La souveraineté de Dieu dans nos malheurs

Par Alexandre Sarranle 6 septembre 2020

On vit dans un monde où le malheur survient toujours. Une maladie foudroyante, une épidémie, un cancer, qui vous atteint ou qui atteint un proche. Un attentat terroriste dans un supermarché ou une salle de spectacle. Un accident de la route, ou un accident domestique. Un cambriolage, ou une agression dans la rue. La perte soudaine d’un travail, le chômage, la ruine financière et l’isolement. Un conjoint qui vous quitte, ou un enfant qui vous rejette.

Il y a un pasteur missionnaire qui a travaillé dans notre église (quand l’église démarrait tout juste), qui est mort d’une crise cardiaque à 40 ans à l’occasion d’un pique-nique d’église, sous les yeux de son épouse et de ses trois enfants, 6 mois seulement après son arrivée à Lyon. Quelques années plus tard, une dame qui fréquentait notre église a perdu sa fille de 18 ans qui est morte soudainement dans son sommeil. Peu de temps après, le mari d’une autre de ses filles est mort dans un accident de voiture causé par un conducteur ivre.

Plus tard, une dame qui fréquentait l’église, et ses jeunes enfants, ont perdu respectivement un mari et un père, qui a mis fin à ses jours. Plus tard encore, une jeune étudiante qui venait fidèlement à l’église est rentrée dans son pays, a rencontré un jeune homme charmant, l’a épousé, et quelques mois après leur mariage, ils ont découvert qu’il avait un cancer très rare, qui a fini par l’emporter cinq ans plus tard à l’issue d’un long et douloureux combat.

Il y a trois semaines, un pasteur fidèle et dynamique, d’une église à Paris, qui faisait beaucoup pour l’annonce de l’Évangile en France et pour la création de nouvelles églises, est mort soudainement sur son lieu de vacances, dans un accident d’escalade. Une famille bouleversée, une église ébranlée, la communauté chrétienne française endeuillée, et même toute la francophonie privée d’un fidèle prédicateur de l’Évangile. Pourquoi, Seigneur ?

On vit dans un monde où le malheur survient toujours. Je suis sûr que vous pourriez sans difficulté ajouter vos propres histoires à cette liste, et peut-être qu’on pourrait même y passer la journée, à condition d’être assez solide émotionnellement pour le supporter. Parce que devant ce malheur qui survient toujours, et qui frappe soudainement et cruellement—semble-t-il—et qui frappe même aveuglément les plus innocents d’entre nous, il y a comme une indignation profonde et violente qui veut jaillir de notre for intérieur. C’est quoi ce délire !

Si Dieu existe, soit il a envie de nous infliger le malheur, soit il n’en a pas envie, mais il n’est pas assez puissant pour l’empêcher. Quoi qu’il en soit, on a un problème ! Et c’est peut-être le plus gros problème existentiel des êtres humains, surtout si on croit en Dieu. Pourquoi le mal ? Que faire du mal ? Et puis est-ce qu’il y a un rapport entre nos actes et nos souffrances—c’est-à-dire entre la façon dont on mène notre vie et le malheur qui survient dans notre vie ?

Si au moins on pouvait comprendre les mécanismes du malheur, peut-être qu’il y a des choses qu’on pourrait faire pour s’en prémunir ! Ne fume pas et tu n’auras pas de cancer des poumons. Porte un casque et tu ne te tueras pas en vélo. Mange sain et équilibré et tu ne mourras pas d’une crise cardiaque. Prie et lis ta Bible tous les jours et tu ne souffriras pas de dépression. Éloigne-toi du mal et Dieu t’accordera une longue vie.

