Fuis les passions

Par Alexandre Sarranle 24 mai 2020

Est-ce que vous avez déjà eu peur de votre propre puissance intellectuelle ? Ça peut vous sembler curieux comme question. Notre intelligence, notre capacité de raisonner, ce sont des choses qui sont plutôt mises en valeur de nos jours. Avoir un QI très élevé, c’est perçu comme un avantage. Avoir une bonne mémoire, une grande capacité d’analyse, un sens très aigu de la logique, un scepticisme infatigable (c’est-à-dire la tendance à douter de tout tant qu’on n’a pas pu arriver par soi-même à sa propre conviction), tout ça, c’est bien, non ?

Eh bien… le texte qu’on va lire dans un instant ne nous dit pas forcément que ce n’est pas bien, mais que c’est dangereux. Quand on a une grande puissance intellectuelle, c’est comme quand on a un gros moteur sous le capot de sa Ferrari—ce n’est pas une mauvaise chose en soi, mais si les freins de la voiture sont défaillants, ça peut être très dangereux. De la même façon, notre intelligence est dangereuse parce que nous sommes, en réalité, des machines défectueuses. Nos freins ne sont pas fiables. Il paraît que les plus hauts responsables de l’État nazi dans les années 1940 avaient tous un QI largement au-dessus de la moyenne.

Et le texte qu’on va lire nous invite à être vigilants dans ce domaine, parce que le diable lui-même veut solliciter, entre autres, nos capacités intellectuelles pour nous attirer dans ses filets. Le diable, c’est la personnification du mal et de tout ce qui s’oppose à Dieu et aux croyants. Et Jésus a dit du diable qu’il était « menteur et le père du mensonge » (Jn 8.44). Et comment il fait, le père du mensonge, pour nous piéger ? Bien souvent, il va chercher à chatouiller notre intelligence en nous faisant croire que telle ou telle question est quand même plus compliquée qu’il n’y paraît. Et que la réponse appartient aux plus intelligents !

Le texte qu’on va lire, donc, veut nous mettre en garde contre ce danger qu’on pourrait appeler : « l’égarement par la sophistication ». Et à la place, le texte veut tout simplement faire l’éloge de la simplicité de la foi. C’est l’apôtre Paul, donc, qui est en train d’écrire une lettre à Timothée, pasteur de l’église d’Éphèse au premier siècle, et ce qu’il lui dit, et ce qu’il dit par son intermédiaire aux chrétiens de son Église et à nous aussi aujourd’hui, c’est : la vraie maturité selon Dieu n’est pas corrélée à notre puissance intellectuelle, si flamboyante soit-elle ! On va lire le texte, et vous allez voir que d’abord, Paul va alerter Timothée sur la présence d’un danger, puis il va le rassurer sur la gravité réelle de ce danger, puis il va lui expliquer de manière assez détaillée la parade à ce danger—ce qu’on pourrait aussi appeler de nos jours les gestes-barrière !

La présence du danger (v. 16-18)

Premièrement, aux v. 16-18, Paul alerte Timothée sur la présence d’un danger particulier dans son Église. Ce qu’il lui fait comprendre, c’est qu’il y a un type de discours qui vise les croyants et dont il faut se méfier comme de la peste. Ou plutôt, comme de la gangrène ! Paul appelle ça « les discours vides et profanes » (v. 16). Timothée doit se distancer de ces choses. Littéralement « des sons vides et sans valeur ». Ou encore la traduction de Calvin : « Fuis vanité profane de babil » ! (Le babillage, c’est quand un bébé fait du bruit qui peut ressembler à un langage mais qui ne veut rien dire.)

Et donc c’est super dangereux, dit Paul, parce que ça fait avancer dans l’impiété (v. 16), ça se propage comme une maladie (v. 17), ça écarte de la vérité (v. 18), et ça renverse la foi des gens (v. 18) ! Et Paul donne un exemple, c’est celui de deux personnes vraisemblablement connues de Timothée et de ses paroissiens, à savoir Hyménée et Philète. Quel est le discours « vide et profane » qu’ils tiennent ? C’est que « la résurrection est déjà arrivée » (v. 18).

