La prière du "Notre Père"

Par Alexandre Sarranle 9 juin 2013

C’est curieux, la prière, non ? Quand on n’a pas l’habitude, on peut trouver ça bizarre, des gens qui ferment les yeux, ou non, et qui se mettent à parler à un être qui est censé être là, qui écoute, qui comprend, qui peut agir, mais qui est invisible ! D’après le Larousse, prier, c’est « s’adresser à Dieu ou à un être surnaturel pour l’adorer, l’honorer, le supplier, lui demander quelque chose ».

C’est curieux, la prière. Mais en même temps, c’est en réalité très courant, puisque l’écrasante majorité des êtres humains sur terre croit en l’existence d’un ou plusieurs êtres surnaturels, supérieurs à l’homme, tout-puissants ou non, et ils cherchent fréquemment à communiquer avec lui, par des moyens divers. Et donc, par conséquent, la prière existe sous des formes très différentes.

Il y a des gens qui prient sans rien dire, juste en pointant du doigt un poster sur leur mur ; des gens qui prient en faisant tourner des moulins à prière ; des gens qui prient en tripotant un collier composé de plusieurs séries de perles, grosses et petites, appelé un chapelet ; des gens qui prient en chantant, d’autres dans des langues inconnues, d’autres uniquement par des gestes ; des gens qui prient en lisant des prières écrites d’avance, parfois très anciennes, etc. Et bien évidemment, puisque les chrétiens croient à l’existence d’un être suprême, intelligent, omniprésent et omnipotent, ils prient.

Mais est-ce qu’il y a une façon chrétienne de prier ? Heureusement pour nous, notre « livre de référence » parle de la prière, et le Seigneur Jésus, notre maître, en a parlé en personne. Il en a parlé notamment dans un grand discours très connu, qu’on appelle le « Sermon sur la montagne », et qu’on trouve aux chapitres 5 à 7 de l’Évangile selon Matthieu.

Le thème principal de ce sermon concerne les caractéristiques de la vie dans le royaume des cieux, ou plus précisément ce qui est censé caractériser la vie des sujets de ce royaume, à savoir des chrétiens. À plusieurs reprises dans ce discours, Jésus va évoquer ce que font « les autres » et il va dresser un contraste entre ce qu’ils font et ce que les chrétiens sont censés faire. Vous vous souvenez, par exemple, de cette série de paroles, où Jésus dit : « Vous avez entendu qu’il a été dit…, mais moi je vous dis… », ou encore : « Si vous faites ceci ou cela, que faites-vous d’extraordinaire ? Les péagers, ou les païens, n’en font-ils pas autant ? Vous par contre… », etc. Eh bien Jésus va faire la même chose en ce qui concerne la prière, comme on va le voir dans un instant.

Et la leçon qu’il va ainsi nous transmettre, c’est la suivante : le fond et la forme de la prière chrétienne doivent découler d’une vision biblique de Dieu, du monde et de l’homme ; autrement dit, si tu veux prier comme un chrétien, tu dois penser comme un chrétien.

1. Ne pas prier comme les hypocrites (v. 5-6)

Alors premièrement, aux v. 5-6, Jésus nous enseigne à ne pas prier comme les hypocrites, dans le but d’être bien vu des autres. On connait bien ces versets. Mais il ne faut pas passer trop vite dessus. Ce que Jésus dénonce ici, ce n’est pas tant une pratique (celle de prier en public) qu’une motivation (le désir d’être glorifié par les hommes). Jésus n’est pas en train de dire que pour prier, il faut toujours être dans le secret de sa chambre ; il est en train de dire que dans notre vie de prière, nous ne devons pas être avant tout préoccupés par notre relation avec les hommes, mais plutôt par notre relation avec Dieu.

Imaginez un mari qui serait tout le temps très gentil avec sa femme lorsqu’il est à l’église, entouré d’autres chrétiens. Mais dès qu’il est à la maison, éloigné du regard et des oreilles de ses amis de l’église, il est parfaitement odieux avec sa femme. C’est hypocrite, non ? Ou à l’inverse, imaginez un autre mari, qui serait très gentil avec sa femme à la maison, toujours à la soutenir et à lui faire des compliments, mais dès qu’ils se retrouvent tous les deux en société, avec les collègues de travail notamment, le mari devient complètement macho, égocentrique, insensible, et se met à humilier sa femme devant ses copains. Ça aussi c’est hypocrite. Dans les deux cas, la relation du mari avec ses amis prime, manifestement, sur sa relation avec sa femme. Dans les deux cas, il est hypocrite.