Vraiment ? Est-ce que c’est comme ça que ça fonctionne ? En fait ce serait pas mal, hein, si ça fonctionnait comme ça, mais notre intuition, et notre expérience, ne corroborent pas cette théorie. Et au fond, ça nous révolte, que ça ne marche pas comme ça ! Parce que si on n’a pas de levier sur le mal qui peut nous atteindre, ça veut dire qu’on est super vulnérable, qu’on est les proies faciles, au choix, soit d’un Dieu imprévisible et redoutable, soit d’une fatalité impersonnelle et irrésistible…

Et ce problème existentiel—le problème de notre incompréhension devant le malheur—c’est le sujet d’un des livres de la Bible, le livre de Job. Pour moi, ce livre est absolument essentiel pour structurer notre vision du monde et pour nous équiper face au malheur. C’est un livre qui nous rapporte une histoire très, très ancienne, qui se déroule peut-être même avant l’époque d’Abraham (donc vers 2000 ans av. J.‑C.). Et si c’est une histoire si ancienne, c’est parce que les questions qui sont soulevées par cette histoire, justement, ne sont pas nouvelles—ce sont des questions qui nous dérangent littéralement depuis des millénaires.

Au cours des prochains mois, on va examiner ce texte ensemble. Et je vous le dis tout de suite : c’est un voyage douloureux qu’on va faire. Le livre de Job va nous emmener dans les couloirs les plus sombres de notre condition humaine. On va être confronté à des choses qui vont nous déranger, parce que ce sont des choses qui vont nous renvoyer à nos propres états-d’âme. Honnêtement, pour les plus empathiques d’entre nous, ça peut être difficile émotionnellement, et je serais tenté de vous avertir, un peu comme au début d’un film : « Attention, certaines scènes ou certains propos peuvent heurter la sensibilité du public ! ».

Aujourd’hui, on va lire les deux premiers chapitres du livre de Job, et c’est le prologue. C’est l’introduction, c’est la partie où l’auteur plante le décor et soulève la problématique de tout ce qui va suivre. Mais déjà dans ce prologue, on a quasiment le message de tout le livre de Job. Et c’est aussi la leçon qu’on va essayer de retenir ce matin—et c’est choquant, c’est subversif, c’est perturbant et difficile à accepter—mais voici cette leçon : Dieu nous envoie souverainement le malheur, et il est quand même digne de notre entière confiance.

1/ Les malheurs de Job sont immérités (1.1-5)

Alors il y a cinq choses que j’aimerais souligner dans ce texte, et je vais tâcher de ne pas être trop long. Premièrement, les malheurs de Job sont immérités. Regardez le texte (1.1-5). La première chose que l’auteur veut nous faire comprendre, c’est que Job, c’est vraiment quelqu’un de bien. Il va souffrir, mais il n’a rien fait pour le mériter. Job est « intègre et droit, il craint Dieu et il s’écarte du mal » (v. 1). Dieu lui-même va répéter ce refrain deux fois (1.8 et 2.3), en ajoutant même qu’il « n’y a personne comme lui sur la terre » !

Job, c’est le croyant le plus fidèle qui soit, c’est un père de famille exemplaire, ses enfants sont bien élevés, heureux et épanouis. Ça ne veut pas dire que Job est sans péché : c’est un être humain, il a hérité du péché originel, et le mal habite dans son cœur comme dans le vôtre et le mien. Et d’ailleurs Job le sait bien, puisqu’il se dit que même si en apparence on vit fidèlement, ce n’est pas impossible qu’on pèche contre Dieu dans son cœur—et du coup, juste pour être sûr, Job offre des sacrifices pour couvrir les péchés de ses enfants, au cas où (v. 5) !

Donc Job n’est pas sans péché (Jésus est le seul être humain à avoir vécu sans péché), mais en tant qu’être humain ordinaire comme vous et moi—pour un être humain de notre catégorie—il est parfaitement intègre et sans reproche. Il est le meilleur humain qui existe à son époque. Et pourtant, des malheurs vont lui tomber dessus en cascade.

C’est très clair, ce que l’auteur veut nous faire comprendre. Les malheurs de Job sont immérités. Il n’y a pas de corrélation entre la souffrance qu’il va endurer et une ou plusieurs fautes qu’il aurait commises. L’auteur veut faire voler en éclat ce qu’on appelle la théologie de la rétribution, ou la loi du karma dans l’hindouisme, qui dit que nos actes plus ou moins positifs conditionnent plus ou moins positivement notre destinée.

