La prière : le thermomètre de notre foi

Par Denis Blumle 25 août 2019

Si je vous demandais, quelle est l’expression ou la marque extérieure la plus frappante de votre foi ? Que diriez-vous, si vous aviez une seule réponse possible ?

Si vous n’êtes pas croyant vous ne pouvez pas vraiment répondre à cette question.

Mais si vous avez la foi, si vous êtes chrétiens : comment se manifeste par excellence votre foi dans la pratique ?

Est-ce que votre foi se manifeste principalement par votre participation au culte chaque dimanche (ou presque) ? Est-ce que c’est le fait d’être membre de cette église, ou d’une autre, ou le fait de lire fréquemment votre Bible qui est le meilleur reflet de votre foi ? Est-ce que c’est par votre amour pour votre prochain manifesté de manière concrète que votre foi s’exprime par excellence ? Combien ont répondu sans hésiter que la prière quotidienne incessante envers Dieu était la caractéristique majeure et principale de leur foi ?

Sachez que je ne pourrais pas lever la main car ce n’est pas mon cas non plus. En fait peut-être que je ne devrais pas exposer cette prédication qui traite de la prière parce que la prière persévérante n’est pas le signe distinctif de ma foi. C’est justement aussi pour cela que je voulais aborder avec vous un texte qui nous invite et qui nous encourage à la prière parce que nous en avons tous besoin. Et j’ai été interpellé ces dernières semaines par mes lectures et les discussions que j’ai pu avoir avec ma femme et certains d’entre vous sur l’importance de la prière. Et je constate que la prière est très souvent le parent pauvre d’une vie d’église et d’une vie de chrétien, alors que les appels à prier sans cesse, à ne pas se relâcher, à persévérer dans la prière, sont légions dans l’Écriture.

Pourquoi négligeons-nous si souvent cet élément essentiel de notre piété, et de notre relation avec Dieu ?

Je pense qu’on a besoin régulièrement de piqûre de rappel sur la prière, comme pour un vaccin. Un vaccin c’est une petite piqûre dans la peau qui fait un peu mal mais qui protège contre des maladies très graves et parfois mortelles. On fait des rappels vaccinaux parce qu’avec le temps la protection immunitaire diminue. On a besoin d’être ré-exposé au vaccin pour que l’organisme produise à nouveau des anticorps en quantité suffisante. C’est la même chose pour la prière. On a régulièrement besoin d’être ré-exhorté à la prière pour que nous ne nous relâchions pas, pour que nous persévérions fidèlement dans la prière, pour nous remotiver en fait.

Le texte que nous allons lire aujourd’hui est justement une exhortation de Jésus à prier avec persévérance. Ce passage de Luc 18. 1-8 nous dit en fait que la prière est en quelque sorte le thermomètre de notre foi (le reflet de notre foi) parce que la prière persévérante reflète notre dépendance à Dieu, notre confiance mais aussi notre espérance. Et c’est ce que nous allons voir, en commençant par lire le texte.

La prière persévérante reflète notre dépendance

Le projet de Jésus en racontant cette parabole est très clair, et il le dit expressément dans le premier verset, c’est pour nous montrer « qu’il faut toujours prier et ne point se relâcher. » (v. 1)

Et il nous présente pour cela une petite histoire inventée, une parabole, pour souligner son propos. Un peu comme les fables de La Fontaine, mais Jésus, lui, nous donne la morale dès le début. Jésus met en scène deux personnages : une veuve et un juge injuste.

Observons déjà la veuve. Dans la société patriarcale de l’époque, les veuves se retrouvaient dans une situation de grande vulnérabilité. Si elles n’étaient pas recueillies par un proche, elles se retrouvaient sans subsistance, et condamnées à survivre tant bien que mal. Et je ne citerai que Naomi et Ruth comme exemples bibliques de veuves qui souffrent de la précarité de leur situation.

En nous présentant comme exemple de prière fervente, une veuve qui harcèle un juge pour obtenir justice, Jésus souligne que la prière est l’expression de notre dépendance à Dieu. Et c’est notre 1ère partie.

