Attention aux mauvaises langues !

Par Alexandre Sarranle 1 décembre 2019

Vous avez peut-être déjà assisté à un culte dans une église dite « charismatique ». Ou peut-être que vous avez des amis qui fréquentent une église charismatique. Ou peut-être que vous vous êtes déjà trouvé à côté d’une personne charismatique dans un culte en commun ou dans une réunion de prière.

En tout cas, on a tous, au moins une fois, vu à la TV un reportage sur des églises et des chrétiens charismatiques. On a vu des gens super expressifs dans la louange, qui levaient les mains, qui poussaient des exclamations ; peut-être que certains sont tombés par terre dans une sorte de transe. On a vu des gens prier pour des guérisons miraculeuses, et qui apparemment les ont même obtenues. On a vu des gens se faire exorciser, et d’autres qui ont reçu des révélations surnaturelles.

Et puis on a vu ou entendu des gens parler, ou peut-être chanter, dans des langues bizarres. Ce n’est pas des langues qu’on a pu reconnaître. On aurait peut-être dit les incantations du grand prêtre de Kali Ma dans Indiana Jones et le Temple Maudit. C’était juste bizarre.

Et je ne dis pas ça pour me moquer, mais juste pour décrire ce phénomène qu’on appelle dans nos milieux évangéliques « le parler en langues » (ou pour les plus érudits : la glossolalie). C’est quand des gens se mettent à s’exprimer spontanément dans des langues inconnues, apparemment sous l’impulsion du Saint-Esprit, en public ou en privé, parfois discrètement, parfois de manière plus ostensible.

En France, la majorité des chrétiens évangéliques croit à la validité de ce phénomène en tant que manifestation possible du Saint-Esprit dans la vie d’un croyant et dans la vie de l’Église. Certains vont même un peu plus loin, comme la plus grande union d’églises évangéliques de France (ADD), dont la confession de foi dit ceci, dans son article sur le Saint-Esprit : « Le baptême dans le Saint-Esprit […] est donné par le Père et le Fils, et il est manifesté par le parler en langues ». Autrement dit, quand on est « baptisé de l’Esprit » au sens biblique, d’après la théologie de cette union d’églises, on est censé parler en langues, au moins à ce moment-là.

Alors il est possible que certains d’entre vous ayez déjà fait l’expérience de ce phénomène dans votre vie chrétienne—d’autres, jamais. Qu’est-ce qu’on doit en penser ? Est-ce que c’est quelque chose qu’on doit rechercher ? Ou au contraire, est-ce qu’on doit le rejeter catégoriquement ?

Eh bien le texte qu’on va lire dans un instant ne va peut-être pas trancher définitivement la question (quoique), mais va au moins nous enseigner un principe important qui est le suivant : pour s’exprimer dans les réunions de l’église, on devrait utiliser la langue qui est communément parlée au sein de l’assemblée. C’est bête mais c’est important ! Et si c’est vrai, ça veut dire que le parler en langues, en fait, qu’on y croie ou pas, en tout cas ce n’est pas quelque chose qu’on a impérativement besoin de rechercher.

Parler, mais pas en l’air (v. 1-11, 27-28)

L’apôtre Paul commence par expliquer à ses destinataires que c’est bien de s’exprimer à l’église, mais pas pour ne rien dire. Parler, oui, mais pas en l’air. Et le problème c’est que quand on parle en langues, bien souvent, c’est pour ne rien dire. Comment ça, pour ne rien dire ? Eh bien tout simplement parce que personne ne comprend ce qui est dit.

C’est pourquoi Paul fait un contraste entre parler en langues et prophétiser : quand on prophétise, on parle la langue des gens auxquels on s’adresse, et on leur communique un message de la part de Dieu. Quand on parle en langues, ça ne communique rien aux gens qui sont autour, à moins que ce soit interprété.

