Christ et le covid

Par Denis Blumle 17 mai 2020

Depuis 7 jours maintenant, notre pays commence à lever le confinement mis en place 8 semaines plus tôt pour faire face à la pandémie du Covid-19. Ce confinement est un événement historique à l’échelle mondiale qui va laisser des traces dans nos mémoires, dans nos comportements et dans notre économie. Il est certainement encore trop tôt pour tirer toutes les conclusions qui s’imposent mais on peut quand même se demander comment considérer ces derniers événements d’un point de vue spirituel. Et l’une des questions principales que vous vous êtes peut-être posées ou que vous avez pu voir discuter dans des vidéos, des podcasts ou des articles, c’est la question de la responsabilité de Dieu. Si notre Dieu est souverain et tout-puissant, quelle est sa part de responsabilité dans cette pandémie ? Et se pourrait-il que le coronavirus soit un jugement de Dieu pour notre génération ?

J’ai conscience qu’il faudrait plusieurs heures pour développer ce que la Bible dit de la maladie, des catastrophes naturelles, de la souveraineté de Dieu et des jugements de Dieu, et que traiter ces questions-là relève plus de la théologie biblique que d’une prédication. La théologie biblique, en simplifiant, c’est prendre un thème de l’écriture et regarder tout ce qu’en dit la Bible à travers tous les livres qui l’abordent. Je ne vais pas faire cela ce matin, rassurez-vous. Je vais me concentrer sur un seul texte du Nouveau Testament où Jésus donne des éléments de réponse à ces questions.

Et vous allez voir que ce qui intéresse Jésus ce n’est pas vraiment de savoir si une catastrophe est un jugement de Dieu, ce qui intéresse Jésus c’est que les êtres humains se réveillent, qu’ils voient l’imminence du jugement final de Dieu et qu’ils se préparent à le rencontrer en adoptant une attitude de repentance.

Ce qui intéresse Jésus c’est que chacun soit réconcilié avec son Créateur. Mais le coronavirus peut nous y aider. Que vous soyez chrétiens ou pas, j’espère que ça vous intéresse de savoir en quoi le coronavirus peut nous aider à être réconciliés avec Dieu.

On va lire quelques versets dans l’évangile de Luc qui nous raconte l’histoire de Jésus. À ce moment-là du récit, Jésus était dans la dernière ligne droite de son ministère public et de sa vie sur terre, et il était en train de cheminer lentement vers Jérusalem où il allait être crucifié. Tout au long de ce chemin, il a continué à accomplir des miracles, à enseigner et à répondre à des questions qui lui était posées. Certains enseignements étaient destinés spécifiquement à ses disciples, et c’est le cas des versets qui précèdent notre passage, mais le discours qui nous intéresse aujourd’hui à partir du verset 54 du chapitre 12, il l’a prononcé à destination de toute la foule qui le suivait.

On remarque facilement qu’il y a 3 sections dans notre texte, une première partie où Jésus invite la foule à faire preuve de discernement (Luc 12.54-59), puis il y a ce commentaire que fait Jésus concernant deux événements tragiques de son temps (Luc 13.1-5) et enfin la parabole du figuier stérile (Luc 13.6-9) et peut-être que vous ne voyez pas tout de suite quelle est la cohérence globale de ce discours, alors j’espère qu’après l’avoir regardé de plus près vous comprendrez le message que Jésus cherche à faire passer à ses auditeurs dont nous faisons partie aujourd’hui.

Le jugement de Dieu est imminent (12.54-59)

La première chose dont Jésus veut nous faire prendre conscience c’est que le jugement est imminent.

Il aborde ce point en disant à la foule autour de lui : regardez le monde qui vous entoure, observez les événements et les signes autour de vous, et faites preuve de discernement (v. 54-56).

Jésus prend comme illustration les prévisions météorologiques. Il n’y avait pas de bulletin météo à l’époque et il fallait donc observer certains signes pour en déduire le temps qu’il allait faire. Si l’on voyait en Israël de gros nuages venir de l’ouest, c’est-à-dire depuis la Mer Méditerranée, on pouvait se réjouir car cela annonçait l’arrivé de la pluie qui allait irriguer les champs et faire pousser les récoltes. Et à l’inverse, si l’on ressentait un vent du sud, un vent du désert, on pouvait facilement prédire qu’il allait bientôt faire chaud. C’est simplement du bon sens.

