Venir dignement à la table du Seigneur

Par Alexandre Sarranle 6 octobre 2019

On a abordé plusieurs sujets sensibles ces derniers temps, dans le cadre de cette série de messages sur la première lettre de Paul aux Corinthiens. On a parlé du rapport entre les hommes et les femmes, on a parlé du mariage et du divorce, on a parlé de sexualité, on a parlé de chrétiens qui perdent la foi, on a même parlé de politique et de heavy metal.

Mais aujourd’hui, on va parler d’un sujet qui ne nous semble pas très sensible—et c’est justement ça le problème. C’est un sujet qui a provoqué de violentes disputes entre les chrétiens dans l’histoire, et de profondes divisions entre les églises. C’est un sujet brûlant, littéralement, puisqu’il a conduit des chrétiens au bûcher, notamment au 16ème siècle. Mais pour beaucoup d’entre nous, c’est un sujet qui nous laisse ni chaud ni froid : j’ai nommé la sainte-cène.

La sainte-cène, c’est ce rite chrétien où les fidèles, pendant le culte ou la messe, sont invités à manger un bout de pain et à boire un peu de vin. Les modalités pratiques peuvent varier un peu, mais globalement, c’est ça. D’autres traditions chrétiennes appellent ça la communion ou l’eucharistie. Ou encore le repas du Seigneur. Et honnêtement, est-ce qu’on trouve ça très sensible comme sujet ? Eh bien on devrait !

J’avoue que j’ai tendance, moi le premier, à aborder la sainte-cène un peu à la légère. Sans doute, principalement, parce que c’est quelque chose qu’on fait chaque semaine, donc ça devient un peu machinal. Et puis ce n’est pas quelque de très impressionnant en soi : il n’y a rien de spectaculaire, rien de fastueux, pas d’éclairs et de tonnerre, pas d’incantations ou de danse rituelle, juste du pain, du vin et du chrétien !

Et vous aussi, j’imagine que la plupart d’entre vous, quand vous vous levez le dimanche matin, vous ne vous dites pas : « L’heure est grave. Il va y avoir la sainte-cène à l’église aujourd’hui. » Non ? Eh bien ça tombe bien : dans le texte qu’on va lire, l’apôtre Paul s’adresse justement à des gens qui abordent la sainte-cène un peu trop à la légère.

Et à travers des choses qu’il va dénoncer en général dans leur église, à travers le sens véritable de la sainte-cène, qu’il va rappeler, et à travers des applications pratiques qu’il va tirer de tout ça, Paul va leur adresser une leçon toute simple, et à nous aussi aujourd’hui, c’est que la sainte-cène, c’est un truc à prendre extrêmement au sérieux, sous peine d’insulter Jésus.

Une bonne ambiance (v. 17-22)

La première chose que ce passage nous apprend, c’est que le cadre approprié pour la sainte-cène, c’est une église qui se respecte ! C’est ce que j’ai appelé une bonne ambiance.

Vous avez remarqué dans le texte, que Paul commence par dénoncer un problème général dans l’église de Corinthe (v. 17-19) avant de parler explicitement de la sainte-cène (à partir du v. 20). Ce que Paul veut montrer à ses interlocuteurs, c’est qu’au moment de distribuer et de prendre le pain et la coupe, il y a des conditions préalables importantes qui ne sont pas réunies. L’ambiance n’est pas la bonne, si j’ose dire. Il y a des divisions et des controverses (littéralement des schismes et des hérésies, v. 18-19). Et ces choses se traduisent par des clans dans l’église.

Donc imaginez ce qui pouvait se passer. Le groupe de maison de Corinthe-ouest se dit que ce serait bien d’apporter un casse-croûte à l’église le dimanche parce que le culte est un peu long et ça pourrait être sympa de manger ensemble. Le groupe de maison de Corinthe-centre se dit que c’est une bonne idée, mais comme c’est un groupe où il y a surtout des étudiants, ils n’ont pas vraiment les moyens d’apporter beaucoup à manger. Arrive le dimanche et le groupe de Corinthe-ouest, qui a du riz cantonnais, des sushis, des andouillettes, des cookies et du planteur, se dit : « Ben le groupe de Corinthe-centre, ils n’avaient qu’à apporter autre chose que des pâtes—tant pis pour eux, de toute façon ils disent toujours ‘Moi je suis de Denis’ (cf. 1 Co 1.11-12) alors que tout le monde sait que le vrai pasteur c’est Alex, donc nous on va se servir bien comme il faut, et s’il n’en reste pas pour eux, ben ce n’est pas grave. »

Et du coup, vous comprenez, l’ambiance est pourrie. On ne sait pas si les Corinthiens auraient pris la sainte-cène avant, pendant ou après les repas d’église, mais en tout cas, Paul dénonce les conditions générales qui entourent la sainte-cène, et il dit que c’est tellement pourri que la sainte-cène elle-même ne compte plus vraiment comme une sainte-cène (v. 20).

