Garde le dépôt

Par Alexandre Sarranle 3 mai 2020

Quand on se dit chrétien, on ne peut pas croire ce qu’on veut. Ça vous fait quoi d’entendre ça ? Être un chrétien, ça ne veut pas juste dire croire en Dieu et aller à l’église. Ça ne veut pas juste dire être baptisé et prendre la sainte-cène et mettre sur son profil Facebook ou Twitter qu’on aime Jésus. Ce n’est même pas tout ça plus le fait de prier tous les jours, et d’avoir vraiment un bon caractère et de faire du bien autour de soi, et de vivre dans la paix et l’amour avec son prochain.

Tout ça c’est bien, bien sûr ! Mais il y a encore autre chose dans le christianisme. Le christianisme, ça correspond aussi à un système de pensée, un ensemble de doctrines, c’est-à-dire des choses qu’on est censé croire et qui nous sont expliquées de la part de Dieu, dans la Bible. Quand on dit qu’on est un chrétien, ça veut dire normalement, qu’on croit à certaines choses. C’est comme si vous disiez être communiste, ou antispéciste, ou royaliste—ça renvoie à des croyances, à un certain nombre de doctrines auxquelles vous souscrivez.

Le problème, c’est que cette idée-là a tendance à nous gêner aujourd’hui, ou à gêner les gens autour de nous. Combien de fois est-ce qu’on a trouvé que tel ou tel chrétien était quand même un peu trop rigide dans sa pensée ? Ou combien de fois est-ce qu’on s’est entendu dire par d’autres gens (des chrétiens ou des non-chrétiens) : « Oui bon quand même, la doctrine de la Trinité, ce n’est pas si important ! On peut avoir des avis différents là-dessus ! » Ou sur la résurrection corporelle de Jésus. Ou sur sa naissance virginale. Ou sur l’existence de l’enfer.

Et donc aujourd’hui on va parler de ça : de la place de la doctrine dans la foi chrétienne. On ne peut pas croire ce qu’on veut quand on se dit chrétien. Et ça en fait, c’est un thème important dans les deux lettres que l’apôtre Paul a écrites à un certain Timothée, pasteur dans la ville d’Éphèse, au premier siècle. Et dans le passage qu’on va lire en particulier, vous allez voir que Paul exhorte vraiment Timothée à faire attention à cette question de la doctrine.

À travers Timothée, c’est aussi toute son église qui est concernée par le sujet, et par extension, nous aussi aujourd’hui. Paul veut que Timothée s’assure que les croyances qui circulent dans son église soient conformes à ce que Dieu a voulu leur transmettre par l’intermédiaire des apôtres, et en l’occurrence de Paul en particulier. Il veut que les chrétiens de l’église de Timothée fassent attention à ça aussi, et qu’ils ne soient pas étonnés si leur pasteur et les autres responsables de l’église se montrent fermes sur certains points.

Est-ce que vous trouvez que les responsables de notre église sont trop fermes, ou pas assez, sur des questions de doctrine ? Est-ce que vous-mêmes vous tenez trop fermement, ou pas assez fermement, à certaines croyances telles qu’elles nous sont présentées dans la Bible ? Est-ce que vous considérez même qu’il est important de savoir ce qu’on est censé croire en tant que chrétien ? Ou bien est-ce que vous ne voyez pas d’inconvénient, finalement, à faire son propre mix, comme on dit, à piocher çà et là, à s’ouvrir aux idées nouvelles et à se faire sa religion sur-mesure ?

Toute la leçon du texte qu’on va lire, en tout cas, c’est la suivante : la communauté des croyants doit prendre le plus grand soin du message qui lui a été confié. On peut donc s’attendre à ce que les chrétiens, et l’Église chrétienne, fassent très attention à ne pas abîmer ce message, à ne pas le réduire, ni l’augmenter, mais à le préserver et à le diffuser de la manière la plus fidèle possible.

1/ Prendre soin du fond et de la forme (1.13-14)

La communauté des croyants doit prendre le plus grand soin du message qui lui a été confié. Premièrement, on doit en prendre soin au niveau du fond et de la forme (v. 13-14). Le fond, déjà. Ce sont les « saines paroles » que Timothée a reçues de Paul (v. 13). C’est le « bon dépôt » auquel il fait référence (v. 14), c’est-à-dire ce qui a été déposé par Paul (et par les autres apôtres) comme un dépôt dans un compte en banque.

