Mettre à profit la connaissance

Par Jonah Haddadle 13 janvier 2019

De quoi avons-nous besoin pour bien commencer l’année 2019 et pour bien maintenir de bonnes habitudes tout au long de l’année ? Et de quoi avons-nous besoin pour bien démarrer la suite de notre vie ?

Depuis deux semaines nous sommes dans la période des bonnes résolutions du nouvel an : des régimes alimentaires qui commencent juste après qu’on a mangé cette troisième part de gâteau et qui s’arrêtent quelques jours plus tard devant un plateau de cookies ; ou bien, l’intention de faire du sport cinq fois par semaine (ou au moins d’avoir une pensée fugace qui concerne le sport cinq fois par semaine) ; ou bien l’objectif de regarder moins la télé, de lire plus de livres, de boire moins d’alcool, de se coucher plus tôt le soir, d’être un meilleur ami, un meilleur époux et un meilleur citoyen. Le principe derrière nos bonnes résolutions, c’est de mieux vivre.

Personnellement, moi, je suis très cynique par rapport aux bonnes résolutions du nouvel an. Ça commence fort et ça finit mal. C’est difficile de changer nos habitudes sans changer notre façon de penser. Mais pour ceux qui veulent vraiment changer leur vie―pour ceux qui veulent mieux vivre―l’apôtre Pierre nous propose quelques idées dans sa deuxième épitre aux chrétiens. Pierre nous donne un enseignement à mettre en pratique cette année, et au-delà de cette année, pour toute la vie. Pierre nous propose de mieux connaître Dieu pour mieux vivre.

Alors, aujourd’hui je vais lancer une petite série sur la deuxième épître de Pierre à l’Église chrétienne, et nous allons voir à travers cette étude quelle est la vraie préoccupation de Pierre, c’est-à-dire, qu’il souhaite que les chrétiens connaissent mieux le Seigneur pour qu’ils puissent mieux vivre leur foi dans un monde rempli de mensonges.

L’auteur de ce livre se présente comme Simon Pierre, serviteur et apôtre de Jésus. Le nom Simon (un nom hébraïque), nous fait penser au simple ouvrier (un pécheur professionnel) de la Galilée. Le nom Pierre (ou Petros en grec), nous fait penser à ce disciple passionné, avec son comportement brusque et imprévisible, à qui Jésus a confié l’Église. En utilisant son nom complet, Simon Pierre est peut-être en train de se désigner au verset 1 comme un humble serviteur de Christ d’un côté, et de l’autre côté comme un apôtre qui détient une énorme autorité et qui mérite le respect des destinataires de sa lettre.

Et tout au long de cette épître, Pierre nous propose de mieux connaître Dieu afin de mieux vivre dans ce monde rempli de mensonges. La vraie préoccupation de Pierre c’est la connaissance des chrétiens. Il veut que les chrétiens connaissent Jésus intellectuellement à travers une bonne étude de l’Écriture, et même encore plus, il veut que les chrétiens connaissent Jésus par une relation personnelle et authentique, dans la foi. Pierre veut que les chrétiens se protègent contre les faux évangiles, contre les faux prophètes et contre les comportements qui mènent à la ruine morale.

Plus qu’une épître, ce petit livre est une vitupération―une exhortation passionnée et polémique qui nous demande de résister à tout prix à tout enseignement qui déformerait ou qui dépasserait, même légèrement, l’Évangile de la grâce et de l’espérance. Le message de Pierre est simple : mieux connaître Dieu pour mieux vivre. Pierre veut que les chrétiens de toutes les époques s’engagent à grandir en connaissance et à mettre à profit cette connaissance. Dans les versets 1-11 du premier chapitre nous voyons que la bonne connaissance nous transforme, nous fait croître et nous soutient.

La bonne connaissance nous transforme (v. 1-2)

La connaissance du Seigneur vient de la foi pour produire en nous la grâce et la paix. Dès l’introduction de ce texte, Pierre fait un lien entre la foi et la connaissance. Les salutations de Pierre aux versets 1 et 2 contiennent tout le blueprint (tout le schéma ou le plan) de ce qu’il veut communiquer à l’église. Tous les chrétiens ont reçu la même foi que les apôtres par la grâce de Dieu manifestée en Jésus-Christ afin que nous soyons équipés pour connaître notre Seigneur et pour croître dans la grâce et la paix.

Dieu nous donne la foi pour que nous le connaissions. Il y a un lien fort entre la foi et la connaissance. Ici, la foi n’est pas un saut dans le vide. La foi n’est pas un suicide intellectuel. La foi n’est pas quelque chose qui nous donne l’autorisation de croire n’importe quoi. Ici, l’image de la foi et de la connaissance ressemble plutôt à ce que le théologien Anselme de Canterbury a décrit : fides quaerens intellectum―une expression latine qui veut dire : la foi qui recherche la connaissance. La connaissance ne remplace pas la foi des croyants, ni la foi la connaissance. En revanche, les deux coexistent. La connaissance œuvre avec la foi en visant la transformation spirituelle des croyants.

