La joie et les larmes

Par Alexandre Sarranle 9 août 2020

Si je vous disais qu’en tant que chrétien, chaque instant de ma vie était caractérisé par la joie et l’optimisme, vous ne me croiriez pas. Et vous auriez raison, parce que ce n’est pas vrai ! Mais est-ce que je suis le seul chrétien à trouver qu’il est parfois, peut-être souvent, difficile de persévérer dans la foi ? Levez la main si votre amour pour Jésus vous a immunisé contre le découragement.

La réalité, c’est que la vie chrétienne est difficile. Et pas seulement la vie chrétienne en général, mais aussi plus spécifiquement le service chrétien, comme le fait de témoigner auprès de ses amis ou de mettre ses capacités à contribution dans le cadre de l’église locale. Deux pas en avant, un pas en arrière. Pour ne pas dire, parfois, un pas en avant, deux pas en arrière !

Si vous n’êtes pas chrétien aujourd’hui, je ne suis pas en train de vous donner envie de le devenir, j’en ai conscience ; mais en même temps, ce n’est pas l’espoir d’avoir une vie plus facile qui doit nous donner envie de devenir chrétien. C’est autre chose, quelque chose de bien meilleur, et on y reviendra dans un petit moment. Mais pour l’instant en tout cas, si vous n’êtes pas chrétien, je préfère vous le dire tout de suite : la vie chrétienne est difficile, et je pense que la plupart de vos amis chrétiens pourraient en témoigner.

Alors pourquoi persévérer dans sa relation avec le Seigneur, pourquoi continuer à lire la Bible, à prier, quand on a l’impression qu’on n’avance pas, qu’on est toujours en proie aux mêmes difficultés et aux mêmes tentations ? Pourquoi continuer à fréquenter des chrétiens, à venir à l’église, au groupe de maison, quand on a l’impression que les amis non-chrétiens sont beaucoup plus branchés et savent beaucoup mieux s’amuser ? Pourquoi continuer à témoigner de sa foi auprès de ses amis, à chercher à faire croître sa petite église, et à lui consacrer du temps et de l’argent, quand on a l’impression que c’est peine perdue et qu’une petite assemblée d’une trentaine ou d'une quarantaine de personnes, c’est tout simplement insignifiant et risible au regard du monde ? Pourquoi ?

Eh bien à cause de ce que Dieu a fait et de ce qu’il fera. Voilà toute la leçon du texte qu’on est sur le point de lire et d’étudier aujourd’hui.

Il s’agit du Psaume 126, un petit poème qui a été écrit, semble-t-il, à une période bien particulière de l’histoire d’Israël. Au VIème siècle av. J.-C., les Israélites sont en exil à Babylone ; ils ont été déportés de leur pays en raison de leur infidélité à Dieu. Mais vers la fin du VIème siècle, le roi qui est au pouvoir à Babylone autorise les Israélites à retourner dans leur pays. Et le Psaume 126 a vraisemblablement été écrit pendant cette période où un certain nombre d’Israélites ont quitté Babylone et sont retournés chez eux, alors que d’autres Israélites sont encore en exil dans l’attente de rentrer eux aussi, un jour, au bercail.

Le problème, c’est que cette situation semble s’éterniser, et pour cause ! Ce n’est pas rien de faire déménager des centaines de familles sur une distance de mille kilomètres, à travers le désert, surtout quand ces gens ont habité plusieurs décennies au même endroit et qu’ils y ont maintenant leur maison, leurs affaires, leurs habitudes, et leurs amis. Et puis il faut encore reconstruire Jérusalem !

Et donc beaucoup d’Israélites se demandent si ça en vaut vraiment la peine. Beaucoup d’Israélites sont tentés de baisser les bras devant la difficulté de la tâche et la pénibilité de leur vocation. Comment continuer, donc ? Le but a l’air sympa, mais il a l’air si difficile à atteindre. Comment ne pas céder à la tentation de rester à Babylone ?

La leçon toute simple de ce psaume : pour ton encouragement, souviens-toi de ce que Dieu a fait (le verre à moitié plein), et pense à ce que Dieu fera (le verre à moitié vide).

Le verre à moitié plein (v. 1-3)

La première chose que fait le psalmiste dans ce texte (v. 1-3), c’est rappeler ce que Dieu a fait, pour inciter les croyants à la reconnaissance et à la joie. Le psalmiste sait que les Israélites sont découragés par leur situation ; mais il veut leur rappeler qu’il s’est passé des choses qu’ils n’auraient même pas pu imaginer quelques dizaines d’années auparavant. Qui l’eût cru ? Et pourtant, Dieu l’a fait : il a ramené des captifs à Jérusalem. C’était si énorme que même les païens ont dit : « Dieu a fait quelque chose d’incroyable ! ».

Au v. 3, le psalmiste montre aux Israélites comment ils devraient réagir par rapport à ce que Dieu a fait : « Nous sommes dans la joie ».