Les apôtres de Jésus, au premier siècle, étaient chargés de poser un fondement pour l’Église chrétienne. Ils ont transmis de la part de Dieu, avec autorité, un message qui venait compléter toute la révélation de l’Ancien Testament, c’est-à-dire tout ce que les prophètes avaient déjà dit de la part de Dieu avant la venue de Jésus. Ce message, c’est tout ce qu’il y a dans le Nouveau Testament (la partie de la Bible écrite après la venue de Jésus).

Le « bon dépôt », c’est donc ce que les apôtres ont « légué » aux chrétiens, en quelque sorte. C’est même l’ensemble de la révélation de Dieu, qui a été donnée aux hommes par le moyen des saintes Écritures, et qui a été confiée à la communauté des croyants. Rappelez-vous ce passage où l’apôtre Paul dit que l’Église est « la colonne et l’appui de la vérité » (1 Tm 3.15). Timothée en tant que pasteur doit veiller à garder ce bon dépôt, auquel appartiennent entre autres les « saines paroles » qu’il a reçues de Paul. C’est le fond du message.

Mais Paul veut que Timothée en prenne soin aussi au niveau de la forme. Il lui dit : « Retiens le modèle des saines paroles que tu as reçues de moi » (v. 13), c’est-à-dire non seulement ce que Paul lui a transmis, mais aussi la façon dont il lui a transmis. « Retiens l’exemple de mes paroles, le motif de mes paroles, la forme de mes paroles. » On pourrait dire le « patron », c’est-à-dire le modèle à suivre pour obtenir un bon résultat.

Beaucoup de gens sont en train de coudre des masques en ce moment. Mais il ne suffit pas de coudre un masque pour être efficacement protégé contre le virus, ni même de le coudre avec le bon tissu. Il faut encore suivre le bon patron. Fabriquer son masque en suivant le bon modèle. Le tissu est important, c’est-à-dire la matière, mais la forme aussi est importante.

Et ce texte est en train de nous dire que la communauté des croyants doit prendre le plus grand soin du message qui lui a été confié, tant au niveau du fond qu’au niveau de la forme. Calvin dit : « L’apôtre commande à Timothée de garder fermement la doctrine qu’il avait apprise, non seulement quant à la substance, mais aussi quant au style et à la manière de parler. » Pourquoi à votre avis ?

Eh bien tout simplement parce que la forme dit quelque chose du fond. La forme peut rendre justice au fond, ou le trahir. Disons-le encore autrement : le style et la manière de parler peuvent faire honneur au message, ou lui faire honte. Imaginez un grand restaurant avec Paul Bocuse en cuisine, qui prépare un plat exceptionnel dont lui seul a le secret. La substance est parfaite. Mais imaginez maintenant qu’on serve ce plat dans un vieux bol en carton avec des couverts en plastique, par-dessus le comptoir d’un fast-food. La forme n’y est pas. La forme ne rend pas fidèlement témoignage au fond. Vous comprenez ?

Et justement, si on regarde le texte de nouveau, Paul fait allusion à la bonne manière de retenir les saines paroles, et de garder le bon dépôt. Il dit : « Retiens dans la foi, et dans l’amour qui est en Christ-Jésus, le modèle des saines paroles… » (v. 13). Dans la foi, c’est-à-dire avec une certaine détermination, avec la conviction de la foi, quand les circonstances extérieures pourraient l’inciter à ne pas retenir cette bonne doctrine. Mais aussi « dans l’amour qui est en Christ-Jésus », c’est-à-dire avec une extrême bienveillance envers son prochain, à l’image de l’amour dont Jésus lui-même a fait preuve envers les hommes.

Mes amis, c’est tellement triste quand des chrétiens se montrent agressifs, provocateurs, sarcastiques, arrogants ou tout simplement malpolis dans leur défense de la foi. Quand on fait ça, en fait le fond s’en trouve dénaturé par la forme. La communauté des croyants doit garder le bon dépôt « par le Saint-Esprit qui habite en nous » (v. 14), et le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur, et la maîtrise de soi (Ga 5.22-23).