Imaginez que je dise à Suzanne : « Dis, ça t’intéresse un dîner en amoureux ce soir ? Si tu es d’accord, on se trouve un babysitter, je réserve une table pour deux dans un restau et on mangera en tête-à-tête, juste toi et moi ! » Un dîner en amoureux, quoi. Suzanne enfile donc sa robe du soir et je l’emmène dans un restau. Sauf que c’est un restau rempli de supporters de l’Olympique Lyonnais, et qu’il y a des écrans plats un peu partout qui diffusent le Derby (Lyon-Saint-Étienne). Et je passe la soirée à regarder les écrans plutôt que Suzanne, et à chanter « Qui ne saute pas n’est pas Lyonnais ». Alors d’un côté, on aura effectivement embauché un babysitter, réservé une table pour deux dans un restau et mangé en tête-à-tête, mais en même temps, ce n’est pas vraiment un dîner en amoureux. Parfois certains actes sont dépouillés de leur signification parce que le cadre (ou l’ambiance) n’y est pas.

Et Paul dit la même chose ici au sujet de la sainte-cène. « Lorsque vous vous réunissez, il y a un moment dans votre réunion où vous distribuez entre vous du pain et du vin, mais ce n’est pas vraiment le repas du Seigneur. »

Ça rappelle un peu ce que les prophètes disaient aux Israélites dans l’Ancien Testament : « Vous m’offrez des sacrifices, mais ce ne sont pas des sacrifices qui me sont agréables (Am 5.22). Vous jeûnez, mais ça ne compte pas comme un jeûne (És 58.4-5). Vous êtes circoncis, mais ce n’est pas la vraie circoncision (Jr 4.4). » Et nous aussi aujourd’hui, comme les Israélites et comme les Corinthiens, on peut être très policé religieusement. On peut prendre très révérencieusement son petit bout de pain chaque dimanche et boire de la coupe avec le petit doigt en l’air—mais est-ce que c’est vraiment ça que Dieu veut par-dessus tout ?

Ce qui est plus important que prendre le pain et le vin pendant quelques minutes le dimanche matin, c’est ce qui se passe le reste du temps dans l’église.

Est-ce qu’on s’assemble pour devenir meilleurs, c’est-à-dire est-ce qu’on reconnaît vraiment dans les réunions de l’église un moyen efficace pour chacun de nous de grandir dans notre foi, et est-ce qu’on vient avec cette disposition de cœur ? Est-ce qu’on vient au culte avec un cœur docile, pour confesser nos manquements à Dieu et pour être renouvelé dans sa grâce ? Ou bien est-ce qu’on vient avec une attitude égocentrique, pour se comparer aux autres, pour satisfaire les désirs de notre chair, pour juger, pour critiquer, pour chipoter, pour se plaindre intérieurement (et ainsi mépriser l’Église de Dieu, v. 22) ; ou bien est-ce qu’on vient avec une attitude théocentrique, en laissant au vestiaire nos goûts et nos intérêts personnels et en étant préoccupé surtout par la gloire de Dieu et l’édification de notre prochain ?

La bonne ambiance, ou le cadre approprié pour la sainte-cène, c’est d’abord une église qui se respecte. Une église qui fait honneur à son chef, Jésus-Christ, qui lui-même, lorsqu’il a institué la sainte-cène, n’a pas cherché son propre intérêt, mais était en train d’offrir sa vie pour les autres, par amour pour les autres et par souci de la gloire de Dieu. C’est ça l’origine de la sainte-cène ! C’est la base !

Et donc si nous, on reproduit les gestes de Jésus, mais avec une motivation différente, voire opposée (en cherchant notre intérêt dans l’église, et en entretenant des rivalités et des divisions), eh bien ce n’est plus vraiment le repas du Seigneur. C’est du camouflage religieux qu’on utilise pour se donner bonne conscience. Et c’est une offense à celui qui a institué ce sacrement.

