Là où s'arrête la liberté chrétienne

Par Alexandre Sarranle 4 août 2019

À votre avis, est-ce qu’un chrétien peut faire du yoga ? Est-ce qu’un chrétien peut voter Rassemblement National ? Est-ce qu’un chrétien peut fumer ? Est-ce qu’un chrétien peut se faire tatouer ? Est-ce qu’un chrétien peut se payer un repas à 150 EUR par personne dans un restaurant étoilé ? Est-ce qu’un chrétien peut assister à un mariage homosexuel, participer à une manif des gilets jaunes, venir au culte en tongs, commander sur Amazon un pull fabriqué au Bangladesh, ou assister au Hellfest, le plus grand festival de heavy metal en France ?

Si on devait tous répondre seulement par oui ou par non, je doute qu’on soit tous d’accord ! Alors c’est bien, parce que notre confession de foi nous dit que « Dieu seul est le Seigneur de la conscience » (Westminster XX.2), et que Dieu a laissé libre notre conscience par rapport aux choses qui sont, notamment, ajoutées à sa Parole. En gros, il y a plein de domaines dans notre vie, en tant que chrétiens, où on est libres et responsables de faire un truc, ou de ne pas faire un truc, parce que Dieu ne nous en a pas parlé directement ou explicitement.

Mais la question du coup, c’est la suivante : est-ce que cette liberté est imprescriptible, c’est-à-dire est-ce que rien ne peut la remettre en cause ? Conduire une voiture de luxe, consulter un acupuncteur, boire son petit whisky le dimanche soir (avec modération), manger la raclette avec ou sans cornichons : « Mon droit, mon choix ! »

Eh bien ça rejoint une question que les chrétiens de la ville de Corinthe, au premier siècle, ont posée à l’apôtre Paul. Ils lui ont écrit et ils lui ont dit : « Dis, Paul, il y a des gens qui sont choqués qu’on puisse manger des aliments qui ont été offerts à des idoles dans le cadre des traditions religieuses de la ville. Mais c’est bien vrai qu’en tant que chrétiens, on a le droit d’en manger ? On s’en fiche des idoles, nous ! C’est juste que ce sont les meilleurs produits du marché ; ou alors des fois, c’est qu’on est invité par des amis et c’est une super occasion de témoignage. »

Mais ce que l’apôtre Paul va leur répondre, c’est que ce n’est pas parce qu’on est libre de faire certaines choses qu’on devrait les faire pour autant. Parce qu’il y a quelque chose de plus important que notre liberté : c’est le salut de notre prochain et sa croissance dans la foi.

Paul va faire remarquer aux chrétiens de Corinthe qu’ils sont plus intéressés par leur statut et par leurs privilèges que par le fait d’édifier les autres. Alors qu’en réalité, ce n’est pas une mauvaise chose de renoncer à une liberté si c’est pour encourager quelqu’un dans la foi. Et c’est là toute la leçon de ce texte. Dans le passage qu’on va lire, Paul va successivement formuler un principe essentiel, puis exprimer un souci pastoral, et enfin exiger un comportement fraternel.

Un principe essentiel (v. 1-3)

Premièrement, Paul formule un principe essentiel (v. 1-3). C’est que la connaissance ne suffit pas à bien gouverner nos décisions ; ce qu’il nous faut surtout, c’est l’amour.

Paul va donc répondre à la question des Corinthiens, mais d’abord, il leur dit : « Oui, bien sûr, sur ce point, votre position est certainement très juste théologiquement. Vous vous êtes affranchis de toutes les superstitions du monde païen, et vous avez de la con-nais-san-ce [gnôsis]. Vous êtes impressionnants, bravo ! Mais vous savez ce que produit la connaissance ? De l’orgueil ! Plus encore que de la connaissance, ce qu’il vous faut pour aborder ce point (comme d’ailleurs n’importe quel autre point), c’est de l’amour [agapè]. » Parce que l’amour, dit Paul, voilà ce qui édifie (v. 1).

Connaître quelque chose, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant pour « connaître comme il faut connaître » (v. 2). Il faut aimer aussi. Un docteur en théologie qui n’aime pas Dieu, il a beau être docteur en théologie, il ne peut pas être chrétien—il ne peut pas être « connu » de Dieu (v. 3) !