Quand vous voyez à Lyon des hordes de supporters dans les transports en commun, habillés en bleu et rouge avec des écharpes où il est écrit OL, vous n’avez pas besoin d’être devin pour savoir que l’Olympique Lyonnais joue un match de foot au Groupama Stadium. Vous avez simplement observé autour de vous et vous en avez tiré les conclusions logiques.

Jésus demande à ses auditeurs de faire la même chose. Ou plutôt il leur reproche de savoir faire preuve de discernement au niveau météorologique mais de ne pas avoir de discernement au niveau spirituel, de ne pas être capable de comprendre ce qui était en train de se passer sous leurs yeux.

Il y avait un homme (Jésus) qui enseignait les foules, qui accomplissait de nombreux miracles, et qui réalisait scrupuleusement toutes les prophéties qui concernaient le messie, et ces prophéties étaient inscrites dans les rouleaux qui étaient lus tous les jours dans les synagogues. Il y avait pourtant des signes évidents de la puissance dont était revêtu Jésus, mais ses contemporains refusaient pour la plupart de le reconnaître comme l’envoyé de Dieu. Ils ne comprenaient pas l’importance du moment ! Ce n’était pas l’œil qui leur manquait, mais la volonté de voir et de croire. Le messie était au milieu d’eux et cette foule restait aveugle. « Comment ne discernez-vous pas ce temps-ci ? » (v. 56) demande Jésus. Comment est-ce possible ?

Jean-Baptiste avait affirmé en voyant Jésus : « Voici l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jean 1.29). C’est une déclaration très forte. Mais lors de son séjour en prison, il a quand même eu des doutes, et il a donc envoyé ses propres disciples qui sont venus voir Jésus.

Luc 7. 20-22 :

« Arrivés auprès de Jésus, ils dirent : Jean Baptiste nous a envoyés vers toi, pour dire : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? A l'heure même, Jésus guérit plusieurs personnes de maladies, d'infirmités, et d'esprits malins, et il rendit la vue à plusieurs aveugles. Et il leur répondit : Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. »

CQFD. Qu’est-ce que vous voulez de plus ? Observez, regardez, faites preuve de discernement et tirez les conclusions qui s’imposent. Bien sûr que Jésus était l’envoyé de Dieu sur terre : regardez les signes qui accompagnaient son ministère. Pas besoin d’être un érudit ou un savant. Il suffisait d’aborder les choses humblement et d’avoir un cœur disposé à croire. Et là était le problème, et Jésus se désole sur son peuple en Matthieu 13.15 :

« Le cœur de ce peuple est devenu insensible ; ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux. »

Et nous aujourd’hui comment pouvons-nous interpréter « les signes des temps » que nous vivons ? Quelle signification peut-on donner à cette pandémie du Covid-19 qui n’a pas échappé à la souveraineté de Dieu. Il y a certainement un message. Quel est-il ?

Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire d’interprétation loufoque, mais les calamités ont quelque chose à nous apprendre. Vous avez peut-être entendu ou lu cette citation de C.S. Lewis :

« Nous pouvons réussir à ignorer le plaisir. Mais la douleur exige qu’on s’occupe d’elle, et elle insiste. Dieu nous chuchote dans nos plaisirs, il nous parle dans notre conscience, mais il crie dans nos douleurs : c’est son mégaphone pour réveiller un monde sourd. »

Vous trouviez peut-être avant que notre monde était merveilleux, que tout allait bien, que dans ce monde « tout n’est qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté ». Non mais regardez autour de vous. Le monde est presque à l’arrêt, un virus microscopique a mis les plus grandes puissances de notre planète à genoux. Ce coronavirus nous rappelle que ce n’est pas l’homme qui contrôle son destin. L’homme était en train de se vanter dans un délire transhumaniste qu’il allait faire disparaître la mort grâce au progrès technologique, et nous voyons qu’il suffit d’un nouveau petit virus invisible pour nous rappeler à quel point nous sommes fragiles, à quel point nos jours sont comptés. L’homme se croit fort et puissant, et une particule qui mesure quelques microns vient ébranler toutes nos certitudes. Dieu est en train de nous parler !

Peut-être que vous faites partie comme moi de la majorité de Français qui (selon une étude récente) ont plutôt apprécié à titre personnel cette période de confinement, mais ça ne nous donne pas le droit d’être aveugles et de ne pas faire preuve de discernement.