Une bonne intelligence (v. 23-26)

La deuxième chose que ce passage nous apprend, c’est que la sainte-cène a une signification extrêmement grave et solennelle, qui ne nous engage pas à moitié. C’est pourquoi pour Paul, il est important qu’on aborde la sainte-cène avec une bonne intelligence, c’est-à-dire en comprenant bien ce que ça veut dire. Et aux v. 23-26, il rappelle justement ce que ça veut dire.

La sainte-cène, c’est une ordonnance de Jésus-Christ, le Seigneur. C’est un truc que Jésus a institué à une occasion très solennelle puisque c’était le soir de son dernier repas avec ses disciples juste avant d’être livré pour être crucifié (v. 23). Et il a pris des éléments du repas très simples, du pain et une coupe, et il leur a donné une signification exceptionnelle. Le pain représente son corps, donné pour ses disciples : ce corps cloué à la croix quelques heures plus tard. Et la coupe représente son sang, le sang de la nouvelle alliance—c’est-à-dire le sang par lequel s’accomplissent les promesses de grâce que Dieu a faites à son peuple depuis des générations et des générations. Dieu avait promis de régler le problème du mal et de la mort en faveur de ceux qui lui faisaient confiance, il avait promis de réconcilier les croyants avec lui-même pour toujours, de les débarrasser de leurs péchés, de les purifier, de les prendre pour lui et de leur donner la vie éternelle, et il a accompli tout ça par le sang de Jésus—et la coupe représente ce sang !

Et Jésus a dit que les chrétiens devaient partager ce pain et cette coupe, régulièrement, en mémoire de lui—c’est-à-dire pour commémorer l’offrande de son corps et l’effusion de son sang sur la croix (v. 24-25).

Et donc quand on prend le pain et la coupe, c’est extrêmement significatif. Paul dit que les chrétiens qui mangent de ce pain et qui boive de cette coupe annoncent la mort du Seigneur, mais en fait, le terme est beaucoup plus fort que ça : ils « déclarent solennellement », ou encore : ils « proclament formellement » la mort du Seigneur. Et c’est quelque chose qu’ils font perpétuellement, semaine après semaine, jusqu’à ce que Jésus, qui est ressuscité, revienne à la fin de l’histoire (v. 26).

Donc Paul est en train de nous faire comprendre que la sainte-cène, ce n’est pas anodin ! Manger le pain et boire de la coupe, ce n’est pas une petite tradition folklorique : il y a une signification religieuse et spirituelle qui nous engage totalement.

Imaginez que vous soyez un esclave haïtien à la fin du 18ème siècle. Depuis quelque temps, le bruit court qu’une révolte se prépare contre les colonisateurs. Et une nuit, une grande réunion d’esclaves a lieu dans la forêt, et après le discours très marquant du leader principal, à la lueur de quelques torches, on apporte un grand cochon noir qu’on égorge au milieu de la clairière, et dont on récolte le sang tout chaud dans des bols et des coupes. Et maintenant, en buvant ce sang, tous les esclaves réunis vont jurer fidélité à la révolution, et vont s’engager, à la vie, à la mort, à combattre pour l’indépendance d’Haïti.

C’est le pacte du sang, qu’on a appelé dans l’histoire d’Haïti, la cérémonie du Bois Caïman. Maintenant je vous pose la question : si chaque dimanche après la prédication, on allumait quelques torches, et qu’on faisait venir devant un gros cochon noir et qu’on l’égorgeait et qu’on récoltait son sang tout chaud dans une coupe, est-ce que vous réfléchiriez avant de boire—et pas seulement pour des raisons sanitaires ? Est-ce que vous vous demanderiez : « Hmm. Est-ce que je suis vraiment prêt à signer ce pacte ? Est-ce que je suis vraiment prêt à assumer le sens de cet engagement ? »

Eh bien la sainte-cène, c’est peut-être moins spectaculaire, mais ce n’est pas moins significatif. Et pour Paul, c’est super important qu’on comprenne bien cette signification, et ce à quoi la sainte-cène nous engage. C’est cette bonne intelligence qu’il nous faut quand on prend le pain et la coupe.

