Quand Dieu nous semble injuste

Par Alexandre Sarranle 27 septembre 2020

Des fois, on a l’impression que Dieu est injuste. On lit le journal, on écoute les informations, on voit ce qui se passe dans le monde, et il y a plein d’innocents qui souffrent. Des enfants atteints de maladies graves, ou qui meurent noyés dans la Méditerranée avec d’autres migrants qui fuient la persécution ou la guerre, ou même des petits bébés qui sont abandonnés alors qu’ils n’ont rien demandé à personne. Comme la centaine de nourrissons issus de mères porteuses en Ukraine, qui sont orphelins à ce jour parce que les couples qui les ont commandés ne sont pas venus les chercher en raison de la pandémie. C’est injuste !

Parfois ce sont des accidents de la route, ou des catastrophes naturelles qui emportent des gens d’une manière complètement inattendue, ce qui bouleverse soudainement et cruellement des familles ou des communautés tout entières. J’ai un ami pasteur dont la fille s’est mariée récemment. Eh bien en se rendant à ce mariage, la sœur de mon ami pasteur est morte dans un accident de la route. « Seigneur, tu es souverain ! Comment tu peux autoriser un truc pareil ? Ça n’a pas l’air très juste, franchement ! »

Oui, on observe ce qui se passe autour de nous, et des fois, on a l’impression que Dieu est injuste. Et quand ça nous touche personnellement, ça peut engendrer de profonds tourments intérieurs. « Pourquoi ces choses-là m’arrivent à moi, ou à ma famille, en ce moment ? Je ne pense pas avoir fait quoi que ce soit pour mériter ça ! J’essaie d’être fidèle, j’essaie de servir Dieu, je fais des sacrifices, et voilà ce que je me prends en retour ! »

Et le pire, quand on est atteint par le malheur comme ça, et qu’on ne sait pas pourquoi, c’est qu’on peut même finir par se sentir en danger permanent avec Dieu : « Qu’est-ce qui va encore me tomber dessus ? J’ai peur de ce que Dieu va encore m’infliger. Dieu a les commandes, et il est tellement imprévisible ! » Et on peut commencer à vivre dans le pessimisme et dans la crainte… On peut devenir triste, et voir la vie en noir.

La question qu’on va se poser ce matin, c’est la suivante : comment être rassuré quand on ne comprend pas ce que Dieu est en train de faire ? Et c’est la question que soulève le texte qu’on est sur le point de lire et d’étudier. C’est la suite de l’histoire de Job, et comme on l’a vu la semaine dernière, Job, cet homme extrêmement intègre mais extrêmement affligé, a commencé à parler avec ses amis. Malheureusement, on a découvert que ces fameux « amis » n’avaient pas beaucoup de compassion, et qu’au contraire, ils pensaient que les malheurs de Job étaient la conséquence du mal que Job avait forcément dû faire quelque part.

Un premier ami, le plus important d’entre eux, a pris la parole, il s’agit d’Éliphaz. L’effet malencontreux de son intervention a été d’enfoncer Job encore plus profondément dans la déprime, et Job a fini par exprimer une terrible lamentation à Dieu. À la fin de cette lamentation, Job se plaint à Dieu en lui disant : « J’ai l’impression que tu me tourmentes exprès, alors que je n’ai rien fait pour mériter ça ! » Job est très honnête dans sa prière à Dieu, et c’est le signe en fait de sa foi ! Il a assez confiance en Dieu pour lui parler comme ça.

Mais il sous-entend aussi que Dieu est en train de le traiter injustement. En tout cas, c’est l’impression qu’il a. Et ça, ça va faire réagir un deuxième ami, du nom de Bildad. Bildad va donc parler à Job, au chapitre 8, puis Job va répondre à Bildad au chapitre 9, puis Job va parler de nouveau à Dieu, au chapitre 10.

La question est donc : comment être rassuré quand on ne comprend pas ce que Dieu est en train de faire ? Et la réponse qu’on va voir aujourd’hui, à travers ce texte : Il faut que Dieu nous en montre plus. Il faut que Dieu lui-même nous donne des éléments en plus, qui soient à même de nous rassurer. Et on va voir que si Job a du mal à trouver ces choses qui peuvent le rassurer dans son malheur, nous en revanche, on a vraiment de quoi faire confiance à Dieu même quand il nous semble injuste !

