L'avent : et après ?

Par Alexandre Sarranle 13 décembre 2020

Imaginez un instant que notre président Emmanuel Macron prenne la parole à la TV ce soir, à 20h, et nous annonce qu’on a découvert un remède extrêmement simple et parfaitement efficace contre la COVID, et que dès lundi, toutes les restrictions d’ordre sanitaire vont être levées. On va pouvoir sortir sans masques, se retrouver librement les uns chez les autres, fêter Noël et le nouvel an, venir à l’église sans qu’il ne soit question de protocole sanitaire, aller au restaurant et au théâtre, se faire la bise et des câlins… Comment est-ce qu’on réagirait, devant la TV ? Est-ce que ça se verrait, qu’on est content ?

Ou bien imaginez que je vous annonce qu’on vient de recevoir de la part d’un riche homme d’affaire un don de 1 million d’euros destiné à l’achat d’un lieu de culte ! D’ici un an, on va pouvoir acheter un bâtiment en plein cœur de Gerland, on va pouvoir le rénover pour en faire exactement ce qu’on souhaite, et on va pouvoir y accueillir dans de superbes conditions tout plein de gens pour leur annoncer l’évangile et pour louer Dieu ! Si c’était vrai, comment est-ce qu’on réagirait, là, aujourd’hui ?

Imaginez maintenant que par une révélation surnaturelle, Dieu lui-même fasse entendre sa voix pour nous annoncer que tous nos problèmes vont être résolus, bientôt. Plus de maladie, plus de besoin d’argent, plus de solitude, plus de chagrin, plus d’inquiétude, plus de disputes, plus d’arnaques, plus d’insécurité, plus de décisions politiques idiotes ou injustes, plus de panne de voiture ou de chauffage, plus de souffrance, plus de mort ! Plus de problèmes, quoi ! Bientôt ! Et c’est Dieu qui nous l’atteste ! Comment est-ce qu’on réagirait ?

Ou plutôt, comment est-ce qu’on devrait réagir ? Parce que cette annonce, elle nous est faite, par Dieu lui-même, par le moyen d’une révélation surnaturelle… dans la venue historique de Jésus-Christ. Dieu nous annonce la fin de tous nos problèmes, pour bientôt, dans le fait que Jésus, le Christ, est venu. Et la question qu’on doit se poser (et que le texte qu’on va lire veut nous faire poser), c’est : est-ce qu’on a la bonne réponse à cette annonce ? Est-ce que notre réaction correspond à cette bonne nouvelle ?

Dans le calendrier, la période actuelle est appelée la période de « l’avent ». Ça vient du latin adventus qui veut dire « la venue » ou « l’arrivée ». Pendant cette période de l’année qui vient juste avant Noël on commémore « la venue » ou « l’arrivée » de Jésus, le messie. On parle aussi de « l’avènement » de Jésus. Et l’idée, c’est de se rappeler, d’une part, que la venue de Jésus a satisfait une attente qui durait depuis très longtemps, et d’autre part, qu’on attend nous aussi aujourd’hui que Jésus vienne, ou plutôt qu’il revienne, pour le parachèvement (l’accomplissement final) de ce qu’il a inauguré quand il est venu la première fois.

Et donc. La question qu’on se pose ce matin, c’est : est-ce que le sens de la venue historique de Jésus entraîne les bonnes conséquences dans ma vie aujourd’hui, notamment dans cette période de l’avent, où on commémore cette venue ? D’où le titre de ma prédication : « L’avent : et après ? » Le messie est venu : et alors ? On fête l’arrivée du Christ : mais est-ce que ça se voit dans ma vie ? Il y a un truc de dingue associé à l’avènement du messie : est-ce que ma réaction correspond ?

Et dans la continuité des deux derniers dimanches, c’est encore le personnage de Jean-Baptiste qui va nous plonger (sans jeu de mot) dans cette réflexion. Et toute la leçon du passage qu’on va lire pourrait se résumer à trois exclamations, qui sont aussi le plan de ma prédication : Le Sauveur est venu ! Le paradis arrive ! Et si c’est vrai, alors… on doit réagir ! Mais avant d’aller plus loin, lisons le texte.