La sainte-cène a une signification extrêmement grave et solennelle, qui ne nous engage pas à moitié. En prenant le pain et la coupe, vous prenez un engagement public, devant Dieu et devant les autres. Vous signez un papier où il est écrit :

« Je soussigné, Alexandre Sarran, reconnais par la présente que le corps de Jésus-Christ a été offert, et son sang versé, sur la croix, pour le pardon de mes péchés. Je reconnais sans réserve que j’étais perdu spirituellement et séparé de Dieu, mais que Jésus-Christ s’est substitué à moi pour me délivrer et pour me réconcilier avec Dieu. Je déclare avec joie que Jésus est ressuscité et qu’il va revenir un jour pour établir son royaume sur la terre. Je proclame formellement qu’il est le chemin, la vérité et la vie, et que nul ne peut venir à Dieu sinon par lui (cf. Jn 14.6). Je jure fidélité à son nom et je m’engage aujourd’hui, à la vie, à la mort, en comptant sur sa grâce, à le suivre et à le servir en toute circonstance—car il m’a aimé le premier et m’a racheté à grand prix. Fait à Lyon, le 6 octobre 2019, en présence de Dieu et de son peuple. »

Dans quelques minutes, le pain et la coupe vont circuler dans les rangs de notre église : voilà ce que vous signez, si vous décidez de manger et de boire. Voilà ce que vous signez chaque dimanche. Ce n’est pas rien ! Ce qui nous amène au dernier point.

Une bonne conscience (v. 27-34)

La troisième et dernière chose que ce passage nous apprend, c’est que si on veut prendre part à la sainte-cène, il faut le faire avec d’immenses précautions. Il faut s’examiner soi-même et s’assurer de prendre la sainte-cène avec une bonne conscience. Et c’est le sens des avertissements que Paul nous donne aux v. 27-34.

Il dit que c’est mal, et même dangereux, de prendre la sainte-cène « indignement » (v. 27). Il dit que ceux qui font ça, se rendent « coupables envers le corps et le sang du Seigneur ». Paul veut dire que c’est comme une profanation. C’est comme si tous les 8 mai, vous vous rendiez au monument aux morts de la deuxième guerre mondiale, dans votre commune, et que vous vous teniez à côté des anciens combattants—mais en vous fichant complètement de la signification de la cérémonie : tout ce qui vous intéresse, c’est le pot qui sera servi juste après. Ce serait une insulte à la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour la France. Et c’est ce que veut dire Paul : prendre la sainte-cène sans « discerner » (v. 29) le sens de la sainte-cène (sans en tenir compte sérieusement et sincèrement), c’est une insulte à la mémoire de celui qui a donné sa vie pour l’Église.

Et Paul nous dit qu’on ne peut pas faire ça impunément. Notre code pénal dit que « la violation ou la profanation, par quelque moyen que ce soit, […] de monuments édifiés à la mémoire des morts est punie d’un an d’emprisonnement et de 15,000 euros d’amende ». À combien plus forte raison Dieu juge-t-il ce qui se passe dans son Église par rapport à la commémoration de la mort de son Fils !

Et donc dans l’église de Corinthe, Paul nous explique qu’il y a des malades, des infirmes et des gens qui sont morts, et que ces afflictions-là, dans ce cas précis, sont des châtiments de Dieu qui cherche à corriger l’église. Dieu ne va pas laisser les gens profaner la mémoire de son Fils impunément. Il ne va pas laisser les gens insulter le corps et le sang de Jésus en prenant la sainte-cène indignement.

Finalement, le pain et la coupe qui sont distribués à l’église sont un peu comme des produits dangereux qu’il faut manier avec précaution. Il existe plein de produits comme ça qui peuvent être bienfaisants ou destructeurs selon l’utilisation qu’on en fait. L’essence c’est bien pour faire avancer une voiture, mais c’est moins bien dans le biberon d’un enfant. Un verre d’eau glacée, c’est super pour se rafraîchir en été, mais ce n’est pas top si on le verse dans de l’huile bouillante. Avec de l’engrais agricole, on peut faire pousser des plantes mais on peut aussi fabriquer des bombes. Et la sainte-cène, c’est un moyen de grâce par lequel Dieu communique des bienfaits à ceux qui participent dignement, mais c’est aussi un moyen par lequel Dieu communique ses jugements à ceux qui participent indignement.

Et donc toute la question est de savoir comment faire pour participer dignement. Eh bien Paul nous donne une instruction précise. Il faut s’examiner soi-même (s’éprouver, v. 28), c’est-à-dire examiner son cœur, pour voir si on adhère sincèrement à la vraie signification de la sainte-cène (dont on vient de parler).