Jésus a dit que toute la loi et les prophètes étaient suspendus à deux commandements : aimer Dieu et aimer son prochain (Mt 22.37-40). Aimer, donc : voilà ce qui doit imprégner toutes nos connaissances et toutes nos convictions, depuis les plus basiques jusqu’aux plus raffinées. Voilà aussi ce qui doit assaisonner l’expression de nos convictions, et aussi ce qui doit peser sur nos choix et sur l’usage qu’on va faire de notre liberté chrétienne.

Jean Calvin a dit :

« La science devient fade et sans saveur, quand charité n’y est point. »

Imaginez que je vous invite chez moi et que je vous dise : « Ah, je t’ai préparé un repas formidable ! – Ah bon ? Qu’est-ce qu’on va manger ? – Tiens-toi bien : des oméga-3, des vitamines B, des vitamines E, et des antioxydants ! Tu vas te ré-ga-ler ! » Alors vous savez quoi ? Ces nutriments sont les plus importants pour avoir un cerveau en bonne santé. Mais présenté comme ça, ce n’est pas très appétissant. Et si je vous servais exactement la même chose mais cuisiné et présenté avec un peu d’amour ? « Cœur de saumon braisé avec sa sauce aux noix et au curcuma, accompagné de son gratin d’épinards frais, suivi d’une mousse aux fruits des bois de la Haute Vallée de la Clarée. » C’est plein d’oméga-3, de vitamines B, de vitamines E et d’antioxydants, mais au moins ça donne envie.

Calvin a aussi dit que l’amour était comme « la sauce » de la connaissance. Donc la connaissance sans amour ce n’est pas appétissant. C’est même indigeste. Ça ne produit rien de bon—seulement de l’orgueil.

L’apôtre Paul, un peu plus loin, dira encore plus explicitement :

« Quand j’aurais la science de tous les mystères et toute la connaissance [gnôsis], si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. » (1 Co 13.2)

Le théologien James Packer, au tout début de son livre intitulé Connaître Dieu, dit ceci : « Il faut être conscient du fait que si nous recherchons la connaissance théologique pour elle-même, elle nous sera néfaste ; elle nous rendra fiers et vaniteux. La grandeur même du sujet nous montera à la tête. Ce que nous aurons pu en saisir, joint à l’intérêt que nous portons au sujet, nous amènera à nous croire supérieurs aux autres chrétiens et à les regarder de haut, eux dont les notions théologiques sont sommaires et insuffisantes : vraiment, de bien pauvres spécimens de chrétiens ! » (p. 18)

Le pasteur et théologien John Stott, à son tour, dans son livre Le Chrétien à l’aube du XXIe siècle, écrit (en s’appuyant sur Galates 5 et 1 Corinthiens 13) : « L’amour est supérieur à la connaissance. […] L’amour est supérieur à la foi. […] L’amour est supérieur à l’expérience. […] L’amour est supérieur au service. […] L’amour est la caractéristique distinctive principale, sublime et prioritaire du peuple de Dieu. Rien ne peut le chasser ni le remplacer. L’amour est suprême. » (p. 119-120)

Bon, vous avez compris l’idée ? C’est le principe essentiel que Paul veut souligner en tout premier lieu, par rapport à cette question de notre liberté chrétienne : c’est que la connaissance ne suffit pas à bien gouverner nos décisions ; ce qu’il nous faut surtout, c’est l’amour.

Lorsqu’on réfléchit à ces questions qui ne sont pas explicitement traitées dans la Bible, et lorsqu’on se demande si on va faire un truc, ou ne pas faire un truc, est-ce que notre posture est d’abord de considérer nos intérêts en nous fondant sur notre connaissance (ce qui pourrait bien nous enorgueillir), ou bien d’abord de considérer les intérêts des autres en nous fondant sur l’amour (ce qui pourrait bien édifier quelqu’un) ?

Un souci pastoral (v. 4-7)

Après avoir formulé ce principe essentiel, Paul va maintenant aborder plus directement le sujet, en exprimant, deuxièmement, un souci pastoral (v. 4-7). Ce souci, c’est qu’une même action qui peut paraître anodine pour certaines personnes peut avoir une tout autre signification pour quelqu’un d’autre.

