Seigneur, est-ce que tu m'aimes ?

Par Alexandre Sarranle 24 janvier 2021

Il n’y a rien de tel que la souffrance pour nous faire douter que Dieu nous aime. Si vous êtes croyant, je pense que vous savez de quoi je parle.

Tout allait bien, et puis tout d’un coup, il vous arrive une misère. Peut-être quelque chose de pas très grave, comme une voiture qui ne démarre pas, une coupure d’électricité à la maison, ou un portefeuille que vous n’arrivez plus à retrouver. Ce n’est pas très, très grave. Mais c’est quand même hyper frustrant, parce que ça peut complètement bousculer le programme de la journée, et même compromettre de bonnes choses que vous aviez résolu de faire.

« Seigneur, tu es souverain ! Pourquoi tu permets que ce truc m’arrive à moi, aujourd’hui, surtout en ce moment où je suis déjà débordé ? Ce n’est pas très gentil ! »

Mais ça peut être quelque chose d’autrement plus grave qui vous arrive. Un conflit extrêmement douloureux avec des conséquences irréversibles, ou une maladie très sérieuse peut-être incurable, ou le décès soudain d’une personne qui vous était particulièrement proche… « Seigneur, tu es souverain, il y a sûrement une raison pour laquelle tu m’envoies ces épreuves, mais là, je ne vois pas ! Je ne vois pas en quoi c’est compatible avec ta bonté ! »

Pensez encore à la détresse économique : « Seigneur, j’ai tellement prié pour que tu pourvoies à mes besoins, mais là je n’ai même pas de quoi me nourrir ! Est-ce que tu n’en as rien à faire de moi ? » Pensez à la détresse émotionnelle : « Seigneur, tu vois ce truc qui me tourmente à l’intérieur, et je voudrais tellement que tu m’en libères, mais tu ne le fais pas ! Pourquoi ? »

Pensez à la douleur physique, à la peur, à la solitude, à l’addiction, à la dépression : « Seigneur, ça ne va pas bien dans ma vie, c’est même parfois assez catastrophique—et tu es Dieu ! Pourquoi est-ce que tu permets que ces choses m’arrivent ? Pourquoi est-ce que tu ne m’as pas encore délivré ? Franchement, on ne dirait pas que tu m’aimes ! »

On ne va peut-être pas le dire tout haut, mais c’est comme ça qu’on ressent les choses au fond de notre cœur, parfois. Non ? Il n’y a rien de tel que la souffrance dans la vie d’un croyant pour lui faire douter que Dieu l’aime.

Et la question qu’on va se poser aujourd’hui, c’est : comment remédier à ce doute ? Quand Dieu dans sa providence nous envoie le malheur, qu’est-ce qui peut nous maintenir dans la conviction que Dieu est juste et bon, et qu’il nous est propice ? C’est-à-dire que tout va bien entre nous, qu’on est en paix avec lui, qu’on a sa faveur, bref, qu’il nous aime, qu’il ne cesse pas de nous aimer, et qu’il ne cessera jamais de nous aimer ?

Et ce que le texte d’aujourd’hui va nous enseigner, c’est qu’on peut traverser l’épreuve en étant convaincu de l’amour de Dieu si on s’efforce en tout temps de connaître Dieu par les moyens qu’il a mis à notre disposition. Alors dit comme ça, ça ne veut peut-être pas dire grand-chose, mais on va tâcher de voir dans le reste de cette prédication comment ça peut se traduire en pratique dans notre vie.

On poursuit donc l’étude du livre de Job, et on arrive maintenant vers la fin des échanges entre Job et ses trois amis. Job c’est quelqu’un d’extrêmement intègre mais extrêmement affligé, et ses amis pensent que s’il souffre autant, c’est parce qu’il a dû faire quelque chose (de mal) pour le mériter. Job s’en défend, et le désaccord entre lui et ses amis s’est transformé en dispute. Des arguments ont été formulés de part et d’autre (ch. 4-21), le ton a monté, et maintenant, en quelque sorte, on arrive au paroxysme du conflit. C’est le money time.