Bref, il ne suffit pas d’avoir le bon message, il faut aussi bien le dresser dans l’assiette ! La substance du message que les chrétiens sont censés croire se trouve dans la Bible, et il incombe donc à tous les chrétiens, à commencer par les pasteurs, d’étudier la Bible avec humilité et docilité, en se laissant instruire par Dieu, par ses prophètes et ses apôtres. Mais il incombe aussi à tous les chrétiens, à commencer par les pasteurs, de tenir haut ce message, à la vue des autres, en l’enveloppant d’amour et de tous les bons fruits de l’Esprit.

2/ En prendre soin même à contre-courant (1.15-18)

Deuxièmement, la communauté des croyants doit prendre le plus grand soin du message qui lui a été confié, même quand c’est dur ou quand c’est à contre-courant (v. 15-18). Dans le texte, l’apôtre Paul insère juste à ce moment précis une parenthèse de plusieurs versets où il rappelle quelle a été sa propre solitude dans le ministère, depuis que beaucoup de gens en Asie l’ont abandonné. Il remercie quand même publiquement Onésiphore, parce que lui, contrairement à tous les autres, est resté fidèle à Paul, et il n’a pas eu « honte » de lui (v. 16). Paul le bénit en retour (v. 18), ainsi que sa famille.

Ce que Paul est en train de faire, là, c’est qu’il annonce tout de suite à Timothée (ou du moins il lui rappelle) que ce n’est pas facile d’être un chrétien fidèle. Paul est apôtre de Jésus, il est le garant (à son époque) de l’authenticité du message chrétien, et pourtant il se retrouve tout seul. Des gens qui se disaient vraisemblablement chrétiens (qui se disent peut-être même encore chrétiens) l’ont abandonné. Ils ont eu honte de lui et ont préféré se détourner de lui.

Ce que Paul est en train de dire à Timothée, et aux chrétiens de son église, et à nous aussi aujourd’hui, c’est : « 1/ Ne ressemble pas à ces gens-là. Ressemble plutôt à Onésiphore. 2/ Ce qui m’est arrivé peut t’arriver à toi aussi, et peut vous arriver à vous aussi chrétiens d’Éphèse et de Lyon Gerland. Garder le bon dépôt, ça peut vouloir dire se retrouver très seul et être tenté, par conséquent, de baisser les bras. »

Ça me fait penser au film Dora et la Cité perdue, qui est l’adaptation au cinéma du dessin animé Dora l’exploratrice. Dora grandit avec ses parents dans la jungle, mais quand elle devient ado, ses parents l’inscrivent au lycée dans une grande ville. Elle arrive avec beaucoup de connaissances, et avec une bienveillance et une jovialité débordantes. Seulement, ça ne correspond pas aux codes de l’adolescence urbaine ! Dora, elle, est fidèle à elle-même, fidèle à ce qu’elle a reçu dans son éducation, fidèle aux qualités de son caractère qui sont comme un trésor qui lui a été confié ; mais les camarades de classe la rejettent, se moquent d’elle, personne ne veut être son ami, pas même son cousin Diego dont elle était pourtant très proche autrefois. Du coup, est-ce qu’elle va s’adapter, ou rester fidèle à la vérité de qui elle est ?

Si vous avez vu le film, j’espère que vous vous êtes laissé toucher par cette tension dans la vie de Dora l’exploratrice ! En tout cas l’apôtre Paul nous prévient que les chrétiens vont affronter ce genre de tension. Garde le bon dépôt, ça ne va pas être facile. Ça ne va pas être du gâteau. Ça ne va pas passer comme une lettre à la poste (hors période de confinement). Ça peut avoir un prix sur le plan social ou relationnel.

Alors c’est vrai qu’il faut dire qu’il y a des chrétiens qui sont mal vus et qui subissent beaucoup de critiques parce qu’ils l’ont « bien cherché », si j’ose dire. Il y a des chrétiens qui se rendent désagréables, parce qu’ils ne manifestent pas « l’amour qui est en Christ-Jésus », et qu’ils sont plutôt virulents et querelleurs (ce que Paul dénoncera plus en détail un peu plus loin, au ch. 2). Et par conséquent, parce qu’ils n’ont pas essayé de bien « dresser l’assiette », ils ont jeté la disgrâce sur les « saines paroles » du Seigneur.