Pour le dire simplement : si tu fais le bien, ça va bien se passer pour toi, et si tu fais le mal, tu vas être puni. Mais l’auteur nous raconte l’histoire de Job pour nous montrer que cette théorie n’est pas vraie. Ça ne tient pas, parce qu’on a ici l’exemple d’un gars qui ne pouvait pas être plus intègre, et pourtant, qui ne pouvait pas non plus être plus affligé, à part en mourant.

C’est comme si je vous disais : « Écoutez, pour ne pas attraper la Covid-19, il faut porter un masque consciencieusement, et respecter les gestes-barrière et la distanciation physique. Faites ça et vous serez protégés contre le coronavirus. » OK. Mais si vous, vous découvrez l’exemple d’une personne qui aurait porté un masque homologué, tout le temps, en changeant de masque toutes les trois heures, et qui se serait lavé les mains toutes les quinze minutes, et qui aurait toujours respecté une distance de plus d’un mètre avec les autres, et qui non seulement aurait quand même attrapé la Covid-19 mais en plus serait actuellement hospitalisée en réanimation, ayant été plongée depuis trois semaines dans un coma artificiel—eh bien, avec cet exemple, vous feriez voler en éclats ma théorie.

Parce que vous auriez quelqu’un qui aurait, d’un côté, extrêmement bien respecté les conditions, et qui aurait, en même temps, connu l’extrême inverse de ce qui était attendu. Et c’est exactement ce qu’on a avec Job. Un gars extrêmement intègre, extrêmement affligé.

Et donc il y a une première leçon pour nous ici. Écoute bien, mon ami, c’est une leçon importante, et je pense qu’on est plusieurs ici à avoir besoin d’entendre ça aujourd’hui. N’interprète pas par défaut les malheurs qui t’arrivent (ou qui arrivent aux autres) comme des punitions de Dieu. Les malheurs de Job sont immérités. Donc le malheur n’est pas une rétribution mécanique du mal qu’on aurait commis.

Ce n’est pas ce qu’on croit spontanément, hein ! Quand on est atteint par le malheur, on a tendance très facilement à culpabiliser. « Et si j’avais agi autrement, est-ce que j’en serais là ? » Ou comme le disent parfois même les non-croyants : « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ça ? » Et quand ce sont les autres qui sont atteints par le malheur, on a tendance très facilement… à juger ! « Eh oui, il aurait dû écouter mes conseils ! Oh, ben ça lui fera du bien, ça va lui ramener les pieds sur terre. Quand on y pense, il n’y a rien de surprenant à ce qu’il lui arrive… »

Même les disciples de Jésus, un jour, ont posé cette question à Jésus :

« Qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? Jésus répondit : Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché ; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. » (Jn 9.3)

Et c’est ce qui nous amène au deuxième point.

2/ Les malheurs de Job sont bénéfiques (1.6-12)

Les malheurs de Job sont bénéfiques. Regardez le texte (1.6-12). On découvre un truc qui se passe « au verso de la réalité » (comme je le dis parfois), dans le monde spirituel, invisible aux humains. Nous, les lecteurs, on découvre ça, mais il faut bien comprendre que Job, lui, n’est pas au courant de ce qui se passe. Et ce qu’on découvre, c’est que derrière les malheurs de Job, il y a un truc super important qui se joue… au ciel !

Il y a comme une confrontation entre Dieu et le diable, et Job est au cœur du débat. On découvre que Dieu se réjouit de l’intégrité de Job, et que Dieu manifeste sa gloire en Job. Et il se glorifie notamment aux yeux de son ennemi, le diable, qui cherche depuis la création du monde à corrompre tout ce que Dieu a fait. Dieu convoque donc le diable et lui dit : « Regarde mon serviteur Job, regarde ta défaite : Job me fait confiance et il s’écarte du mal ! »

Mais le diable répond : « Normal qu’il t’aime… parce que tu achètes son amour ! Arrête de le bénir, et on verra ensuite ! ». En fait, il manque quelque chose pour que le diable reconnaisse sa défaite : il faut pouvoir établir que l’amour de Job pour Dieu est vraiment désintéressé. Littéralement, que Job craint Dieu « gratuitement » (v. 9). Que les raisons de la confiance que Job porte à Dieu se trouvent exclusivement en Dieu et pas en lui-même (dans quelque chose qu’il aurait à en tirer pour lui-même). Qu’il aime Dieu pour Dieu et pas pour autre chose.