1/ Le Sauveur est venu ! (v. 1-6)

Alors premièrement : le Sauveur est venu ! Regardez le texte (v. 1-6). La première chose que l’auteur veut nous faire comprendre, c’est qu’on a toutes les raisons de croire, sans douter, que Jésus est bien le Christ, c’est-à-dire le Sauveur promis par Dieu, et tant attendu par les hommes. Oui, le messie a paru (passé composé du verbe paraître).

On apprend donc (v. 2) que Jean-Baptiste a été emprisonné; mais depuis sa prison il continue d’être le fameux prophète-messager qui ouvre la voie au messie. Il envoie des disciples à Jésus, lui poser une question explicite (v. 3) : est-ce que c’est lui, celui qui devait venir, c’est-à-dire le Christ, le Sauveur ? On ne sait pas vraiment ce qui motive sa question : est-ce qu’il a lui-même un moment de doute, ou bien est-ce qu’il impose la question aux autres, en quelque sorte, en la mettant délibérément sur la place publique ?

Quoi qu’il en soit, la question est clairement, ouvertement, explicitement posée. Qu’il le sache ou non, Jean-Baptiste est carrément dans son rôle, même s’il est en prison ! On peut imaginer un journaliste d’une grande chaîne d’informations, en direct, qui arrive à intercepter Jésus, et qui lui demande, en lui tendant le micro devant des centaines de milliers de téléspectateurs : « Dites-nous, monsieur Jésus de Nazareth, est-ce que c’est vous l’élu ? Est-ce que c’est vous le messie, le Sauveur que toute l’humanité attend depuis des siècles et des siècles ? »

Et Jésus répond (v. 4-6) en disant : « Eh bien… regardez autour de vous ! Racontez ce que vous voyez ! Qu’est-ce qui se passe ? C’est assez incroyable, non ? Des infirmes se remettent à marcher, des aveugles, des sourds, des lépreux sont guéris, des morts même ressuscitent ! Et surtout, il y a une bonne nouvelle qui est annoncée à tous les gens qui sont humiliés et abattus ! À votre avis, qu’est-ce que ça veut dire, tout ça ? »

En fait, Jésus fait référence ici à des prophéties de l’Ancien Testament qui expliquaient longtemps à l’avance à quoi on reconnaîtrait la venue du messie. Par exemple Ésaïe 35.5-6 :

« Alors s’ouvriront les yeux des aveugles, s’ouvriront les oreilles des sourds ; alors le boiteux sautera comme un cerf, et la langue du muet triomphera. »

Et dans un autre passage, le prophète Ésaïe fait une autre prédiction en parlant comme s’il était à la place du messie :

« L’Esprit du Seigneur, l’Éternel, est sur moi, car l’Éternel m’a donné l’onction. Il m’a envoyé pour porter de bonnes nouvelles à ceux qui sont humiliés ; pour panser ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux captifs leur libération et aux prisonniers leur élargissement. » (És 61.1)

Donc Jésus est tout simplement en train de dire : « Vous voulez savoir si c’est moi le messie ? Regardez tout simplement tous ces trucs incroyables qui sont en train de se passer : vous voyez que les paroles des prophètes sont en train de s’accomplir ! La réponse devrait vous paraître évidente ! Et donc heureux celui qui se confie en moi et qui, du coup, ne trébuchera pas (v. 6), c’est-à-dire qui ne sera pas exclu du salut que je suis venu apporter. »

Vous comprenez ? Si on croit à la fiabilité historique des évangiles, aujourd’hui, le fait que Jésus est le messie, le Sauveur, ça devrait nous paraître évident.