Si vous êtes un non-croyant aujourd’hui, et si une des raisons pour lesquelles vous voyez le christianisme et le message de la Bible d’un mauvais œil c’est l’attitude antipathique et dédaigneuse des chrétiens que vous avez rencontrés (qui sait, peut-être la mienne), je vous demande sincèrement pardon. Les chrétiens, comme tous les hommes, ont un cœur tordu, enclin au mal. Même les pasteurs. On se fourvoie souvent et on ne rend pas justice au message qui nous a été confié. Et donc si on rencontre de l’opposition pour cette raison-là, on doit s’examiner soi-même et on doit corriger nos voies (pas forcément notre message).

Mais on peut aussi être Dora, non pas l’exploratrice, mais Dora la chrétienne. C’est-à-dire porter par la grâce de Dieu le fruit de l’Esprit dans notre vie, et ainsi retenir dans la foi et dans l’amour les saines paroles qu’on a reçues. Et ainsi (à cause de ça) se retrouver marginalisé, ostracisé, isolé, abandonné, rejeté, critiqué et même attaqué. Et Paul vise cette situation-là dans ce passage. Même si ça entraîne l’adversité, il faut quand même garder le bon dépôt. Comme le dit l’apôtre Pierre dans un autre passage :

« Que nul de vous ne souffre comme […] malfaiteur […], mais si c’est comme chrétien, qu’il n’en rougisse pas ; qu’il glorifie plutôt Dieu à cause de ce nom. » (1 Pi 4.15-16)

Donc la communauté des croyants doit prendre le plus grand soin du message qui lui a été confié, même quand c’est dur ou à contre-courant. Il est important que la communauté des croyants soit soudée autour de cet objectif. Il est important de se serrer les coudes, surtout quand on vit dans un contexte où il nous est difficile à titre individuel, de rester fidèle aux enseignements des saintes Écritures, de les mettre en pratique et de les assumer publiquement.

3/ En prendre soin pour le transmettre en bon état (2.1-2)

Troisièmement et dernièrement. La communauté des croyants doit prendre le plus grand soin du message qui lui a été confié, afin de pouvoir le transmettre en bon état à d’autres (2.1-2). Paul continue sa lettre, au début du chapitre 2, en disant à Timothée que puisqu’il doit garder le bon dépôt tant sur le fond que sur la forme, et puisque ça risque de ne pas être facile socialement, eh bien il y a deux choses qu’il doit faire.

D’abord, il a besoin d’être « fortifié dans la grâce qui est en Christ-Jésus » (v. 1). Et ensuite, il doit confier le dépôt à d’autres personnes (v.2). En donnant ces consignes à Timothée dans cette lettre, Paul est en train d’envoyer un message indirectement à l’église de Timothée. Il ne faut jamais oublier, en lisant ce texte, que cette lettre est peut-être adressée à une seule personne, mais que Paul s’attendait à ce qu’elle soit lue publiquement. C’est un peu comme quand je reçois un email de la part du Préfet, adressée au pasteur de l’Église Lyon Gerland (« Monsieur le pasteur, etc., etc. »), généralement dès que je l’ai lue, je la fais suivre à l’équipe pastorale, ou au conseil d’administration, ou même à tous les membres de l’église.

De la même façon ici, on peut dire que Paul donne des instructions à Timothée qui vont concerner l’église. Et donc tout naturellement, Timothée aurait cliqué sur « Transférer » en ajoutant un petit mot à destination des membres de l’église. « Pour info, reçu à l’instant de l’apôtre Paul. On pourra en parler dans quelques jours à notre assemblée générale. »

L’effet de ces consignes de l’apôtre Paul, donc, serait que les chrétiens de l’église de Timothée s’attendent à ce que leur pasteur exerce sa fonction d’une certaine manière puisque c’est l’apôtre Paul qui lui a dit de faire ça. En l’occurrence, et premièrement, Timothée a besoin d’être « fortifié dans la grâce ». Il a vraisemblablement besoin de consacrer du temps à la prière, à l’étude des textes sacrés. Il doit prendre soin de sa propre santé spirituelle, de sa propre relation avec Dieu. Il a besoin de repos et de vacances, parce que ce qu’il fait n’est pas facile. Il a besoin d’aide, et de soutien dans la prière, et d’encouragement.

