Comment bien travailler pour Dieu

Par Alexandre Sarranle 21 juin 2020

Si on vous donnait l’occasion de faire quelque chose de vraiment significatif pour le monde, je suis sûr que vous le feriez. Imaginez que vous soyez en situation de contribuer à la découverte du vaccin contre le COVID-19. Ou de débloquer les négociations pour la paix au Moyen-Orient. Ou d’aider à mettre un terme au dérèglement climatique. Quel honneur, quelle fierté, d’avoir cette part dans l’histoire de l’humanité !

Mais c’est exactement ce genre d’occasion qui vous est donnée aujourd’hui… si vous êtes un chrétien. En tant que chrétien, on est appelé à travailler non pas pour Google ou pour l’OMS ou pour l’ONU ou pour la diplomatie française ou pour le GIEC… mais pour Dieu. Il me semble que ce n’est pas banal, de travailler pour Dieu ! Sauf que… ça veut dire quoi, exactement, travailler pour Dieu ?

C’est un concept auquel on croit, bien sûr ! On est chrétien, donc, comme les Blues Brothers, on est « en mission pour le Seigneur » ! On sert Dieu et on contribue à l’accomplissement de son projet. Logique. Mais en même temps, ce concept peut nous sembler assez imperceptible et vague en pratique. Ce n’est pas vrai ? C’est-à-dire qu’on a du mal à savoir à quoi ça doit ressembler exactement dans notre vie et dans la vie de notre église.

On se dit peut-être que c’est un concept hautement spirituel. Peut-être que c’est un truc qui se passe mystérieusement, de façon un peu invisible, intangible. On ne sait pas trop comment, mais parce qu’on est chrétien et qu’on fait des trucs de chrétiens comme prier, lire la Bible, et aller au culte, il y a quelque chose qui se passe. On est en train de prendre part au projet de Dieu. Ou à l’inverse, puisqu’on ne voit pas des choses très spectaculaires dans notre vie ou dans la vie de notre église, on se dit qu’il doit manquer un truc. On n’est peut-être pas dans le coup, finalement, et on ne doit pas être en train de contribuer au projet de Dieu !

Eh bien dans le texte qu’on va lire dans un instant, on va avoir un aperçu de ce que ça veut dire en pratique, travailler pour Dieu. L’apôtre Paul vient d’aborder des sujets très intangibles, justement ; il vient de faire voyager ses destinataires à des altitudes stratos-phériques, en leur parlant de concepts théologiques hyper compliqués (l’union des croyants avec Christ, le règne spirituel de Jésus, la résurrection à venir de la chair, l’incorruptibilité des corps ressuscités, l’éclat des corps terrestres et des corps célestes, l’aiguillon de la mort et la puissance du péché qu’est la loi…), mais là, Paul va les faire revenir sur terre en douceur et les ramener à la réalité pratico-pratique de leur service pour Dieu.

Un peu comme quand on jette un enfant en l’air, on ne le laisse pas retomber tout seul par terre. On accompagne son atterrissage. Paul accompagne l’atterrissage de ses destinataires, en conclusion d’une longue lettre, pour leur dire : « Bon, après tout ce que je vous ai écrit, je vous laisse, mais on se quitte en collaborateurs dans l’œuvre de Dieu. Oui, on est en mission pour le Seigneur, et voici comment on va s’y mettre, ensemble, et consciencieusement. » C’est un truc énorme, travailler pour Dieu ; mais voici à quoi ça ressemble, en fait !

Un besoin d’organisation

Nous aussi, on est en mission pour le Seigneur, et voici comment on va s’y mettre, ensemble, et consciencieusement. Oui, c’est un truc énorme, travailler pour Dieu, mais premièrement, ce n’est pas parce qu’on travaille pour Dieu qu’on est au-dessus du besoin d’être organisé. Regardez le texte. Vous avez peut-être remarqué qu’il y avait dans cette conclusion de Paul, plein de références logistiques, ou administratives, ou organisationnelles.