On ne sait pas exactement à quelle hérésie Paul fait référence, mais ce qui est clair, c’est que ces deux personnages propageaient une idée qui contredisait frontalement un des articles de foi les plus importants du christianisme, qu’on appelle « la résurrection de la chair » (dans le credo par exemple). Ces gens-là devaient probablement promouvoir, par leur discours, une espèce d’allégorisation de la résurrection (c’est un truc spirituel, pas matériel).

Aujourd’hui encore, vous allez rencontrer des gens qui se disent chrétiens et qui vous diront que la résurrection corporelle des morts, à commencer par celle de Jésus, c’est évidemment un concept mythologique. Ça ne se peut pas. La vérité est plus subtile que ça. Et donc pour faire comprendre ce qu’il en est vraiment, on va produire des discours sophistiqués, on va faire dans la nuance, on va sortir des formules alambiquées, on va en appeler à la philosophie, à la psychologie et aux autres sciences humaines. On va faire de beaux discours, parfois avec une grande éloquence. Mais honnêtement, on est juste en train d’enfumer les gens.

Et Paul dit qu’il faut se tenir à distance de ce genre de discours. Parce qu’ils sont dangereux. Et parce qu’ils peuvent nous infecter et infecter l’Église comme la gangrène. La gangrène, ça commence par la nécrose (mort) d’une partie de notre corps. Généralement, c’est parce que cette partie n’a pas été assez irriguée par le sang. Un de nos enfants, un jour, est revenu de l’école avec une profonde coupure à un doigt. Comme ça saignait beaucoup, au lieu d’aller à l’infirmerie, il a décidé de se faire un garrot avec un élastique. Pour arrêter l’hémorragie, vous comprenez. Et il a passé une demi-journée comme ça. Le soir, quand un médecin urgentiste l’a examiné (enfin !), il lui a dit : « Mon loulou, encore un peu et tu perdais ton doigt ! »

La gangrène, ça commence comme ça. Une partie du corps qui n’est plus irriguée par le sang et qui meurt. Ensuite, la partie nécrosée commence à se putréfier, c’est-à-dire se décomposer, et ça peut se propager très vite aux parties du corps qui sont voisines. Et sauf erreur de ma part, la gangrène ne peut se soigner que par l’enlèvement chirurgical des parties nécrosées. Parfois c’est l’amputation même d’un membre entier.

C’est dire le danger, quand on s’expose soi-même à des discours de ce genre, quand on leur donne voix au chapitre dans l’Église, et quand on commence à les tenir soi-même ! Oui, il y a un type de discours qui vise les croyants et dont il faut se méfier comme de la peste ou de la gangrène. C’est la première chose que ce texte nous fait comprendre. On doit apprendre à reconnaître et à écarter ces discours peut-être impressionnants, peut-être flamboyants, peut-être très raffinés et séduisants intellectuellement, mais qui contredisent la foi « qui a été transmise aux saints une fois pour toutes » (Jude 3).

Le diable est le père du mensonge, et il cherche souvent à nous attraper par l’intelligence. C’est exactement ce qu’il a fait avec Ève dans le jardin d’Éden. « Dieu a-t-il réellement dit… ? » (Gn 3.1). « Allons bon ! Mais pas du tout ! C’est plus subtil que ça, voyons. Laisse-moi t’expliquer… En fait, il y a un contexte… En fait, il y a une allégorie… En fait, on sait aujourd’hui beaucoup mieux que… En fait, il y a un détail ici que personne n’avait encore vu… En fait, dans mon expérience, j’ai plutôt constaté que… »

Et c’est comme ça qu’on renverse la foi de quelques-uns (v. 18). Cet enfumage, cette capacité de brouiller les pistes, c’est la spécialité des sectes, en fait, depuis toujours. Dans son livre Les Sectes à visage découvert, Gérard Dagon dit ceci :