Vous avez déjà vu cette publicité à la TV, où l’on voit une dame qui apporte à son mari un petit-déjeuner au lit, et il regarde le plateau où il y a juste un petit café, et ils commencent tous les deux à pleurer en repensant avec nostalgie à la super croisière qu’ils viennent de faire et aux supers petits-déjeuners qu’ils ont mangés chaque matin sur le pont du navire ? C’est drôle. Mais la plupart d’entre nous, nous ne réagirions pas comme ça, je pense. La réalité, c’est que dans notre vie ordinaire, le souvenir d’une expérience positive exceptionnelle nous fait plutôt du bien.

Je sais qu’avec Suzanne et les enfants, nous reparlons régulièrement de choses que nous avons pu faire pendant nos vacances, et ça nous procure de la joie d’y repenser. Personnellement, après dix-neuf ans de mariage avec Suzanne, je repense régulièrement à la période de nos fréquentations et de nos fiançailles, et je me rends compte qu’une situation qui me paraît ordinaire aujourd’hui, et même contraignante à certains égards (être marié, avoir quatre enfants, avoir une maison…), je n’osais même pas l’imaginer en rêve à l’époque ! Et de repenser à cette période me remplit de reconnaissance et de joie.

Et de façon similaire, le psalmiste dans ce texte force les croyants à repenser à ce que Dieu a fait et qui leur aurait semblé, à une autre époque, complètement inimaginable. Il veut corriger leur découragement en leur rappelant de bons souvenirs ! Il veut que les Israélites se rendent compte que dans leur situation qui est certes pénible, le verre est quand même à moitié plein.

Et je crois qu’il y a là une leçon très importante pour nous aujourd’hui qui sommes peut-être découragés par l’expérience de notre vie chrétienne. C’est clair que le verre n’est pas plein… mais il n’est pas vide non plus !

Regarde, contemple, souviens-toi de tout ce que Dieu a fait ! Il t’a amené ici aujourd’hui. Il t’a entouré de croyants. Il t’a préservé au fil des années. Il a pris soin de toi. Si tu es croyant, c’est qu’il a fait naître la foi dans ton cœur. Il a mis quelqu’un sur ton chemin, pour que tu entendes parler de lui. Mais surtout ! Si tu es croyant, son Fils unique est mort et ressuscité pour toi. Il t’a délivré une fois pour toutes de la puissance du péché. Il t’a pardonné. Il t’a rendu juste à ses yeux. Il t’a adopté comme son propre enfant. Il a fait de toi son héritier. Il a fait ce qui était inimaginable !

« L’Éternel a fait pour nous de grandes choses ; nous sommes dans la joie. » Vous voyez donc que le psalmiste est en train de rappeler ce que Dieu a fait, pour inciter les croyants à la reconnaissance et à la joie.

Il est si facile de basculer dans la morosité, en tant que chrétien, lorsque l’on oublie que Dieu a fait pour nous de grandes choses. Le secret de la joie chrétienne, c’est d’abord le souvenir. Tu peux continuer, tu peux persévérer, parce que Dieu n’a pas rien fait pour toi. Il a fait de grandes choses. Mais ce n’est pas tout.

Le verre à moitié vide (v. 4-6)

La deuxième chose que fait le psalmiste dans ce texte (v. 4-6), c’est parler de ce que Dieu va faire, cette fois dans le but d’inciter les croyants à persévérer malgré les difficultés.

Vous avez remarqué le changement de ton entre la première et la seconde strophe ? Tout d’un coup, le verre n’est plus à moitié plein, mais à moitié vide ! Tout ce qui semblait déjà s’être réalisé, doit encore se réaliser. Le psalmiste est en train de décrire la situation de ces Israélites, pour qui la possibilité de rentrer d’exil représente tout simplement un miracle extraordinaire que Dieu a réalisé pour eux, mais pour qui en même temps, le retour d’exil n’est pas encore une réalité pleinement accomplie. Ils sont dans une période d’attente pénible, compliquée, où ils n’ont pas l’impression de voir tous les jours, très clairement, le fruit de ce que Dieu a fait pour eux. Mais le psalmiste leur assure que le jour de la moisson approche, c’est-à-dire le jour où l’œuvre de Dieu sera pleinement achevée et manifestée aux yeux des Israélites et du monde.

Et le psalmiste utilise ici une métaphore. Il compare la situation des Israélites à celle d’un semeur qui répand sa semence en pleurant, et qui attend le jour triomphal de la moisson. Pourquoi le semeur pleure-t-il, à votre avis ? Parce que le grain qu’il sème, c’est du grain dont il se prive. Il aurait pu en faire de la farine et du bon pain, et s’en nourrir, et nourrir sa famille avec. Mais au lieu de cela, il le jette par terre. C’est absurde ! Pas du tout : le semeur sacrifie son grain, sachant que celui-ci lui rapportera un jour une belle moisson. C’est un sacrifice raisonnable ! Mais le temps de la semence est douloureux quand même.

Pourquoi le semeur a-t-il confiance en l’avenir ? Parce qu’il a déjà vu son grain produire du blé la saison d’avant. De la même façon, le psalmiste incite les croyants à croire à ce que Dieu va faire dans l’avenir, en raison de ce que Dieu a déjà fait dans le passé.