« Mettez de côté vos dons le premier jour de la semaine (v. 2)… Je vais envoyer des lettres avec les gens qui vont porter les dons à Jérusalem (v. 3)… J’ai préparé mon itinéraire et mon planning et je vais passer par la Macédoine avant de venir vous voir, et puis je vais rester à Éphèse jusqu’à la Pentecôte (v. 5, 8)… Portez assistance à Timothée quand il arrivera (v. 11)… Je pense qu’Apollos devrait vous rendre visite, mais pour l’instant il a prévu d’autres choses, donc il vous rendra visite après (v. 12)… »

Vous ne trouvez pas incroyable que toutes ces précisions se trouvent dans la très sainte Parole de Dieu ? Il n’y a pas un éditeur ou un recopieur de manuscrit qui s’est dit, à un moment-donné : « Bon, le chapitre 16 de 1 Corinthiens, on peut s’en passer, ça va nous économiser de l’encre et du papier ! » ? Et le contraste est frappant, non, entre ce chapitre et le précédent ! Mais justement, ce « travail dans le Seigneur » (15.58) implique ce genre d’attention portée à des petites tâches logistiques, à des détails pratiques, et à des questions d’organisation.

En fait, quand on y pense, n’importe quel projet, si grandiose soit-il, si on veut le mener à bien (surtout si on veut le mener à bien), entraîne un besoin d’organisation jusque dans des petits détails. Il y a trois semaines, les journaux ont beaucoup parlé du décollage de la capsule spatiale SpaceX avec deux astronautes à bord, qui ont rejoint la station spatiale internationale. Quel énorme projet ! Des années de travail, et surtout, 6000 employés qui travaillent pour l’entreprise SpaceX, sans compter les partenaires de la NASA.

Et dans ce projet, nul doute qu’il y avait une organisation incroyable jusque dans les moindres détails. Combien de réunions, de budgets, de plannings, de paperasse administrative, de commandes de pièces et de matériaux ? Combien de circulaires, de tests, de conseils, de déclarations ? Combien de fournitures de bureau, de services de nettoyage, de commandes de taxi, de réservations d’hôtel ? Et le gars dont la tâche consistait « seulement » à fixer les rivets sur le réacteur de la fusée Falcon9 qui a propulsé la capsule, est-ce qu’il devait faire attention au détail à votre avis ?

Personne ne se serait dit : « Bon, puisque Elon Musk est riche et puissant, on peut aborder ce projet en toute décontraction. On n’a pas vraiment besoin de se concentrer, de s’appliquer ou de s’organiser, puisque de toute façon, Elon Musk a les moyens de reprendre, de corriger ou de compenser nos erreurs. » Personne ne réfléchit comme ça. Au contraire, en fait : la grandeur du projet motive d’autant plus à être consciencieux et organisé.

Et de la même façon, ce n’est pas parce qu’on travaille pour Dieu, qu’on est au-dessus du besoin d’être organisé. Ce n’est pas parce que Dieu est tout-puissant que ça nous dispense de réfléchir. Ce n’est pas parce que Dieu est esprit que son projet ne se traduit pas par des petits détails pratiques et administratifs, comme on le voit dans ce passage. Et comme l’apôtre Paul et les chrétiens de Corinthe, nous non plus, on ne doit pas mépriser cet effort de planification et d’organisation pratique, comme si c’était un mal nécessaire.

Paul vient de dire « progressez dans l’œuvre du Seigneur », et « votre travail n’est pas vain dans le Seigneur », et il enchaîne immédiatement avec ces petits détails pratiques. Et nous, cet après-midi, on va avoir notre assemblée générale annuelle. C’est une réunion administrative. On va parler de budget et de calendrier. On va parler « d’exonération de la valorisation du bénévolat ». On va évaluer des projets et faire de la paperasse. Mes amis, ce que ce passage nous montre, c’est qu’en faisant tout ça, on est concrètement en train de prendre part au projet de Dieu. On n’est pas au-dessus du besoin d’être… organisé !

Un besoin de responsables

Deuxièmement, ce n’est pas parce qu’on travaille pour Dieu, qu’on est au-dessus du besoin d’avoir des responsables, ou des « officiels ». Regardez encore le texte. Vous avez peut-être remarqué le nombre de personnes qui sont citées, souvent par leur nom, dans cette conclusion de la lettre de Paul. Ce sont des personnes qui ont une fonction qui doit être reconnue. Dans cette fonction, elles sont utiles à l’œuvre de Dieu. Et les chrétiens doivent reconnaître cette réalité et en tirer des conséquences dans la manière dont ils servent Dieu.