« Les membres de certaines sectes citent la Bible, mais ils le font à tort et à travers. Ils tronquent, manipulent et violentent le texte biblique pour lui faire dire n’importe quoi. Plusieurs sectes vous bombardent littéralement de versets bibliques sortis, hélas, bien souvent de leur contexte. Elles altèrent le sens du texte sacré, elles déséquilibrent son enseignement, elles mutilent des versets. » (p. 17)

Et ce qu’on peut constater parfois, c’est qu’une petite subtilité va prendre des proportions si grotesques qu’elle va occulter tout simplement la vraie bonne nouvelle de l’évangile, et donc mettre tout simplement en échec le salut des gens. C’est dangereux !

Et donc ce premier point nous invite à faire attention. À flairer ces discours vides et profanes qui sont si néfastes. À couper le tissu nécrosé quand c’est nécessaire, c’est-à-dire parfois à prendre position clairement, et même parfois à dénoncer publiquement certains discours et certaines dérives, dans le but d’empêcher que la foi de quelques-uns soit renversée. Et souvent ce sera le rôle des responsables de l’église locale de faire ce travail.

La gravité du danger (v. 19-21)

Mais deuxièmement, aux v. 19-21, Paul fait comprendre à Timothée que ce danger, s’il est bien réel, ne mérite pas non plus qu’on tombe dans la psychose ou la panique. C’est vrai, la foi des croyants peut être attaquée même dans l’église, mais ce n’est rien d’anormal ni d’insurmontable. Paul veut vraiment rassurer Timothée dans ces versets suivants, ainsi que tous les chrétiens fidèles de son église.

Et qu’est-ce qu’il leur dit pour les rassurer ? Il leur dit que l’Église est ainsi faite qu’il n’est pas surprenant que des gens, parfois, dans l’Église, se laissent entraîner par de tels discours, au point que leur foi, comme dit Paul, soit renversée. Mais heureusement, les vrais croyants, eux, vont persévérer malgré tout. Paul veut être à la fois réaliste et rassurant.

En fait, l’apôtre Paul est tout simplement en train de rappeler une réalité très importante, ici. C’est que la communauté des gens qui se disent chrétiens, telle que cette communauté existe sur terre et dans l’histoire (« l’église visible »), est une communauté mixte. Il y a dans cette communauté des gens qui ont une vraie relation personnelle authentique avec Dieu, et il y a aussi des gens qui se disent chrétiens, ou qui sont réputés chrétiens, mais qui n’ont pas (ou pas encore) cette relation personnelle authentique avec Dieu.

L’analogie de Paul, c’est celle d’une « grande maison » (v. 20), où on trouve différentes sortes d’objets. Des objets importants et précieux, comme le service complet en porcelaine, le MacBook Pro, ou le violon Lupot du XIXème siècle ; mais aussi des objets un peu sales et dégoûtants, comme les serpillières, le bac à ordures, ou le débouche-toilette. Et Paul dit que la communauté chrétienne est comme ça. C’est une grande maison (la maisonnée de Dieu, cf. 1 Tm 3.15), et dedans, il n’y a pas que des gens qui appartiennent vraiment à Dieu.

Si c’est vrai, alors on peut s’attendre à ce qu’il y ait au moins un peu de mouvement dans l’Église. On peut s’attendre à ce qu’il y ait des gens qui vont faire profession de foi pendant un temps et qui vont finir par se détourner. Ce n’est pas complètement surprenant, en fait, puisque c’est une grande maison, où il n’y a pas seulement « des objets d’or ou d’argent ».

Mais Paul, tout en rappelant cette réalité, insiste aussi sur la manière dont on peut s’assurer de faire partie des « objets nobles ». Si la communauté des chrétiens est une communauté mélangée, alors comment je peux savoir si moi, je ne vais pas me laisser séduire par ces discours vides et profanes, et si moi, je ne vais pas tomber, et si ma foi à moi ne vas pas être renversée ? Comment savoir si je suis un MacBook Pro, ou un débouche-toilette ?