1/ Il nous faut une révélation spéciale (ch. 8)

Pour être rassuré, quand on ne comprend pas ce que Dieu est en train de faire, il faut que Dieu nous en montre plus. Premièrement, il nous faut une révélation spéciale (ch. 8). C’est-à-dire que Dieu doit nous donner des informations en plus, parce que notre seule sagesse humaine, notre seule observation du monde, notre seul raisonnement si poussé soit-il, ne peut pas suffire à nous rassurer devant le malheur, quand il s’abat sur nous ou sur d’autres gens, de manière semble-t-il parfaitement gratuite.

Alors regardons le texte. Bildad, donc, prend la parole et réagit avec beaucoup de virulence aux propos de Job qui vient de sous-entendre que ce qui lui arrivait était quand même assez injuste. Bildad n’essaie même pas d’être diplomate, contrairement à Éliphaz. Il y va franco, et même, c’est très violent, ce qu’il dit. « Job, tu me gonfles avec tes lamentations (v. 2). C’est pourtant simple : Dieu est souverain par définition, et il est juste. Donc ce qui t’arrive est juste ! En fait, la mort de tes enfants est juste, parce qu’ils ont dû commettre le mal quelque part (v. 4), et toi aussi, tu as dû commettre le mal, pour que Dieu te châtie comme ça. Donc tourne-toi vers Dieu en lui demandant pardon, et il va te relever et te bénir (v. 5-7). »

Vous voyez, Bildad a exactement la même position qu’Éliphaz. C’est le principe de rétribution, et c’est hyper logique. Dieu contrôle tout, et Dieu est toujours juste, donc ce qui arrive est toujours juste—et comme la justice veut que le mal soit puni et que les innocents ne soient pas punis, eh bien si quelqu’un souffre, c’est que c’est mérité. Forcément !

Mais Bildad va proposer un argument pour appuyer cette position, un argument qu’on n’avait pas chez Éliphaz. Il dit à Job : « Ce que je te dis là, c’est ce que les anciens nous ont appris depuis toujours, non ? Tout le monde le sait, que ça marche comme ça, Job ! Ce sont les méchants qui sont punis (v. 8-10) ! » Ensuite, Bildad semble citer des proverbes qui proviennent peut-être de cette sagesse ancestrale, et qui vont dans ce sens : « Ceux qui se détournent de Dieu sont comme des plantes fragiles, très peu résistantes, ou qui ont des racines peu profondes (v. 11-19) Donc Job, toi-même tu as été déraciné, et tu es en train de te dessécher… C’est que tu t’es détourné de Dieu. Reviens à lui pour être rétabli ! » (v. 20-22)

En fait, toute la position de Bildad est résumée au verset 20 :

« Non, Dieu ne rejette pas l’homme intègre, et il n’affermit pas la main de [c’est-à-dire qu’il ne soutient pas] ceux qui font le mal. »

Voilà toute la religion de Bildad, et il est sûr et certain de ces choses parce qu’il a étudié beaucoup de livres ! « Job, voyons, tous les spécialistes disent que… »

Mais encore une fois, parce que nous on a lu le prologue (ch. 1-2), on sait que c’est plus compliqué que ça ! Oui Dieu est souverain, et oui Dieu est juste, mais on sait aussi qu’il y a un diable dans cette histoire, et qu’il y a des enjeux cachés au ciel. Il y a des choses dans le plan de Dieu qui échappent à Bildad comme à Job. Donc la position de Bildad est déficiente. Elle se fonde sur des choses vraies, mais comme il lui manque des éléments, il arrive à de mauvaises conclusions, et donc à de mauvaises applications, qui font très mal à Job.