Il y a d’abord « ceux que vous aurez approuvés pour porter vos dons à Jérusalem » (v. 3). Voilà une tâche importante, et ce n’est pas n’importe qui qui va s’en charger. Ça ne s’improvise pas. On ne prend pas le premier volontaire venu. Il est important d’avoir des responsables qui sont identifiés, reconnus, approuvés, mandatés.

Il y a aussi, un peu plus loin, Timothée « qui travaille comme moi à l’œuvre du Seigneur. Que personne donc ne le méprise » (v. 10-11). Il y a aussi Apollos (v. 12). Et puis Stéphanas et sa famille qui « s’est mise au service des saints. Soumettez-vous aussi à de tels hommes, ainsi qu’à tous ceux qui prennent part à l’œuvre et qui travaillent » (v. 15). Sans oublier Fortunatus et Achaïcus (v. 17). Et puis Aquilas et Priscille qui ont une église dans leur maison et qui « vous saluent bien dans le Seigneur » (v. 19).

Vous voyez ? Ce sont des « officiels », en quelque sorte. Des gens reconnus publiquement, qui ont une fonction utile et importante. Quand on « travaille pour le Seigneur », ce n’est pas « chacun fait ce qu’il veut, comme il le sent ». Si on n’est pas au-dessus du besoin d’être organisé (comme on l’a dit), on n’est pas non plus au-dessus du besoin d’avoir des responsables et un organigramme et une répartition des tâches et des missions.

Imaginez que vous vouliez constituer la meilleure équipe de foot du monde. Vous pourriez vous dire : « Bon, je vais prendre les onze meilleurs joueurs du monde, les onze joueurs qui figurent en premier sur le dernier classement du Ballon d’Or, je leur mets à tous un T-shirt assorti, je les mets sur le terrain et je les laisse se débrouiller. Je suis sûr qu’ils vont battre n’importe quelle autre équipe, puisque ce sont les meilleurs joueurs du monde ! » Eh bien en fait ça ne marcherait pas, parce que dans les onze meilleurs joueurs du monde, il y a huit attaquants et un seul défenseur !

Il faut une répartition officielle des tâches. Il faut des gens qui vont se charger spécifiquement de tel ou tel aspect du travail, parce qu’ils y sont formés et mandatés. En foot comme dans l’église, on n’est pas au-dessus du besoin d’avoir des responsables qui sont reconnus à leur fonction ! On a beau être l’équipe de Dieu—l’équipe la plus forte du monde sur le papier—ce n’est pas une chose anti-spirituelle, ou contraire à la foi, que d’avoir un organigramme !

Et dans notre église, on a des responsables. On a des anciens, c’est-à-dire des hommes qualifiés qui assument ensemble la direction spirituelle de notre église locale. On espère un jour avoir officiellement des diacres, c’est-à-dire des personnes qui assistent les anciens dans les tâches plus « matérielles » qui relèvent de l’entraide et de la logistique, par exemple. On a des personnes qui sont responsables pour la musique, pour les activités d’enfants, pour le site internet, pour la compta ; et des personnes reconnues qui s’investissent dans la liturgie, dans la prédication, dans l’accueil, dans la communication, dans l’évangélisation, et j’en passe !

L’apôtre Paul nous dit : « Sachez apprécier de tels hommes » (v. 18), c’est-à-dire reconnaissez ces personnes, notez qui elles sont, tenez compte de leur fonction, valorisez leur rôle dans l’œuvre de Dieu. Et cet après-midi, vous allez voir, on va nommer et « approuver » certains de ces responsables, comme quelqu’un à la fonction d’ancien, et quelqu’un d’autre à la fonction de membre du conseil d’administration. En faisant ça, on est en train de travailler pour Dieu ! On n’est pas au-dessus du besoin d’avoir de tels responsables.

