Des traîtres parmi nous

Par Jonah Haddadle 17 mars 2019

Imaginez que vous faites partie d’un petit groupe de soldats qui défendent un château-fort. Semaine après semaine vous vous battez à côté de vos camarades pour repousser une vaste armée d’ennemis. C’est une bataille ardue et vous êtes déjà démoralisé par cette lourde tâche, quand soudain, un de vos compagnons enlève la barricade et ouvre grand le portail pour que l’ennemi entre. Ce traître parmi vous fait disparaître votre dernier espoir de victoire.

Peut-être que vous avez déjà fait l’expérience d’une trahison, où quelqu’un en qui vous aviez confiance s’est retourné soudainement contre vous. Ou peut-être que c’était plus subtil que ça. Peut-être qu’au fil du temps vous avez été entraîné sur un mauvais chemin à cause d’une relation avec quelqu’un qui avait autre chose en tête que vos intérêts. Peut-être que cela s’est passé à l’église, ou que cela a concerné un membre de votre famille. Peut-être que vous étiez, même, l’instigateur d’une telle trahison.

Quand la trahison arrive au sien de l’église, ça fait mal. La trahison fait mal parce qu’on ne l’attend jamais, et parce qu’elle implique ceux qui sont censés être nos alliés ou nos amis. En tant que chrétiens, nous savons déjà que le diable cherche à nous détruire. Nous savons déjà que ce monde déchu nous prend pour cible. Nous savons déjà que ceux qui ne font pas partie de l’église n’ont pas en tête nos meilleurs intérêts. Mais quand nos proches cherchent à nous détourner de la Bible, ça fait mal. La vie chrétienne est déjà difficile. Suivre le Seigneur fidèlement, c’est déjà compliqué. Nous n’avons pas besoins de traîtres parmi nous en plus.

Et ça c’est la préoccupation de l’apôtre Pierre dans le livre de 2 Pierre, chapitre 2, versets 1-10. C’est ici que Pierre nous met en garde contre les faux enseignants. Dans le chapitre 1, Pierre nous rappelle la vérité de Jésus ressuscité et l’importance de connaître le Seigneur. Mais ici, il cherche à dénoncer les faux docteurs qui trahissent l’église, et il veut à nous mettre en garde contre ces traîtres. Le message principal de Pierre dans ces versets, c’est que Dieu épargne les fidèles quand le jugement arrive contre ceux qui se rebellent. Dieu préserve les fidèles de la perdition.

Il y a trois aspects de la rébellion dans ce texte que je voudrais aborder aujourd’hui, mais avant d’entrer dans les détails de la rébellion contre Dieu, je voudrais soulever la question de qui sont ces faux docteurs ? Les faux docteurs, les pseudo-didaskaloi, un mot grec qui veut dire littéralement « faux enseignants », ces personnes sont des rebelles contre Dieu, ces personnes se trouvent parmi le peuple de Dieu, et ces personnes se dressent pour conduire les fidèles vers la perdition. Bien qu’ils puissent être des ennemis qui proviennent de l’extérieur de l’église, dans le contexte de 2 Pierre 2, il est plus probable que ces personnes sont des membres de la communauté. Remarquez que les faux docteurs sont parmi les gens de l’église de la même manière que les faux prophètes étaient parmi le peuple de Dieu dans le passé. Remarquez aussi que ces personnes renient le Maître qui les a rachetés. Par sa mort à la croix, Jésus a accompli la rédemption de l’église. Le texte nous dit que les faux docteurs font partie du peuple racheté, même s’ils ne sont pas rachetés eux-mêmes en tant qu’individus. Et donc, le contexte nous donne l’impression que ces personnes sont issues de l’église, ou qu’elles connaissent au moins la bonne doctrine et qu’ils la pervertissent. Ils renient le Maître et Seigneur, et ils rejettent la vérité et la connaissance de Dieu qui viennent par la foi.

Les faux enseignants sont des traîtres qui ouvrent grand les portes de l’église aux attaques du diable et du monde. Et donc, la suite de ce texte examine l’anatomie de cette rébellion contre Dieu instiguée par ces traîtres, et ensuite ce texte nous parle de comment Dieu épargne les fidèles.