En l’occurrence, Paul dit qu’un chrétien plutôt bien affermi dans sa foi sait très bien qu’une idole ça ne fait pas le poids face à Dieu. Même si on devait appeler quelqu’un ou quelque chose « dieu » ou « seigneur », ce n’est que du vent et ça ne menace en rien l’existence et les prérogatives du vrai Dieu et du vrai Seigneur (v. 4-5). Or un chrétien appartient au vrai Dieu, au seul vrai Dieu (v. 6). Il s’en fiche donc des idoles ! Il peut manger leur viande, qu’est-ce que ça peut bien faire ? Même si la viande a été consacrée à un pseudo-dieu, en réalité elle appartient de toute façon au vrai Dieu !

« Mais tous n’ont pas cette connaissance », dit l’apôtre Paul (v. 7). Pour certaines personnes qui ont peut-être baigné longtemps dans le culte des idoles, qui en sont sortis peut-être à grand-peine, dont la famille est peut-être encore en proie à cette fausse religion, qui ont peut-être beaucoup souffert à cause de diverses pratiques associées à cette idolâtrie, eh bien pour ces personnes, manger un aliment qui a été consacré à une idole, c’est profondément choquant et douloureux, c’est comme communier symboliquement avec cette idole, ça contribue à financer le culte des faux dieux, c’est donc une forme de complicité avec l’idolâtrie, ou au moins de complaisance !

Et quelqu’un qui mangerait volontairement de ces aliments en comprenant son geste de cette manière serait, en fait, en train de faire quelque chose qui n’est pas bien ! Objectivement c’est la même action ; mais dans un cas c’est bien, dans l’autre cas ce n’est pas bien.

Pour essayer de comprendre ça, on va faire un parallèle. Imaginez que vous et moi, on est en train de se promener au marché. On passe devant un étalage où il y a des petits pains, et là vous me voyez en prendre deux ou trois et les mettre dans mon sac sans m’arrêter. Là vous vous dites : « Ah ben si le pasteur prend des petits pains sans payer, c’est qu’on doit avoir le droit de voler en tant que chrétien tant qu’on vole pas des choses trop chères, ou tant qu’on les vole pour la bonne cause. » Et là vous en prenez à votre tour et vous les mettez dans votre poche. Ce que vous ne savez pas, c’est que moi j’ai vu le panneau qu’il y avait à côté de l’étalage, où il y avait marqué : « Petits pains gratuits, servez-vous ». La moralité ? On a fait exactement la même chose objectivement, mais vous, vous avez souillé votre conscience !

Vous comprenez ce que veut dire l’apôtre Paul ? Manger des viandes sacrifiées aux idoles, en soi, ce n’est pas répréhensible. Mais à cause de ce que ça veut dire pour certains, eh bien eux ne devraient pas le faire ; et s’ils ne devraient pas le faire, on ne devrait pas les inciter à le faire.

Alors la question des « viandes sacrifiées aux idoles » est une question vraiment importante pour les chrétiens du premier siècle, puisque le culte des idoles c’était la religion par défaut de la société dans laquelle ils vivaient. Les gens allaient offrir des denrées alimentaires à des idoles dans un temple, ils en brûlaient une partie, les prêtres en gardaient une autre partie, et le reste, ils en faisaient un repas auquel ils invitaient leur famille et leurs amis. Il suffisait d’être voisin, collègue ou cousin avec un païen et vous pouviez facilement être invité à un repas comme ça. En plus, la partie qui revenait aux prêtres était souvent revendue au marché, et le produit de la vente servait à financer le culte de l’idole. Or puisqu’on offrait normalement en sacrifice ce qu’on avait de meilleur, cette viande était aussi la meilleure du marché. C’était un label de qualité : « Certifié SAI : sacrifié à une idole » !