Mais tous les chrétiens ont aussi besoin d’être fortifiés dans la grâce. Les chrétiens de l’église d’Éphèse peuvent donc s’attendre à ce que Timothée leur prêche la grâce, et qu’il leur communique la grâce dans tout ce qu’il fait en tant que pasteur. Tous ensemble, ce qui va les aider à garder le bon dépôt et à retenir dans la foi et dans l’amour le modèle des saines paroles, malgré les circonstances défavorables de la société, ce qui va les aider, c’est le fait d’être fortifié dans la grâce. Et ça, ça devrait se traduire dans la vie de l’église.

Et non seulement ça, mais l’assemblée d’Éphèse peut s’attendre aussi à ce que Timothée transmette à d’autres, avec autorité, ce bon dépôt qu’il a reçu. Et Timothée va chercher à ce que d’autres personnes fidèles et de bonne volonté, reprennent ce flambeau pour reproduire à leur tour cet enseignement, en transmettant le message à d’autres encore qui vont le transmettre à d’autres… Et tout ça de façon à ce que le motif se perpétue, et que le message soit transmis au plus grand nombre au fil du temps.

Mais Paul veut surtout que le message soit transmis en bon état. C’est la raison pour laquelle il précise : « ce que tu as entendu de moi en présence de beaucoup de témoins, confie-le… ». En disant ça, en fait, Paul invite l’assemblée à contrôler le message de Timothée. Timothée, malgré toute l’autorité qui lui a été confiée en tant que pasteur, n’est quand même pas habilité à enseigner autre chose que ce qu’il a entendu de la part de Paul. Et on peut savoir ce que c’était, ce message, parce qu’il y avait des témoins. Vous comprenez la logique ?

Paul veut que ce soit le message authentique qui soit transmis d’homme fidèle à homme fidèle, de génération en génération. Il n’y a pas de place pour l’originalité, pour l’innovation, pour la « touche personnelle » de Timothée ou de qui que ce soit d’autre. Le « bon dépôt », en fait, est immuable. Parce que ce qui est sous-entendu par Paul, c’est que ce message lui-même provient de Dieu. Paul l’a « déposé » chez Timothée, et il a fait ça en tant qu’apôtre et prophète, c’est-à-dire de la part de Dieu.

Et si Dieu est Dieu, ça veut dire qu’il est immuable (il ne change pas). Et si Dieu est immuable, ça veut dire que sa parole est immuable. Ce que Dieu a dit une fois, il ne peut pas le contredire plus tard. Si vous tournez la page de votre Bible, vous allez voir au début de la lettre de Paul à Tite (un autre pasteur), que Paul dit ceci :

« Le Dieu qui ne ment pas […] a manifesté sa parole en son temps par la prédication qui m’a été confiée. » (Ti 1.2-3)

Le « dépôt » de Paul est incroyablement précieux, parce que c’est la parole-même de Dieu. C’est le message de Dieu, et la communauté des croyants doit en prendre le plus grand soin afin de le transmettre en bon état à d’autres.

Vous savez ce que c’est qu’une course à l’œuf ? C’est une course où les concurrents tiennent une cuillère dans laquelle on a déposé un œuf cru. Il faut franchir la ligne d’arrivée sans faire tomber l’œuf. Imaginez maintenant la même chose mais en course de relais. Non seulement il faut tenir l’œuf en équilibre pour ne pas le faire tomber, mais il faut aussi le transmettre à d’autres ! Voilà le genre de précaution qu’on doit prendre avec le bon dépôt. Ne pas le faire tomber, ne pas l’abîmer, ne pas le perdre, mais le garder, le même, de génération en génération, depuis la ligne de départ jusqu’à la ligne d’arrivée.

Et c’est tout l’intérêt, mes amis, de nous référer à l’histoire de l’Église, à la tradition et aux confessions de foi qui ont existé au fil des siècles. Rien de tout cela n’est supérieur aux saintes Écritures qui demeurent à jamais la norme infaillible, indiscutable, de la foi chrétienne. Mais les confessions de foi sont les « témoins », en quelque sorte, du message qui nous a été transmis de génération en génération, et dont nous sommes aujourd’hui les dépositaires.