C’est un peu comme dans les relations humaines, en fait. C’est facile de dire à quelqu’un qu’on l’aime, si cette personne est belle, riche, puissante, attentionnée, et susceptible de satisfaire nos désirs. Mais c’est quand ces choses disparaissent que l’authenticité de nos paroles est vraiment éprouvée. C’est quand la personne tombe malade, ou quand elle vieillit, ou quand elle perd ses richesses et son pouvoir, ou quand elle devient gravement handicapée ou même sénile—c’est là qu’on voit si quand on s’est engagé « pour le meilleur et pour le pire », c’était vraiment sincère.

Et donc pour établir que le diable a tort, et que la foi de Job est authentique—et donc pour la propre gloire de Dieu au ciel, sous les yeux de ses ennemis—Dieu livre Job au malheur. Je le redis : le but est de manifester l’authenticité de la foi de Job (de l’amour qu’il a pour Dieu), et ainsi de « justifier » Job aux yeux de toute la population céleste (invisible aux hommes), et de glorifier Dieu dans les lieux très-hauts. Il y a un truc super important qui se joue au ciel.

Les malheurs de Job sont donc bénéfiques, parce qu’ils servent à ce projet divin ! Seulement, Job ne voit pas le verso de la réalité. Il ne sait pas ce qui se passe dans la salle du conseil de Dieu, dans le monde invisible, au plus haut sommet de l’univers.

Et là aussi, il y a une leçon super importante pour nous aujourd’hui—et pour toi mon ami, mon frère, ma sœur, si tu fais face à des afflictions en ce moment. Il est tout-à-fait possible que les malheurs dans ta vie aient des enjeux cachés qui visent ton bien et la gloire de Dieu ! En fait, on ne devrait même pas en douter, puisque le Nouveau Testament nous dit que :

« Toutes choses coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu. » (Rm 8.28)

L’apôtre Pierre dit même aux croyants que :

« Votre foi éprouvée—bien plus précieuse que l’or périssable, cependant éprouvé par le feu—se trouve[ra] être un sujet de louange, de gloire et d’honneur. » (1 Pi 1.7)

Dieu éprouve notre foi pour révéler qu’elle est authentique. Il est en train de demander à Job solennellement, et il nous demande solennellement : « Est-ce que tu vas me faire confiance même quand tu n’aurais plus de raisons visibles de me faire confiance ? Même quand ça ne t’apporterait rien ici-bas de me faire confiance ? »

Et tenez-vous bien. Dieu n’a pas envoyé des malheurs dans la vie de Job parce que Job lui aurait désobéi. C’est exactement le contraire. Dieu a envoyé des malheurs dans la vie de Job parce que Job lui était fidèle. C’est l’intégrité de Job qui a « attiré » sur lui le malheur, afin que l’authenticité de sa foi soit manifestée, et que Dieu soit glorifié au ciel !

3/ Les malheurs de Job sont spirituels (1.13-22)

Ce qui nous amène au troisième point. Les malheurs de Job sont spirituels. Regardez encore le texte, c’est très intéressant (1.13-22). Dieu livre Job au malheur, c’est-à-dire qu’il autorise Satan à enlever à Job tout ce qui lui appartient (1.12). Et on a ensuite la description, « au recto de la réalité », de ce qui se passe dans la vie de Job. En un seul jour, il perd tout. C’est la série noire : une attaque de bandits (les Sabéens, v. 15), une catastrophe naturelle (la foudre et un incendie, v. 16), puis une autre attaque de bandits (les Chaldéens, v. 17), et enfin une autre catastrophe naturelle (une tornade, v. 19).