La veuve de notre parabole ne pouvait pas obtenir justice par elle-même. On ne connaît pas l’objet de l’injustice mais on peut imaginer dans sa situation qu’un homme retenait peut-être sa propriété, la maison et les champs qui étaient ceux de son mari, et qui lui auraient permis de pourvoir à ses besoins. Ou peut-être que son fils qui avait hérité des biens de son mari, refusait de la prendre sous son toit. On ne le sait pas, mais en tout cas ce qu’elle demandait c’était d’être défendue contre un adversaire, d’être délivrée d’une oppression. Elle demandait la justice. Mais compte tenu de sa situation (être une femme à l’époque et être veuve), elle ne pouvait pas obtenir gain de cause toute seule. Elle avait besoin de l’intervention d’un juge qui défende son cas. Elle était dépendante de la bonne volonté, et de la décision du juge, et c’est pour cela qu’elle le harcèle.

Eh bien de la même manière lorsque l’on prie nous manifestons notre dépendance envers Dieu. Prier, c’est reconnaître que Dieu existe et qu’il est souverain et qu’il a la puissance de répondre à toutes nos prières. Ça ne veut pas dire qu’il va le faire, parce qu’il peut avoir de bonnes raisons de ne pas répondre. Mais il a la puissance d’y répondre, quelle que soit notre demande, même si notre demande c’est de déplacer une montagne dans la mer (Matthieu 21.21). Il n’est pas contraint et empêché par quoi que ce soit. Il n’est même pas contraint par les lois qui régissent cet univers comme la gravité, les lois de Kepler, ou la gravitation quantique à boucle, puisque c’est lui qui en est à l’origine. C’est ce qu’on appelle la souveraineté de Dieu. Il est tout-puissant, il peut tout et il contrôle tout.

En adressant à Dieu des prières, c’est ce que l’on reconnaît implicitement ; et même explicitement lorsqu’on lui demande d’agir dans une situation, c’est bien parce que l’on croit qu’il a la puissance de le faire. Il ne faut donc pas hésiter à être précis et spécifique dans nos prières puisque Dieu contrôle tous les détails de notre vie et de ce monde. Si je vous dis que j’ai faim, vous ne savez pas exactement ce que je veux mis à part manger, mais si je vous dis que j’ai faim et que je veux trois homards pour me rassasier, ce sera beaucoup plus facile pour vous de répondre à ma demande, même si j’aurais pu trouver un repas plus simple et moins cher. Dieu est souverain sur toutes choses alors n’ayons pas peur d’être spécifiques dans nos prières. Et encore une fois, je ne dis pas qu’il va nécessairement nous accorder ce que nous demandons. On parlera tout à l’heure de la réponse à la prière.

Mais je remarque que Jésus demandait souvent aux personnes qui se présentaient à lui pour être guéri : « Que veux-tu que je te fasse ? », comme à l’homme aveugle à la fin du chapitre 18 (Luc 18.41). Alors qu’étant Dieu il savait très bien pourquoi il venait à Lui. Dieu se plait à ce que nous formulions nos demandes. Et c’est important de repréciser cela parce que lorsque l’on est convaincu par la Bible et le Saint Esprit de la souveraineté de Dieu, on peut être tenté de prier très peu en se disant que de toute façon, Dieu fait ce qu’il veut et il le fait selon le conseil de sa propre volonté. Et puis Dieu sait de quoi nous avons besoin, avant qu’on le lui demande (Matthieu 6.8). Alors à quoi bon prier ?

Eh bien c’est une erreur de penser ainsi parce que Dieu nous adresse clairement le commandement de prier : « Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications. Veillez à cela avec une entière persévérance, et priez pour tous les saints. » (Éphésiens 6.18, et voir aussi Philippiens 4.6, Colossiens 4.2, 1 Thessaloniciens 5.17, Romains 12.12).  Et il nous demande de formuler nos requêtes alors même qu’il les connaît déjà à l’avance : « Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira » (Luc 11.9, Matthieu 7.7, Jean 16.24).

Mais prier ce n’est pas seulement reconnaître la souveraineté de Dieu, c’est aussi faire preuve d’humilité, reconnaître notre soumission à Dieu. La veuve est dans une situation d’infériorité et de vulnérabilité par rapport à ce juge. Elle est obligée de reconnaître qu’elle ne peut rien changer à sa situation par elle-même. Sa seule arme c’est d’exprimer humblement sa demande et de répéter sa demande jusqu’à obtenir gain de cause. Dans cette parabole, la veuve n’a pas le choix.

De la même manière, prier Dieu c’est faire preuve d’humilité, et s’attendre à Dieu pour obtenir le secours et la délivrance dans la situation que l’on traverse.