Et donc en découvrant cette première intervention de Bildad, on est censé se dire : « Ah ouais, c’est quand même un argument important de citer les anciens et cette sagesse qui semble être partagée par tellement de gens intelligents, et depuis si longtemps. Mais en même temps, clairement, ce n’est pas suffisant ! Cette sagesse purement humaine n’aide pas Job ; en fait, elle l’enfonce plus, et le tourmente plus. Il nous faut une révélation spéciale. Et c’est Dieu qui doit nous donner des informations en plus, parce que ni Job ni Bildad ne peut monter au ciel pour jeter un petit coup d’œil à ce qui se passe dans la salle du conseil de Dieu ! »

C’est comme si vous aviez un devoir à rendre pour un cours à la fac ou à l’école, et que pour ce devoir, on vous dise que vous devez expliquer le fonctionnement d’un système très complexe, sauf qu’on ne vous donne pas les outils qui pourraient vous permettre de faire les bonnes observations ou de trouver les bonnes informations. Vous ne pouvez que constater, à l’œil nu, certains phénomènes. « Je constate A, je constate B, et avec mes présupposés j’en conclus ceci ou cela. » Mais ce serait inadéquat !

Ou alors c’est comme ce qui m’est arrivé hier. J’avais des problèmes avec ma chaudière. Une fuite inquiétante. Du coup j’ai contacté Gilles et Kalhou (des amis de l’église), qu’on va appeler, dans l’intérêt de cette illustration, Éliphaz et Bildad. Alors moi, Job, je leur ai exposé mes souffrances (ma complainte), mais le problème, c’est qu’ils n’avaient pas accès à toutes les informations, et moi non plus. Je leur ai envoyé quelques photos sur WhatsApp, et Kalhou—pardon, Bildad—a consulté en ligne le PDF du manuel d’utilisation de la chaudière, mais sans avoir les moyens de vraiment observer ce qui n’allait pas, ni de regarder à l’intérieur de la chaudière (au verso de la réalité), et donc mes deux amis étaient bien limités dans la sagesse qu’ils pouvaient me communiquer. Heureusement, ils étaient beaucoup plus bienveillants que les amis de Job !

Vous voyez, bien souvent, pour comprendre un problème, on a besoin d’informations supplémentaires. Et face au malheur qui nous frappe (et le monde) de manière injuste (à nos yeux), il nous faut une révélation spéciale. Et on l’a, cette révélation spéciale, sous la forme des Saintes Écritures que sont la Bible. Job n’avait pas ça, ni ses amis. Ce n’étaient même pas des Israélites, et s’ils avaient été des Israélites, à leur époque (qui était bien avant Moïse), il n’y avait de toute manière pratiquement rien d’écrit qui était une révélation de Dieu.

Qu’est-ce que ça veut dire pratiquement pour nous aujourd’hui ? Ça veut dire que dans un monde déchu, un monde abimé et dysfonctionnel, où on va rencontrer beaucoup de problèmes, beaucoup de souffrance, beaucoup de malheurs, une sagesse purement humaine ne peut pas être entièrement adéquate pour offrir des remèdes.

On peut observer le monde et étudier la nature, et on peut faire de longues études, et lire beaucoup de livres, on peut devenir un grand scientifique, un grand médecin, un grand économiste, un grand psychologue, mais indépendamment de ce que Dieu nous dit dans cette révélation surnaturelle (la Bible), on ne pourra pas présenter au monde, ou à soi-même, des solutions pleinement satisfaisantes. C’est même pire. On peut se tromper et faire du mal, comme le fait Bildad.

Les Saintes Écritures nous apportent une vision du monde qui doit fonder et conditionner tout ce qu’on fait par ailleurs. En psychologie par exemple, qu’on ait ou non la Bible, on peut décrire assez correctement et précisément les symptômes qu’on observe chez des personnes souffrantes. Mais parce que la Bible (qui est infaillible, étant inspirée par Dieu) devrait conditionner notre compréhension de la nature humaine, eh bien celui qui se fie à la Bible pourrait orienter ses soins et son accompagnement de manière très différente de celui qui n’a pas la Bible ou qui n’y croit pas. En fait, celui qui ne croit pas la Bible risque même de prodiguer un soin qui sera contraire au véritable intérêt de la personne souffrante.