Alors il existe un débat pour savoir si les langues au sens biblique, ce sont toujours des langues humaines existantes (que la personne se met à parler spontanément, de façon miraculeuse), ou bien si ces langues sont, au moins dans certains cas, des langues spirituelles inconnues sur la terre. Pour l’instant, on n’a pas vraiment besoin de le savoir : si de toute manière on ne comprend pas ce qui est dit, ça ne sert à rien. Et si ça ne sert à rien, ça contredit la raison d’être des dons spirituels, qui est justement l’utilité commune (1 Co 12.7).

On avait vu que les manifestations de l’Esprit étaient censées être utiles notamment à l’édification de la communauté chrétienne (cf. Ép 4.11-16). C’est pour ça que Paul nous dit que si on parle en langues, c’est peut-être spectaculaire, mais si on ne comprend pas, ça ne peut pas servir à édifier l’église, et donc ça ne sert à rien.

Dans ces conditions, il ne vaut mieux pas le faire ! C’est comme faire du bruit pour rien, c’est même désagréable. C’est comme quand les musiciens dans un orchestre sont tous en train de s’accorder en même temps : c’est assez bizarre et désagréable pour les auditeurs. Personne ne suppose que c’est le début du morceau. Personne ne prend plaisir à écouter ça, d’ailleurs ce n’est jamais inclus dans les CD de l’orchestre ! Et Paul dit que c’est un peu comme ça quand quelqu’un parle en langues (v. 7).

C’est comme quelqu’un qui souffle dans une trompette pour donner un signal aux troupes, mais qui ne sait pas jouer de la trompette. Ça fait des couacs, des bruits aléatoires et bizarres, et ça ne produit certainement pas l’effet escompté (v. 8) !

Ou bien c’est comme si quelqu’un vous donnait des instructions dans une langue qui vous est totalement inconnue : ça ne servirait strictement à rien ! Un jour, Kalhou était en train d’emballer un colis sous les yeux de sa belle-mère coréenne ; et elle n’était pas du tout satisfaite de sa méthode. Elle donnait donc à Kalhou des instructions très précises et pleines de… conviction, mais le problème c’est que Kalhou ne comprend pas le coréen ! Kalhou était donc un barbare pour sa belle-mère, et sa belle-mère était un barbare pour lui (v. 11).

Et donc l’apôtre Paul dans ce passage nous dit que parler en langues, si ce n’est pas interprété, c’est comme ça. Ça ne sert à rien et il vaut mieux ne pas le faire.

Dans mon expérience, je ne me souviens pas d’une seule fois où j’ai entendu quelqu’un parler en langues (au sens d’un langage extatique) et où ça a été interprété. J’ai été dans des réunions de prière où, pendant que je priais, la personne à côté de moi se mettait à marmonner des « chabalaramat-alphabetagammadelta » et c’était perturbant, mais surtout, j’aurais voulu comprendre ce qui était dit. Pareil dans des cultes où tout d’un coup la personne devant changeait de langue—on avait l’impression qu’elle se mettait à parler en farsi ou en hindi. Et personne pour interpréter, c’est dommage, et franchement c’est du bruit pour rien !

Je ne dis pas qu’il n’y a jamais d’interprétation—je sais qu’il y a des églises qui pratiquent systématiquement l’interprétation. Mais on peut déjà au moins tirer une application pratique de ce premier point : c’est qu’on ne doit pas parler en langues dans les réunions de l’église sans interprétation (v. 27-28). Parce que c’est bien de s’exprimer à l’église, mais pas pour ne rien dire.

On peut donc dire qu’en soi, le phénomène du parler en langues n’édifie pas l’église. Que ce soit une langue angélique ou une langue humaine, en fait, si on ne la comprend pas, ça ne sert à rien. Quand mon ami et collègue américain Ken est venu prêcher pour ma consécration, il l’a fait en anglais, mais un autre ami, Matt, l’a interprété en français. Autrement, il aurait « parlé en l’air ». Et c’est là aussi une application pratique de ce premier point. On ne devrait pas s’exprimer à l’église dans des langues incompréhensibles des autres.