Mais bien souvent dans ma vie, et peut-être que c’est aussi le cas dans la vôtre, je remets à Dieu dans la prière ce que je n’ai pas réussi à gérer moi-même avec mes propres forces et mes propres ressources. Je veux bien m’humilier, mais seulement si je me trouve contraint de le faire. Je généralise un peu, mais vous voyez l’idée. On vient souvent à Dieu en dernier recours parce que notre orgueil nous pousse à nous appuyer et à compter sur nous-mêmes pour ce que nous pensons être dans nos compétences. Juste après cette parabole, vient une autre parabole que l’on a déjà étudiée ensemble et que vous pouvez retrouver sur le site internet de l’église, la parabole du pharisien et du publicain, où l’on voit un pharisien sûr de lui parce qu’il est très fier de ce qu’il fait, et qui méprise un publicain, un homme pécheur qui supplie Dieu à genoux en se frappant la poitrine pour demander pardon pour ses fautes. Et Jésus conclut que c’est ce dernier qui a été déclaré juste, « car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé » (Luc 18.14). L’humilité est une composante essentielle d’une prière efficace car « Dieu résiste aux orgueilleux » (1 Pierre 5.5, Jacques 4.6).

Prier ce n’est pas un acte religieux, c’est un acte qui souligne et qui entretient notre relation avec Dieu. La prière est quelque chose de relationnel. Nous nous adressons à une personne, et même à 3 personnes en même temps (Le Père, le Fils et le Saint Esprit) ! Mais puisque Dieu n’est pas visible physiquement, il est facile de ne pas réaliser à quel point Dieu est triste et blessé quand on néglige cette communication personnelle avec Lui. Si vous ne parliez plus, ou très peu, à votre conjoint ou à vos parents, la relation deviendrait distante, froide et elle pourrait même disparaître. C’est la même chose pour la prière chez le chrétien. En priant individuellement ou collectivement, nous entretenons la relation avec Dieu et nous manifestons notre dépendance.

Mais la prière persévérante témoigne aussi de notre confiance en Dieu. Souvenez-vous ce que je vous disais en introduction : la prière est le thermomètre de notre foi.

La prière persévérante reflète notre confiance

La veuve de notre parabole savait que le juge pouvait intervenir en sa faveur et c’est pour cela qu’elle a persévéré, qu’elle a insisté, qu’elle l’a pressé, qu’elle l’a supplié. Au v. 4, il nous est dit que « pendant longtemps il refusa ». Elle l’a importuné, elle l’a harcelé. Et ce juge a finalement rendu justice alors même qu’il ne respectait personne, ni Dieu, ni les hommes (v. 3). Lui-même le sait et le reconnaît au v. 4 lorsqu’il examine son cœur, lorsqu’il se regarde à l’intérieur, il reconnaît qu’il ne se préoccupe ni de Dieu, ni des hommes. C’est un constat plutôt honnête. J’aimerais que beaucoup de nos contemporains aient cette lucidité sur eux-mêmes.

La raison pour laquelle il juge cette affaire, ce n’est pas par amour de la justice ou parce qu’il aurait conscience qu’il est un instrument de justice dans la main de Dieu, « un ministre de Dieu dans sa fonction » (voir Romains 13.6). Non, c’est seulement parce que la veuve a été tellement insistante qu’il s’est dit qu’elle n’allait jamais lâcher l’affaire, et qu’elle allait vraiment lui casser la tête jusqu’au bout. L’expression littérale au verset 5 c’est me frapper sous les yeux. On a l’impression qu’il a peur qu’elle en vienne aux mains et qu’elle le frappe au visage. En fait, c’est par égoïsme qu’il cède, et pas par compassion pour la veuve ou par respect pour Dieu.

Alors bien sûr, il ne faut pas croire que le juge représente Dieu dans cette histoire. Et pour être sûr qu’on ne s’y trompe pas, Jésus précise au v. 6 : « Entendez ce que dit le juge inique ». Il précise qu’il est inique (injuste) pour qu’on ne fasse pas d’analogie avec Dieu mais qu’on voit plutôt le contraste. Si un homme injuste finit par rendre justice, Dieu qui est justice, amour et miséricorde sera à plus forte raison prompt à répondre aux cris de ses enfants. C’est un argument a fortiori. Jésus utilise parfois ce type d’illustration. C’était déjà le cas de l’économe infidèle en Luc 16, dont l’attitude est donnée comme exemple de bon sens, alors qu’il est infidèle. Jésus fait la même chose en Luc 11.11-13 dans un autre enseignement sur la prière :

« Quel est parmi vous le père qui donnera une pierre à son fils, s’il lui demande du pain ? Ou, s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu d’un poisson ? Ou, s’il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ?  Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint Esprit à ceux qui le lui demandent. »

C’est à nouveau un argument a fortiori.