Un besoin de solidarité

Troisièmement, ce n’est pas parce qu’on travaille pour Dieu, qu’on est au-dessus du besoin d’être solidaires les uns des autres. Regardez encore le texte ! Après avoir parlé du travail des chrétiens de Corinthe, qui n’est « pas vain dans le Seigneur » (15.58), la toute première chose qui vient à l’esprit de Paul sur le plan pratique, c’est « la collecte en faveur des saints » (v. 1), c’est-à-dire une collecte d’argent destiné à soutenir les chrétiens de Jérusalem qui font face à des difficultés importantes. « Progressez toujours dans l’œuvre du Seigneur ! Faites une collecte d’argent en faveur des chrétiens défavorisés ! »

On aurait pu supposer que quand on travaille pour Dieu, c’est Dieu lui-même qui s’occupe de nous. On dépend de lui par la foi. Il pourvoit à nos besoins en nous accordant la manne qui tombe chaque jour du ciel. Après tout : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et toutes choses vous seront données en plus » (cf. Mt 6.33) ! On se dit que ce qui doit prendre notre attention, c’est l’annonce de l’évangile, c’est le salut des âmes, c’est le développement de l’église, c’est démarrer des nouveaux ministères, c’est le militantisme, l’activisme, le prosélytisme, bref faire de grandes choses pour Dieu ! Travailler pour Dieu, je vous dis !

Sauf que… ce n’est pas ce qu’on voit dans la conclusion de cette lettre. « Collectez de l’argent en faveur des saints (v. 1), je ne veux pas cette fois vous voir en passant (v. 7), faites en sorte que Timothée soit sans crainte parmi vous (v. 10), qu’il vienne vers moi car je l’attends avec les frères (v. 11), que parmi vous tout se fasse avec amour (v. 14), je me réjouis de la présence de ces hommes qui ont tranquillisé mon esprit et le vôtre (v. 17-18), tous les frères vous saluent bien dans le Seigneur (v. 19-20), saluez-vous les uns les autres par un saint baiser (v. 20), et enfin, mon amour est avec vous tous en Christ-Jésus (v. 24). »

Vous entendez ? Vous entendez… le son de la solidarité et de l’amour fraternel ? Travailler pour Dieu, selon Paul, ça ressemble à ça aussi. Ce n’est pas juste du savoir, ni juste du savoir et du savoir-faire. C’est aussi, comme on le dit de nos jours dans les ressources humaines : du savoir-être ! Sur le site de Pôle-emploi, par exemple, qui donne des conseils à ceux qui cherchent du travail, on trouve une liste de « 14 savoir-être professionnels à valoriser dans votre candidature » : par exemple le travail en équipe, la capacité à fédérer, le sens de la communication, la persévérance, la prise de recul, etc.

Eh bien je vous propose, moi (ou plutôt Paul), les 9 savoir-être spirituels à valoriser dans le service de Dieu : « Le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5.22). Il ne suffit pas de savoir plein de choses et de faire plein de choses pour Dieu. Il faut être pour Dieu. Et ça se traduit dans nos relations les uns avec les autres au sein de l’équipe de Dieu.

On n’est pas au-dessus de ça. On n’est pas au-dessus du besoin d’être solidaires les uns des autres, de faire preuve d’amour dans nos relations, d’entretenir cet amour, de manifester en pratique cet amour… comme par exemple à travers des collectes destinées à l’entraide et aux autres actions socio-culturelles qu’on pourrait mener ! Mais il n’y a pas que ça. Cet amour et cette solidarité se manifestent aussi par des contacts dans la semaine, des repas partagés ensemble, le soutien dans la prière, des paroles d’encouragement, et même des accolades et des saints baisers (lorsque la situation sanitaire le permettra) !

Si on veut bien travailler pour Dieu, on peut et on doit être authentiques les uns avec les autres. On peut et on doit porter les fardeaux les uns des autres. Ce n’est pas tout de bouger et de s’agiter et de faire plein de trucs—même si c’est organisé, et même s’il y a des responsables. Regardez Paul et toute la tendresse qu’il exprime envers ses frères et sœurs—malgré les choses vraiment dures qu’il a dû leur dire aussi dans sa lettre ! Et nous aussi, j’espère de tout cœur qu’on va continuer, par la grâce de Dieu, à œuvrer pour lui, dans notre église, en nous serrant les coudes et en étant sincèrement unis en Jésus.

Un besoin de foi

Mais quatrièmement et dernièrement. On peut être organisé. On peut avoir des responsables. On peut être solidaires. Mais si on fait tout ça très, très bien, on peut quand même perdre de vue l’essentiel. Ce n’est pas parce qu’on travaille pour Dieu, qu’on est au-dessus du besoin… de garder notre attention fixée sur Dieu. On a besoin de foi ! Et vous me direz : ça tombe sous le sens ! Mais ce n’est pas si évident que ça.