Parler de manière à être compris (v. 12-19, 26)

Et le deuxième point va exactement dans le même sens : tout ce qu’on cherche à communiquer, à l’église, il faut le faire d’une manière intelligible. Il faut parler de manière à être compris.

Dans le texte, Paul va faire un deuxième contraste (le premier était entre les langues et la prophétie) : cette fois entre l’esprit et l’intelligence. Et ce que Paul dit ici, c’est que si tout doit se faire pour l’édification (v. 26), alors il ne suffit pas de s’exprimer « par l’esprit », que ce soit pour prier, pour chanter ou pour rendre grâces. Il faut le faire aussi « par l’intelligence » (par la raison), puisque l’édification suppose l’instruction qui suppose la compréhension.

Quand on dit : « Amen », ça veut dire : « J’ai compris et je suis d’accord ! » On ne peut pas dire « Amen » après quelque chose qui a été dit en langues, même si ça a été dit sous l’impulsion de l’Esprit (v. 16). « Amen », c’est quelque chose qu’on dit par rapport à une vérité intelligible. Lorsque Jésus dans les évangiles dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis… », en grec c’est : « Amen, amen, je vous le dis… » (Jn 10.1 par ex.). Ça n’aurait pas de sens si ensuite, il disait quelque chose d’incompréhensible.

Donc c’est bien d’exercer les dons spirituels, mais il faut le faire pour l’édification de l’église (v. 12). Donc les dons qui impliquent le langage et la communication, pour atteindre ce but, doivent nécessairement employer un langage compréhensible ou intelligible. Parce qu’n tout petit peu d’édification vaut mieux que des tonnes de paroles en l’air (v. 19).

Imaginez que je veuille m’instruire un peu dans le domaine de la physique. J’ai chez moi une thèse de doctorat intitulée Renormalisation et coarse-graining de la gravitation quantique à boucle. Je ramasse ce document de 270 pages et je jette un œil au résumé :

« Pour déterminer les observables aux grandes distances, nous étudions le cas des tétraèdres hyperboliques et leur description naturelle dans un langage proche de celui de la gravitation quantique à boucle. Les holonomies de surface en particulier jouent un rôle important. Cela dégage la structure des double spin networks constitués d’un graphe et de son dual […]. Pour résoudre le problème des graphes variables, nous considérons et définissons les loopy spin networks. Ils encodent par des boucles la courbure locale d’un vertex effectif et permettent ainsi de décrire différents graphes en les masquant via le processus de coarse-graining. »

Vous avez compris quelque chose ? « Comment celui qui est assis parmi les simples auditeurs répondra-t-il : Amen ! […], puisqu’il ne sait pas ce que tu dis ? » Pour moi, c’est un langage incompréhensible, donc bien que l’objet du discours de l’auteur soit certainement parfaitement juste, la plupart d’entre nous ne sommes pas instruits. « Tu rends d’excellentes actions de grâces, mais l’autre n’est pas édifié » (v. 17).

Et quand on parle en langues pour de vrai, on le fait sous l’impulsion du Saint-Esprit, on parle, on prie, on chante « par l’esprit », donc c’est parfaitement juste ce qu’on dit. Mais d’après Paul, ça ne suffit pas pour justifier la pratique dans les réunions de l’église. L’intelligence ne doit pas demeurer stérile (v. 15). Pour cela, l’intelligence doit être sollicitée de manière à pouvoir répondre. On doit rendre un culte par l’esprit mais aussi avec l’intelligence (v. 15). Ça fait peut-être partie des choses que Jésus sous-entendait quand il a dit qu’on devait adorer Dieu « en esprit et en vérité » (Jn 4.24). Tout ce qu’on cherche à communiquer, à l’église, il faut le faire d’une manière intelligible.