Il n’y a pas d’analogie entre le juge et Dieu mais il y a une leçon à tirer de l’attitude du juge inique. Si un mauvais juge répond à la demande insistante d’une veuve et finit par rendre justice, à combien plus forte raison, notre Père céleste, qui est plein de compassion, riche en bonté et parfaitement juste, rendra justice à ses enfants et répondra à ses élus qui crient à lui jour et nuit, avec persévérance et avec foi. Nous pouvons avoir confiance que Dieu interviendra en notre faveur, parce que notre Dieu, Lui, est digne de confiance et il nous est propice.

Mais à ce stade il est important que nous replacions notre texte dans le contexte dans lequel il a été prononcé. Parce qu’en lisant rapidement cette histoire on pourrait arriver à la conclusion erronée que Jésus nous invite à faire toutes sortes de demandes à Dieu, et que si nous sommes persévérants, Dieu nous donnera gain de cause, parce que nous sommes ses élus. Et en plus il le fera promptement (v. 8), il s’exécutera rapidement. Mais ce n’est pas ce que dit cette parabole.

Cette exhortation à prier avec persévérance vient juste après un enseignement de Jésus, au chapitre 17, sur l’attente qui précédera sa seconde venue, lorsqu’il viendra juger la terre et mettre un terme aux péchés des hommes, à l’injustice et aux persécutions que subissent ses élus (comme on le voit au v. 7 et 8 du chapitre 18).

En attendant ce retour glorieux et ce jugement final, la foi des croyants est mise à l’épreuve et le risque de découragement est grand. Le théologien Godet fait remarquer qu’« au milieu de cette humanité sans Dieu la position de l’Eglise sera celle d’une veuve qui n’aura plus pour arme que sa prière incessante. »

Jésus nous exhorte à persévérer dans la foi et dans la prière dans ce contexte d’épreuve et de tribulation qui précédera son retour. L’idée du verset 7 c’est de dire : dans ce contexte de persécution et d’épreuve, quand vous crierez à Dieu pour obtenir sa délivrance, prenez courage, il viendra rendre justice, et il revient bientôt. Et quand il s’avancera au dernier jour pour mettre un terme à ce monde, il le fera en un instant, promptement, de manière à surprendre le monde, comme le jugement du déluge ou celui de Sodome et Gomorrhe (Luc 17.26-30).

Et c’est comme cela qu’il faut comprendre le début du v. 8 : « il leur fera promptement justice ». Il faut mettre ce verset en lien avec le v. 24 du chapitre précédent. « Car comme l’éclair resplendit et brille d’une extrémité du ciel à l’autre, ainsi sera le Fils de l’homme en son jour ». Quand il reviendra, il apparaîtra comme un éclair. Il reviendra d’un seul coup.

En attendant ce jour, le peuple de Dieu, ses enfants, ses élus, sont invités à persévérer dans la foi et dans la prière qui est l’expression de notre foi. Car « quand le fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (v. 8) C’est par cette question que Jésus termine et il n’en donne pas la réponse. On a plutôt l’impression que la réponse est non et que la foi sera rare. Mais prenons plutôt cette question comme si elle nous était directement posée, individuellement. En qui ou en quoi avez-vous placé votre confiance pour votre salut ? Quand le fils de l’homme reviendra comme un éclair, il sera trop tard. Serez-vous dans le camp des élus qui ont placé leur foi en lui, où serez-vous de ceux qui ne se sont pas préoccupés de leur avenir éternel et qui seront surpris par la foudre.

Aujourd’hui encore nous sommes dans le temps de la patience de Dieu. Profitez-en pour vous mettre en règle avec lui, pour accepter le salut qu’il nous a acquis par la mort et la résurrection de Jésus, qui est mort cloué sur une croix pour expier nos péchés. Si vous acceptez de recevoir le pardon et la grâce de Dieu pour être lavé de vos péchés, vous serez réconcilié avec Lui pour l’éternité, et vous attendrez son retour avec confiance.