La connaissance du Seigneur vient par l’investigation, ou la recherche, de qui il est. Elle vient quand nous cherchons la vérité. Elle vient par une confiance rationnelle dans la réalité que nous percevons à travers l’étude de la Bible, dans la prière et par la communion fraternelle. La connaissance ne doit jamais rester stagnante.

Pierre encourage les destinataires de sa lettre en leur disant : « Vous avez confiance en Dieu pour de bonnes raisons, mais maintenant je veux que cette foi se dispose à chercher une connaissance profonde de qui est Dieu ». Pierre nous encourage à mieux connaître l’objet et la source de notre foi. Si la foi chrétienne est définie par une confiance rationnelle dans les promesses de Dieu, alors la connaissance chrétienne peut être définie par une sorte de familiarité avec Dieu, par une compréhension intime des priorités divines et une perception morale qui tient en compte des commandements de Dieu.

Il y a des choses qu’on utilise tous les jours et auxquelles ont fait confiance sans comprendre comment elles fonctionnent. J’ai confiance que ma voiture va fonctionner correctement pour me transporter. Mais tant mieux si je sais aussi comment la voiture fonctionne, comment entretenir la voiture, et comment reconnaître quand il y a des problèmes mécaniques. J’ai confiance que mon ordinateur va fonctionner correctement pour que je puisse faire mon travail. Mais tant mieux si je comprends son fonctionnement, comment le réparer et comment tirer le maximum de ses logiciels. J’ai confiance en Dieu pour mon salut, mais tant mieux si je le connais à travers la prière et l’étude de sa Parole pour mieux vivre mon salut de jour en jour, pour mieux communiquer l’espérance que j’ai en Christ et pour me protéger (moi et les autres) de l’influence des faux évangiles et des mensonges du diable.

La bonne connaissance nous fait croître (v. 3-9)

Après cette brève introduction, Pierre nous explique ensuite comment la connaissance peut être mise à profit pour le bien de notre foi. Deux choses me frappent dans les versets 3-9 : d’abord, la puissance de Dieu est à la source de toutes les vertus chrétiennes. C’est-à-dire que nous ne pouvons développer une vie d’obéissance qui plait à Dieu que par la grâce de Dieu accordée aux croyants (aux versets 3 et 4). Ensuite, notre croissance en productivité est mesurée, dans le contexte, à notre piété, à notre vertu et à notre caractère. Le verset 8 est très clair sur le fait que l’activité et le fruit de la vie chrétienne découlent de la connaissance de Dieu. Ça implique un devoir mais aussi une qualité de vie qui se traduit par le fait de fuir la corruption de notre nature humaine. Pierre décrit cette qualité de vie en disant même que les croyants deviennent participants de la nature divine.

Pour les philosophes moraux de l’Antiquité, la paresse ou l’inactivité était une insulte contre la vertu. Une vie réussie était une vie productive. Mais comment mesurer la productivité ? Pour Pierre, le fruit chrétien se voit, pas dans la quantité de ce qu’on produit, mais dans la qualité et la mise à profit de la connaissance. Si notre préoccupation concerne la quantité de nos œuvres ou la production de résultats visibles pour que les gens nous félicitent, alors nous n’avons pas compris. Pierre appelle l’Église à avoir tout simplement une vie cohérente. Les œuvres de compassion et les actions qui reflètent la générosité et l’amour, ce sont des choses qui peuvent être faites par n’importe qui, croyants et non-croyants ; mais Pierre veut que les actions visibles de l’Église découlent naturellement d’une productivité spirituelle qui est centrée sur notre relation avec Jésus à travers une foi qui recherche la connaissance.  Ici, la productivité chrétienne est mesurée par la qualité de notre caractère, et par la mise en pratique de notre piété.

La qualité et non la quantité ! Qu’est-ce qui vaut mieux : manger un repas chez Paul Bocuse, ou manger 100 mauvais sandwiches au pain rassis achetés dans une station service sur l’autoroute ? Qu’est-ce qui vaut mieux : partager une bouteille de grand cru avec ses invités, ou servir 10 litres d’alcool industriel achetés à un prix réduit ? Qu’est-ce qui vaut mieux : une petite communauté de chrétiens fidèles qui persévèrent dans l’apprentissage et la mise en pratique de la Parole de Dieu, ou une église qui ne prêche pas l’Évangile mais qui attire du monde avec ses spectacles humoristiques et son groupe de louange professionnel ? Si on est bien nourri par de bons aliments spirituels qui viennent par la recherche de la connaissance de Dieu, et si l’intelligence est transformée par la foi en Christ…si le cœur se conforme au caractère de Dieu dans l’amour, alors le fruit visible sera évident à nos yeux.

Je veux vous demander combien vous pouvez nommer de chrétiens qui sont morts dans l’histoire de l’Église ? Donnez-moi 10 minutes pour réfléchir et je pourrai vous nommer quelques personnalités du 20ème siècle, une poignée de Réformateurs, plusieurs grands théologiens scolastiques, un ou deux missionnaires célèbres, et quelques pères de l’Église. Peut-être que vous pouvez faire mieux que moi, mais ce que je veux dire c’est que la vigueur et la croissance de l’Église aujourd’hui ne reposent pas sur le charisme de quelques pasteurs célèbres, mais sur l’obéissance fidèle de millions d’autres chrétiens qui cherchent activement et attentivement à connaître Dieu et qui travaillent jour après jour pour le royaume, même dans l’obscurité et dans l’anonymat. Selon Pierre, il vaut mieux connaître Dieu pour mieux vivre une vie d’obéissance et de croissance.