Les deux positions vont être formulées plus explicitement que jamais. Et ce sont des positions irréconciliables. D’un côté Éliphaz : « Job, tu as fait le mal, tu mérites ce qui t’arrive, et ton seul espoir est dans la repentance ! » De l’autre côté Job : « Je suis innocent, donc perplexe devant mon malheur, et je vais continuer de me lamenter ! » On est dans une impasse. Les deux positions se heurtent définitivement l’une à l’autre, et on ne peut plus avancer.

Mais dans cet échange, on va surtout voir deux relations à Dieu qui sont différentes. D’abord Éliphaz, qui croit en Dieu, et qui croit beaucoup de choses sur Dieu qui sont vraies, mais à qui il manque quelque chose d’important pour admettre la possibilité que Dieu aime les malheureux. Ensuite Job, qui a quelque chose en plus qu’Éliphaz, dans sa relation avec Dieu, mais à qui il manque encore quelque chose pour que l’amour de Dieu lui soit perceptible dans son malheur. Et ce quelque chose, qu’il n’a pas mais qu’il aimerait avoir, il va y faire allusion, et on va découvrir que nous, on l’a, ce quelque chose, si on est chrétien aujourd’hui !

1/ Un Dieu impassible ? (ch. 22)

Alors prenons sans plus tarder le texte, et apprenons de ce passage qu’on peut traverser l’épreuve en étant convaincu de l’amour de Dieu si on s’efforce en tout temps de connaître Dieu par les moyens qu’il a mis à notre disposition.

Le passage va commencer avec Éliphaz qui prend la parole pour la troisième fois et qui va être plus explicite que jamais dans la position qu’il défend, à savoir : que les souffrances de Job, c’est tout simplement la rétribution des péchés de Job. On est au chapitre 22, et on va voir qu’Éliphaz croit en un Dieu qui est tout-à-fait juste et impassible (c’est-à-dire qui ne se laisse pas émouvoir).

(Lecture de Job 22)

Alors regardez surtout ce qu’Éliphaz dit au début (v. 1-4). Il commence par poser des questions rhétoriques à Job, pour lui montrer que toute sa posture depuis le début est mauvaise. Il faut bien comprendre que Job est tourmenté parce que d’un côté, il craint Dieu, il pensait avoir une bonne relation avec Dieu, et pourtant, Dieu lui a envoyé le malheur. Pour Job, il y a là quelque chose d’incompréhensible et de profondément blessant sur le plan de sa relation avec Dieu.

Mais Éliphaz critique justement le genre de relation que Job prétend avoir avec Dieu. En gros, il lui dit : « Job, tu n’arrêtes pas de dire que tu es fidèle à Dieu, et du coup tu te plains du malheur qui t’arrive, mais ce n’est pas un bon argument. Quand tu dis ça, c’est comme si tu sous-entendais que Dieu te faisait une infidélité. On a l’impression que tu penses que tu faisais plaisir à Dieu, et donc maintenant, tu es vexé parce que Dieu ne te manifeste pas son plaisir. Mais laisse tomber ! Dieu n’est pas du tout comme ça ! C’est beaucoup plus simple, en réalité. Dieu est juste et il applique sa justice, point barre. Dieu n’a pas de relation avec toi comme si tu étais quelqu’un de spécial à ses yeux. Il te traite comme il traite tout le monde dans sa justice—et clairement, il est en train de te châtier, donc tires-en les conséquences ! »

Donc pour Éliphaz, vous comprenez, la manière d’agir de Dieu est très simple. Dieu est impassible et il applique les règles. Dieu ne se laisse pas émouvoir. Et donc les tourments intérieurs de Job n’ont même pas lieu d’être.