Pour ceux qui font déjà partie du peuple de Dieu, ce temps d’attente semble s’éterniser. Pourquoi c’est si long d’attendre ce jour du retour du Seigneur, pourquoi c’est si dur parfois de persévérer dans l’épreuve ? En Apocalypse 6.10, nous voyons ceux qui sont morts pour le nom de Jésus qui s’impatientent et qui « crient d’une voix forte, en disant : Jusques à quand, Maître saint et véritable, tardes-tu à juger, et à tirer vengeance de notre sang sur les habitants de la terre ? ». Et la réponse de Dieu c’est de leur demander de se tenir en repos, jusqu’à ce que le nombre de leurs compagnons soit complet. Nous sommes encore dans le temps de la patience de Dieu. Mais un jour, cette patience arrivera à son terme. Dans quel camp serez-vous ?

Si vous avez déjà choisi de suivre Christ laissez-moi vous poser une autre question : est-ce que vous croyez que la prière persévérante est le reflet par excellence de la profondeur de la foi d’un chrétien, de sa confiance personnelle en Dieu ?

J’ai lu récemment un livre qui invitait les responsables d’église (anciens ou pasteurs) à démissionner s’ils passaient moins d’une heure par jour à prier. Que pensez-vous de cette recommandation ? Cette limite de 1h est arbitraire. Est-ce que vous pensez que l’on devrait tenir compte de la vie de prière d’un homme avant de lui donner la responsabilité pastorale d’une église ? On n’oserait pas poser une telle question dans notre discernement, comme si la prière était quelque chose d’intime. Par pudeur on s’en tient souvent à s’assurer des capacités d’enseignement d’un futur responsable.

En Actes 6.4 quand les apôtres décident de nommer des diacres, c’est pour qu’ils aient le temps de se consacrer à la prière et à l’enseignement, et ils citent en premier la prière.

Moi je suis d’accord avec l’auteur que je citais, alors pas sur cette limite d’une heure, mais sur le fait que la prière doit caractériser la vie d’un chrétien, et encore plus d’un responsable, parce qu’il se doit d’être exemplaire dans sa piété. Et je vous avoue que ce n’est pas vraiment mon cas et que je lutte dans ce domaine. D’où la pertinence de cette prédication pour nous remotiver, vous comme moi.

Et ce qui peut nous remotiver c’est de se rappeler que la prière est l’expression par excellence de notre foi et de notre confiance en Dieu. Et que la prière ce n’est pas seulement formuler des demandes à Dieu, c’est aussi exprimer notre reconnaissance envers lui, confesser ses péchés et recevoir sa grâce. C’est aussi proclamer qui est Dieu et raconter les merveilles qu’il a accomplies pour ne pas les oublier (c’est souvent le cas des prières dans l’Ancien Testament). Et je vous invite à relire et à méditer à nouveau la prière qu’a enseignée Jésus à ses disciples en Matthieu 6 (le Notre Père).

Il est aussi important de se rappeler que la prière ce n’est pas un acte à sens unique. Dieu se révèle aussi dans la prière, il donne des convictions, il affermit la foi. Quand on prie on ressent la présence de Dieu.  Vous avez peut-être déjà fait cette expérience de commencer votre prière dans l’anxiété et l’inquiétude, et de la terminer dans la paix et la confiance. C’est cela déposer ses fardeaux aux pieds de Jésus.

La prière persévérante reflète notre confiance mais elle nourrit aussi notre confiance.

La prière reflète la foi mais elle produit aussi la foi, ça va dans les deux sens.

La prière persévérante reflète notre espérance

La prière persévérante reflète aussi notre espérance.

Nous voyons la veuve de la parabole qui persévère et qui insiste. Nous voyons aussi au v. 7 « les élus qui crient à [Dieu] jour et nuit ». Notre confiance et notre espérance s’expriment par la persévérance, mais aussi par la ferveur et l’intensité que nous mettons dans la prière.