Et nous-mêmes, dans nos malheurs, on doit se tourner vers la Bible pour augmenter et compléter autant que possible notre vision du monde et de notre propre existence—et pour comprendre mieux qui est Dieu, comment est Dieu, comment est le monde, qui je suis, ce que je suis, quel est le projet de Dieu pour ce monde, et comment je m’inscris dedans. Ce qui nous amène au deuxième point.

2/ Il nous faut un médiateur spécial (ch. 9)

Deuxièmement, face au malheur qui frappe gratuitement, semble-t-il, dans un monde pourtant gouverné par un Dieu souverain et juste, eh bien il nous faut un médiateur spécial.

Regardez le texte. Bildad s’est montré très désagréable, et il a reformulé de manière plus succincte, et très claire, la position qu’Éliphaz avait déjà exprimée. « Dieu est souverain et juste, donc Job mérite forcément le malheur qui lui arrive. » Maintenant, Job répond à Bildad (ch. 9). Et c’est étonnant, parce que la première chose qu’il lui dit, c’est : « Effectivement, c’est vrai. Dieu est juste, et face à lui, je n’aurais aucune chance de démontrer que ce qui m’arrive est injuste (v. 2-3). Il est tellement supérieur et puissant (v. 4-10), et il est tellement inaccessible (v. 11-14) ! »

En fait, Job est en train de dire : « Je sais que Dieu est souverain et juste, mais je sais aussi, dans mon for intérieur, que je suis innocent. Or je ne peux rien plaider devant Dieu parce que je n’ai aucune chance ! Ce serait perdu d’avance pour moi ! » C’est comme si on vous proposait une partie d’échec contre l’ordinateur le plus puissant du monde, qui est capable de calculer 300 millions de coups par seconde—vous n’auriez aucune chance face à une telle puissance.

En fait, c’est même pire, parce que le fait-même d’essayer de se défendre face à Dieu serait une sorte d’offense contre Dieu, parce que ce serait comme un reproche ouvertement formulé contre lui. « Je sais que Dieu est juste, et si j’essaie de prouver que moi, je suis innocent, ce serait comme dire que Dieu n’est pas juste. Finalement, je suis coincé ! Si je ne dis rien, je souffre comme un coupable ; et si je dis quelque chose, je me rends coupable (v. 15-21). En fait, je ne peux tout simplement pas avoir de réponse, et je dois juste me résigner à vivre avec ce qui me semble être une terrible injustice (v. 22-31). »

Mais Job va quand même exprimer ce qui pourrait vraiment l’aider. Ce qui pourrait l’aider… c’est s’il y avait un « arbitre » qui pouvait servir d’intermédiaire (v. 32-35). Job dit qu’il voudrait qu’il y ait quelqu’un qui puisse combler le fossé qui existe entre Job et Dieu. Quelqu’un qui puisse établir une communication—un médiateur, quoi.

Pourquoi ça l’aiderait, ça ? Eh bien imaginez que vous vous trouviez dans une situation où vous avez besoin de négocier quelque chose de très important. Peut-être que vous devez demander à votre patron une réorganisation de vos heures de travail. Ou peut-être que vous aimeriez obtenir une réduction de la part du concessionnaire qui vous vend une voiture. Ou peut-être que voudriez que votre prof de philo vous accorde un délai supplémentaire pour rendre votre devoir. L’idée-même de cette négociation pourrait vous remplir de crainte, parce que vous ne vous sentez pas à la hauteur—vous n’avez ni l’éloquence, ni les arguments, ni une relation assez bonne avec votre interlocuteur pour tout simplement être vous-même devant lui. Vous aimeriez bien que quelqu’un d’autre se tienne entre vous et votre interlocuteur, vous comprenez ? Quelqu’un qui pourrait être à son niveau, qui pourrait lui « tenir la dragée haute », en quelque sorte, tout en vous représentant.

