La foi perdue

Par Jonah Haddadle 5 mai 2019

La séduction est un art qui rapporte beaucoup, quand on le maîtrise. Alors j’ai toute votre attention maintenant. Mais je ne parle pas seulement de la séduction dans les relations entre homme et femme. Je parle de comment le monde peut nous séduire. Les plaisirs charnels et les valeurs de ce monde nous parlent avec une voix raffinée, subtile et séductrice.

Le monde peut facilement nous séduire à travers l’idée que les plaisirs sensuels valent mieux que tout.

Le monde nous séduit à travers l’idée qu’exercer le pouvoir sur les autres est la seule manière de prouver notre valeur.

Le monde nous séduit en nous disant de n’écouter personne, et de suivre notre cœur, même si ça blesse les autres et même si ça contredit la volonté morale de Dieu.

Le monde nous séduit à travers ses idoles : le divertissement, les possessions, les passe-temps, les loisirs et plein d’autres bonnes choses qui peuvent (si on ne fait pas attention) devenir des distractions, étouffer la vérité, et entraver notre relation avec Dieu.

Comme un vendeur de voitures d’occasion, le monde est prêt à vous raconter n’importe quoi pour que vous achetiez son produit. Le fait de devenir chrétien ne nous immunise pas contre le discours séducteur du monde. Le fait d’être pasteur, ancien ou responsable de l’église ne nous immunise pas contre cette voix subtile du monde qui nous entoure.

Dans la deuxième épître de Pierre, au chapitre 2, nous allons voir que toutes les personnes présentes ce soir (et qui écoutent sur l’internet) sont concernées par cette réalité. Mais Pierre nous dit aussi, que si nous connaissons le Seigneur, et si nous sommes connus par le Seigneur, nous pouvons résister à la voix séductrice des ignorants. Et Pierre nous encourage ainsi à ne pas perdre la foi.

La préoccupation de Pierre dans sa deuxième épître concerne les faux enseignants, les faux pasteurs (et les faux chrétiens en général) qui égarent le peuple de Dieu. Ces personnes parlent comme si elles avaient une grande intelligence et une grande sagesse, alors qu’en fait, elles ne parlent que par ignorance. Comme on l’a vu dans la dernière prédication sur ce texte, ces personnes nient la souveraineté de Dieu, elles nient le retour prochain de Jésus, et elles enseignent que Dieu bénit leurs péchés. Ces personnes sont ignorantes et leur ignorance se manifeste de plusieurs façons.

L’audace des ignorants (v. 10b-13a)

Dans les versets 10-13, Pierre souligne d’abord l’audace des ignorants. Souvent ceux qui sont ignorants sont très enthousiastes pour partager leur ignorance avec le monde. Autrement dit, ceux qui sont mal informés, abrutis et sans connaissance peuvent être très enthousiastes pour transmettre leurs idées erronées au monde. Ici, les ignorants parlent avec beaucoup d’audace de choses dont ils ne savent rien, ou presque rien.

Et plus précisément, Pierre s’inquiète que ces personnes blasphèment (ou injurient) les gloires (ou les êtres glorieux). Ces gens parlent par ignorance. Alors, on ne sait pas trop qui sont « les gloires » qui sont blasphémées dans ce texte. Ça pourrait être des êtres célestes. Mais le fait que Pierre dise que même les anges n’insultent pas ces êtres (ou ces gloires), peut indiquer que les gloires ne sont pas des êtres célestes ou des anges. N’oubliez pas non plus le contexte général de 2 Pierre, qui met la parole des apôtres en opposition avec la parole trompeuse des faux enseignants, ce qui indique que ces « êtres glorieux », ça pourrait faire référence, en fait, aux apôtres choisis et bénis par Dieu. Les gloires, ça pourrait désigner des personnes mises à part et sanctifiées pour l’annonce de l’œuvre de Dieu.

Pierre s’inquiète par rapport au fait que les vrais serviteurs de Dieu sont calomniés par les faux enseignants de l’église. Pierre constate qu’il peut être naturel d’être critique envers quelqu’un quand on ne connait pas cette personnes ni ses difficultés. Il est facile de rejeter et de contredire la vérité si on est déjà convaincu par des mensonges. Il peut nous sembler convenable de calomnier les autres par ignorance. Et ici, justement, les ignorants parlent trop vite. Ils parlent sans réfléchir. Ils incitent l’église à des actions imprudentes et insensées.