La question que je veux vous poser, c’est la suivante : qu’est-ce qui a tout fait perdre à Job ? Si vous demandez aux différents messagers, ils vous diraient : « Ben, ce sont les Sabéens, ou les Chaldéens, qui ont pillé les élevages de Job et qui ont tué ses serviteurs. Et puis c’est la foudre qui a déclenché un incendie et qui a provoqué la disparition du bétail et la mort des serviteurs. Et puis c’est une tornade qui a emporté tous ses enfants. »

Mais si vous demandez à Job, il vous dirait : « L’Éternel a ôté (v. 21). C’est lui qui m’a enlevé tout ce que j’avais. » Mais en tant que lecteur, vous diriez peut-être : « Non, c’est Satan qui lui a enlevé tout ce qu’il avait ! Verset 12 : L’Éternel dit à Satan : Voici : tout ce qui lui appartient est en ton pouvoir ! »

En fait, tout ça est vrai en même temps. Et on va y revenir dans le quatrième point. Mais pour l’instant, je veux juste qu’on remarque que les malheurs dans la vie de Job ont à la fois des causes visibles diverses, qui sont bien matérielles et observables (des humains qui attaquent, des catastrophes naturelles, et même la maladie qui le frappera par la suite, sur le plan physiologique), mais qu’en même temps, il y a tout un volet spirituel.

Parce qu’on vit dans un monde unifié (il y a une dimension visible et une dimension invisible, mais c’est un seul monde), et parce qu’on est des êtres humains unifiés (on a un corps et une âme, mais on est une seule personne), eh bien rien dans notre existence ni dans notre expérience n’est jamais que matériel.

Normalement, quand on observe certains phénomènes, on a l’habitude de supposer qu’il y a autre chose que juste ce qu’on peut voir et décrire. C’est presque tout le temps comme ça, en fait ! Vers 6h le matin, la lumière du jour commence à arriver, mais en fait c’est la lumière du soleil, même si on ne voit pas encore le soleil, qui est en fait une boule de gaz en fusion, et qui est en train de se lever, mais en fait c’est la terre qui tourne sur elle-même, mais en fait, c’est de l’énergie cinétique qui fait que la terre tourne depuis qu’elle existe, sous l’effet de l’agglomération des différentes matières qui la composent depuis son origine, etc.

Mais en fait, c’est Dieu « le grand Créateur de toutes réalités » (Westminster V.1) qui soutient, qui dirige, qui gouverne toute sa création, et qui commande chaque matin au jour de se lever, et qui fait fonctionner tout l’univers par l’autorité de sa Parole et par la puissance du Saint-Esprit ! Et donc rien n’est jamais que matériel.

Et les malheurs non plus ne sont jamais que matériels. Ce n’est jamais juste « la faute à pas de chance ». Ce n’est jamais juste « des choses qui arrivent, et puis c’est comme ça ». La réalité, c’est qu’on vit dans un monde déchu, un monde abîmé, qui est devenu un véritable champ de bataille, où le diable fait tout ce qu’il peut pour s’opposer au projet de Dieu.

Et les malheurs qui surviennent toujours, nous rappellent cette réalité. Les malheurs que tu traverses aujourd’hui doivent te rappeler cette réalité. La maladie, les accidents, les catastrophes, les conflits, ça existe parce que le monde est abîmé. Ça existe parce que les hommes sont déchus. Ça existe parce que le diable existe.

Bien sûr, le diable est subordonné à la volonté souveraine de Dieu ; il n’est pas un rival pour Dieu, il est juste un ennemi. Il est tenu par une chaîne, comme un chien en laisse, mais dans le rayon que lui autorise Dieu, il agit pour nous éprouver.

4/ Les malheurs de Job sont providentiels (2.1-10)

Donc les malheurs de Job sont spirituels. On peut dire dans un sens que Satan est l’auteur de tout mal et de toute souffrance dans la vie—parce que c’est son job (sans jeu de mots) et ça lui plaît. Mais puisque Dieu est souverain, quatrièmement, les malheurs de Job sont aussi providentiels. C’est-à-dire que même si le diable est à la manœuvre, Dieu continue d’être la cause première de tout ce qui arrive. Regardez encore le texte (2.1-10).