Beaucoup de gens, quand ils veulent négocier le taux d’intérêt d’un prêt immobilier, par exemple, recourent à ce qu’on appelle un « courtier ». C’est un spécialiste qui est compétent pour mettre en relation des clients qui ne connaissent rien à la finance avec des banques qui ont la puissance d’écrabouiller des petits particuliers comme vous et moi. Mais le courtier est un « arbitre » qui « pose sa main sur les deux » (v. 33) : il sait parler aux banquiers, et il comprend aussi votre situation. C’est super d’avoir un courtier qui vous représente ; vous pouvez vous cacher derrière lui, et vous ne craignez rien. Vous savez que vos intérêts vont être adéquatement défendus auprès de la machine de guerre qu’est la banque.

De la même façon, Job aimerait avoir un courtier entre lui et Dieu. Ça le rassurerait tellement, dans ses malheurs, si quelqu’un pouvait le comprendre, qui soit en même temps compétent pour parler à Dieu ! Quelqu’un qui ne va pas l’écrabouiller, et qui ne va pas non plus se faire écrabouiller par Dieu.

Et donc face au malheur qui frappe sans prévenir, et qui nous semble injuste, il nous faut un médiateur spécial. Quelqu’un qui soit compétent pour mettre en relation des petits êtres humains limités dans leur intelligence, avec le Dieu infiniment sage, ineffable et redoutable. Comme ça, quand on a l’impression que Dieu est injuste (à cause de choses qui nous arrivent ou qui arrivent aux autres), eh bien même si on ne comprend pas, au moins on peut faire confiance à quelqu’un qui s’y connaît et qui nous connaît, et qui connaît Dieu.

On pourrait lui faire confiance, à ce médiateur, parce que d’un côté, il nous comprendrait et il nous représenterait, et de l’autre côté, il comprendrait Dieu et se porterait garant de la justice de Dieu. Il comblerait le fossé infranchissable qui existe entre nous et Dieu, et même si ça ne nous donnerait pas d’explication pour nos malheurs, au moins ce serait super rassurant ! Ce serait en tout cas super rassurant pour Job, parce qu’il se sentirait compris et représenté par un spécialiste.

Et comme vous l’avez deviné, ce médiateur spécial que Job désire, cet arbitre qui nous met en relation avec Dieu, il existe ! Le Nouveau Testament nous dit qu’il y a « un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ-Jésus homme » (1 Tm 2.5). Dieu a donc exaucé le désir de Job, en quelque sorte, en fournissant ce médiateur au profit de tous les humains qui croient en Dieu et qui veulent s’approcher de lui.

Jésus est le médiateur parfait, l’intermédiaire idéal entre nous et Dieu, parce qu’il est, d’après la Bible, véritablement un homme, et véritablement Dieu en même temps. Il sait ce que c’est de souffrir comme un humain, même à l’extrême, et même injustement d’un point de vue humain—mais il a aussi accès à la salle du conseil de Dieu, il a la sagesse de Dieu et il connaît parfaitement tous les projets de Dieu (puisqu’il est éternellement Dieu lui-même).

Et donc si on a l’impression que Dieu est injuste, à cause des malheurs qui nous tombent dessus ou qui tombent sur les autres, on a vraiment besoin d’avoir une relation avec Jésus ! Ça ne va pas nous donner des explications, mais ça va nous donner un spécialiste, et on va pouvoir se cacher derrière lui—ou plutôt en lui. Ça va nous donner un courtier en qui on peut se confier, quelqu’un qui s’y connaît et qui nous connaît, quelqu’un qui nous écoute et qui nous représente Dieu et qui nous assure que les projets de Dieu sont justes et bons.

C’est la raison pour laquelle quand on est perplexe dans nos malheurs, quand on est indignés devant la souffrance, une des meilleures choses qu’on puisse faire, c’est apprendre à mieux connaître Jésus. C’est passer du temps dans la prière et dans l’étude de la Bible. Et si ça, c’est trop difficile, c’est passer du temps avec des chrétiens qui vont nous parler de Jésus. Et si ça aussi, c’est trop difficile, c’est peut-être tout simplement s’isoler pour un temps dans sa chambre, ne rien dire, ne voir personne, et écouter des enregistrements de cantiques chrétiens qui vont nous rappeler l’existence, le caractère et l’œuvre de Jésus notre médiateur.