Donc les occasions d’en manger pouvaient se présenter facilement. En France aujourd’hui on a peut-être d’autres problématiques, mais avant de passer trop vite là-dessus, saviez-vous que la viande halal qu’on trouve de plus en plus dans nos supermarchés est une viande qui provient d’un abattage rituel, où l’animal doit être tué avec la tête orientée vers la Mecque, par un sacrificateur musulman qui prononce une formule sacrée en arabe à la gloire d’Allah ? Et saviez-vous que le prix que vous payez inclut une petite contribution financière reversée aux instances religieuses musulmanes qui assurent la certification ? Alors est-ce qu’on peut en acheter et en manger en tant que chrétiens ? Eh bien ça dépend ce que ça veut dire pour toi et pour les gens qui t’observent.

De la même façon : la sophrologie pour toi c’est peut-être juste une technique de relaxation ; pour quelqu’un d’autre, c’est flirter avec l’occultisme.

Le petit whisky le dimanche soir, pour toi, c’est le petit plaisir à la fin d’un long weekend ; pour quelqu’un d’autre, c’est une fuite à l’aide d’une substance psychoactive.

Voter RN, pour toi, c’est défendre la vie et la famille ; pour quelqu’un d’autre c’est faire violence à l’étranger et réhabiliter le régime de Vichy.

Ou bien voter LREM, pour toi, c’est soutenir une vision moderne du monde et une approche volontariste du travail ; pour quelqu’un d’autre, c’est encourager des lois au niveau bioéthique qui sont désastreuses pour l’homme.

Écouter du métal, pour toi, c’est rendre gloire à Dieu pour la virtuosité qu’il a donnée même à des non-croyants ; pour quelqu’un d’autre, c’est participer à la propagation d’une rhétorique sataniste.

Jeter tes boites de conserve dans la poubelle ordinaire plutôt que les laver pour les jeter ensuite dans la poubelle de recyclage, pour toi, c’est gagner du temps que tu pourras consacrer à tes enfants après le repas ; pour quelqu’un d’autre, c’est se ficher éperdument de l’environnement et insulter son Créateur.

Allez, encore un exemple : prendre la communion dans une église catholique romaine, pour toi, c’est montrer du respect et de l’affection, au nom du Seigneur, à ton collègue ou ton ami qui t’a invité ; pour quelqu’un d’autre, c’est approuver et encourager un rite profondément idolâtre et blasphématoire.

Voilà le souci pastoral de Paul. C’est qu’une même action qui peut paraître anodine pour certaines personnes peut avoir une tout autre signification pour quelqu’un d’autre. Alors qu’est-ce qu’on fait de tout ça ? Eh bien c’est le dernier point.

Un comportement fraternel (v. 8-13)

Paul a commencé par formuler un principe essentiel ; il a poursuivi en exprimant un souci pastoral ; maintenant, il va exiger de nous un comportement fraternel. Ce qu’il dit est très simple (v. 8-13) : ce qui n’est pas en soi un péché peut devenir un péché, si en le faisant, on fait chuter son frère.

Tout ce que Paul veut dire ici, c’est qu’on doit faire très attention à nos frères et sœurs. On doit penser à eux et être prudent dans notre comportement. Il y a toutes sortes de choses dans la vie qui sont indifférentes en soi par rapport à notre relation à Dieu (les adiaphora comme on les appelle parfois). Par exemple ce qu’on mange et ce qu’on boit (v. 8), mais aussi la musique qu’on écoute, la façon dont on se coiffe, le budget qu’on consacre à ses vacances, les magasins où on fait ses courses, l’école où on inscrit ses enfants, les cornichons qu’on sert ou non avec la raclette, et encore plein d’autres choses. Et Paul nous dit, par rapport à toutes ces choses : « Tiens compte de tes frères. Ces trucs-là ne t’apportent rien par rapport à Dieu, par contre ils peuvent blesser tes frères. Donc tu peux t’adapter. »

C’est comme lorsque Jésus a dit :

« Si quelqu’un était une occasion de chute pour un de ces petits qui croient en moi, il serait avantageux pour lui qu’on suspende à son cou une meule de moulin, et qu’on le noie au fond de la mer. » (Matthieu 18.6)