Satan a tout fait perdre à Job, et pourtant Job demeure fidèle à Dieu. Donc maintenant Satan va surenchérir. Il est persuadé que si Job est attaqué dans son propre corps, dans sa santé, alors il finira par se détourner de Dieu. Mais notez bien le langage encore une fois. Satan dit à Dieu :

« Étends ta main, touche à ses os et à sa chair, et je suis sûr qu’il te maudira en face. » (v. 5)

Et Dieu accepte ce « défi » en disant :

« Le voici, il est en ton pouvoir… » (v. 6)

Et le récit se poursuit, en disant :

« Alors Satan se retira de la présence de l’Éternel et frappa Job d’un ulcère malin… » (v. 7)

Donc c’est Dieu, c’est Satan, ou c’est l’ulcère, qui touche le corps de Job ? Eh bien les trois sont vrais ! Dieu est la cause première, en vertu de sa volonté souveraine—rien n’échappe à son contrôle et à sa décision (c’est le « décret éternel de Dieu »). Mais le diable est un agent, un instrument, dont les agissements libres et responsables accomplissent (mystérieusement, paradoxalement) le dessein de Dieu. Et l’ulcère est un moyen subsidiaire—c’est-à-dire une cause seconde, accessoire.

C’est un peu compliqué, je sais ! Mais c’est vraiment important à intégrer dans notre vision du monde, et surtout dans notre perception des malheurs dans la vie. Dieu est parfaitement souverain dans nos malheurs. Job formule très bien sa compréhension de la providence, quand il dit :

« Quoi ! Nous recevrions de Dieu le bien, et nous ne recevrions pas aussi le mal ! » (v. 10)

Et le texte précise qu’en disant ça, « Job ne pécha point par ses lèvres » !

Les malheurs de Job sont providentiels. Mais voici comment on ne doit jamais interpréter la providence : en reprochant à Dieu nos souffrances. Il y a quelqu’un dans le texte qui veut inciter Job à faire des reproches à Dieu, à imputer à Dieu la faute des malheurs qui se sont abattus sur lui. C’est sa femme. Curieusement, le diable a laissé à Job sa femme (et si le sujet n’était pas si grave, il y aurait toutes sortes de blagues à faire autour de ça). Mais il lui a laissé sa femme pour qu’elle le tente de sa part ! Elle lui dit : « Tu as vu tout le mal que Dieu t’inflige ! C’est méchant ! Lâche-toi et maudis Dieu, puisqu’il est si cruel avec toi ! »

Mais Job demeure ferme dans son intégrité, qui était déjà décrite à la suite de la première vague de calamités, dans les termes suivants :

« Job ne pécha pas et n’attribua rien de scandaleux à Dieu. » (1.22)

Mon ami, mon frère, ma sœur, tes malheurs sont providentiels, sans que cela ne fasse de Dieu l’auteur du mal. L’apôtre Jacques dit : « Que personne, lorsqu’il est tenté, ne dise : C’est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal et ne tente lui-même personne. » Ce que l’apôtre Jacques veut dire, c’est : « Que personne ne reproche à Dieu les tentations, ou les épreuves, qu’il traverse ».

Dieu ne désire jamais le mal. Il peut le « vouloir » au sens de sa volonté décrétive, au sens du contrôle souverain, irrésistible qu’il exerce sur toutes choses dans l’univers, mais il ne peut jamais le « vouloir » au sens de sa volonté morale. Dieu ne désire jamais le malheur. Le malheur offense profondément son caractère.

Il faut qu’on en soit persuadé. Parce que notre tentation face au malheur, en tant que calvinistes convaincus, c’est de spontanément pointer Dieu du doigt et de lui en vouloir. Ça me fait penser à mon prof de physique au lycée, qui un jour s’est retourné vers les élèves, très en colère, parce que quelqu’un lui avait jeté de l’encre dans le dos, sur sa belle blouse blanche. Et il m’a immédiatement pointé du doigt parce que j’avais un stylo plume dans la main. Et il m’a mis un zéro sur vingt qui a fait chuter ma moyenne de 4 à 2—mais ce n’était pas juste, parce que ce n’était pas moi le coupable !