La rébellion commence par des mensonges

La première chose que nous voyons dans ce texte, c’est que la rébellion commence par des mensonges. Jean, chapitre 8, verset 44, nous dit que le diable est le père du mensonge et que ceux qui le suivent deviennent aussi des menteurs. Pour devenir un faux enseignant, on commence par se tromper soi-même.

Dans ce texte, le fruit de la rébellion contre Dieu se manifeste par un regroupement de péchés et de punitions qui sont tous liés, et ça commence par des mensonges. Le verset 3 nous dit que les faux docteurs communiquent par le moyen d’une parole trompeuse. On se ment à soi-même pour qu’on puisse ensuite mentir aux autres et à Dieu. Dès qu’on aura établi ces mensonges, on sera mieux placé pour vivre son péché aveuglément. Dans ce texte, les faux enseignants empruntent la voie qui mène à la perdition en niant, en premier, la souveraineté de Dieu. Quand le verset 1 nous dit qu’ils renient le Maître, ça implique le reniement de l’autorité, du pouvoir et de la souveraineté de Dieu. Le verset 10 est explicite aussi : les faux enseignants méprisent l’autorité du Seigneur. Ici, le mensonge se trouve dans l’idée que le faux enseignant se déclare maître de sa propre vie. « Je suis le maître de ma propre vie. » Ça, c’est le mensonge par excellence. Je suis le maître de ma propre vie, le souverain maître de mon destin, et mes propres désirs alimentent et justifient mon autonomie.

Voici le mensonge : je suis justifié dans mes péchés. Je suis justifié dans ma mauvaise attitude contre les autres parce qu’ils sont méchants. Je suis justifié dans mes calomnies. Peut-être que ça vous est déjà arrivé de vous dire : je suis justifié si je vole quelques petits objets et un peu d’argent sur mon lieu de travail, parce que mon employeur est plus riche que moi. De plus, il est oppresseur. Dieu n’aime pas les riches oppresseurs. En lui volant des choses, je fais le bien ! Je fais comme je veux ; je suis le maître.

Ou bien, mon besoin de me justifier dans mon comportement et de faire ce que je veux est plus grand et plus puissant dans ma vie que le commandement d’obéir à mes parents ou aux autres autorités auxquelles je devrais être soumis. Consulter des sites web pornographiques, tromper mon époux, calomnier des personnes de l’église, nourrir mes addictions, tricher à mes examens et enseigner aux autres à faire les mêmes choses par mes actes et mes paroles, tout ça, ça commence par un seule et même mensonge : Dieu n’est pas le maître.

La rébellion contre Dieu est une attitude ridicule et même ironique, quand on dit : « je préférerais être maître dans ma pauvreté, dans ma condition sordide, et dans ma saleté misérable, plutôt que d’être un serviteur dans le palais du bon roi. » « Je préférerais être roi de l’enfer plutôt que d’être serviteur au paradis. » « Je préférerais être autonome dans la prison de mes péchés, plutôt que d’être libéré par Dieu afin de devenir son serviteur. »

Mais vous voyez l’ironie de cette pensée ? Prétendre que Dieu n’est pas le maître est risible. Se boucher les oreilles, ça n’arrête pas la musique. Fermer les yeux, ça ne fait pas disparaître les gens. Ignorer Dieu, ça ne l’empêche pas d’être le Maître de l’univers. Ce genre de démence n’arrive que par les mensonges. La rébellion, ça commence par des mensonges.

La rébellion se nourrit de cupidité

Ensuite, Pierre contre-attaque les traîtres en nous montrant que la rébellion se nourrit de cupidité. Cette idée est présente dans les versets 1-3. Quand on croit, à tort, qu’on est le maître, et quand on se retourne contre Dieu, on remplace la loi de Dieu par sa propre loi. Pour comprendre cette idée, il suffit de se demander, qu’est-ce qu’on ferait si on était le président de la République pendant une journée, ou si on était un roi avec un pouvoir absolu sur toute la nation. Pour les enfants dans la salle, qu’est-ce que vous feriez si vous étiez aux commandes pendant une journée ? Déclarer un jour férié, peut-être. Supprimer les devoirs à l’école, peut-être. Instituer une fête des bonbons Je ne sais pas. Peut-être qu’on ferait de bonnes choses, et peut-être qu’on ferait aussi de mauvaises choses.