On a beaucoup parlé de choses très terre-à-terre qu’on peut facilement négliger quand on pense à l’œuvre de Dieu et à notre rôle dedans. Mais inversement, à force de réfléchir à des choses très terre-à-terre, on peut aussi oublier la vision d’ensemble. On peut oublier le contexte et les enjeux spirituels de ce qu’on est en train de faire. Ça existe, les églises qui sont gérées comme des entreprises, qui tournent comme des horloges, avec un organigramme parfait, où les gens sont bien accueillis, bien servis, bien entretenus… mais où ne sait plus si on est dans une église ou dans une MJC (ou un centre socio-culturel). Mais dans notre passage, on voit que Paul, lui, ne perd pas le nord. Il garde à l’esprit le contexte général de tout ce qu’il fait. Son attention reste fixée sur Dieu. Il n’oublie pas que toute l’activité des chrétiens concourt à un grand projet dont les enjeux sont beaucoup plus grands que nous.

C’est un peu comme dans le film 1917 qui est sorti l’année dernière, et qui raconte un épisode de la première guerre mondiale, où deux soldats britanniques sont chargés de traverser les lignes ennemies de toute urgence pour délivrer un message à un autre bataillon de leur armée. Ce message est d’une extrême importance, parce que ce bataillon est sur le point de tomber dans un piège terrible tendu par les Allemands. 1600 soldats britanniques risquent de périr, y compris le frère d’un des deux soldats chargés du message. Les lignes de communication radio sont coupées, et le seul espoir de salut de ces 1600 soldats repose entre les mains de ces deux hommes, et dépend de la réussite de leur mission.

Vous imaginez bien que ces deux soldats ne vont pas s’arrêter en chemin pour admirer le paysage. Ils ne vont pas facilement oublier quel est l’enjeu de leur mission, ni le contexte dans lequel cette mission s’inscrit. De la même façon, l’apôtre Paul dans notre texte ne perd le nord lui non plus. Il sait où il est et où il va, et pourquoi il y va ! Il a la bonne perspective sur sa vie et sur son ministère. Son service est conditionné par sa foi.

Regardez bien le texte. Verset 7 : « J’espère demeurer quelque temps auprès de vous si le Seigneur le permet… » Paul n’oublie pas qu’il y a un Dieu et qu’il est souverain. Verset 9 : « Une porte s’est ouverte toute grande à mon activité, et les adversaires sont nombreux… » Paul a conscience que Dieu contrôle les projets des hommes par sa providence, et qu’il y a des ennemis qui s’opposent à Dieu et à son projet. Verset 13 : « Veillez, demeurez fermes dans la foi, soyez des hommes, fortifiez-vous… » Paul sait combien il est important qu’on soit vigilant spirituellement et qu’on s’appuie perpétuellement sur Dieu par la foi.

Et puis verset 15 : « La famille de Stéphanas est les prémices de l’Achaïe… » (c’est-à-dire le début de la moisson). Dieu est en train d’appeler des gens à lui—le projet de Dieu est plus grand que Corinthe, plus grand que Paul lui-même. Et verset 22 : « Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur, qu’il soit anathème ! [c’est-à-dire maudit, ou chassé ou excommunié] Maranatha ! » [c’est-à-dire en araméen : « Viens, Seigneur », ou « Le Seigneur vient »]. Paul n’oublie pas qu’avec tout ce qu’il a pu dire, toutes ses instructions, toutes ses explications théologiques, ses réprimandes et ses conseils, le plus important, ça reste d’aimer le Seigneur, de placer sa confiance en Jésus, de désirer son retour, et d’être prêt à le rencontrer le jour venu !

Paul garde la bonne perspective, et nous non plus, on n’est pas au-dessus du besoin de garder notre attention fixée sur Dieu, par la foi. Et donc nous, ici et maintenant, est-ce qu’on a conscience des enjeux de notre vie ? Et des enjeux de l’existence de notre église ? Est-ce qu’on sait où on est, où on va, et pourquoi on y va ? Est-ce qu’on sait tout simplement quel est le grand projet de Dieu pour les hommes—ce projet dans lequel s’inscrit notre vie ? (Et l’assemblée générale cette après-midi !) Dieu est en train d’appeler des hommes, des femmes, des enfants à lui. On lui avait tourné le dos, mais Dieu s’est quand même approché de nous pour nous présenter un moyen d’être sauvés. Jésus est mort et ressuscité pour ça.