Ça me fait penser au film d’animation Les Aventures du Chat Potté (2011, avec la voix d’Antonio Banderas dans la version originale). À un moment du film, le Chat Potté rencontre un sphinx qui l’oblige à répondre à des énigmes. Mais le Chat Potté est tellement nul en énigmes que le sphinx, un peu exaspéré, se met à lui proposer des énigmes de plus en plus faciles, pour que le Chat Potté puisse au moins une fois trouver la bonne réponse. Mais en vain. Alors tout désespéré, le sphinx finit par lui proposer une dernière énigme : « Qu’est-ce qui est bleu et qui est le ciel ? » Le Chat Potté réfléchit, et le sphinx lui dit : « La réponse est dans la question ! Tu as juste à dire ‘le ciel » ! Dis ‘le ciel’ ! » Et le Chat Potté le regarde et lui dit : « Est-ce que je peux avoir un indice ? »

C’est un peu ce qui se passe dans notre texte. Jésus vient, et les aveugles recouvrent la vue, et les boiteux marchent, et les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, et les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Alors qui est le messie ? Ce n’est pas très difficile comme énigme !

On est censé tout simplement s’exclamer : « Mais oui, c’est bien sûr ! Le Sauveur est venu ! C’est Jésus ! » Le texte veut donc bien nous faire comprendre dans un premier temps qu’on a toutes les raisons de croire, sans douter, que Jésus est bien le Christ.

Mais qu’est-ce qui est susceptible de nous faire douter ? Les soucis de ce monde, peut-être : on est tellement préoccupés par d’autres choses, le travail, la famille, les projets, les achats, les loisirs… qu’on ne se pose même pas la question, en fait, de savoir si Jésus est le messie, ni même de savoir si un messie devait venir !

Ou bien, c’est peut-être une sorte d’aveuglement ou d’endurcissement spirituel qui nous empêche d’en être convaincus : on est trop orgueilleux pour s’humilier devant la simplicité et la beauté du message. « Jésus est le messie ? Ouais bon. On est au XXIème siècle aujourd’hui, on n’est pas comme ces croyants primitifs ; la science, la psychologie, la philosophie nous permettent d’être un peu plus subtils et de prendre ce genre d’affirmation avec un peu plus de recul. On ne va pas s’emballer. Ce n’est pas si simple… »

Ou bien, ce sont peut-être les afflictions qui nous font douter : comment Jésus peut-il vraiment être le messie s’il y a encore tellement de souffrance dans le monde et dans ma vie ? C’est un messie qui n’a pas l’air d’être très efficace dans sa mission de sauveur…

Et ça, justement, c’est peut-être la question que se posait Jean-Baptiste dans sa prison. « Me voici emprisonné. Je vais sûrement être exécuté… Jésus est-il vraiment celui qui devait venir ? » Et c’est certainement la question que se posaient un certain nombre de chrétiens au premier siècle qui subissaient de terribles persécutions à cause de leur allégeance à Jésus, et qui étaient les premiers destinataires de ce texte. Certains devaient se dire : « Mais est-ce que j’ai bien fait de me convertir à Jésus en pensant qu’il était le messie ? »

C’est intéressant, dans le texte, de remarquer qu’au chapitre précédent, justement, Jésus vient tout juste de parler des persécutions qui viseront ses disciples. Et immédiatement après, le texte dit : « Or Jean, dans sa prison, […] envoya dire par ses disciples : Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

Et le texte est donc très clair, ici, vous l’avez compris. Il ne fait pas de doute que Jésus est celui qui devait venir. Les signes de son avènement sont évidents : le Sauveur est venu ! C’est le premier point. Mais qu’est-ce qu’il est venu… faire ? C’est le deuxième point.

2/ Le paradis arrive ! (v. 7-15)

Deuxièmement : le paradis arrive ! Regardez la suite du texte (v. 7-15). Maintenant, l’auteur veut nous faire comprendre qu’avec la venue de Jésus, un règne nouveau et bienheureux s’est levé, qui va l’emporter sur tout le reste. On pourrait dire que Jésus a inauguré le paradis, en quelque sorte, lorsqu’il est venu. Comment ça ? Eh bien regardons ces quelques versets.

Jésus saisit cette occasion, que Jean-Baptiste a créée par sa question, pour interpeler les foules. Et de la même façon que Jean-Baptiste a demandé à Jésus qui il était, Jésus demande aux foules… qui est Jean-Baptiste ! Là aussi, la réponse devrait être évidente. Jean-Baptiste, que les foules allaient voir et écouter dans le désert, n’était pas un simple « roseau agité par le vent », ni à l’inverse quelqu’un de riche et de puissant qui leur promettait monts et merveilles. Non, c’est évident que Jean-Baptiste était un prophète.