Peut-être que vous n’avez pas eu de proches qui sont décédés, et je m’en réjouis, mais il y a quand même un message à retenir. Notre vie est éphémère, elle est suspendue à un fil, et une particule de quelque microns peut faire vaciller notre insouciance. Ouvrons les yeux, regardons la réalité de notre monde. Nous allons mourir un jour et nous ne pouvons pas fuir indéfiniment cette réalité.

Et Jésus poursuit son discours avec une sorte de parabole (petite histoire inventée pour transmettre un message), pour nous dire qu’il y a urgence à se réconcilier avec Dieu, parce qu’il y aura des comptes à rendre un jour. C’est ce que la Bible appelle le jugement dernier, et cette parabole nous parle d’un jugement. Jésus utilise du vocabulaire juridique : magistrat, juge, officier de justice, prison. Il prend l’image d’une personne qui a une dette et qui doit la rembourser (voir v. 59). Et Jésus donne le conseil de chercher un accord à l’amiable avant de se retrouver devant le juge, et c’est un conseil de sagesse dans les différends qui opposent deux personnes (voir Matthieu 5.25-26), parce que face au juge il ne sera plus question d’arrangement car c’est le droit le plus strict qui s’appliquera.

Regardons cela d’un point de vue spirituel. Toutes nos mauvaises actions, nos mauvaises pensées, notre rébellion contre Dieu, notre manque d’amour pour lui sont des insultes à sa sainteté. C’est comme si nous avions une dette envers Dieu notre créateur car nous avons perverti la création parfaite qu’il avait faite. Dans cette parabole, Dieu est à la fois le juge et la partie adverse avec qui nous avons un différend. Dieu est parfaitement juste et il ne peut pas laisser les fautes impunies. Cette dette est appelée dans la Bible le péché, c’est cette déclaration d’indépendance (ce doigt d’honneur) de l’homme envers Dieu, qui est venu mettre un obstacle à notre relation avec lui. Tant que nous sommes en chemin, il y a encore la possibilité de se tourner vers Dieu pour obtenir la réconciliation.

Cette dette que nous avons contractée est tellement énorme que nous ne pouvons pas la payer nous-mêmes. Seul un Dieu infini peut payer une dette infinie. C’est la raison pour laquelle Jésus (à la fois homme et à la fois Dieu) est venu sur la terre. Nous méritions la condamnation la plus forte, la condamnation à mort, mais Jésus a choisi de mourir à notre place, de porter lui-même la condamnation de la dette. La Bible nous dit qu’il « a effacé l’acte qui nous condamnait et qui subsistait contre nous, et il l’a détruit en le clouant à la croix » (Colossiens 2.14). C’est nous qui avions la dette, mais c’est lui qui l’a remboursée. Nous pouvons donc être réconciliés avec Dieu puisque la dette est payée, et nous allons voir dans les versets suivants comment obtenir cette réconciliation.

Mais voici une question avant d’aller plus loin : êtes-vous prêt à rencontrer le juste juge ? Si Dieu est encore pour vous « la partie adverse », il est encore temps de se mettre en règle avec lui, mais il y urgence alors que nous sommes encore en chemin. Qui sait pour combien de temps encore ?

Nous avons donc appris deux choses dans cette première partie :

1/ Dieu nous invite à faire preuve de discernement ;

2/ La réconciliation avec Dieu est une urgence.

Et Jésus nous rappelle ensuite que le jugement est individuel et que si nous voulons obtenir la réconciliation nous avons besoin de repentance.

Le jugement est individuel (13.1-5)

Le discours de Jésus se poursuit avec une discussion concernant deux tragédies.

La première c’est le massacre de Galiléens, commandité par Pilate qui était le gouverneur romain de la Judée (l’équivalent d’un préfet aujourd’hui). Il était connu pour faire preuve de brutalité. On ne sait pas s’il s’agissait de Galiléens qui cherchaient à former une rébellion contre l’occupant romain (c’est une hypothèse). Mais ce qui était choquant pour les Juifs c’est que Pilate a osé les tuer dans le temple de l’Éternel alors qu’ils étaient venus offrir des sacrifices. C’est un véritable sacrilège qui est souligné par le détail sordide du sang des victimes mêlé au sang des sacrifices. C’était tellement choquant que les Juifs se disaient qu’il devait certainement s’agir d’un jugement de Dieu envers ces Galiléens qui devaient être coupables d’une grande immoralité ou d’un péché très grave.