N’ayons pas peur de « crier à Dieu jour et nuit », de pleurer, de le supplier. La prière n’est pas intellectuelle, elle est relationnelle, c’est une communication avec Dieu. On prie avec notre cœur, avec nos émotions. Et nous avons de multiples exemples de prière fervente dans la Bible, dans les psaumes, ou en Daniel 9.18-19 : « Mon Dieu, prête l’oreille et écoute ! Ouvre les yeux et regarde nos ruines, regarde la ville sur laquelle ton nom est invoqué ! Car ce n’est pas à cause de notre justice que nous te présentons nos supplications, c’est à cause de tes grandes compassions. Seigneur, écoute ! Seigneur, pardonne ! Seigneur, sois attentif ! Agis et ne tarde pas, par amour pour toi, ô mon Dieu ! Car ton nom est invoqué sur ta ville et sur ton peuple. ». Soyons entiers dans nos prières. Attention tout de même à ne pas feindre la ferveur en élevant la voix de manière artificielle. Il faut être honnête et ne pas tomber dans de la comédie, parce que Dieu ne se laisse pas duper. Mais n’hésitons pas à élever la voix et à crier si cela correspond à nos émotions. Soyons vrais devant Dieu, comme cette veuve qui était sincère et fervente dans sa démarche, au point que le juge s’est dit : « elle va finir par me casser la tête » (v. 5). Il voyait qu’elle ne lâcherait pas le morceau, parce qu’elle avait placé tous ses espoirs en lui.

Jésus nous invite à « toujours prier et à ne pas se relâcher » (v. 1). Et il nous invite aussi à prier avec foi, à prier avec l’espérance et la confiance que Dieu répondra. En parlant de ceux qui crient à Dieu jour et nuit, Jésus dit : « [Dieu] tardera-t-il à leur égard ? ». Jésus invite les chrétiens à prier avec l’espérance que leurs requêtes sont déjà exaucées.

La Bible nous dit dans d’autres passages de prier avec l’espérance que ce que nous demandons est déjà obtenu. Marc 11.24 nous dit :

« Tout ce que vous demanderez dans vos prières croyez que vous l’avez reçu et cela vous sera accordé. »

Ou Matthieu 18.19-20 :

« Je vous dis encore que, si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux ».

La veuve a persévéré parce qu’elle savait qu’à force de persévérance elle allait obtenir ce qu’elle demandait. Prions donc avec l’espérance et la conviction que Dieu répondra.

Prions avec foi.

Mais, n’oublions pas que Dieu répondra en son temps, et selon sa volonté. Certaines prières restent sans réponse pendant longtemps. Dans ce passage il est question de délivrance dans l’épreuve mais Dieu peut choisir de faire durer l’épreuve pour un plus grand bien, pour notre sanctification et pour sa gloire. Comme pour notre local. Je suis reconnaissant que Dieu ait tardé, qu’il nous ait fait patienter pendant plusieurs années, qu’il ait même permis que l’on se trompe plusieurs fois en voulant à plusieurs reprises acheter un bâtiment. Cette attente a aiguisé notre persévérance dans la prière, en église, en groupe de maison, individuellement. Nous avons organisé plusieurs journées de jeûne et de prière sur cette question. Mais nous voyons maintenant à quel point il a pu manifester sa souveraineté en pourvoyant un peu in extremis à ce local, qui est une solution au-delà de toutes nos espérances.

Que cet exemple que nous avons vécu en église nous encourage à prier avec persévérance, avec insistance, et avec foi, sans oublier de rendre grâce à Dieu en toutes choses et particulièrement lorsqu’il répond à nos prières et qu’il manifeste ainsi sa gloire et sa puissance. Et nous avons dans la Bible de nombreux exemples de persévérance dans la prière. Je citerai l’exemple de Anne en 1 Samuel 1.19-20. Elle était stérile et a persévéré des années dans la prière avant d’être exaucée par la naissance de Samuel.

C’est Dieu qui guide les temps et les moments, mais la délivrance n’est pas toujours accordée sur cette terre. Nos prières ne seront pas exaucées, si elles ne sont pas conformes à la volonté de Dieu. Comme Jésus nous l’a enseigné lorsqu’il a donné cet exemple de prière du « Notre Père » en Matthieu 6, n’oublions pas de prier « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », tout en continuant à nous déchargez sur lui de tous nos soucis car il prend soin de nous (1 Pierre 5.7). Même s’il ne répond pas favorablement à chacune de nos requêtes, nous avons l’assurance que dans chaque situation, il ne nous délaissera pas et ne nous abandonnera pas. (Hébreux 13.5, Romains 8 .32-39).