De la même façon, quand on est convaincu de la souveraineté de Dieu et de la doctrine de la providence, quand on se retourne dans le malheur, la première personne qu’on voit, le coupable tout désigné, c’est Dieu. Parce qu’il tient le monde dans sa main. Mais ce n’est quand même pas lui le coupable.

Tu peux être très en colère dans tes malheurs, mais ne sois pas en colère contre Dieu—ce serait une façon de le maudire. Exprime ta colère à Dieu, mais pas contre lui. Ne lui attribue rien de scandaleux. Ne lui impute aucune faute, ne lui fais aucun reproche. Reproche plutôt tes malheurs à celui qui se réjouit de tes souffrances, au vrai coupable, à l’ennemi de Dieu—au diable lui-même, à ce dragon vicieux qui fait la guerre à la « descendance de la femme », c’est-à-dire aux croyants (cf. Ap 12.17).

5/ Les malheurs de Job sont extrêmes (2.11-13)

Job, lui, persévère dans sa foi. Il fait confiance à Dieu. C’est chouette. Mais la conclusion de ce prologue est quand même tragique, et c’est le cinquième et dernier point : les malheurs de Job sont extrêmes. Retournons au texte une dernière fois (2.11-13).

On découvre qu’il y a des amis de Job qui ont entendu parler de ses malheurs, et qui décident de rendre visite à Job « pour le plaindre et le consoler » (v. 11). Mais quand ils arrivent, ils sont tellement choqués de voir dans quel état se trouve Job, qu’ils éclatent en sanglots, et qu’ils se mettent à exprimer une telle détresse qu’on croirait que Job est mort. Et eux qui étaient venus « plaindre et consoler » Job ne trouvent même pas une parole à lui dire pendant sept jours et sept nuits ! Tellement Job leur semble claustré dans une souffrance indicible.

C’est un tableau horrible qu’on a à la fin de ce prologue. Les malheurs de Job sont extrêmes. Il est assis dans la cendre, c’est-à-dire vraisemblablement dans une décharge à l’extérieur de la ville, là où on brûlait les déchets. C’est ce genre d’endroit que Jésus a utilisé comme image de l’enfer, en fait, quand il parlait de la « géhenne » et du feu qui ne s’éteignait pas (cf. Mc 9.47-48). C’était littéralement une décharge. Job donc est relégué à la place d’un déchet, et il se gratte avec un déchet, un tesson, un morceau de poterie cassée (cf. 2.8).

Et personne n’arrive même à lui parler. Il est comme mort, comme déshumanisé. Isolé. Il y a comme un abîme infranchissable, même pour ses amis. C’est un tableau horrible et bouleversant. Et qui sait, peut-être que vous avez déjà fait une expérience similaire. Vous avez rendu visite à un ami que vous n’aviez pas vu depuis quelque temps, et qui a beaucoup souffert moralement ou physiquement. Et quand vous l’avez vu, vous avez été choqué de voir sur lui (ou sur elle) la marque de la souffrance.

Des cheveux blancs. Ou des cheveux absents. Des rides. Des cernes. Une perte de poids, ou une prise de poids importante. Des ongles rongés. Une voix affaiblie. Un teint pâle. Un regard vague. Peut-être que c’était un ami qui était dans le deuil après avoir perdu quelqu’un de très proche. Ou peut-être que c’était un ami qui était lui-même sur son lit de mort et qui n’était déjà presque plus là. Et vous n’avez pas su quoi dire. C’était comme si vous n’étiez pas qualifié pour dire une parole—comme si vous ne connaissiez pas de phrase qui pouvait être appropriée à la douleur de votre ami.

Et c’est vraiment sur cette question terrible que s’achève notre texte. Quelle consolation pourrait-il y avoir pour Job ? Job est extrêmement intègre—et il est extrêmement affligé. Et certes, on a compris toute la leçon de ce passage, une leçon qui nous bouscule, qui nous humilie, qui nous choque peut-être : Dieu nous envoie souverainement le malheur, et il est quand même digne de notre entière confiance. OK, c’est une vérité importante sur le plan intellectuel, mais sur le plan de l’expérience, quelle consolation y a-t-il pour le malheureux ?