Le raisonnement est analogue avec l’épisode de l’effondrement de la tour de Siloé qui avait tué 18 personnes (v. 4).

Il était courant à l’époque de penser que les morts violentes (comme celle des Galiléens) ou les catastrophes naturelles (comme celle de la tour de Siloé) ou même les maladies, les infirmités, les souffrances, étaient le reflet d’un jugement et d’une condamnation spécifique de Dieu envers ceux qui les subissaient.

On voit cela dans l’Évangile de Jean au chapitre 9 avec l’aveugle de naissance. La question des disciples était :

« Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? Jésus répondit : Ce n'est pas que lui ou ses parents aient péché ; mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. »

Et il le guérit (Jean 9. 2-3). Jésus n’est pas en train de dire que cet homme et ses parents n’étaient pas pécheurs, mais il ne fallait pas attribuer cette infirmité à un péché spécifique.

Jésus a répondu Non en Jean 9 et il répond encore Non dans les deux exemples de ce passage.

On va retenir deux leçons de cette intervention de Jésus concernant les morts galiléens et les morts de la tour de Siloé.

1/ Arrêtons de juger les autres à la place de Dieu.

Jésus a répondu sans nuance que ceux qui étaient morts de manière tragique dans les deux situations rapportées n’étaient pas plus coupables que les autres, parce que nous sommes tous coupables devant Dieu. Non, ils n’étaient « pas de plus grands pécheurs que tous les autres [ou que nous] parce qu’ils ont souffert de la sorte », nous sommes tous pécheurs, il n’en est aucun qui fasse le bien pas même un seul. Alors arrêtons de juger les autres. Nous méritons tous le jugement de Dieu. Arrêtons de regarder la paille qui est dans l’œil de notre voisin, de notre enfant, de notre conjoint, de notre frère, de notre sœur, et regardons la poutre qui est dans notre propre œil.

Luc 6.42 :

« Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l'œil de ton frère. »

Notre église a été épargnée par le Covid-19. Nous ne déplorons en tout cas aucun décès. Cela est-il un signe que Dieu approuve notre théologie ? Non je vous le dis. Mais quand même, si certaines églises ont été durement touchées par des dizaines de décès, c’est bien parce que Dieu voulait les châtier ? Non je vous le dis, répondrait Jésus à une telle suggestion.

Bénissons Dieu de ne pas avoir été directement impactés par cette crise, mais ne cédons pas à l’orgueil et à la folie de juger ceux qui ont été touchés et qui paient un lourd tribut.

Cela étant dit, en répondant non, Jésus répondait spécifiquement à la question de savoir si ceux qui étaient morts ainsi étaient de plus grands pécheurs et si ceux qui avaient été épargnés étaient de moins grands pécheurs. Jésus répond clairement non. Mais Jésus n’est pas en train de dire qu’il n’y a aucun lien entre le péché et les catastrophes qui arrivent.

Dieu avait créé un monde parfait où l’être humain et Dieu vivaient en parfaite harmonie, mais la désobéissance de l’homme a perverti cette création. Cette rébellion de l’homme a eu de multiples conséquences, et en particulier l’irruption de la mort, de la souffrance et des maladies.

Romains 5.12 :

« Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, […] ainsi la mort s'est étendue sur tous les hommes, parce que tous ont péché. »

Cela veut dire que toutes les souffrances et toutes les maladies sont des conséquences de ce qu’on appelle la chute (le péché originel). Le Covid-19 est donc l’une des conséquences de la chute et fait donc partie, dans un sens général, des jugements de Dieu envers le péché, comme toutes les souffrances et toutes les maladies.

Vous allez peut-être penser que Dieu est cruel, mais c’est tout l’inverse, parce que Dieu a choisi de ne pas détruire cette création mais de la maintenir dans sa bonté, tout en laissant l’homme subir les conséquences de ses actes auto-destructeurs.

Dieu n’est pas cruel. Il est juste, donc il punit le péché, mais il est aussi celui qui nous tend la main et qui veut nous faire grâce et nous sauver. Et si ce que je viens de dire vous choque, ou que ça vous pose question, n’hésitez pas à revenir vers moi ou vers Alex via l’adresse e-mail qui figure sur le site internet pour qu’on puisse discuter ensemble de ce que dit la Bible.