La réponse est très explicite dans le texte, alors écoutez bien.

« Quiconque prononce le nom du Seigneur, qu’il se détourne de l’injustice. » (v. 19)

Et juste après :

« Si quelqu’un se purifie, il sera un vase d’un usage noble… » (v. 21)

Donc en fait, la question qu’on doit se poser, c’est : « Quelle est ma posture maintenant ? » Peu importe les autres, peu importe cette autre personne qui semblait avoir une vraie relation avec Dieu et puis qui s’est complètement détournée. Seul Dieu peut sonder les cœurs. Et peu importe le passé et l’avenir, en fait.

La question que je dois me poser, c’est moi et maintenant. Est-ce que je cherche à me détourner de l’injustice ? Est-ce que je travaille à ma purification ? Est-ce que je m’en inquiète, est-ce que c’est le désir de mon cœur, est-ce que je veux vraiment, au fond, être un objet noble, « sanctifié, utile à son maître, propre à toute œuvre bonne ? » (v. 21). Est-ce que je me comporte comme une assiette en porcelaine, lavée soigneusement, manipulée avec précaution, utilisée avec crainte, ou bien est-ce que je me comporte comme un débouche-toilette, rangé avec les vieux outils, qui prend la poussière dans la cave, et dont le contact avec certaines matières innommables ne nous émeut pas plus que ça ?

On aimerait pouvoir consulter le registre de Dieu pour voir qui figure sur la liste des élus, et qui figure sur la liste des réprouvés, mais Dieu ne nous donne pas accès à cette information. Ce qu’on sait, c’est que la communauté des gens qui se disent chrétiens est mélangée (ici-bas), et on sait aussi ce qu’on doit examiner en permanence dans notre vie pour nous assurer d’appartenir à Dieu. Ce qu’on doit examiner, c’est notre cœur, et les fruits de la grâce de Dieu dans notre cœur et dans notre vie.

L’apôtre Jean dit :

« Celui qui dit : J’ai connu [Jésus], et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n’est pas en lui. » (1 Jn 2.4)

C’est clair, non ? Attention, toutefois ! Ce n’est pas le fait de garder ses commandements qui nous fait connaître Jésus ; c’est le fait de connaître Jésus qui nous fait garder ses commandements. On était perdus par nature, et séparés de Dieu—on ne pouvait rien faire pour réparer la relation. Mais Jésus s’est approché de nous, il a pris sur lui notre indignité, il est mort pour nous (si nous sommes croyants) et il est ressuscité pour nous, et c’est ça qui nous permet, par la foi, d’être réconcilié avec Dieu. On est sauvé par la grâce, par le moyen de la foi. C’est le don de Dieu, et j’espère que vous tous, vous avez reçu ce don !

Mais cette grâce, si elle est véritable dans la vie d’une personne, elle produit du fruit. Et donc Paul nous fait remarquer ici que ce n’est pas juste ce qu’on professe qui montre qu’on est un vrai chrétien—c’est aussi ce qu’on pratique.

La communauté des croyants, donc, est une grande maison. La foi des croyants peut être attaquée même dans l’église, mais ce n’est rien d’anormal ni d’insurmontable. Ça va arriver (réalisme), pourtant le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent (c’est rassurant, v. 19). Si on fait partie de ceux-là, ce qu’on doit surtout faire, au lieu de donner voix au chapitre à cette « vanité profane de babil », c’est plutôt nous soucier de notre sanctification—c’est-à-dire de la qualité de notre vie aux yeux de Dieu.

C’est en faisant ça, en permanence, dans une posture constante d’humilité et de repentance, dans la docilité devant Dieu et sa Parole, qu’on va avancer en sécurité, qu’on va persévérer dans la foi, et qu’on va se prémunir contre la gangrène spirituelle. Ce qui nous amène au troisième et dernier point.