Si vous me connaissez un peu vous savez que j’aime beaucoup la montagne ; mais il y a un truc dont j’ai peur en montagne, quand on est sur un chemin un peu exposé, c’est la chute des autres, surtout de mes enfants. Bien souvent, quand je marche avec mes enfants (les plus petits), je pourrais aller beaucoup plus vite si je les abandonnais sur le bord du chemin. Si je ne pensais qu’à moi, je pourrais vraiment me faire plaisir, foncer vers le sommet, et redescendre en courant. Mais en faisant ça, je risquerais aussi de décourager mes enfants, voire même de provoquer leur chute. Je dois plutôt faire attention à eux, les accompagner, adapter mon rythme, les aider, leur expliquer où mettre les pieds. Qu’est-ce que je pers à avancer plus doucement ? Rien ! De toute façon on va y arriver au sommet, et la vue sera la même. Mais là au moins, je ne contribue pas à faire échouer les plus faibles. Je ne suis pas pour eux une occasion de chute.

Paul de la même façon veut qu’on se comporte avec beaucoup de prévenance et de précaution par rapport à nos frères et sœurs dans la foi, surtout ceux qui sont moins affermis que nous. Ces frères et sœurs doivent nous être précieux parce qu’ils sont précieux à Dieu—si précieux, en fait, que Dieu a voulu les racheter à grand prix (v. 11) !

Rendez-vous compte : c’est quoi un bout de viande, si tendre soit-il, par rapport à l’agonie de Jésus sur la croix, lui qui s’est donné complètement pour sauver mon frère ? Comme moi, ce frère était séparé de Dieu ; comme moi, il était coupable et en perdition ; mais Jésus le Christ a pris sur lui les péchés de ce frère comme les miens, et il en a payé le prix sur la croix pour nous en délivrer, par sa mort et sa résurrection ! Et ce frère a mis sa confiance en Dieu. Et vous tous vous pouvez faire de même si ce n’est déjà fait, et recevoir par la foi en Jésus le pardon de vos péchés et l’assurance de la vie éternelle !

Mais vous voyez combien nos frères, tous nos frères, sont précieux—ces frères pour lesquels Christ est mort (v. 11) ! Et donc quel doit être notre comportement fraternel à leur égard ! Ce qui n’est pas en soi un péché peut devenir un péché, si en le faisant, on fait chuter son frère.

Alors dans tous ces domaines de ma vie, en tant que chrétien, où je suis libre et responsable de faire un truc, ou de ne pas faire un truc, je ne vais donc pas procéder de manière égocentrique, en ne pensant qu’à mon statut et à mes privilèges. Je ne vais pas foncer tête baissée sans réfléchir aux autres. Je ne vais pas agir avec arrogance ou témérité, et surtout pas de façon militante. Je ne vais surtout pas exhiber ma liberté chrétienne, en faire étalage partout sur Facebook et Instagram en postant des photos de moi avec un cigare dans la bouche, un T-shirt du Hellfest (fabriqué au Bangladesh), une casquette Jair Bolsonaro, et derrière moi ma collection de bouteilles de whisky trônant au-dessus de ma collection d’armes à feu. C’est ma liberté chrétienne ! « Mon droit, mon choix ! »

Sauf que :

« En péchant de la sorte contre les frères et en heurtant leur conscience faible, vous péchez contre Christ. » (v. 12)

Ce texte nous dit qu’il y a quelque chose de plus important que notre liberté : c’est le salut de notre prochain et sa croissance dans la foi.

Il ne s’agit ni de tomber dans un excès de scrupules, où on se priverait toujours de tout juste au cas où, ni de de tomber à l’inverse dans le rejet délibéré des scrupules sous prétexte de revendiquer sa liberté et de bousculer, justement, ses frères plus faibles. Il s’agit de faire attention. D’être modeste, prudent, et parfois discret par rapport à nos libertés. Je ne parle pas d’être hypocrite, mais d’y aller mollo avec la conscience de ses frères et sœurs.

C’est vrai que chacun peut faire des efforts, les uns en aimant pour ne pas scandaliser, les autres en s’éduquant pour ne pas être scandalisés. Mais ce texte nous invite surtout à avoir un comportement radicalement sensible aux autres, à cause de l’évangile. Et donc ce n’est pas une mauvaise chose de renoncer à une liberté si c’est pour encourager quelqu’un dans la foi.

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