Donc si je vous dis que quand on se dit chrétien, on ne peut pas croire ce qu’on veut, qu’est-ce que ça vous fait ? Ça vous gêne, ou bien vous comprenez mieux ce que ça veut dire ? Le christianisme, ce n’est pas qu’un mode de vie, ce n’est pas seulement une liste de qualités morales. Être un chrétien, ça veut aussi dire, normalement, qu’on croit à certaines choses. Le christianisme, ça correspond aussi à un système de doctrines, c’est-à-dire des choses qu’on est censé croire et qui nous sont expliquées de la part de Dieu, dans la Bible.

Et toute la leçon de ce passage qu’on a vu, c’est que la communauté des croyants doit prendre le plus grand soin du message qui lui a été confié. On doit faire extrêmement attention à la substance de ce message, mais aussi à la façon dont on le communique. On doit se serrer les coudes et persévérer dans la préservation et la défense de ce message même si on a l’impression d’être socialement isolé, voire même détesté, à cause de ça. Et puis c’est un message qu’on doit maintenir en bon état, pour pouvoir le transmettre à d’autres et le perpétuer dans son authenticité au fil de l’histoire. Ça veut dire qu’on peut s’attendre logiquement à ce que les chrétiens fidèles soient plutôt conservateurs sur le plan de la doctrine—puisque la parole de Dieu ne change pas avec le temps !

Mais il reste une question très importante. On a compris que le « bon dépôt » était précieux. Qu’il fallait en prendre le plus grand soin. Mais pourquoi tant de précaution ? Pourquoi tant de sérieux et de vigilance ? Tout simplement… parce que le salut des hommes en dépend. Imaginez que vous travailliez pour un grand laboratoire qui poursuit des recherches depuis plusieurs mois sur le coronavirus et qu’enfin, enfin ! Le laboratoire découvre le remède au Covid-19 ! Et voilà qu’on vous remet en « dépôt », à vous, les résultats des expérimentations, et la « recette » du médicament qui va sauver des centaines de milliers d’humains sur la planète. Et on vous dit de livrer au plus vite cette information inestimable au bureau du ministère de la santé qui pourra approuver la fabrication et la distribution des médicaments.

Vous avez l’impression de porter un œuf cru dans une cuillère, peut-être ! Il va falloir que vous soyez extrêmement consciencieux dans l’accomplissement de votre mission, parce que le salut d’une multitude d’êtres humains en dépend ! Pas question de perdre, de modifier, de raccourcir, ou d’augmenter la recette, vous comprenez ?

Et le message de la Bible se présente à nous comme ça. Depuis les premières pages jusqu’aux dernières, c’est l’histoire d’où on vient, où on va, qu’est-ce qui ne va pas, et comment y remédier. Le cœur du « bon dépôt » qu’il faut préserver (et communiquer) si consciencieusement, son message central, c’est que les hommes ont tourné le dos à Dieu, mais que Dieu s’est approché de nous quand même pour nous sauver. C’est une incroyable bonne nouvelle qui nous explique comment l’amour de Dieu a été manifesté envers nous :

« Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui. » (1 Jn 4.9)

Je prie de tout mon cœur que vous tous qui écoutez aujourd’hui, vous ne vous arrêtiez pas à des préjugés ou à des expériences négatives que vous avez faites au contact des églises et des chrétiens. Mais que par la grâce de Dieu vous puissiez plonger vos regards dans les « saines paroles » de Dieu et dans ce « bon dépôt » que nous portons, nous chrétiens, comme un trésor dans des vases indignes. Et je prie que vous y voyiez Jésus-Christ, mort et ressuscité pour que tous ceux qui lui font confiance soient pardonnés de leurs fautes et réconciliés avec Dieu.

Voilà pourquoi la communauté des croyants doit « garder le bon dépôt » et prendre le plus grand soin du message qui lui a été confié. Comme le dit Paul à Timothée dans sa première lettre :

« Veille sur toi-même et sur ton enseignement, avec persévérance. Car en agissant ainsi, tu sauveras et toi-même et ceux qui t’écoutent. » (1 Tm 4.16)

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