La parade au danger (v. 22-26)

Maintenant que Paul nous a alertés sur le danger réel de ces « discours vides et profanes », et maintenant qu’il nous a dit que ce n’était pas non plus une raison de paniquer, qu’est-ce qu’on doit faire ? Comment répondre en pratique à ce danger ?

Eh bien aux v. 22-26, Paul explique à Timothée quelle est la parade. Il lui fait comprendre que l’égarement par la sophistication ne se soigne pas par davantage de sophistication, mais par la tempérance. Pour le dire autrement : on n’est pas appelé à débattre avec le père du mensonge, mais plutôt à le désarmer par notre attitude.

C’est très frappant dans le texte. Paul insiste vraiment sur cette attitude qui doit caractériser Timothée dans l’exercice de son ministère, surtout dans le contexte qu’il vient de décrire, qui est celui de la controverse et des discours hérétiques et dangereux. Timothée ne doit pas céder à la tentation de faire comme ses adversaires ! « Fuis les passions de la jeunesse », lui dit-il (v. 22). Ce mot de « passions », ici, désigne sûrement l’intempérance de la jeunesse plutôt que les désirs charnels (comme on pourrait le comprendre spontanément).

Pour Calvin, ce sont : « toutes sortes de mouvements impétueux auxquels cet âge trop bouillant est enclin plus que de raison. S’il y a quelque débat, les jeunes y seront échauffés plutôt que ceux qui sont déjà d’âge mûr. Ils sont plus facilement irrités, ils pèchent plus souvent par faute d’expérience, et se précipitent aussi avec une audace et une témérité plus grandes. » Et ça c’était avant l’avènement des réseaux sociaux !

Paul dit à Timothée de ne pas monter au créneau face à la controverse, mais plutôt de garder la tête froide, et de rechercher les bons fruits de l’Esprit, « avec tous ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur » (v. 22). Paul associe donc à cette démarche tous ceux qui sont de vrais croyants dans l’Église. Cette exhortation ne se limite pas à Timothée qui est pasteur, mais elle s’étend à « tous ceux » dont il était question juste avant : ceux qui invoquent sincèrement le nom du Seigneur, et qui par conséquent se détournent de l’injustice et se purifient pour être « un vase d’un usage noble ».

Il faut donc répondre à ces discours vides et profanes, qui sont si dangereux pour la foi, en refusant d’entrer dans des « discussions folles et ineptes », qu’on pourrait aussi traduire par « des débats stupides et ignorants ». Il ne faut pas entrer dans des disputes interminables. Ça ne veut pas dire qu’il faut se taire, mais il faut, dit Paul, avoir le don à la fois d’enseigner et de supporter (v. 24). Il faut redresser les contradicteurs, oui, mais avec douceur (v. 25).

Cette semaine, un grand défenseur de la foi chrétienne est décédé des suites d’un cancer des os. Il s’agit de Ravi Zacharias, un pasteur, auteur, conférencier d’origine indienne. Beaucoup, beaucoup de gens ont été touchés par son ministère. Il avait une perspicacité incroyable dans les débats et le dialogue avec les non-croyants. Mais une des choses que les gens disaient de lui, c’était qu’il était doux. Il était souvent incisif, mais jamais malpoli ou insultant. Il aimait sincèrement les gens. Il dégageait la paix, il ne s’offensait pas de la contradiction, il était humble, et « affable envers tous ».

Et donc vous voyez comment Paul insiste, ici ? Il y a deux mouvements opposés : il faut fuir les passions de la jeunesse, et plutôt rechercher la justice, la foi, l’amour, la paix, repousser les discussions folles, éviter les querelles, être affable, supporter, redresser avec douceur… Ce sont les « gestes-barrière » pour éviter la contamination.

Et non seulement pour éviter la contamination, mais aussi pour aider les autres à guérir. En faisant attention à cette attitude, Paul dit qu’on peut avoir l’espoir que Dieu « donne la repentance » à ceux qui ont été capturés par le diable, et qu’ils arrivent à la connaissance de la vérité (v. 25-26).