De la même façon, avec la prière, quand notre relation avec les hommes prime sur notre relation avec Dieu, le désir d’être bien vu des autres peut se traduire de deux manières : d’abord, on peut être un chrétien qui prie beaucoup aux réunions de l’église, sous le regard des autres, mais qui prie très peu en privé. Et inversement, on peut être un chrétien qui prie beaucoup en privé, mais très peu en compagnie des autres. Je prends un exemple un peu caricatural : pourquoi est-ce difficile pour nous de prier au restaurant, sinon parce que le regard des autres compte un peu trop pour nous par rapport à notre relation avec Dieu ?

Donc premier point : ne pas prier comme les hypocrites, dans le but d’être bien vu des hommes, car nous ne devons pas être avant tout préoccupés par notre relation avec les hommes, mais plutôt par notre relation avec Dieu.

2. Ne pas prier comme les païens (v. 7-8)

Deuxièmement, aux v. 7-8, Jésus nous enseigne à ne pas prier comme les païens, dans le but de forcer la main de Dieu. À quoi Jésus fait-il référence, ici ? Je pense qu’il fait référence aux cultes païens, aux cultes rendus à de faux dieux, où les prières pouvaient ressembler à des incantations, c’est-à-dire où les fidèles vont répéter en boucle certaines formules qui sont censées déclencher la puissance de la divinité visée.

Mais Jésus s’oppose à ce genre de prière dans la vie chrétienne, à l’aide d’un argument tout simple, c’est que Dieu sait déjà de quoi on a besoin avant même qu’on le lui demande. Ce serait même un peu ridicule, voire présomptueux, de répéter à Dieu trente-six fois la même chose, comme si on pouvait, à force de répétition, provoquer, ou déclencher sa puissance.

Imaginez que vous soyez un des porte-paroles de la « manif pour tous », et qu’au lendemain de la grande manif du 13 janvier, qui a rassemblé grosso-modo un million de personnes, vous êtes reçu par le président dans son bureau, avec deux ou trois autres porte-paroles, pour une petite demi-heure d’entretien. Est-ce que ce serait une bonne idée de passer la demi-heure à scander : « François, ta loi, on n’en veut pas » ? Non, ce serait absolument ridicule et inutile, étant donné que le président sait déjà pertinemment quelles sont vos demandes, avant même que vous arriviez dans son bureau. Mais parfois, les chrétiens font exactement ça avec Dieu.

Je ne pense pas que Jésus soit en train de dénoncer, ici, le fait de prier fidèlement, c’est-à-dire jour après jour pour les mêmes choses, ni le fait de prier avec ferveur et insistance. Mais ce qu’il dénonce, à mon avis, c’est cette façon de prier qui ressemble à des incantations, où l’on pense qu’à force de répéter certaines formules, on va déclencher la puissance de Dieu. Vous voyez de quoi je veux parler ?

Dans certains milieux, on a l’impression que pour prier il faut connaître, et répéter certaines formules magiques, comme « au nom de Jésus », « amen alléluia », « gloire à toi Seigneur », « oh oui Seigneur Jésus », tout ça sur un certain ton de voix, et de façon répétitive, exactement comme une incantation. Dans des milieux où l’on pratique la délivrance, notamment, on voit des chrétiens qui répètent trente-six fois la même chose jusqu’à ce qu’ils obtiennent un résultat (plus ou moins satisfaisant), exactement comme le font les magiciens païens qui invoquent des puissances occultes.

Donc deuxième point : ne pas prier comme les païens, dans le but de forcer la main de Dieu. Dieu sait déjà de quoi on a besoin avant même qu’on le lui demande. Il est omniscient. C’est pourquoi, il faut plutôt prier en s’inspirant du modèle que Jésus nous enseigne et qui vient juste après.