Notre nature déchue (notre nature humaine qui tend à l’égoïsme et à l’orgueil) nous pousse vers la cupidité. Quand nous nous donnons le pouvoir absolu, en nous déclarant maître de notre propre vie, la première chose que nous faisons, c’est que nous remplaçons les lois, les valeurs et les priorités de notre prédécesseur par nos propre lois, nos valeurs et nos priorités (ou du moins, nous réinterprétons ces choses selon notre propre vision des choses). Notre cupidité nous conduit à remplacer la voie de Dieu par la voie de la perdition.

En fait, la rébellion des faux docteurs se manifeste par leur attitude envers la bonne nouvelle. On les reconnaît non pas parce qu’ils renient purement et simplement l’évangile, mais parce qu’ils manipulent la bonne nouvelle concernant Jésus, pour servir leurs propres buts. Les rebelles (les traîtres) ne se nourrissent pas de la vérité, mais de la cupidité et de la convoitise.

La rébellion se termine par la punition

Ensuite la troisième et dernière idée soulignée par ce texte se trouve aux versets 4-10 en particulier. Les versets 4-10 ne sont pas là par hasard, bien sûr. Pierre soulève un vrai problème théologique, qu’il développe plus au chapitre 3, et qui concerne un des problèmes principaux des faux enseignants. Ces faux docteurs nient le retour futur de Jésus, et par conséquent, ils nient le jugement des péchés. Le raisonnement des faux enseignants, c’est le suivant : si je me convaincs moi-même que Jésus ne reviendra pas, alors je peux vivre sans m’inquiéter du jugement dernier, et s’il n’y a pas de jugement, alors il n’y aura pas de punition, ce qui veut dire que je peux vivre sans restrictions morales, en me disant que Dieu me laisse libre de faire ce que je veux. Dieu s’en fiche de ce que je fais, tout simplement. Les faux docteurs prêchent un Dieu complaisant et laxiste. C’est comme les faux prophètes mentionnés en Jérémie, chapitres 5 et 6, qui font du mal et qui prêchent juste ce que les gens veulent entendre au lieu de dire la vérité. Ces personnes défendent par conséquent un genre d’immoralité débridée, sans crainte de punition et sans l’idée de devoir un jour rendre des comptes à Dieu. Ils instaurent une véritable immunité légale.

En fait, cette idée d’immunité légale pour nos crimes a été mise à l’écran dans le film American Nightmare (ou The Purge selon le titre original), qui est sorti il y a quelques années. Ce film, et la série de télévision qu’il a inspirée, présentent une société gouvernée par un parti politique autoritaire qui a réussi à éliminer tout crime. Sauf qu’une fois par an, les autorités permettent un genre de carnaval pendant une période de 12 heures, où n’importe quel crime est permis sans aucune conséquence. Pendant 12 heures, le gouvernement et les forces de l’ordre ferment les yeux. Cette période commence par l’annonce suivante : Dès que retentira la sirène, tout crime y compris celui d'homicide sera légal pendant les 12 heures qui suivront. La police, les pompiers et les services d'urgence médicale seront indisponibles jusqu'à 7h demain matin, heure où la purge se terminera. C’est horrible.

Mais de la même manière, les faux enseignants imaginent que Dieu ferme les yeux sur leur débauche, ce qui n’est sûrement pas le cas. Pierre est en train de nous rappeler que tous les rebelles qui s’élèvent contre la sainteté de Dieu seront punis et que tous les fidèles seront épargnés. En fait, dans les versets 4-10, nous avons trois exemples explicites de trahison et de rébellion contre Dieu ; et à chaque fois, la rébellion se termine par la punition. Dieu ne ferme pas les yeux.

Et donc, d’abord, on voit l’exemple des anges rebelles. Ces anges rebelles représentent l’orgueil et l’autonomie devant Dieu. La chute des anges est mentionnée dans plusieurs textes de la Bible. Par exemple, la prophétie contre le roi de Babylone qui se situe dans Ésaïe, chapitre 14, versets 11-19, peut être interprétée comme description de la chute de Satan et de ses anges (tout comme la prophétie qu’on trouve dans Ézéchiel, chapitre 28). La chute et le jugement des anges rebelles sont mentionnés aussi dans Apocalypse 12.7-9, Luc 10.18, parmi d’autres textes. Leur trahison a débuté par l’orgueil et s’est terminée par la punition.

Ensuite, on voit l’exemple du monde ancien qui représente l’apostasie et un cœur endurci. Genèse, chapitre 6, raconte comment l’arche de Noé a été construite comme signe de jugement contre le mal et comme signe de salut pour ceux qui ont reçu la faveur de Dieu.