La pasteur John Piper exprime bien cette idée dans son livre Le Coronavirus et Christ :

« Le fait que toute la souffrance résulte de la chute et de l’entrée dans le monde du péché qui déprécie Dieu, ne signifie pas que toute souffrance individuelle est un jugement précis par rapport à certains péchés personnels. Par exemple, la souffrance de Job n’était due à aucun péché particulier. La toute première phrase de ce livre le dit clairement : "Job […] était intègre et droit ; il craignait Dieu, et se détournait du mal" (Job 1.1). Et pourtant Job a beaucoup souffert. »

Cela étant dit il arrive parfois que Dieu exécute des jugements particuliers pour des péchés spécifiques, et nous avons des exemples dans la Bible (en 1 Corinthiens 11, pour ceux qui prenaient la sainte cène indignement). Mais ce que Jésus nous dit dans le passage du jour, c’est qu’il ne nous revient pas à nous de juger dans un cas donné si la souffrance subie provient du jugement général (conséquence de la chute) ou d’un jugement particulier pour un péché précis.

Ne jugeons pas les autres à la place de Dieu. C’est clair ?

La 2e leçon de ce discours est :

2/ La repentance est la condition nécessaire au salut, la condition nécessaire pour la réconciliation, pour échapper au jugement.

Jésus répète deux fois : « Si vous ne vous repentez, vous périrez tous également » (v. 3 et 5). Nous savons que nous allons tous mourir un jour et la Covid-19 nous rappelle la fragilité de notre existence et de la vie humaine. Mais quand Jésus dit vous périrez tous également, il pense surtout à la mort éternelle qui est parfois appelée dans la Bible la seconde mort (voir Apocalypse 2.11, 20.6, 20.14, 21.8), le fait de passer l’éternité loin de la présence de Dieu, dans un lieu de tourment.

Comment pouvons-nous échapper à ce jugement définitif ? Comment pouvons-nous nous dégager de notre adversaire alors que nous sommes en chemin vers le jugement dernier (et je reprends là la parabole précédente des v. 58 et 59) ? Comment pouvons-nous être réconciliés avec notre Créateur ?

J’ai déjà expliqué que Jésus était mort sur la croix pour payer la dette de notre péché. Mais comment peut-on obtenir cette remise de peine ? Est-ce que c’est quelque chose d’automatique pour tous les hommes, et il suffit alors de dire merci ?

Jésus répond clairement à cette question : pour éviter la seconde mort, pour être réconciliés avec Dieu, notre attitude et notre disposition de cœur doit être caractérisée par la repentance.

Qu’est ce que c’est, la repentance ?

Il me semble utile de préciser ce qu’est la repentance et ce qu’elle n’est pas, car ce n’est pas vraiment un terme que l’on entend dans le langage courant et dans nos conversations de tous les jours.

Une personne qui fait preuve de repentance, reconnaît sa faute et ressent un profond regret d’avoir offensé Dieu par son attitude. Elle ne cherche pas à se justifier ou à se trouver des excuses, mais elle confesse platement et humblement son péché, elle a conscience de mériter un jugement, de mériter la condamnation, et du coup elle est prête à assumer toutes les conséquences de ses actes.

La repentance procède d’une vraie crainte de Dieu, c’est une conversion à Dieu, et elle s’accompagne du désir de ne plus recommencer, de faire demi-tour et de s’éloigner du péché.

Cette conscience de la gravité du péché est une œuvre que seul le Saint-Esprit peut opérer dans le cœur et qu’on appelle la régénération. Le Saint-Esprit nous ouvre les yeux sur l’état de notre cœur, sur la noirceur de notre péché, sur la légitimité de notre condamnation, et il nous fait implorer la grâce et la miséricorde de Dieu. La repentance est intimement liée à la foi, parce c’est lorsque l’on prend conscience de sa corruption radicale que l’on se tourne vers la grâce irrésistible de Dieu pour obtenir le pardon de ses péchés par la foi en Jésus-Christ.

La repentance et la foi sont liées, et elles restent liées tout au long de la vie chrétienne car le péché continue à agir dans nos cœurs et dans nos corps sur cette terre.

Il existe des fausses repentances, nous en avons des exemples dans la Bible avec Caïn, Saül ou Judas. Ils ont reconnu leur faute mais sans que cela produise la foi. Parfois la reconnaissance de la faute est motivée par la peur du jugement, ou par la peur de perdre une bénédiction. C’est une fausse repentance qu’on appelle en théologie l’attrition (qui est différente de la contrition).