On pourrait dire que pour Éliphaz, la relation de Dieu aux hommes est quasiment mécanique. Dieu n’est pas animé par des émotions, mais il agit selon un pur principe de rétribution. C’est comme une loi de la nature, sauf que là, c’est une loi de la naturedivine. Dans la nature, si tu tombes d’une falaise, tu vas t’écraser en bas. Si tu t’écrases en bas, c’est que tu es tombé de la falaise. C’est la loi de la gravitation, c’est comme ça, ce n’est rien de personnel. Tu devrais regretter d’être tombé, mais tu n’as pas à être vexé ou perplexe, ou à te sentir trahi par la loi de la gravitation avec qui tu entretenais jusqu’alors une très bonne relation !

Eh bien avec Dieu, c’est pareil (selon Éliphaz). Si tu souffres, c’est tout simplement Dieu qui exerce froidement, impassiblement, sa justice dans ta vie. Oui, il faut faire le bien, mais pas pour émouvoir Dieu, pas pour lui faire plaisir comme à un ami, mais plutôt, et tout simplement, pour ne pas être châtié par le Juge, et pour ainsi réussir dans la vie (v. 2).

Et donc Éliphaz va énumérer à Job toute une liste de péchés qu’il pense que Job a commis (v. 5-11). Ensuite, il va reprocher à Job de dire qu’il ne comprend pas ce que Dieu fait—comme si c’était de la mauvaise foi ou un prétexte chez Job pour ne pas reconnaître ses propres péchés (v. 12-20). Et enfin, il va lui adresser un appel poignant à se repentir, en ajoutant la promesse d’un rétablissement (v. 21-30).

Vous voyez le Dieu impassible d’Éliphaz ? C’est un juge austère, qui applique la loi. C’est le gouverneur suprême de l’univers, qui a établi des règles, et qui les applique, rigoureusement, imperturbablement. Fais le mal et tu seras puni. Fais œuvre de pénitence et tu seras relevé.

Est-ce que Dieu est vraiment comme ça ? Bien souvent quand on souffre, on peut avoir l’impression d’un Dieu qui est comme ça. Un Dieu froid et distant. Un Dieu strict qui a un rapport purement administratif au monde. Un Dieu sans émotion.

Mais en fait, on sait que Dieu n’est pas comme ça, parce qu’on a lu le prologue de cette histoire. Éliphaz croit beaucoup de choses sur Dieu qui sont vraies, mais il lui manque quelque chose de très important : c’est que Dieu, en fait, peut avoir une relation avec les gens, qui dépasse l’application pure et simple et immédiate de sa loi morale.

En fait, les questions rhétoriques d’Éliphaz ont leur réponse dans le prologue ! Oui, en fait, la fidélité de Job fait plaisir à Dieu ! Oui, Dieu se glorifie dans le ciel de l’intégrité de Job sur la terre. Oui, Dieu se réjouit de l’amour désintéressé que Job a pour lui. Et même, on pourrait dire que oui, c’est « à cause de sa piété qu’il le châtie » (v. 4), puisque c’est précisément parce que Job est extrêmement fidèle que Dieu permet au diable d’éprouver l’authenticité de sa foi ! Donc oui, en fait, il existe une véritable relation entre Dieu et Job, où Dieu prend plaisir en son serviteur. Et dans ce contexte, la perplexité de Job devant ses souffrances est tout-à-fait justifiée ! On va y revenir.

Éliphaz, en tout cas, a raison de dire, dans un sens, que Dieu est impassible—c’est-à-dire que rien ne peut jamais produire d’effet sur Dieu. Mais ça ne veut pas dire que Dieu est incapable d’émotion. Il est capable de joie, de plaisir, de patience, de compassion ou d’amour. Pour le dire très simplement : l’impassibilité de Dieu n’empêche pas Dieu d’avoir une relation authentique avec les humains. Et ça, c’est hyper important pour nous de le savoir.