Donc comme on l’a dit dans le premier point, ça veut dire déjà s’exprimer dans une langue connue de l’auditoire, ou sinon, qu’il y ait un interprète. C’est la raison pour laquelle on lit la Bible dans la langue du peuple et pas dans les langues originales ou en latin.

Mais parfois, même quand on s’exprime dans la langue de l’auditoire, on n’est quand même pas intelligible. « Bienvenue dans le tabernacle de l’Éternel des armées, aujourd’hui on va recevoir une onction céleste, on va prendre l’épée de l’Esprit et on va se défendre contre l’accusateur des frères, qui rôde près de nous comme un lion rugissant. Si on ne veut pas être jeté dans l’étang de feu, il faut qu’on soit lavé dans le sang de l’agneau qui a été immolé dès la fondation du monde. Amen ! »

Parfois on s’exprime comme ça à l’église, parfois nos chants ont des paroles qui ressemblent à ça, et on doit faire attention, et on doit faire un effort notamment pour expliquer (interpréter ?) le sens de ce qui peut sembler hermétique à « celui qui est assis parmi les simples auditeurs ». Il vaut mieux cinq petites paroles édifiantes parce que compréhensibles, plutôt que dix mille paroles hyper spirituelles mais réservées aux initiés.

Parler pour faire connaître Dieu (v. 20-25)

Ce qui nous amène au dernier point. À l’église il y a des choses très importantes à dire, et du coup il ne faut pas se tromper de message. À l’église on parle pour faire connaître Dieu.

C’est très intéressant ce qui se passe aux v. 20-25. Paul semble insinuer que les chrétiens de Corinthe, qui cherchent à parler en langues avec beaucoup de fascination et d’ardeur, font une erreur de jugement (v. 20). Et Paul rappelle quelle est la véritable portée historique et théologique du parler en langues—c’est-à-dire sa raison d’être à la base. Il explique que quand des gens parlent de la part de Dieu dans des langues inconnues, en fait, c’est normalement le signe d’un jugement de Dieu, le signe de sa désapprobation.

Parce que dans l’histoire d’Israël, quand les croyants entendaient parler des langues étrangères autour d’eux, c’était parce qu’ils étaient soit envahis par des ennemis, soit déportés dans un pays ennemi. Généralement, ce n’était pas bon signe ! Et donc Paul cite un passage de l’Ancien Testament (v. 21) pour rappeler cette réalité aux Corinthiens, et les faire réfléchir :

« À votre avis, pourquoi Dieu a voulu qu’il y ait ce don du parler en langues dans votre contexte ? Peut-être parce que Dieu a voulu signifier sa désapprobation aux Israélites qui ont rejeté sa grâce—et qui l’on rejetée de manière suprême en s’opposant carrément au messie que Dieu leur avait envoyé. Dans votre jeune église constituée premièrement de Juifs convertis, on s’est tout d’un coup mis à rendre un culte à Dieu dans plein de langues différentes qui n’étaient pas la langue traditionnelle d’Israël, la langue sacrée de la Torah. C’est très significatif. Et c’est le signe de la ‘mise à l’écart’ d’Israël (Rm 11.15), un signe donc pour les non-croyants. »

Donc quand on parle de la part de Dieu dans une langue que personne ne comprend, ça vient de Dieu mais c’est mauvais signe, vous comprenez ? Et donc c’est très ironique que les chrétiens de Corinthe prennent un mauvais signe comme signe de leur incroyable maturité dans la foi ! Ils ont pris un truc qui est un signe de jugement contre les non-croyants, et ils le brandissent comme un signe de bénédiction et de supériorité spirituelle !