3. Prier comme les enfants du Père (v. 9-13)

Comment prier, donc ? Et bien troisièmement, aux v. 9-13, Jésus nous enseigne à prier, non pas comme les hypocrites, ni comme les païens, mais comme les enfants du Père.

a/ Étant dans une bonne relation (v. 9)

Prier comme les enfants du Père, c’est-à-dire, d’abord, en étant dans une bonne relation, c’est-à-dire adoptés par le Père, en vertu du Fils, par la puissance de l’Esprit.

Contrairement à toute autre religion, nous pouvons appeler Dieu « notre Père qui es aux cieux ». Cette façon d’interpeller Dieu, révèle à la fois la simplicité et la confiance qui peuvent être les nôtres dans la prière. Nous pouvons nous approcher de Dieu comme des enfants qui s’approchent de leur papa, en sachant qu’il nous aime et qu’il nous est propice.

Souvenez-vous de quand vous étiez un enfant et que vous jouiez dehors avec vos copains ou vos copines par un bel après-midi d’été. Et vous avez soif. Quelle serait la différence dans votre attitude si, d’une part, vous alliez demander à boire au papa d’un ami, ou d’autre part, au vôtre ? Ce serait assez différent, non ?

De la même façon, Jésus nous invite à nous approcher de Dieu comme de notre père. Cette relation filiale est possible grâce à Jésus. Nous étions des étrangers, et même des ennemis de Dieu, mais Jésus est mort pour nos péchés, pour nous en délivrer. Il a triomphé de la puissance du péché par sa résurrection, et aujourd’hui il représente les croyants auprès du Père, de sorte que par la foi, nous sommes pleinement adoptés par le Père. Celui-ci nous aime de l’amour dont il a toujours aimé, et dont il aimera toujours, son Fils Jésus !

Donc prier comme les enfants du Père, c’est d’abord être dans une bonne relation, c’est-à-dire adoptés par le Père, en vertu du Fils, par la puissance de l’Esprit. On n’est pas n’importe qui pour Dieu, et Dieu n’est pas n’importe qui pour nous !

b/ S’alignant sur les bonnes priorités (v. 10)

Ensuite, Jésus nous enseigne à prier comme les enfants du Père, c’est-à-dire en s’alignant sur les bonnes priorités, c’est-à-dire en étant préoccupés d’abord par la gloire, le plan et la volonté de Dieu.

Avez-vous jamais remarqué que les premières requêtes du « Notre Père » concernent uniquement Dieu ? C’est comme prier pour Dieu ! Mais Jésus nous montre par là que le chrétien n’a pas pour priorité ses propres intérêts mais les intérêts de Dieu. Le fait que son nom soit reconnu comme saint dans le monde, et qu’il soit honoré en conséquence. Le fait que son royaume de justice et de grâce s’étende sur la terre, par le moyen de la proclamation de l’Évangile et du salut du plus grand nombre. Le fait que la volonté morale de Dieu, qui s’accomplit parfaitement au ciel, s’accomplisse aussi sur la terre, d’abord dans la vie du chrétien, ensuite dans la société.

Imaginez cette fois que vous décidiez de consacrer vos grandes vacances à un service missionnaire dans un pays du tiers monde. Vous allez donc vous rendre dans ce pays où les gens vivent dans une pauvreté extrême. Ils ont besoin d’eau potable, de vêtements, de soins médicaux. Vous rejoignez donc une petite ONG là-bas, très reconnaissante de l’aide que vous allez leur apporter. Mais voilà que le lendemain de votre arrivée, vous allez voir le chef de l’équipe, qui est en train de soigner un jeune enfant atteint du choléra, et vous lui dites : « Excusez-moi, mais est-ce qu’il serait possible que je sois logé dans un appartement un peu plus grand ? Et avec une baignoire plutôt qu’une douche ? Et puis j’ai eu des petits soucis hier soir pour regarder la TV ; je pense que l’antenne est mal orientée ». Bref, c’est un peu déplacé, non ?

Eh bien parfois on fait pareil dans nos prières, il me semble ! Examinons nos prières, et réfléchissons à ce qui nous préoccupe le plus. Prier comme les enfants du Père, consiste donc à s’aligner sur les bonnes priorités, c’est-à-dire en étant préoccupés d’abord par la gloire, le plan et la volonté de Dieu.

c/ Connaissant les bons besoins (v. 11-13a)

Ensuite, Jésus nous enseigne à prier comme les enfants du Père, c’est-à-dire en connaissant les bons besoins, c’est-à-dire en étant accrochés à sa provision, à son pardon et à sa protection.