La vraie repentance, elle, ressemble à l’attitude du péager qui, en Luc 18.13, « se tenant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : Ô Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. »

Imaginez qu’un employé vole de l’argent dans les caisses de l’entreprise et que son patron le découvre. Il décidera certainement de licencier le salarié si celui-ci nie toute implication alors que toutes les preuves l’accusent. Si ce dernier reconnaît sa faute mais en se cherchant des excuses ou en minimisant son geste, il y a de grandes chances que le patron le licencie quand même, puisque sa repentance n’est pas une vraie repentance. Et enfin, si l’employé reconnaît toute sa responsabilité, qu’il demande pardon en précisant qu’il va rembourser et qu’il accepte de subir toutes les conséquences de ses actes parce que ce n’est que justice... Là, c’est de la vraie repentance, et il y a de grandes chances que le patron lui fasse grâce et ne le licencie pas, s’il s’engage à ne plus recommencer.

Toutes proportions gardées, c’est un peu la même chose avec Dieu. Seule la vraie repentance qui produit la foi permet d’être réconcilié avec Dieu et de recevoir le salut.

Sans repentance, pas de salut. « Si vous ne vous repentez, vous périrez tous également ».

Le message de l’Évangile est un message de sauvetage, celui d’un Dieu qui vient au secours de sa création en la personne de Jésus.

Luc 24.46-47 :

« Il est écrit que le Christ souffrirait, et qu'il ressusciterait des morts le troisième jour, et que la repentance et le pardon des péchés seraient prêchés en son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. »

La repentance est le cœur de la prédication chrétienne.

Le jugement est encore en suspens (13.6-9)

Nous avons vu que le jugement de Dieu est imminent (v. 54-59), que son jugement est individuel (v. 1-5), et nous allons voir avec la parabole du figuier des versets 6 à 9 que le jugement de Dieu est encore en suspens, il est comme suspendu. L’acte de condamnation est déjà rédigé mais il peut encore être annulé. Regardons cette parabole, et je vais la relire.

Je vais aller plus vite pour terminer mais cette parabole devait être incluse dans cette prédication car c’est une illustration des exhortations qui précèdent.  Jésus illustre la nécessité d’une repentance, et il l’applique au peuple d’Israël.

Regardons qui est qui dans cette parabole.

Le figuier, c’est Israël. Jésus s’adressait à un auditoire juif, et l’image du figuier est souvent utilisée dans l’Ancien Testament pour désigner Israël (Osée 9.10, Joël 1.7). Ce figuier est planté dans une vigne, ce qui est un terrain extrêmement fertile pour les arbres fruitiers et pour les figuiers en particulier.

Le propriétaire de la vigne, c’est Dieu le Père, et il avait donc toutes les raisons de s’attendre à ce que ce figuier produise du fruit, et qu’il en produise en abondance, puisqu’il était dans des conditions optimales. Puisqu’il ne trouve pas de fruit, il décide de couper cet arbre pour qu’il arrête d’occuper inutilement la terre.

C’est vrai qu’un arbre qui ne produit pas les fruits attendus, c’est extrêmement frustrant.

Vous savez qu’Alex aime le piment. Et il vous avait dit lors d’une prédication, qu’il avait acquis des graines du piment le plus puissant au monde. Pour Alex, c’est le Graal, parce que plus le piment est fort, plus il déchire la bouche, plus la gorge est en feu, plus la sueur dégouline sur le visage en le mangeant, plus il aime ça !

Croyez-moi, Alex prend soin de son plan de piment, il le laisse près de la fenêtre pour qu’il reçoive ce qu’il faut de soleil, il l’admire tous les jours, il l’arrose sans faute, il le rempote au besoin. Je suis sûr qu’il lui met de l’engrais et j’ai même entendu qu’il le faisait garder par des amis lorsqu’il partait en vacances. Pourquoi fait-il cela ? Parce qu’il veut un jour pouvoir enfin goûter ce piment surpuissant.

Cela fait 3 mois qu’il prend soin de cette plante. Mais si aucun piment n’a poussé dans 3 ans, Suzanne voudra le jeter. Alex sera frustré, il sera même peut-être en colère, il maudira ce plan de piment en disant par dépit « que jamais de piment ne sorte de tes feuilles », et il finira par sécher, avant de finir dans un composte. Ce sera même un sujet de honte pour Alex et il ne faudra peut-être pas lui en parler.