Paul parle de gens qui ont été piégés par le diable et qui ont été « capturés vivants », ou apprivoisés pour faire sa volonté. Comme des animaux dans un cirque. C’est un langage très fort et imagé pour désigner ces personnes qui font, ou qui faisaient, profession de foi chrétienne, et qui pourtant ont été infectées par ces fameux discours vides et profanes qui les ont éloignées de la vérité. Pensez à des gens qui étaient peut-être pendant un temps des chrétiens engagés, ou qui ont grandi dans l’Église. Et qui un jour ont découvert quelque chose de nouveau. Dans un livre ou sur YouTube. Ou qui ont rencontré quelqu’un. Ou qui sont allés à une conférence. Et petit-à-petit, ils ont perdu la simplicité de la foi. Les pistes se sont brouillées. Lentement mais sûrement, ils ont avancé dans l’impiété. Jusqu’à s’écarter de certains enseignements clairs des Écritures, mais sans le voir ni l’admettre. Et même parfois jusqu’à renier des vérités essentielles dont dépendent même leur salut.

Et vous connaissez peut-être des gens comme ça. Peut-être des personnes qui vous étaient proches. Il y a une exhortation pour vous ici. Ne vous disputez pas avec ces personnes, mais continuez de déclarer la vérité biblique, avec douceur. Comme on l’a dit : l’égarement par la sophistication ne se soigne pas par davantage de sophistication, mais par la tempérance. C’est ce que Dieu nous demande. Et c’est lui, et lui seul, qui peut donner la repentance en fin de compte, et ramener à lui ceux de ses enfants qui sont pris dans les filets du diable.

Alors pour conclure. Est-ce que vous êtes lucide et prudent par rapport à votre propre puissance intellectuelle, qui peut être très dangereuse, comme le gros moteur d’une Ferrari dont les freins seraient défaillants ? Bien souvent, c’est notre intelligence que le diable veut solliciter pour nous attirer dans ses pièges et nous faire du mal.

Notre intelligence est merveilleuse, mais défectueuse. Elle est utile parce qu’elle nous permet d’étudier et de comprendre les Écritures, et de savoir des choses sur Dieu. Mais elle se met aussi au service de notre nature déchue, pour nous faire du mal, quand elle est séduite et qu’elle rationalise le péché. On doit donc faire attention, parce que la vraie maturité selon Dieu n’est pas corrélée à notre puissance intellectuelle, si flamboyante soit-elle. Et c’était toute la leçon de ce texte.

Si vous êtes un croyant inquiet pour des proches que vous avez vu s’éloigner de Dieu sous la séduction de discours vides et profanes, vous pouvez persévérer dans la prière pour ces personnes, et dans votre témoignage à la vérité avec amour, patience et douceur.

Si vous êtes un croyant angoissé à l’idée que vous aussi, peut-être, vous pourriez vous écarter de la vérité et peut-être perdre la foi, ne vivez pas dans la crainte d’un avenir qui n’existe pas, mais assurez-vous aujourd’hui d’être docile et de rechercher humblement la justice.

Si vous étiez un chrétien, et que vous vous êtes éloignés de Dieu, si vous continuez même de faire profession de foi chrétienne, mais sans porter le fruit authentique de la grâce dans votre vie, renoncez immédiatement à tous les stratagèmes intellectuels qui vous font rationaliser votre situation, et revenez à la simplicité de la foi. Je prie que vous reveniez à votre bon sens, par la grâce de Dieu, et que vous soyez délivré des pièges du diable qui vous a apprivoisé.

Enfin si tout simplement vous n’êtes pas encore un croyant, si vous n’avez jamais professé la foi en Jésus, si vous vous posez des questions, si vous cherchez Dieu, n’intellectualisez pas la chose. Je ne dis pas de sacrifier votre intelligence—bien sûr que non ! Venez intelligemment à Dieu, mais venez simplement et docilement. Il n’y a pas de sophistication à rechercher. Et Dieu vous prendra pour lui, juste parce qu’il vous aime.

Copyright ©2020 Église Lyon Gerland.