C’est comme si cet ignorant vous disait, « Allons, traversons le fleuve. Allons nager. Regarde, le courant n’est pas fort. L’eau est agréable. Allez ! On y va. Toi en premier. »  Sauf que le fleuve est en fait rempli de serpents et de crocodiles. Oui c’est audacieux. Mais c’est une audace qui procède de l’ignorance.

Ou imaginez que cet ignorant travaille dans le bâtiment. Il reçoit et il accepte un contrat de construction d’une maison. Et donc, il le fait. Sauf qu’il n’a pas consulté le cahier des charges, et qu’il n’a rien mesuré ni calculé. Il se lance sans savoir, et au lieu de construire un chalet sur deux niveaux en bois sur le flanc d’une montagne, il fabrique un immeuble de 6 étages en béton en plein centre-ville. C’est audacieux, et complètement à côté de la plaque.

Ce que dit Pierre est convaincant. Ça me fait me demander si dans notre ignorance nous défendons parfois des doctrines ou des pratiques qui nous plaisent, mais qui ne sont pas bibliques… Est-ce que nous recherchons une pratique religieuse avec audace et fierté, mais sans regarder les instructions, ou le cahier des charges, que Dieu nous a laissées ? Est-ce que nous parlons par ignorance, quand nous disons : « Je suis d’accord avec tout ce que dit la Bible. C’est-à-dire que je suis d’accord avec tout ce que disent mes versets préférés. C’est-à-dire que je suis d’accord avec certaines idées vaguement bibliques quand elles sont correctement interprétées par moi et quand elles s’alignent avec mes opinions et mon mode de vie. » Mais ça, c’est l’ignorance qui nous parle et qui nous séduit.

La mondanité des ignorants (v. 13b-18)

Et cela nous amène au deuxième point, où Pierre souligne la mondanité des ignorants. Le texte les décrit comme des personnes qui trouvent leur plaisir à se livrer à la volupté en plein jour. Ils ont un appétit insatiable pour le péché. Ils sont adultères et ils séduisent les âmes. Leur message est complètement opposé à celui des vrais apôtres. Au lieu de dire : « Suis-moi et on va suivre Christ ensemble », les faux enseignants disent : « Suis-moi, point final―suis mon charisme, suis mes conseils, suis mes idées, imite mes péchés, bref, suis-moi sur la voie de la perdition ».

L’exemple employé ici par Pierre vient de l’Ancien Testament dans le livre des Nombres. Dans Nombres chapitre 22 nous lisons l’histoire de Balaam, un faux prophète, qui a été envoyé vers le peuple d’Israël, par les Cananéens, pour maudire les Israélites. Finalement, à cause de son aveuglement spirituel et de ses actions stupides, Dieu a fait parler un âne pour faire des reproches à ce faux prophète. Balaam est entré dans l’histoire comme un exemple de folie et de bêtise. Il a parlé bêtement contre Dieu. Il a agi bêtement contre Dieu. Et pour ça, il a été grondé par une bête. Balaam représente la fausseté de ceux qui parlent contre Dieu. Il représente la voix de la séduction qui cherche à attirer tous chrétiens, mais surtout ceux qui sont jeunes dans la foi.

Les faux docteurs (les faux enseignants de l’église) aiment être les conducteurs. Ils aiment prendre le volant. Le problème, c’est qu’ils ne savent pas où ils vont. Leur GPS spirituel est toujours programmé pour les conduire vers les priorités et les valeurs du monde. Ils n’écoutent pas la voix de Dieu.

En fait, il y a une scène marquante dans le film « Le seigneur des anneaux ». C’est juste après que tous les chefs des peuples de la Terre du Milieu décident qu’ils doivent détruire l’anneau du pouvoir, et Frodon accepte d’être le porteur de l’anneau et de se lancer dans une mission dangereuse pour jeter l’anneau dans le volcan du Mont Destin. Mais tout de suite après avoir accepté cette tâche, et devant tout le monde, Frodon confesse humblement qu’il ne connait pas le chemin. Il ne sait même pas s’il doit prendre à droite ou à gauche en quittant la ville. Mais grâce à ses compagnons, il va pouvoir suivre ceux qui connaissent la route et qui vont l’accompagner jusqu’à la fin.