Imaginez qu’arrive le deuxième tour d’une élection présidentielle, et que vous ayez le choix entre deux candidats. Le premier est un jeune politicien inexpérimenté, qui n’a pas grand-chose à son actif. L’autre a été ministre sous trois gouvernements différents, avant cela il a dirigé cinq entreprises qui ont toutes prospéré, il a reçu sept prix Nobel et des doctorats d’une douzaine d’universités prestigieuses dans le monde. Vous seriez tentés de voter pour qui ? Eh bien le psalmiste veut que nous soyons « tentés » de faire confiance à Dieu en raison de tout ce qu’il y a à son actif, et cela, malgré les circonstances pénibles de notre vie.

Et quand on se fie à Dieu, sur la base de ce qu’il a fait et de ce qu’il a promis, bien que le temps présent soit un temps de contrainte, de larmes et de fatigue, on va quand même continuer à répandre son grain, parce que c’est un sacrifice raisonnable. On sait que le temps de la moisson viendra. On ne souffre pas en vain. On n’endure pas les difficultés en vain, ni les défaites apparentes, ni les tourments que nous causent nos péchés et notre incrédulité, ni la frustration de ne pas voir Dieu agir tout de suite dans notre vie.

Non, ce n’est pas en vain. Parce que notre foi éprouvée se trouvera « être un sujet de louange, de gloire et d’honneur, lors de la révélation de Jésus-Christ » (1 Pi 1.7). L’Apôtre Paul dit « qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire à venir qui sera révélée pour nous » (Rm 8.18).

Voilà pourquoi les souffrances actuelles de notre vie chrétienne constituent un sacrifice raisonnable. Voilà pourquoi le psalmiste, dans cette deuxième strophe, est en train de parler de ce que Dieu va faire, justement dans le but d’inciter les croyants à persévérer malgré les difficultés. Le verre est à moitié vide… mais il ne va pas le rester !

Voilà pourquoi je disais en introduction que la leçon toute simple de ce psaume était la suivante : pour ton encouragement, souviens-toi de ce que Dieu a fait, et pense à ce que Dieu fera.

La vie chrétienne est difficile. On a parfois l’impression de ne pas avancer, voire de reculer. On a l’impression de se priver de toutes sortes de choses qui ont l’air bien. On fait parfois l’objet de mépris ou de moqueries. On a l’impression d’être ridicule et insignifiant. Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux juste baisser les bras, renoncer à ce pèlerinage compliqué, et simplement demeurer à Babylone ?

Non, nous dit ce psaume. Malgré notre découragement, il vaut mieux persévérer, à cause de ce que Dieu a fait et de ce qu’il fera.

Nous vivons aujourd’hui entre deux événements très importants de l’histoire des hommes : entre le jour où Jésus est venu, et le jour où il reviendra. Lorsqu’il est venu la première fois, Jésus est devenu un homme pour nous, il a obéi pour nous, il est mort pour nous, il est ressuscité pour nous, et il est monté auprès du Père pour nous. En faisant tout cela, Jésus a garanti (je dis bien : garanti !) notre délivrance de la captivité du péché et de la mort. J’espère donc que vous avez placé votre confiance en Jésus et que vous êtes ainsi entré au bénéfice de ce qu’il a fait ! Ce qu’il a fait est fait, et rien ni personne ne pourra jamais rien y changer.

Mais aujourd’hui, nous vivons dans l’intervalle, entre le jour de sa première venue, où il a accompli ces choses, et le jour de son retour, où son œuvre sera pleinement achevée et manifestée aux yeux du monde. Entre temps, le verre est à moitié plein, et à moitié vide. L’Éternel a déjà ramené les captifs, et il n’a pas encore ramené les captifs. Nous avons déjà poussé des cris de triomphe, et nous n’avons pas encore poussé des cris de triomphe. Nous sommes dans la joie, et nous répandons notre semence en pleurant.

Concrètement, donc, qu’est-ce qui peut nous aider à surmonter notre découragement ordinaire, et à persévérer malgré une foi chrétienne qui parfois, semble porter bien peu de fruits ?

D’abord, comme on l’a vu : se souvenir. Se souvenir de ce que Dieu a fait. Prendre le temps de compter les bienfaits de Dieu dans sa vie passée, et non seulement cela, mais surtout, compter les bienfaits de Dieu dans l’histoire, son bienfait suprême étant en la personne et l’œuvre de Jésus.

Et deuxièmement, comme on l’a vu : penser à l’avenir. Non pas au lendemain ou à l’année prochaine, mais au jour du retour glorieux de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, qui nous réserve son royaume en héritage. Le jour de la moisson approche, et c’est la raison pour laquelle nous continuerons à vivre pour le Seigneur, à chercher sa face, à lutter contre le péché dans notre vie, même si cela nous en coûte. Nous le ferons avec la confiance de l’Apôtre Paul, qui a dit :

« Je suis persuadé que celui qui a commencé en vous une œuvre bonne, en poursuivra l’achèvement jusqu’au jour du Christ-Jésus. » (Ph 1.6)

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