Et pas n’importe quel prophète : celui-là même qui devait être le messager du messie (d’après les prédictions de l’Ancien Testament). Et à ce moment-là, Jésus fait le lien entre la mission de Jean-Baptiste et un concept que Jésus appelle « le royaume des cieux » (v. 11-12). C’est une expression qui désigne tout simplement l’ordre nouveau que le messie est venu inaugurer. C’est le régime du messie, si vous voulez. Quand quelqu’un fait confiance au messie, se rallie à lui, il entre dans le royaume du messie—appelé ici le royaume des cieux, parce que ce royaume vient du ciel et fait irruption sur la terre par la venue du messie.

C’est un peu compliqué, mais quoi qu’il en soit, l’idée c’est que Jean-Baptiste, en tant que présentateur du messie, est l’annonciateur, le héraut (comme nous le rappelait Denis) de ce règne nouveau et bienheureux qui arrive avec le messie. Plus tôt dans cet évangile, on nous a dit que Jean-Baptiste prêchait dans le désert de Judée, en disant :

« Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. » (Mt 3.2)

Donc Jean-Baptiste annonce l’arrivée du messie, qui coïncide avec l’ouverture de ce nouveau chapitre qui est l’avènement du royaume des cieux sur la terre. Mais écoutez bien, parce que c’est ce qui vient ensuite qui doit vraiment nous étonner ! Jésus dit que Jean-Baptiste est le plus grand de tous les prophètes « nés de femmes » (v. 11), sûrement pour le distinguer des anges qui sont des êtres spirituels (au verset 10, Jean-Baptiste est appelé un messager, un angelos en grec). Jean-Baptiste est le plus grand, mais… le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui ! Voilà ce qui est dingue.

En disant ça, Jésus veut souligner combien le royaume des cieux, cet ordre nouveau, ce règne nouveau et bienheureux, est supérieur à tout ce qui a jamais existé auparavant. Une page incroyable se tourne, avec la venue de Jean-Baptiste et surtout, du messie. Et c’est ce qui explique le verset 12, un verset un peu mystérieux : Jésus dit que cette page se tourne avec « violence ». Parce que ce qui est en train de se passer est d’une importance exceptionnelle.

Vous savez, la plupart du temps, quand des pages importantes se tournent dans l’histoire des hommes, ça ne se fait pas discrètement. Ça se passe généralement avec des crises importantes, parfois spectaculaires : une crise économique sans précédent, une guerre mondiale, une catastrophe naturelle, qui sait, peut-être une pandémie à l’échelle planétaire.

Quand une maman donne naissance à son enfant, d’habitude ça ne se fait pas en douce, comme si de rien n’était. Un accouchement, c’est relativement « violent ». Il y a des contractions et des douleurs. Il peut y avoir des gémissements, de la sueur et du sang. C’est parce qu’il y a quelque chose d’important qui se passe ! On mesure l’importance de ce qui se passe à la douleur ou à la violence qui se manifeste à ce moment-là.

Et Jésus attire l’attention des foules, donc, sur l’incroyable importance de ce qui est en train de se passer avec sa venue à lui, le messie. « Tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu’à Jean » concernant ce moment (v. 13), Jean est l’Élie qui devait venir (v. 14), c’est-à-dire celui qui ouvre la voie au messie, et depuis les jours de Jean-Baptiste, il y a de violentes contractions parce que le royaume des cieux est en train d’être inauguré sur la terre !

Cette violence a entouré la naissance de Jésus, lorsque le roi Hérode (sous l’inspiration du diable) a fait tuer tous les enfants de moins de deux ans en Judée pour essayer de faire disparaître le messie. Cette violence, c’est celle d’un autre roi Hérode qui a mis Jean-Baptiste en prison, et qui le fera décapiter. C’est aussi dans la violence que Jésus, le messie, sera conduit jusqu’à la croix, où il donnera sa vie en rançon pour délivrer tous ceux qui se confient en lui, et qui entrent de cette manière dans son royaume. On était tous esclaves du mal et de la mort, asservis au péché qui habite dans notre cœur, mais Jésus s’est offert lui-même en subissant toute la violence de notre péché sur la croix, pour nous en délivrer.