Et vous savez, Jésus non plus n’a pas toujours été exaucé. Avant d’être arrêté pour être crucifié il a supplié son Père d’éloigner de lui cette coupe, de le faire échapper à la mort et au supplice qu’il allait subir (Luc 22.42). En Marc 14, versets 36 et 39, on voit qu’il réitère sa demande (il persévère) (voir aussi Matthieu 26.39 et 42). Mais il n’a pas manqué d’ajouter : « Non pas ce que je veux mais ce que tu veux » (Marc 14.36). Il a fait part à Dieu du désir de son cœur, de son angoisse, il l’a fait dans les larmes, mais il s’en est remis à la volonté parfaite de son Père, qui avait un plan tellement grand à accomplir, un plan de salut tellement exceptionnel, un plan de sauvetage tellement extraordinaire qu’il n’a pas exaucé son fils, parce que sa mort sur la croix portait en elle le salut de beaucoup d’hommes. On est content que Dieu n’ait pas exaucé cette prière n’est-ce pas ? Il n’a pas non plus exaucé Paul qui par trois fois lui a demandé de lui ôter son écharde dans la chair. On ne sait pas ce que c’était mais Dieu lui a répondu : « ma grâce te suffit » (2 Corinthiens 12.8-9). Dieu avait de bonnes raisons de ne pas l’exaucer.

Il nous est donc demandé de prier avec persévérance, de prier avec foi, avec l’espérance que Dieu nous exaucera, mais aussi avec la confiance qu’il fera ce qui est le mieux pour nous, pour Lui et pour son royaume. Et même si nous n’obtenons pas de réponse, persévérons car cela est agréable à Dieu parce que notre prière reflète notre foi, elle est l’expression de notre foi sincère, de notre amour pour Dieu et de l’espérance chrétienne.

Mais est-ce que nous croyons vraiment que la prière est essentielle, qu’elle est même vitale pour notre foi ? Les rencontres de prières dans les églises sont pourtant souvent les réunions les moins fréquentées. Jésus, notre exemple parfait, priait jour et nuit. Il se retirait parfois toute la nuit pour prier (Luc 6.12). Et vous ? Et nous ?  Si je vous proposais d’organiser une nuit de prière, vous seriez là ? Bien sûr, vous avez peut-être des enfants et des contraintes extérieurs qui vous empêcheraient, mais si ces contraintes n’existaient pas (admettons) : est-ce que nous désirerions passer la nuit à prier, seul, ou avec nos frères et sœurs dans la foi ? Est-ce que ça vous semblerait pertinent, désirable ?

Il y a des mouvements protestants dans l’histoire qui ont prié 24h/24, pendant plus de 100 ans, en se relayant. C’est le cas des Moraves. Les grands réveils dans l’histoire récente ont toujours commencé par un mouvement de prière. Mon épouse Maïlys a lu dernièrement un livre sur un projet de salle de prière. C’est un mouvement à l’échelle mondiale qui s’appelle 24/7 hours prayer (prière 24h/24 7j/7). L’idée c’est de simplement ouvrir un lieu dans la ville où n’importe qui peut rentrer pour passer un temps dans la prière, n’importe quel jour, à n’importe quelle heure.

Les églises ou les villes qui ont développé des salles de prière ont vu leurs communautés transformées par la prière, renouvelées dans leur amour pour Dieu, dans leur zèle pour l’Évangile. Ce cœur à cœur avec Dieu les a transformés et a transformé l’Église. Est-ce qu’on serait prêt en tant qu’église à investir dans la prière ? Pas forcément par une salle de prière, même si ça reste une bonne idée. Est-ce qu’on rêve d’une église qui prie davantage ?

Est-ce que la participation à un groupe de maison (où nous avons l’occasion de nous retrouver pour lire la Bible et pour prier) fait partie de vos priorités pour la rentrée qui arrive ? Le GDM vous encouragerait à prier Dieu, à prier les uns pour les autres.

Conclusion

J’ai bien conscience de ne pas avoir tout dit ce qu’il y avait à dire sur la question de la prière mais j’espère que cette prédication et ce texte inspiré par Dieu auront été une piqûre de rappel bienfaisante pour vous aussi, et qu’elle vous encouragera à persévérer dans la prière incessante adressée à Dieu, par amour pour lui.

Et je voulais terminer avec quelques questions qui vont apparaître à l’écran, pour qu’on puisse chacun prendre le temps de réfléchir à sa propre vie de prière :

- Croyez-vous que la prière est efficace ?

- Aimez-vous prier ? Pourquoi ?

- Avez-vous de la difficulté à prier ? Si oui, pourquoi ?

- Comment pourriez-vous prier davantage ? Quels sont les obstacles et comment les surmonter ?

- Que pouvez-vous faire concrètement pour prier avec davantage de persévérance et de foi ?

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