de Jésus, qui a précédé de peu, en l’espace d’une génération, comme Jésus l’avait prédit (Mt 24.15-34), la profanation du temple pendant des conflits sanglants et fratricides qui ont opposé les Juifs de Jérusalem, puis la destruction totale du temple par les Romains, et donc l’interruption définitive des sacrifices, tout ça en l’an 70.

Donc l’ange dit que notre grande tribulation, qui a commencé au premier siècle, va durer 1290 jours. Alors la signification de ce nombre est mystérieuse. Qu’est-ce que ça veut dire pour nous ? Eh bien notons que 1290 jours c’est 1260 jours + 30, c’est-à-dire 42 mois + 1. Et 42 mois, c’est trois ans et demi, c’est-à-dire un temps, des temps et la moitié d’un temps. Donc 1290 jours, ça pourrait vouloir dire « un temps fixé par Dieu, qui vous semblera se prolonger, mais que Dieu n’a pas voulu trop long par égard pour vous, et pourtant qui vous semblera durer trop longtemps. » Comme si ça dépassait le délai qu’on pouvait attendre. D’ailleurs ce n’est pas 1290 jours qu’il faudra attendre, mais même 1335 jours (v. 12), c’est-à-dire encore 1 mois et demi de plus ! Le temps de notre délivrance a été fixé par Dieu ; mais on doit être prêt à attendre peut-être plus longtemps qu’on ne l’imagine.

C’est peut-être ça que veut dire le texte, ici. De notre point de vue, on va avoir l’impression que Dieu est en retard dans l’accomplissement de ses promesses. Que nos souffrances commencent quand même à durer un peu. Et peut-être qu’on va être tenté de se dire : « Et si finalement, on s’était complètement trompé ? Ce n’est peut-être pas Jésus le messie ! Peut-être qu’on n’a pas bien compris ! Peut-être qu’il n’y a même pas de Dieu, parce que franchement, ça fait longtemps qu’on attend qu’il mette un terme à la souffrance, au mal et à la mort dans ce monde ! »

C’est un peu comme quand vous avez rendez-vous avec quelqu’un qui vous dit : « Je vais arriver dans la soirée. » Et pour vous, la soirée, c’est à partir de 19h. Vous attendez, et il n’arrive pas. 19h30, 20h, 20h30, toujours personne. Et vous vous dites quoi, naturellement ? « Il a dû se prendre les bouchons ; ou il a raté son bus ; ou il a eu un empêchement de dernière minute ; ou bien il m’a posé un lapin, tout simplement. »

Mais ces derniers versets du livre de Daniel sont là justement pour nous empêcher de croire ça au sujet de Dieu. Le texte est là pour nous prévenir, nous qui sommes dans les temps de la fin, nous qui sommes dans la grande tribulation, le texte veut nous prévenir que c’est normal si ça semble durer plus longtemps que ce qu’on pensait. Le texte nous exhorte donc ici à encore plus de patience. « Heureux celui qui attendra, et qui arrivera jusqu’à 1335 jours ! » (v. 12).

Un jour, Jésus a raconté l’histoire d’un mariage. Il y avait le marié qui devait arriver dans la soirée. Et comme c’était la coutume à l’époque, il y avait dix demoiselles d’honneur qui devaient l’attendre pour l’accueillir quand il arriverait, et l’accompagner dans la salle des noces. Sauf que, comme cela arrive souvent dans les mariages, il y avait du retard. Et le marié s’est fait tellement attendre que les demoiselles d’honneur se sont endormies. Quand il est enfin arrivé, les demoiselles d’honneur se sont levées pour l’accueillir, mais voilà : la moitié d’entre elles n’avaient pas prévu d’attendre aussi longtemps. Elles n’étaient pas prêtes, parce qu’elles n’avaient pas prévu de carburant pour leurs lampes. Et parce qu’elles n’étaient pas prêtes, elles n’ont pas pu entrer avec le marié dans la salle des noces, et elles sont restées dehors, et il ne leur restait que leurs yeux pour pleurer (Mt 25.1-13). Et la conclusion de Jésus :

« Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour ni l’heure ».