Mais la contraction finale, c’est la résurrection de Jésus le troisième jour. Il est sorti du tombeau, du sein de la terre, en vainqueur. Il a terrassé toutes les forces du mal. Tous les ennemis ont été vaincus, c’est pourquoi le plus petit dans le royaume des cieux aujourd’hui est « plus grand » même que Jean-Baptiste, lui-même le plus grand des prophètes de l’ancien temps. Parce que si on appartient au royaume des cieux, aujourd’hui, on est au bénéfice d’une œuvre sans précédent, un truc de dingue : la mort et la résurrection du messie, c’est-à-dire son triomphe sur toute adversité.

Le règne du messie, ce règne nouveau et bienheureux a été établi, par la mort et la résurrection de Jésus, et par son ascension à la droite du Père, et par son intronisation au ciel, sur tout l’univers. Le déploiement de ce règne, maintenant, est inexorable. Rien ne peut faire échouer ce projet. Les violents continuent de résister à l’avancement du règne de Jésus, il y a de l’opposition et de la persécution, mais ils vont perdre.

L’histoire progresse vers un but, qui est la manifestation universelle de la gloire de Dieu. C’est par le retour de Jésus, à la fin de l’histoire, que ce projet sera parachevé, mais au fur et à mesure que ce jour approche, les contractions se font peut être de plus en plus ressentir. Peut-être que la violence va s’intensifier de nouveau. Mais le paradis arrive ! Tout ce qui se passe ici-bas, tout ce qui semble contraire au projet de Dieu, n’est rien comparé à la puissance du messie qui va déployer son règne.

Avec la venue de Jésus, vous voyez, un règne nouveau et bienheureux s’est levé, qui va l’emporter sur tout le reste.

3/ On doit réagir ! (v. 16-19)

Donc le Sauveur est venu ! Et le paradis arrive ! Ce qui nous amène au troisième et dernier point : on doit réagir ! Reprenons le texte (v. 16-19). Ce que l’auteur veut nous faire comprendre maintenant, c’est que l’avènement du messie, et donc de son royaume, doit absolument entraîner des conséquences visibles dans notre vie. Ce serait absurde de rester indifférent, même si, malheureusement, cette indifférence nous vient assez naturellement à cause de notre cœur endurci.

Et c’est cette indifférence que Jésus dénonce chez une partie de son auditoire, en disant que « cette génération » ressemble à des gens qu’on n’arrive jamais à satisfaire. On dirait des enfants qui voudraient que les autres s’adaptent à eux. Des enfants égocentriques qui pensent que c’est eux qui décident : s’ils jouent de la flûte, les autres devraient danser, non ? S’ils chantent des complaintes, les autres devraient se lamenter, non ?

Ils se plaignent, donc, parce que Jean-Baptiste n’est pas ce qu’ils attendaient—ils n’avaient pas commandé un prophète qui leur dirait qu’ils étaient une race de vipères et qu’ils devaient se repentir et que leur filiation à Abraham ne comptait pour rien (Mt 3.7-9). De la même façon, Jésus n’est pas le messie qu’ils voulaient. Ils n’avaient pas commandé un messie qui pointerait le mal dans leur cœur, ils voulaient quelqu’un qui pointerait le mal des autres, surtout des païens qui occupaient la terre sainte.

En réalité, ces gens ont complètement inversé les rôles. C’est eux qui devraient être à l’écoute de Dieu et des prophètes, n’est-ce pas ? Ce n’est pas à eux de jouer de la flûte et de chanter, c’est à eux d’écouter, et de réagir en fonction. Ceux qui refusent de danser, c’est eux, au son de la bonne nouvelle qui est annoncée aux pauvres. Ceux qui refusent de se lamenter, c’est eux, au son de la complainte sur leurs péchés. C’est eux qui sont endurcis et indifférents : Jean-Baptiste est venu dans la sévérité et la dénonciation du mal, et ils l’ont rejeté. Jésus est venu dans la grâce et l’accueil miséricordieux, et ils l’ont aussi rejeté !