Et Dieu assemble les croyants en un peuple, son Église. Et il envoie son Église en mission pour qu’on fasse connaître le Seigneur juqu’aux extrémités de la terre, de façon à « amener toutes les nations à l’obéissance de la foi » (cf. Rm 1.5 et 16.26). Ça commence par nous-mêmes, puis nos enfants et nos familles, notre entourage, nos amis, nos voisins, nos collègues, et jusqu’aux peuples les plus reculés du monde. Voilà le projet auquel on participe, auquel participe l’Église Lyon Gerland, le projet de Dieu tout-puissant, un projet bénéfique pour le monde, un projet en même temps qui va rencontrer de l’opposition, mais qui va se poursuivre jusqu’au dernier jour, lorsque le Seigneur Jésus reviendra dans la gloire pour établir parfaitement et définitivement son royaume sur toute la terre.

Et donc pour conclure. Ce qu’on a vu aujourd’hui, c’est que travailler pour Dieu, ce n’est pas quelque chose d’intangible (invisible, imperceptible). Mais ce n’est pas non plus quelque chose d’ultra-spectaculaire.

Il y a une réalité pratico-pratique à notre service pour Dieu, et ça ne veut pas forcément dire tout plaquer et déménager en Afghanistan avec sa famille pour annoncer l’évangile aux Talibans. Ça ne veut pas forcément dire se retirer dans un monastère ou un couvent et passer 8 heures par jour à prier. C’est souvent des choses très ordinaires. C’est une collecte d’argent pour des chrétiens défavorisés. C’est une assemblée générale et des papiers à remplir. C’est un petit message d’encouragement sur WhatsApp.

Comme les Blues Brothers, on est en mission pour le Seigneur, si on est chrétien. Et on a pu voir un peu, aujourd’hui, comment on va s’y mettre, ensemble, et consciencieusement, à la suite de Paul et des Corinthiens. C’est un truc énorme, travailler pour Dieu ; mais ça peut ressembler à des petites choses. Oui, ça peut être très terre-à-terre, mais en même temps, c’est très terre-à-ciel ! On ne doit pas oublier le contexte de tout ce qu’on fait.

Quand on témoigne auprès de nos proches, quand on chante au marché de Noël, quand on met de l’argent dans la collecte, quand on établit un nouveau responsable dans l’église, quand on organise le planning, ou quand on envoie des papiers à la Préfecture…, dans tout ce qu’on fait « dans le Seigneur » (15.58), il faut qu’on se rappelle que ce projet, c’est celui de Dieu, du Dieu unique et vivant, Père, Fils et Saint-Esprit. Et donc ce n’est pas nous qui travaillons pour Dieu, en fin de compte, c’est Dieu qui travaille en nous et à travers nous. C’est lui qui réalise son projet, auquel on a l’honneur de participer (pour sa gloire et pour le bien du monde).

Le pasteur John Piper, a écrit un livre intitulé : « Mes frères, nous ne sommes pas des professionnels » (2002), qui est destiné essentiellement à des pasteurs. Et dans ce livre, il y a un chapitre assez provocateur, dont le titre est : « Mes frères, dites-leur de ne pas servir Dieu ». Le but de ce chapitre est justement de faire prendre de la hauteur aux chrétiens, et de nous rappeler quelle est, en réalité, notre juste place dans toutes les tâches qu’on accomplit au nom du Seigneur, des plus petites aux plus grandes. Je cite John Piper :

« Notre Dieu ne se laissera pas mettre dans la position d’un employeur qui aurait besoin de collaborateurs pour faire tourner son entreprise. Au contraire, Dieu magnifie sa toute-suffisance en réalisant lui-même son projet. C’est l’homme qui est la partie dépendante dans cette affaire. Son travail consiste à s’attendre au Seigneur. Qu’est-ce que Dieu recherche ? Des assistants ? Non. L’évangile, ce n’est pas une demande d’aide, c’est une proposition d’aide. Et l’appel au service chrétien n’est pas non plus une demande d’aide. Dieu ne cherche pas des gens qui vont travailler pour lui, mais des gens qui vont le laisser œuvrer en eux et à travers eux. »

Alors on va s’y mettre, ensemble, et consciencieusement !

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