De la même manière, les pasteurs, les enseignants, et les responsables de l’église doivent être prêts à dire, « J’accepte la mission ; je suis prêt à me mettre en route pour conduire le peuple de Dieu, mais j’ai besoin que Dieu me montre le chemin ; j’ai besoin que le Saint-Esprit me guide, et que la parole de Dieu me serve de carte. » Mais par contre, les pasteurs, les enseignants et les responsables de l’église qui sont préoccupés par les pensées, les activités et les priorités du monde (ces personnes-là) finissent généralement par se lancer dans une mission sans avoir l’humilité de reconnaître qu’ils ne connaissent pas le chemin, et sans avoir la sagesse nécessaire pour renoncer à leur mondanité.

L’esclavage des ignorants (v. 19-22)

Enfin, les derniers versets de ce chapitre soulignent l’esclavage des ignorants. Les faux enseignants sont les esclaves du péché. Ceux qui sont ignorants de la vérité et qui sont aveugles à la vérité sont asservis à leur péché. Et en fait, cette idée de l’esclavage au péché est reprise dans plusieurs texte de la Bible. Jésus en parle dans Jean, chapitre 8, l’apôtre Paul en parle dans Romains, chapitre 6, et l’auteur de l’épitre aux Hébreux en parle dans Hébreux, chapitre 2. Même le groupe de métal Symphony X parle de l’esclavage du péché dans leur album Paradise Lost (ce dernier exemple n’est pas dans la Bible, mais c’est un bon exemple quand-même).

Mais de toute façon, ceux qui sont asservis au péché entraînent les autres dans le péché. Les esclaves du péché cherchent à réduire les autres à l’esclavage. Pierre constate que les ignorants prennent pour cible les vulnérables. Les ignorants invitent les vulnérables à prendre part à leur débauche.

Il est toujours plus facile de pécher quand tout le monde le fait. Harceler les gens, c’est mieux en groupe. Lancer des cailloux aux voitures, c’est plus amusant avec ses potes. Faire la débauche, c’est mieux quand on a le soutien de ses copains. Avoir le courage de faire des bêtises à l’école, c’est plus facile si les autres participent. Et de la même manière, être condamné à l’esclavage (si on est prisonnier, si on est envoyé aux galères), c’est plus agréable si on n’est pas tout seul. Les faux enseignants aiment entraîner les autres avec eux.

Et dans ce texte, Pierre nous donne des indices pour nous aider à voir si nous sommes esclaves au péché ou pas. Le récit de 2 Pierre nous invite à regarder si nous sommes conduits par la connaissance de Dieu et par une conviction juste par rapport à qui est Jésus. Pierre nous demande d’être sensibles à ce qui nous préoccupe. Qu’est-ce qui conduit nos pensées et nos actions? La jalousie ? La convoitise ? La calomnie ? Qu’est-ce que nous méditons ? L’avarice et les passions du monde ?

Si notre connaissance de Dieu nous a retirés du monde, si notre foi en Jésus nous a donné une vraie espérance et si nous avons goûté la bonté et la grâce de Dieu, alors il n’y a pas de raison de regarder en arrière. Si nous voulons connaître Dieu, nous devrions être prêts à le suivre sans avoir d’égard pour cette voix raffinée, subtile et séductrice du monde. Si nous avons décidé de suivre Jésus et de suivre sa parole (la Bible) qui est révélée à travers les apôtres et qui illumine notre intelligence sous l’effet du Saint-Esprit, eh bien nous devrions tout faire pour résister à la voix séductrice des faux enseignants.

Dans le verset 22, Pierre nous dit de ne pas faire comme le chien qui retourne à son vomi, et de ne pas faire comme le cochon qui se vautre dans la boue. Autrement dit, ne regardez pas en arrière. Nous n’étions pas mieux dans notre vie antérieure.

Pour le décrire en d’autres termes, si on vous offre l’occasion de voyager en première classe, ce n’est pas logique de retourner en classe économique. Si on vous offre l’occasion de manger vos repas dans un restaurant étoilé, ne vous contentez pas de retourner manger à Mac Do. Si on vous offre l’occasion de dormir dans la meilleure chambre du Sofitel, ne vous contentez pas d’une petite chambre à l’hôtel Formule 1. Si Dieu vous a conduit à la connaissance de Jésus Christ, le Seigneur et Sauveur de la vie, n’empruntez pas le chemin des ignorants.

Dieu nous a fait goûter le salut qui ne vient que par la foi en Jésus-Christ qui a donné sa vie pour nous. Dieu nous a fait connaître la vérité. Il nous a donné sa lumière. Et il nous appelle à tenir ferme dans le salut sans perdre la foi. La voix séductrice du monde parle fort, mais Dieu nous donne la capacité d’entendre sa voix et de marcher avec lui selon sa grâce.

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