3/ Il nous faut une assurance spéciale (ch. 10)

Et ça nous amène au dernier point. Troisièmement, face à ce malheur qui frappe et qui nous semble injuste, et qui nous fait douter que Dieu soit juste, il nous faut une assurance spéciale.

Revenons au texte. Job, contrairement à nous, ne connaît pas de médiateur ou d’arbitre qui puisse combler le fossé entre lui et Dieu. Donc il est résigné et même désespéré dans ses souffrances. Au chapitre 10, il dit : « Je n’ai rien à perdre, donc je vais dire exactement ce que je pense » (v. 1). Et il se tourne vers Dieu pour s’adresser à lui. Et encore une fois, il va adresser une complainte à Dieu. Mais cette fois, ce qu’il va viser, dans sa complainte, c’est les intentions de Dieu.

Voilà ce que Job est en train de dire à Dieu au chapitre 10 : « Seigneur, je ne comprends pas ce que tu es en train de faire. On dirait que tu te plais à me tourmenter. On dirait que tu cherches à me faire du mal exprès. On dirait que tu m’as créé exprès pour me torturer. On dirait que tu cherches la moindre occasion pour me tomber dessus et me faire souffrir. »

Encore une fois, Job est extrêmement authentique dans sa prière. Il dit vraiment ce qu’il pense à Dieu. Mais vous voyez ce qui le tourmente ? Il doute des bonnes dispositions, ou des bonnes motivations de Dieu. Il dit même (et écoutez, c’est super important) que Dieu semble agir comme les hommes, qui sont impitoyables envers leur prochain et qui cherchent des motifs d’accusation et de jugement (v. 4-7), alors que Dieu, normalement, ne devrait pas faire ça puisqu’il sait déjà tout—et donc il sait très bien que Job est innocent !

Job est en train de dire à Dieu, et c’est effroyable : « Seigneur, on dirait que tes intentions sont celles d’un mortel », sous-entendu : « celles d’un homme déchu. » Job est vraiment perturbé, parce qu’il n’a pas l’impression que Dieu soit bien disposé envers lui. Il dit même : « Voici ce que tu réservais dans ton cœur, je sais ce qui était dans ta pensée » (v. 13) : que je sois coupable ou non, de toute façon tu veux me pourchasser et me frapper (v. 14-17) !

Donc il manque clairement à Job une assurance spéciale, l’assurance que Dieu est bon, que Dieu l’aime, que Dieu est bien disposé, bien intentionné à son égard. Pour l’instant, il a carrément l’impression du contraire.

Vous savez, parfois quand on est parent, on doit faire des choses qui sont désagréables pour nos enfants. Par exemple leur faire avaler un médicament dégoûtant, leur mettre du désinfectant sur un bobo, leur laver les cheveux et leur brosser les dents… Et dans ces cas-là, ce qui va les aider à supporter ces terribles épreuves, c’est s’ils sont convaincus de nos bonnes intentions à leur égard. S’ils pensent qu’on cherche des prétextes pour les faire souffrir, ça va être compliqué. Mais s’ils pensent qu’on les aime et qu’on leur veut du bien, ça va mieux se passer, normalement.

De la même façon dans le texte, Job exprime son désarroi en disant qu’il n’est pas convaincu des bonnes intentions de Dieu à son égard. Et donc face au malheur qui nous tombe dessus ou qui tombe sur les autres, et qui nous semble tellement injuste, eh bien à nous aussi il nous faut une assurance spéciale. Il nous faudrait être assuré que Dieu est bien disposé envers nous, qu’il nous aime et qu’il nous veut du bien. Ce serait tellement rassurant !

Et encore une fois, on est tellement mieux placé que Job, aujourd’hui, pour avoir cette assurance ! Parce que tenez-vous bien, quand Job pose cette question à Dieu : « As-tu des yeux de chair, vois-tu comme voit un mortel ? » (v. 4), et quand il fait ça pour dénoncer l’impression qu’il a que Dieu est cruel (et donc pour exprimer les doutes qu’il a concernant ses motivations), eh bien il est loin de s’imaginer que Dieu, en effet, un jour, va prendre la condition d’un homme ! Que Dieu, un jour, va bel et bien avoir « des yeux de chair », et que ses années seront bel et bien « comme les jours de l’homme » !