La bonne connaissance nous soutient (v. 10-11)

La dernière chose que le texte nous dit, c’est que la bonne connaissance nous soutient. Pierre appelle l’Église à s’efforcer d’affermir sa vocation et son élection afin de ne pas broncher, de ne pas trébucher ou tomber. Juste pour expliquer cette idée, Pierre nous a déjà dit au début de ce texte que la foi est quelque chose que les chrétiens ont reçu et qui leur a été donné par Dieu selon sa grâce qui se manifeste dans le sacrifice de Jésus pour la purification de nos péchés. Et donc, ce n’est pas comme si nos échecs moraux et spirituels pouvaient annuler la souveraineté de Dieu qui nous fait persévérer dans la foi, ou comme si le risque de trébucher faisait entrave à l’élection des croyants. Par contre, Pierre est en train de nous dire que notre réponse d’obéissance à Dieu devrait être adaptée et appropriée à la grâce que nous avons reçue en Jésus. C’est-à-dire que si nous sommes sauvés par la foi, et si nous grandissons en connaissance de Dieu, notre réponse naturelle sera de nous efforcer d’autant plus d’affermir notre vocation et notre élection.

Gardez à l’esprit que l’apôtre Pierre est préoccupé ici par les mensonges des faux prophètes, par les faux évangiles et par l’influence des païens qui infiltrent l’Église. Il veut que notre foi (la foi des chrétiens) reste sûre―c’est-à-dire bien sécurisée par la connaissance de Dieu.

J’ai aidé un voisin récemment qui voulait monter des placards dans son appartement en les fixant sur le mur. Mais puisqu’il avait déjà des placards qui s’étaient détachés et qui étaient tombés du mur, il a décidé cette fois d’utiliser des gros boulons au lieu de petits ancrages muraux en plastique. Et donc il a transpercé le mur entier pour mettre des boulons. Finalement, sur un côté du mur il y avait de beaux placards, et de l’autre de vilaines protubérances en métal sur lesquelles il a décidé d’accrocher des tableaux. Problem solved. Problème résolu !

Alors, qu’est-ce que je vous raconte ? Je vais vous expliquer le sens de cette parabole (ce mystère profond). Que celui qui a des oreilles entende ! Le meuble délivré par Ikea chez mon voisin, ça représente la foi donnée par Dieu. Par contre, le bon montage de ce meuble, ça représente le fait d’installer la foi au centre de notre vie par la connaissance de Dieu, pour que cette foi ne se décroche pas et ne tombe pas par terre.

L’idée ici, c’est que nous sommes invités à exercer notre foi de manière diligente (c’est-à-dire avec sérieux) en mettant en pratique la vertu mentionnée dans les versets précédents. Pierre veut que nous prenions des mesures pour que notre foi soit solidement fondée, et pour que nous devenions forts et stables dans notre marche chrétienne.

Pierre sait en quoi consiste l’échec spirituel. Pierre se souvient de la nuit où il s’est fourvoyé en reniant le Seigneur. Il se souvient de son échec. Pierre avait promis à Jésus : « Tu ne seras jamais une occasion de chute pour moi. » Et quelques heures plus tard il a renié Jésus trois fois pour sauver sa peau. Bien qu’on ne sache pas à quoi ressemblait Pierre, personnellement j’imagine toujours un homme grand, puissant et volumineux avec une grosse barbe noire―un homme qui ressemble à Sébastien Chabal par exemple. Mais même Pierre, cet homme imposant, quand il a été confronté à l’interrogation d’une fille, une servante, qui lui a demandé sa relation à Jésus, cet homme passionné qui était prêt à mourir pour la bonne cause, a renié trois fois le Seigneur en disant : « Je ne connais pas cet homme ! »

Pierre avait raison. Il ne connaissait pas Jésus. Il n’avait pas une connaissance qui lui permettait de comprendre la nécessité de la mort et de la résurrection de Jésus. Il n’avait pas la connaissance du plan rédempteur de Dieu pour le monde. Il n’avait pas la connaissance de l’amour de Jésus pour lui. Il n’avait pas compris en quoi consistait la grâce de Dieu dans sa vie. Il n’avait pas compris les promesses précieuses de Dieu qui lui étaient adressées, ni ce que cela voulait dire de devenir « participant de la nature divine ».

Mais maintenant à la fin de sa vie, Pierre voit les choses plus clairement. Il est tombé et il ne veut pas que les autres chrétiens tombent à leur tour. Il veut nous donner un remède pour rester fermes dans la foi. Il veut que nous connaissions mieux le Seigneur pour mieux vivre. Il nous rappelle qu’une vie réussie ne repose pas sur ce qu’on fait, mais sur qui on connaît.

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