« Mais la sagesse a été justifiée par ses œuvres » (v. 19), c’est-à-dire, vraisemblablement, que la sagesse se voit chez ceux qui répondent de manière appropriée et visible à la prédication de Jean-Baptiste et à l’avènement du messie. La sagesse consiste à répondre correctement. Dans le passage parallèle de l’évangile selon Luc, il est dit : « La sagesse a été justifiée par tous ses enfants ». Autrement dit, vous vous montrerez sages, par des œuvres (par des actes) appropriées qui montreront que vous êtes les enfants de cette sagesse.

Bref, il ne faut pas rester indifférent. Vous savez, parfois dans les concerts, on a un musicien sur la scène qui essaie d’exciter les spectateurs, de mettre de l’ambiance comme on dit. C’est important, quand il y a une bonne réactivité de l’auditoire. « Allez, on tape dans les mains, tous ensemble ! Est-ce que vous êtes là ? Est-ce que vous êtes chauds ce soir ? » Mais si l’auditoire ne réagit pas, c’est super gênant.

Parfois ici, à l’église, il y a Soohyun qui se met à taper des mains pendant un chant un peu entraînant, mais personne ne suit. C’est vachement gênant ! Vous vous rappelez aussi, peut-être, ce moment très gênant à la TV il y a une vingtaine d’années, quand le chanteur François Feldman a été invité à interpréter un de ses tubes sur le plateau du Téléthon ; et pendant l’intro musicale, tout enthousiaste, il s’est exclamé : « Tout le monde debout ! » alors que le public était essentiellement composé de personnes en fauteuil roulant…

C’est vachement gênant, quand la connexion ne s’établit pas entre celui qui veut entraîner, et ceux qui sont censés se laisser entraîner. Et c’est ce que dénonce notre texte ici. L’avènement du messie, et donc de son royaume, doit absolument entraîner des conséquences visibles dans notre vie. Un truc absolument incroyable est arrivé, quand Jésus est arrivé, et ce truc nous est annoncé chaque dimanche, et ce truc est commémoré en particulier pendant certaines périodes de l’année, comme pendant la période de l’avent. Et après ? On doit réagir !

On doit réagir, avant tout, en nous inclinant devant Jésus, le messie, qui a établi son règne. Si vous ne l’avez jamais fait, vous pouvez dès maintenant, dans le secret de votre cœur, tout simplement acquiescer, dire « oui » à la grâce de Dieu qui vous est présentée en Jésus. Vous n’avez pas besoin de savoir formuler une prière parfaite : juste dites à Dieu que vous lui demandez pardon d’avoir cherché à vivre sans lui, et que vous désirez le connaître et le suivre. Ensuite rapprochez-vous d’un ami chrétien, ou d’un pasteur, dites-lui votre démarche, et il sera ravi de vous encourager et de vous accompagner. Il vous proposera peut-être un Parcours Découverte, c’est-à-dire une série de rencontres informelles où on fait un survol de la Bible pour en découvrir le contenu. C’est passionnant !

On doit réagir, ensuite, en cherchant à conformer notre vie à la loi du royaume. C’est logique. Une fois qu’on s’est incliné devant Jésus, le messie, on doit accueillir logiquement son autorité bienveillante dans notre vie. Il est le maître, le Seigneur, le chef de l’Église. Il est le suzerain dans le royaume des cieux, et nous on est ses sujets (les vassaux). On veut vivre comme il nous le demande, parce que lui, il désire notre bien, et nous, on désire sa gloire. On apprend donc à conformer notre vie à la loi bienfaisante du royaume par la lecture et l’étude de la Bible, en venant au culte et en écoutant les prédications, et en partageant nos difficultés les uns avec les autres et en nous encourageant les uns les autres.

On doit aussi réagir en annonçant à notre tour, autour de nous, cette bonne nouvelle. Ça commence dans notre foyer. Est-ce qu’on parle, en famille, du sens de cette période de l’avent ? Est-ce qu’on s’enthousiasme devant nos enfants ou notre conjoint pour la naissance de Jésus, le messie, et pour son œuvre ? Est-ce qu’on est joyeux, souriant, bienveillant à la maison, ou bien est-ce qu’on est sur les nerfs parce qu’il y a tellement de choses à faire avant le 24 ? Et puis, est-ce qu’on s’investit auprès des gens de notre entourage comme nos voisins ou nos collègues, pour leur partager la joie de l’avènement du messie ? On pourrait leur offrir un petit calendrier biblique, ou une carte de vœux avec un verset, ou une assiette de cookies, ce serait déjà ça pour établir un lien avec eux.