Enfin, Pierre mentionne les villes de Sodome et Gomorrhe qui représentent l’incontinence et la perversion sexuelle. Genèse, chapitre 19, raconte comment Dieu a détruit par feu ces deux villes à cause de leur idolâtrie et de leurs pratiques sexuelles violentes et perverses qui incluaient des pratiques homosexuelles. Il n’y a que Loth et sa famille qui ont été épargnés par la grâce de Dieu. Dans son épitre, Pierre représente Loth comme juste. Et je veux vous apporter quelques précisions par rapport à cette affirmation. Parce que selon le récit de la Genèse, Loth était égoïste. Au lieu de rester avec Abraham et le peuple de Dieu, il a cherché ces propres intérêts. Il a préféré habiter parmi des gens qui avaient des pratiques détestables. Il offre ses filles aux violeurs de Sodome. Il n’écoute pas Dieu. Il commet l’inceste, et ainsi de suite. Même si on interprète ces actions comme celles d’un ignorant ou d’une victime, même dans le meilleur des cas, Loth est un personnage qui est moralement ambigu. Et donc, Pierre n’est pas en train de réinterpréter la vie de Loth. En revanche, il est en train de prêcher l’évangile. Ce que je veux dire, c’est que selon Pierre, c’est par la grâce de Dieu seul que Loth a été épargné. Quand il dit que Loth était juste, c’est plus pour représenter la grâce de Dieu dans sa vie, plutôt que pour souligner la justice propre de Loth.

Tout simplement, les versets 4-10 nous disent que le souverain Maître du monde juge selon sa justice parfaite, et il sauve selon sa grâce parfaite. Dans ce texte, Dieu nettoie par du feu et de l’eau―deux moyens de purification. Il éloigne de lui le péché. Les anges rebelles sont jetés dans des abîmes de ténèbres, c’est-à-dire, en enfer. Et en fait, le mot en grec est « Tartaros » ou Tartare. Dans la mythologie grecque, c’est à Tartare que Zeus a mis les Titans. C’était l’enfer en-dessous de l’enfer―le pire des enfers. Pour prendre une image, si l’enfer est un vol de 12 heures dans un vieil avion avec un mauvais service en classe économique, alors Tartare c’est un vol de 12 heure dans un vieil avion avec un mauvais service en classe économique, mais entouré d’enfants et de bébés qui hurlent. Si l’enfer c’est l’Etoile Noire, alors Tartare c’est la chambre de Dark Vador. Dieu a jugé les anges par le feu ; il a jugé les habitants de Sodome par le feu ; il a jugé la terre à l’époque de Noé par l’eau. Dans ce texte le feu et l’eau représentent la purification du mal. Mais malgré son jugement, Dieu a aussi fourni des moyens de grâce.

« Si » Dieu a jugé les méchants, et « si » Dieu a épargné les justes du monde antique, alors il peut faire pareil pour nous. La bonne nouvelle de ce texte, c’est que Jésus délivre les justes. Il préserve son peuple de la trahison et de la rébellion. Il transforme ceux qui sont injustes en des personnes justes, en les délivrant de leur propre injustice. Et tout ça est possible par la grâce de Dieu manifestée à la croix où Jésus a donné sa vie pour des injustes.

Pour reprendre l’image du château-fort, Pierre sait bien que l’église est entourée d’ennemis puissants, et il sait bien qu’il y aura des traîtres parmi nous. Mais il y a une bonne nouvelle ! Dieu préserve ses fidèles. Dieu arrive juste à temps pour sauver son peuple comme le héros dans un film d’action. Il nous sauve du diable, il nous sauve du monde et il nous sauve de nous-mêmes. Moi, je nous encourage à prier et à demander à Dieu de nous révéler les endroits dans notre vie où se trouvent l’égoïsme et la rébellion. Je nous encourage à demander à Dieu de corriger notre tendance à nous confier en nous au lieu de nous confier en lui. Je nous encourager à nous demander si les croyances auxquelles nous souscrivons viennent de Dieu ou d’ailleurs. Je nous encourage à prier pour que le Seigneur nous aide à identifier et à éliminer nos tendances rebelles, et pour qu’il nous donne la victoire par la foi en Jésus-Christ le Sauveur.

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