D’ailleurs au chapitre 9, verset 32, Job avait déploré le fait que Dieu n’était « pas un homme comme [lui] » ; mais ce qu’on sait, nous, c’est que Jésus, bien des siècles plus tard, est né et qu’il était Dieu fait homme ! Un homme comme nous, justement.

Et en tant qu’homme, du coup, est-ce qu’il a donné raison à Job, est-ce qu’il s’est montré impitoyable, est-ce qu’il a passé son temps à scruter les gens pour leur chercher des motifs d’accusation et de jugement ? Si vous connaissez un peu la Bible, vous savez qu’il a fait exactement le contraire.

« Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3.17)

Et Jésus lui-même dit à son tour :

« Je suis venu non pour juger le monde, mais pour sauver le monde. » (Jn 12.47)

En fait, Dieu s’est fait homme en Jésus pour faire tellement le contraire de ce que Job s’imagine, qu’au lieu d’accuser et de condamner des gens qui le mériteraient pourtant au fond, il a consenti à être accusé et condamné lui-même, alors qu’il était parfaitement innocent—et il a fait ça justement pour prendre sur lui la peine de nos fautes, pour nous en délivrer, pour nous réconcilier avec lui-même et pour nous garantir une place auprès de lui dans son paradis pour toute l’éternité.

Et donc ce que Job ne pouvait pas dire, mais que nous, on peut dire dans nos souffrances, et qu’on peut proclamer face au malheur qui survient toujours, ici-bas, c’est :

« En ceci, Dieu prouve son amour envers nous : lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous ! » (Rm 5.8)

Et donc si on est attaché à Jésus par la foi, on peut avoir cette assurance spéciale, qui est celle de l’amour de Dieu.

Il nous arrive des trucs qu’on ne comprend pas, et qui semblent carrément injustes, mais on sait que Dieu nous est propice. Dieu nous a prouvé ses bonnes dispositions à notre égard. Dieu nous aime en Jésus-Christ ; on est même appelés ses enfants, les enfants bien-aimés de Dieu, si on est attaché de tout notre cœur à Jésus. Et en vertu de ce lien, l’apôtre Paul dit qu’on n’a pas reçu « un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte », mais qu’on a reçu « un esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! » (Rm 8.15)

Dans un autre passage, il dit que puisque Dieu nous a prouvé son amour en se faisant homme en Jésus et en assumant lui-même le coût de nos péchés, eh bien on peut dès à présent se glorifier « dans l’espérance de la gloire de Dieu » (c’est-à-dire célébrer comme on le fait ce matin l’espérance de la vie éternelle), et même se glorifier « dans les tribulations » qu’on va inévitablement traverser ici-bas (cf. Rm 5.1-10).

Alors comment être rassuré quand on ne comprend pas ce que Dieu est en train de faire ? C’était la question qu’on se posait au départ. Eh bien ce qu’on a vu dans ce texte, c’est qu’il faut que Dieu nous en montre plus. Il faut que Dieu lui-même nous donne des éléments en plus, qui soient à même de nous rassurer. On a vu que Job avait du mal à trouver ces choses qui pouvaient le rassurer dans son malheur, mais le texte nous a dit ce qu’il nous fallait.

Une révélation spéciale, surnaturelle, qui nous donne des informations infaillibles de la part de Dieu—et on l’a cette révélation, en la Bible.

Un médiateur spécial, un arbitre ou un courtier capable de combler le fossé entre nous et Dieu, et en qui on peut avoir confiance—et on l’a ce médiateur, en Jésus.

Une assurance spéciale qui nous maintienne en la conviction que Dieu nous aime et qu’il nous veut du bien—et on l’a, cette assurance, quand on regarde la croix où Jésus s’est donné pour nous.

Dieu nous en a montré plus, il nous a montré tout ce qui était nécessaire pour qu’on lui fasse confiance même quand on ne comprend rien à ce qu’il fait, et même quand on serait tenté de crier à l’injustice.

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