Ça me fait penser à Mr Bean. Dans le film qui porte son nom, sorti en 1997, Mr Bean se retrouve pour la première fois aux États-Unis. Il est en déplacement à Los Angeles, en train de se faire conduire dans une décapotable sur Sunset Boulevard, et il est complètement extatique. Il prend en photo tout ce qu’il voit, y compris un biker arrêté à un feu de circulation, qui est plutôt de mauvaise humeur et qui lui répond par un doigt d’honneur. Mr Bean ne sait pas ce que c’est qu’un doigt d’honneur ; il s’imagine qu’aux États-Unis c’est comme ça qu’on exprime ses salutations et sa joie. Du coup, depuis sa décapotable, Mr Bean se met à faire des doigts d’honneur à tout le monde avec le plus grand sourire et la plus grande naïveté. « Regardez comme je suis heureux d’être en visite chez vous, je vous fais à tous des doigts d’honneur ! »

Et de la même façon, en brandissant le parler en langue comme signe de leur maturité, les Corinthiens sont en train de dire : « Regardez comme je suis spirituel, le signe de la condamnation des incrédules est vraiment très développé chez moi ! » C’est ironique.

Et Paul fait comprendre aux Corinthiens que si, en fait, le parler en langues c’est un « signe pour les non-croyants », il y a un autre signe qui, lui, est « pour les croyants », c’est la prophétie (v. 22). C’est ça en fait que les croyants devraient le plus rechercher. La prophétie, on en parlera plus en détail dans quelques semaines, mais pour l’instant il suffit de rappeler qu’il s’agit de parler avec autorité, de la part de Dieu, dans la langue de l’auditoire. Et ça, ça mérite d’être recherché, parce qu’au moins, le message de Dieu peut être compris par ceux qui écoutent, et Paul dit que c’est ça dont les gens ont vraiment besoin, y compris les non-croyants.

Quand on annonce le message de Dieu dans une langue intelligible, ça a un pouvoir d’illumination—c’est-à-dire que le Saint-Esprit peut utiliser ce message pour faire connaître Dieu aux gens qui ne le connaissent pas (v. 24-25). Truc de dingue !

Vous comprenez ? À l’église il y a des choses très importantes à dire, et du coup il ne faut pas se tromper de message ! Les humains par nature sont séparés de Dieu. Ils vont mourir et demeurer éternellement séparés de Dieu. Ils vont devoir supporter les conséquences logiques et justes de leur rejet de Dieu. Les humains ont besoin d’être sauvés de cette situation ! Et Dieu a fait ce qu’il fallait pour que les humains puissent être sauvés ! On a besoin de leur annoncer cette bonne nouvelle d’une manière compréhensible, n’est-ce pas ? Ça ne sert à rien de leur parler en langues. Ça ne sert à rien de juste leur faire des doigts d’honneur et de brandir perpétuellement le signe de leur condamnation.

C’est comme si j’étais en situation désespérée et que j’appelle Police Secours, et qu’on me réponde : « Oh là là, c’est horrible ce qui vous arrive, effectivement je n’aimerais pas être à votre place, je me demande bien comment vous allez faire pour vous en sortir ; comme je vous plains, vraiment, j’ai du mal à imaginer ce que ça doit être pour vous, je suppose que vous devez être très inquiets, étant donné que vous allez probablement mourir dans les prochaines minutes si personne n’arrive pour vous aider. Merci de votre appel, au revoir. »

Ou bien c’est comme aller chez le médecin et qu’il vous confirme que vous êtes bien malade, et qu’il vous écrive une ordonnance, mais qu’elle soit illisible. Ça ne sert à rien, une ordonnance illisible.

On n’a pas besoin d’entendre dix mille paroles en langue, on a besoin d’entendre la parole de la grâce de manière intelligible. On a besoin d’entendre que Dieu n’est pas furieux contre celui qui se confie en lui.