L’attente va nous sembler longue, peut-être plus longue qu’on ne l’imaginait, mais ce qu’on doit faire maintenant, c’est nous tenir prêts.

C’est vrai qu’on souffre ici-bas. Le temps nous semble long. Depuis des siècles maintenant, les chrétiens sont persécutés, opprimés, harcelés, éprouvés, de plein de manières différentes, et on en a tous fait l’expérience dans notre vie. Le diable nous fait la guerre. Et ce texte est là pour nous dire : « C’est normal » ! Dieu nous en avait parlé d’avance.

Et tant d’autres passages de la Bible sont là pour nous confirmer cette réalité. « Tous ceux qui veulent vivre pieusement en Christ-Jésus seront persécutés. » (2 Tm 3.12) « C’est par beaucoup de tribulations qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu. » (Ac 14.22) « Nous sommes cohéritiers avec Christ, si toutefois nous souffrons avec lui. » (Rm 8.17) « Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang en combattant contre le péché. » (Hé 12.4) « Résistez au diable, sachant que les mêmes souffrances sont imposées à vos frères dans le monde. » (1 Pi 5.9) « Vous serez haïs de tous à cause de mon nom. » (Mt 10.22) Etc., etc. !

Finalement, la foi chrétienne, ça apporte quoi, sinon plus de soucis dans la vie ? « Malheureux que je suis », s’écrie le grand apôtre Paul, « Qui me délivrera de ce corps de mort ? » Et juste après :

« Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur ! » (Rm 7.24-25)

Jésus le messie est venu et il a vaincu. Il a établi son règne par sa mort et sa résurrection. Il est au ciel t il va revenir. Ce qui veut dire qu’on souffre encore, et qu’on souffre peut-être plus, mais qu’on ne souffre plus pareil. C’est l’ambivalence de notre condition actuelle. Le fameux « déjà et pas encore », ou pour le dire autrement : « encore, mais plus pareil » !

Parce que cette grande tribulation, c’est aussi un temps d’espérance. Nous savons pour sûr que Dieu a fixé le moment où nous serons définitivement délivrés du mal. Ce sera lorsque Jésus reviendra dans la gloire, et que les morts ressusciteront pour le jugement ; et à ce moment-là tous les croyants recevront leur héritage, comme Daniel, à la fin des jours (v. 13), et seront pour toujours consolés dans la présence de Dieu.

Ce jour arrive, même s’il semble tarder, et nous devons nous tenir prêts. Nous devons garder nos lampes allumées et continuer de prendre à cœur la vocation—et même la mission—que le messie nous a confiée en attendant.

Dieu n’est pas retardé à cause d’un bouchon. Il n’a pas raté son bus. Il n’a pas eu un empêchement de dernière minute. L’apôtre Pierre nous dit pourquoi le temps nous semble long :

« Le Seigneur use de patience envers vous, il ne veut pas qu’aucun périsse, mais il veut que tous arrivent à la repentance. » (2 Pi 3.9)

Dieu tarde… parce que c’est lui qui est patient ! Il prend le temps qu’il faut pour nous administrer ses bons traitements. Il veut sauver tous ses élus, et il veut nous blanchir et nous épurer et nous préparer pour le paradis. Et nos souffrances, nos épreuves, nos tentations, même nos échecs, et même nos péchés, contribuent mystérieusement à ce projet. On peut tenir bon, non ? On peut se relever, et reprendre la route avec Dieu, et persévérer dans la prière, dans le service et dans l’annonce de l’Évangile !

« Attendez et hâtez l’avènement du jour de Dieu », dit l’apôtre Pierre, et « dans cette attente, efforcez-vous d’être trouvés par lui sans tache et sans défaut dans la paix » (2 Pi 3.12, 14).

Vous voyez ? L’objet de l’espérance chrétienne, c’est un truc extraordinaire—mais c’est un truc qu’on doit encore attendre de recevoir pleinement. Comme le dit aussi l’apôtre Paul dans un passage où il parle des « souffrances du temps présent », c’est-à-dire des souffrances de la grande tribulation :

« C’est en espérance que nous avons été sauvés. Or, l’espérance qu’on voit n’est plus espérance : ce qu’on voit, peut-on l’espérer encore ? Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance. » (Rm 8.24-25)

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