Et voici ce qui est merveilleux dans le livre de Job. Et je suis vraiment désolé si je vous spoile la fin, mais il n’y aura pas de réponse explicite à cette question ! En revanche, l’histoire de Job (et tout le développement qui va suivre) souligne avec force le besoin qu’on a d’un rédempteur, de quelqu’un qui nous rachète et qui nous délivre et qui nous console.

Dans notre texte, les malheurs de Job sont extrêmes, et il est isolé dans sa souffrance. Mais le reste de la Bible nous montre que Job avait raison de faire quand même confiance à Dieu. Parce que devant le malheur qui survient toujours dans notre monde, c’est Dieu lui-même qui va s’approcher des malheureux pour s’asseoir avec eux par terre.

Dieu s’est fait homme en Jésus-Christ, et il a pénétré sur le champ de bataille, et il a affronté le diable. Et Jésus en a souffert. Il a été lui-même « méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et habitué à la souffrance, semblable à celui devant qui l’on se voile la face, il était méprisé, nous ne l’avons pas considéré. » (És 53.3) Il a été frappé par Dieu, l’Éternel l’a « brisé par la souffrance. » (És 53.10)

Jésus a été encore plus intègre que Job, et il a encore plus souffert que Job. Et il a fait ça pour racheter, délivrer et consoler tous ceux qui lui font confiance. Il s’est livré lui-même au malheur pour nous arracher à ce monde de ténèbres et pour nous sauver du mal qui imprègne même notre cœur. Il est venu nous chercher pour nous ramener à Dieu. Et pour ça, il ne s’est pas juste assis dans une décharge, mais il a affronté le véritable feu de la géhenne, il a été en enfer pour nous ! Mais parce qu’il était juste, la mort ne pouvait pas le retenir, et il est ressuscité le troisième jour, ce qui a scellé la défaite du diable.

Jésus est l’ami idéal, l’ami parfait des malheureux. Il peut nous dire une parole dans nos souffrances, il peut nous plaindre et nous consoler, parce qu’il est rempli d’une compassion authentique, car lui-même a souffert. Peut-être que personne ici-bas ne peut vraiment entrer dans tes souffrances avec toi ; personne dans ton entourage ne peut vraiment comprendre ton malheur. Personne n’est capable de t’adresser une parole appropriée. Mais écoute : Jésus en est capable. Tourne-toi vers lui dans la prière. Médite sur ses souffrances à lui. Contemple son angoisse dans le jardin de Gethsémané où ses trois amis n’ont pas pu veiller avec lui, et regarde son humiliation et son isolement et son affliction extrême sur la croix.

Le livre de Job est important. Cette histoire a vraiment une portée universelle (Job n’est même pas un Israélite). Et ce livre aborde un des plus gros problèmes existentiels des êtres humains, celui de la souffrance. Oui, Dieu peut envoyer le malheur souverainement, il le fait pour sa propre gloire, il a un but, il a un projet, il y a des choses qui se jouent au ciel, et si tu regardes à Christ, tu verras que Dieu demeure digne de ton entière confiance.

Joni Eareckson est une femme américaine chrétienne qui s’est brisé la nuque à l’âge de 17 ans dans un accident de plongée. Elle est devenue tétraplégique. Le malheur a frappé, et sa vie a basculé en l’espace de quelques secondes. Je vous conseille vivement son témoignage, qu’on peut lire en français dans un livre intitulé Joni (Éditions L’Eau Vive), mais qui malheureusement est devenu très difficile à trouver (je peux éventuellement vous le prêter).

En tout cas vers la fin de son témoignage, elle dit ceci—et puissent ces paroles, de quelqu’un qui a beaucoup souffert, nous atteindre de la part de Jésus dans nos souffrances :

« Pour ceux qui aiment Dieu, tout, même ce qui m’est arrivé quand j’avais dix-sept ans, contribue à leur bien. Dieu a été bon pour moi. Il a imprimé l’image de Christ dans mon caractère, il a développé mon bonheur, ma patience, m’a fait trouver le but de ma vie. Il m’a accordé le contentement. » (Joni Eareckson)

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