Et si vous êtes un non-croyant aujourd’hui, voici ce que vous avez le plus besoin d’entendre (et en fait, même si on est croyant). C’est que Dieu a tant aimé le monde qu’il nous a ouvert la porte du paradis, par la mort et la résurrection de son Fils Jésus. Jésus s’est offert lui-même sur la croix en sacrifice pour prendre sur lui la peine de nos crimes, pour nous en délivrer, pour qu’on puisse connaître Dieu pour toujours. Il est ressuscité le troisième jour pour nous garantir notre vie éternelle, au paradis, dans la plénitude de la joie de Dieu—Père, Fils et Saint-Esprit. On peut s’approcher librement de Dieu par la foi. On peut s’incliner humblement devant Dieu dans son cœur, lui demander pardon pour nos fautes, et savoir pour sûr qu’il nous aime et qu’il nous aimera toujours. C’est la Bible qui le dit.

Et on peut le lire en français :

« C’est une parole certaine et digne d’être entièrement reçue, que le Christ-Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs. » (1 Tm 1.15)

« Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui. » (1 Jn 4.9)

« Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Christ-Jésus notre Seigneur. » (Rm 8.39)

Et le fait d’annoncer ces choses en français aujourd’hui, et pas en hébreu, pour qu’elles soient entendues de toutes les nations à commencer par le quartier de Gerland, c’est en fait la meilleure application pratique possible de ce passage.

Pour les Juifs non-croyants, le fait d’annoncer les merveilles de Dieu en français, c’est, techniquement et théologiquement, comme parler en langues, c’est un signe pour eux, un signe de jugement. En faisant nos cultes en français, on pratique le véritable parler en langues ! Mais en parlant la langue qui est celle de l’auditoire, et en exposant de manière intelligible (si possible) les enseignements contenus dans les Écritures saintes, on accomplit aussi la fonction de la prophétie qui est de faire connaître Dieu.

C’est pourquoi je disais que toute la leçon de ce passage, finalement, était assez simple. C’était que pour s’exprimer dans les réunions de l’église, on devrait utiliser la langue qui est communément parlée au sein de l’assemblée. Inutile de chercher à parler dans des langues inconnues. Ce n’est pas ça qui va nous faire connaître Dieu. Le parler en langues au sens biblique n’a plus lieu d’être, en tout cas dans les réunions de l’église—parce que sa fonction a été accomplie. Le signe du jugement des Israélites non-croyants a été donné, et se perpétue partout où on annonce l’Évangile dans des langues autres que l’hébreu ; et toute révélation de Dieu utile à notre salut et à notre vocation de croyants a déjà été donnée et a été consignée dans la Bible qui est maintenant au complet.

Comme le dit le pasteur et théologien Aaron Kayayan : « [Certains dons comme le parler en langues ou la prophétie] ont été accordés à l’Église exclusivement pour la première phase de son développement. Nous estimons qu’ils ont cessé d’exister et que leur ‘ressuscitation’ est une tentative artificielle de faire revenir à la vie ce qui ne peut plus contribuer à l’édification de l’Église et de la foi personnelle. » (Aaron Kayayan, Essai sur le Saint-Esprit et l’expérience chrétienne)

Un autre pasteur qui a longtemps pratiqué ces dons et qui a fini par y renoncer, dit ceci : « Si aujourd’hui nous recherchons ces charismes dont la fonction consistait à transmettre des révélations, loin de progresser, nous régressons. Ils n’étaient rien d’autre que des moyens temporaires pour communiquer des révélations maintenant contenues dans notre Bible. Comment pouvons-nous avancer spirituellement, si nous nous concentrons sur ces dons destinés à communiquer des révélations déjà en notre possession ? Nul besoin donc de rechercher des dons de révélation, mais bien plutôt de nous efforcer à mieux interpréter, comprendre et mettre en pratique les révélations déjà reçues ! » (Neil Babcox, Ma recherche charismatique)

C’est ce qu’on va faire, par la grâce de Dieu, à l’Église Lyon Gerland, et normalement en français ! En parlant, mais pas en l’air ; en parlant de manière à être compris ; et en parlant pour faire connaître Dieu !

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