Dieu a toutes les raisons de vouloir couper le figuier stérile, mais le vigneron qui représente Jésus intercède auprès de lui, pour lui demander de patienter encore un peu, de lui permettre de faire une dernière tentative auprès du peuple d’Israël pour qu’il porte enfin du fruit digne de la repentance.

Que penser de cette durée de 3 ans, et de l’année de grâce supplémentaire qui est donnée au figuier de notre parabole ? On pourrait penser qu’il s’agit des 3 années de ministère de Jésus, qui viennent de s’écouler, et que Jésus demande un ultime répit en espérant que lors de sa dernière année de ministère, où il remonte lentement vers Jérusalem en enseignant le peuple, avant d’être crucifié et de ressusciter, ce peuple sera enfin amené à la repentance. Il va lui prodiguer des soins terminaux en quelque sorte.

Mais on peut aussi voir ces durées avec une fenêtre plus large, et que ces trois ans représentent toute la vie du peuple d’Israël dont Dieu a pris soin jusqu’à maintenant et à qui il a donné la loi, les prophètes et même jusqu’à son propre Fils. Et la dernière année qui est ajoutée, sur la demande du vigneron, correspondrait au dernier répit de quarante ans accordé à Israël, entre la mort et la résurrection de Jésus (environ en l’an 30), et la ruine définitive de Jérusalem qui a eu lieu en l’an 70 : le peuple a été massacré et le temple détruit. À ce moment-là de l’histoire, le figuier (le peuple d’Israël) a été véritablement coupé et dispersé sur la surface de la terre, parce qu’il ne portait toujours pas de fruit. Pendant ces 40 ans, le peuple a bénéficié de la prédication des apôtres qui accomplissaient aussi de nombreux miracles qui attestaient de l’autorité que Jésus leur avait donnée par le Saint-Esprit. Mais ce peuple n’a pas répondu par la repentance et la foi.

Jésus avait pourtant prévenu ses contemporains en Luc 3.8-9 (idem Matthieu 3.8-10):

« Produisez donc des fruits dignes de la repentance, et ne vous mettez pas à dire en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour père ! Car je vous déclare que de ces pierres Dieu peut susciter des enfants à Abraham. Déjà même la cognée [la hache] est mise à la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. »

C’est sévère mais c’est juste. Et c’est ce qui s’est passé. Le figuier a été coupé à cause de son incrédulité. Mais on peut noter qu’il n’a pas été déraciné donc il y encore un espoir futur pour le peuple juif que cette racine reprenne vie. Je fais ici le lien avec Romains 11 et l’image des rameaux d’olivier franc qui ont été coupés mais qui peuvent être regreffés. Par la foi en Jésus-Christ, les membres du peuple juif peuvent revenir dans l’alliance de grâce en reconnaissant Jésus comme leur Sauveur. Et nous voyons encore là toute la miséricorde de Dieu et sa fidélité : même dans ses jugements il y a de la grâce.

Quelles leçons peut-on tirer de cette dernière parabole du figuier ?

1/ Notre Dieu est lent à la colère et riche en bonté. Il fait preuve de patience envers nous, il nous laisse un ultime répit car (2 Pierre 3.9) :

« Le Seigneur ne tarde pas dans l'accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient ; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance. »

Il est patient pour l’instant, mais à moment donné il mettra sa sentence à exécution.

2/ Notre Dieu est un Dieu de grâce, il retarde son châtiment pour que nous puissions nous repentir. Son jugement est en suspens. Mais pour combien de temps ? Nul ne le sait. C’est aujourd’hui encore le temps de la réconciliation. Ne remettez pas à plus tard ce que vous pouvez faire maintenant.

Pour conclure, je rappellerais simplement ce que disait C.S. Lewis, ce temps de crise du Covid-19 que nous vivons est comme un mégaphone pour Dieu pour nous appeler à la repentance, pour nous rappeler notre fragilité, pour nous appeler à revenir à lui, car lui seul peut nous donner une espérance infaillible et éternelle. Lui seul est un rocher sûr et solide qui ne vacille pas dans la tempête de la vie. Appuyons-nous sur lui pour notre salut, mais aussi pour chaque instant de notre vie.

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