Après avoir brièvement cité une triple priorité dans la prière (v. 10), il cite plus longuement cette fois, un triple besoin : le besoin du pain quotidien, le besoin du pardon des péchés, et le besoin de la protection divine. Est-ce que vous avez conscience que ce sont là vos besoins quotidiens les plus fondamentaux ?

Parfois dans nos prières, nous ressemblons à ces mendiants que l’on voit parfois dans la rue, et qui tiennent un petit écriteau où il est souvent écrit : « S’il vous plaît, une petite pièce ou un ticket restaurant pour vivre ». Sauf que sur notre petit écriteau à nous, il est écrit : « S’il vous plaît, un jeu vidéo pour vivre » ! C’est vrai que nos prières reflètent parfois ce déséquilibre, entre ce qui constitue un vrai besoin pour nous, et ce que nous pensons être des besoins.

Avons-nous conscience que c’est Dieu qui nous donne notre nourriture quotidienne ? Qu’il nous fournit les plus petits détails qui nous permettent de vivre chaque jour, ne serait-ce que chaque battement de notre cœur ? Avons-nous conscience que bien que nous soyons justifiés une fois pour toutes, nous continuons de pécher et d’attrister le Saint-Esprit ? Que nous avons besoin de nous humilier sous la main de Dieu et d’invoquer son pardon et sa purification ? Avons-nous conscience que nous vivons dans un monde hostile, et que nous combattons contre des forces hostiles et puissantes, et que sans le secours de Dieu, nous sommes incapables de nous en sortir nous-mêmes ?

Jésus ne dit pas que toutes les autres requêtes, même les plus originales, ne sont pas légitimes, mais la question qu’il nous oblige à nous poser, ici, c’est : est-ce que ces trois besoins fondamentaux de notre quotidien sont typiques de notre vie de prière ?

Donc Jésus nous enseigne à prier comme les enfants du Père, c’est-à-dire en connaissant les bons besoins, c’est-à-dire en étant accrochés à sa provision, à son pardon et à sa protection.

d/ S’appuyant sur la bonne perspective (v. 13b)

Enfin, dernièrement, Jésus nous enseigne à prier comme les enfants du Père, c’est-à-dire en s’appuyant sur la bonne perspective, c’est-à-dire (v. 13b) en étant encouragés par la suprématie totale de Dieu.

On en vient donc à cette doxologie finale, qui a simplement pour but, à mon avis, de nous rappeler qui est ce Dieu auquel les chrétiens s’adressent dans leurs prières, et ainsi de nous motiver à prier ! Dieu est absolument souverain. Tout ce que nous lui demandons, à condition que cela ne contredise ni sa nature, ni sa volonté révélée, il est capable de le faire.

La prière, c’est comme une ligne de téléphone, toujours ouverte, jamais occupée, qui nous relie directement au quartier général de Dieu tout-puissant. Grâce à Orange, j’ai des communications illimitées entre mon portable et celui de Suzanne. C’est super, comme ça je peux l’appeler souvent et lui dire que je l’aime, et qu’elle me manque. Mais tout chrétien a des communications illimitées avec le Créateur du monde, auquel appartiennent le règne, la puissance et la gloire ! On devrait en profiter, non ?

Donc appuyons-nous sur la bonne perspective, comme nous l’enseigne Jésus, en étant encouragés, dans nos prières, par la suprématie totale de Dieu.

Jésus nous livre donc ici un modèle de prière, non pas pour que nous la récitions forcément chaque jour ou à chaque culte (même si ce n’est pas interdit !), mais pour que nous comprenions ce qui doit caractériser la prière chrétienne. On ne prie pas comme les hypocrites, ni comme les païens, mais on prie comme les enfants du Père.

Vous comprenez maintenant pourquoi je disais en introduction que la leçon de Jésus dans ce passage, finalement, c’était que le fond et la forme de la prière chrétienne devaient découler d’une vision biblique de Dieu, du monde et de l’homme ; autrement dit, si tu veux prier comme un chrétien, tu dois penser comme un chrétien.

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