On doit réagir, enfin, en gardant courage face à l’adversité et en priant avec confiance. On traverse des circonstances difficiles. Nous tous, on fait face à une situation sanitaire compliquée et à toutes sortes de restrictions vraiment pénibles. Certains ont peur, d’autres sont frustrés. Et pour beaucoup, il y a encore d’autres difficultés, parfois de véritables calamités, qui viennent se superposer à cette situation. Mais on peut tenir bon, parce que Jésus revient. On peut prier avec confiance, parce que Jésus règne. On peut garder la tête haute parce que le plus petit dans le royaume des cieux… est plus grand que Jean-Baptiste, qui lui-même était plus grand que tous les prophètes qui l’ont précédé !

Alors est-ce que notre réaction correspond à la bonne nouvelle ? Dieu nous annonce la fin de tous nos problèmes, pour bientôt, dans le fait que Jésus, le Christ, est venu. Le Sauveur est venu, le paradis arrive, on doit réagir ! C’était toute la leçon de ce passage.

Pour terminer, est-ce que vous savez qui a dit, jeudi dernier, sur France Info, à 8h30, la phrase suivante : « [Le royaume des cieux] transcende tout » ? Personne ! En fait, il y avait à cette heure-là une interview de Gérald Darmanin, le ministre de l’intérieur, et il n’a pas dit « le royaume des cieux », il a dit « la République ». Voici exactement ses paroles :

« La loi de la République est toujours supérieure aux convictions religieuses. […] Jamais en aucun moment Allah n’est supérieur à la République. C’est vrai pour les musulmans, c’est vrai pour les Juifs, c’est vrai pour les catholiques, c’est vrai pour les protestants, c’est vrai pour ceux qui ne croient pas, la République transcende tout. » (Interview du 10/12/2020 à 8h30 sur la radio France Info)

Eh bien c’est incroyable, on nous ment à la radio ! (Il vaut mieux écouter Phare FM, les programmes sont de meilleure qualité.) Non, d’après la Bible, la République n’est pas supérieure à Dieu ; non, la République ne transcende pas tout. Les violents continuent de chercher à ravir le royaume des cieux, vous voyez ? Mais nous, on peut avancer avec confiance quand même, parce que quoi qu’en dise le président ou ses ministres, le messie est venu, et il a vaincu, et il va revenir. Et c’est le sens de cette période de l’avent.

Voilà ce qu’on lit au Psaume 2 :

« Pourquoi les nations s’agitent-elles et les peuples ont-ils de vaines pensées ? Les rois de la terre se dressent et les princes [et les ministres de l’intérieur] se liguent ensemble contre l’Éternel et contre son messie : ‘Brisons leurs liens, et rejetons loin de nous leurs chaînes !’ »

« Il rit, celui qui siège dans les cieux, le Seigneur se moque d’eux. Il leur parle dans sa colère, et dans sa fureur il les épouvante : ‘C’est moi qui ai sacré mon roi sur Sion, ma montagne sainte !’ »

« [Et le messie prend la parole et dit :] Je publierai le décret de l’Éternel ; il m’a dit : ‘Tu es mon fils ! C’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui. Demande-moi et je te donnerai les nations pour héritage, et pour possession les extrémités de la terre ; tu les briseras avec un sceptre de fer. Comme le vase d’un potier, tu les mettras en pièces.’ »

« Et maintenant, rois, ayez du discernement ! Recevez instruction, juges de la terre ! Servez l’Éternel avec crainte, soyez dans l’allégresse, en tremblant. Embrassez le fils, de peur qu’il ne se mette en colère, et que vous ne périssiez dans votre voie, car sa colère est prompte à s’enflammer. Heureux tous ceux qui se réfugient en lui ! » (Psaume 2)

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