Est-ce que, en conscience, on est vraiment en train de s’engager avec Dieu—et selon les termes de Dieu ? Est-ce que mon cœur est bien disposé envers Dieu et envers les autres, ou bien est-ce que je suis là juste pour l’apparence ? Est-ce que mon esprit est brisé devant le constat de ma faiblesse, est-ce que je reconnais que je ne mérite pas, par nature, de prendre part à la table du Seigneur, est-ce que j’ai vraiment faim et soif de la grâce de Dieu, ou bien est-ce que  je trouve que je me débrouille plutôt pas mal tout seul et que la sainte-cène, c’est juste un petit snack spirituel ou une petite tradition conviviale sympa ? Le petit bout de pain et la gorgée de vin pour montrer qu’on fait partie du club.

Mais ce passage nous dit que ce n’est pas juste du pain et du vin. C’est un geste contractuel. C’est un acte par lequel on souscrit aux termes d’une alliance avec Dieu—l’alliance de grâce, qui comporte des bénédictions destinées à ceux qui répondent par la foi aux promesses de Dieu, et des malédictions destinées à ceux qui rejettent les promesses de Dieu.

C’est pourquoi si on veut prendre part à la sainte-cène, il faut le faire avec d’immenses précautions. Ce n’est pas du tout qu’il faut être parfait, ou dépourvu de péché, ou avoir surmonté tous ses doutes, pas du tout ! Ces choses-là ne sont pas contraires à la foi. La foi, c’est avoir envie. La foi, c’est reconnaître que notre vie est à 100% suspendue à Dieu, et qu’on a besoin qu’il agisse en notre faveur, et c’est en avoir envie.

Jean Calvin le dit comme ça :

« Si tu aspires d’un bon cœur et à bon escient à la justice de Dieu, et si étant humilié par la connaissance de ta misère, tu te reposes et te fies entièrement en la grâce de Christ, sache avec certitude que tu es digne de t’asseoir à cette sainte table. »

Pour conclure. La sainte-cène, c’est un truc à prendre extrêmement au sérieux, sous peine d’insulter Jésus. C’est pourquoi Paul nous dit que nous devons « nous juger nous-mêmes » (v. 31), c’est-à-dire ne pas attendre que Dieu nous juge avant de tirer les bonnes applications de la sainte-cène.

On doit s’assurer (et les anciens veillent à ça aussi) qu’il y a une bonne ambiance : que l’église n’entretient pas des divisions et des controverses, et qu’on est uni et attentif les uns aux autres (v. 33).

On doit s’assurer qu’il y a une bonne intelligence, c’est-à-dire que la signification extrêmement solennelle de la sainte-cène soit rappelée et maintenue. Le but n’est pas de se faire une bonne bouffe : on peut faire ça chez soi (v. 34). Le but est de commémorer la mort de Jésus et de s’engager et de se réengager perpétuellement vis-à-vis de cette grâce qui nous est présentée en lui, et de manifester l’unité de son corps, qu’est l’Église, et de recevoir, par une foi authentique et personnelle, de la part de Dieu, la nourriture spirituelle qui va nous fortifier pour notre marche chrétienne et pour notre service.

Enfin on doit s’assurer d’avoir une bonne conscience : de prendre part à la sainte-cène, justement, avec foi, et non pas à la légère.

Et si aujourd’hui vous n’êtes pas encore un chrétien, ou si vous êtes encore assis entre deux chaises, si vous n’êtes pas prêts, en fait, à vous engager à la vie, à la mort, envers Jésus qui a donné sa vie, le premier, pour nous racheter, alors il vaut mieux que vous vous « jugiez vous-même » en vous abstenant de prendre la sainte-cène quand le pain et la coupe vont passer dans les rangs dans quelques instants. Mais ne restez pas plus longtemps dans cette situation. Dès aujourd’hui, vous pouvez parler à un chrétien que vous connaissez dans l’église, ou à moi-même et à Denis, et si vous avez des questions ou des doutes, on peut en parler librement, et si vous avez envie d’aller plus loin avec Dieu, on sera ravi de prier pour vous et de vous accompagner.

En tout cas dans quelques instants il n’y aura rien de spectaculaire, rien de fastueux, pas d’éclairs et de tonnerre, pas d’incantations ou de danse rituelle, juste du pain, du vin et du chrétien—mais en comptant sur le Seigneur, et si vous êtes d’accord, on va quand même prendre ça très, très au sérieux !

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