Parce que ça veut dire que quand Dieu considère notre existence, et toutes les circonstances qu’on peut traverser, les bonnes et les mauvaises, il n’est pas dépourvu d’émotion. Il se soucie réellement, « émotionnellement » de nous—si j’ose dire !

Ça, c’est une bonne nouvelle, et c’est le premier point. Job a quelque chose en plus qu’Éliphaz, dans sa relation avec Dieu : il a la conviction que Dieu n’est pas qu’une « machine à rétribuer ». Il a la conviction que Dieu est capable d’amour, et qu’un humain peut faire l’objet de son plaisir et de sa joie. Est-ce que vous croyez à ce Dieu ?

Si vous croyez à ce Dieu, votre piété devrait, à ce stade, ressembler à celle de Job. « J’ai envie d’être fidèle à Dieu, non pas parce que ça pourrait m’apporter quelque chose en retour, ou parce que ça m’évitera le châtiment (ce qui serait l’approche d’Éliphaz), mais parce que je l’aime. Dieu est grand et digne et bon, il est compatissant et il fait grâce, il est lent à la colère et riche en bienveillance et en fidélité (cf. Ex 34.6), bref il est merveilleux, et c’est merveilleux d’avoir sa faveur et d’avoir une relation personnelle et authentique avec lui ! »

2/ Un Dieu méconnaissable ? (ch. 23)

Le problème, c’est que la souffrance peut rendre Dieu méconnaissable à nos yeux. Et c’est le deuxième point.

Job va prendre la parole en réponse à Éliphaz, et il va lui dire : « Non, tu as tort, Éliphaz. Moi je connais Dieu autrement que toi. J’ai un truc en plus par rapport à toi, c’est que je suis persuadé que Dieu m’aime. Je suis persuadé que si je pouvais me présenter à Dieu, il me donnerait raison. Il sait que je l’aime et que je suis fidèle. Le problème, c’est que là, maintenant, tout de suite, je n’ai aucune idée de ce qu’il est en train de faire ! Honnêtement, j’ai du mal à reconnaître Dieu dans ce qui m’arrive, et ça me fait peur. »

(Lecture de Job 23)

Donc vous voyez la conviction de Job ? Il aimerait tant pouvoir défendre sa cause devant Dieu, parce qu’il est sûr qu’il serait justifié, ou « absous » (v. 1-7) ! Il a vraiment l’assurance de son salut, pourrait-on dire. Il sait qu’il est, fondamentalement, en bons termes avec Dieu. Son problème, à Job, c’est tout simplement que Dieu est en train d’agir dans sa vie d’une manière qu’il n’arrive pas à comprendre, et il ne sait pas où aller pour obtenir des explications. Ce qui est sûr, c’est que les explications d’Éliphaz ne sont pas bonnes, puisque Job est juste devant Dieu, il en est persuadé (v. 8-12). Mais en attendant, les agissements de ce Dieu « méconnaissable » produisent chez Job beaucoup de tourments intérieurs (v. 13-17).

On peut facilement imaginer le désarroi de Job, non ? Il y a certainement dans votre entourage des gens que vous aimez beaucoup, et avec qui vous vous entendez très bien : un ami, un conjoint, un parent ou un enfant. Mais imaginez que du jour au lendemain, cette personne ne vous parle plus, elle ne répond plus à vos appels ou à vos messages, elle ne vous donne plus de nouvelles, et vous ne savez pas du tout pourquoi ! Vous pourriez pensez : « Mais qu’est-ce qui lui arrive, ça ne lui ressemble pas ! »

Et on peut être croyant, et faire ce genre d’expérience avec Dieu. Peut-être qu’avant, on était athée, ou indifférent à Dieu, ou peut-être adepte d’une autre religion, et puis on s’est tourné vers le vrai Dieu parce qu’on a compris ce que Job a compris, à savoir que le vrai Dieu se rendait proche des hommes, et qu’il nous aimait d’un amour parfait, et qu’il lui plaisait d’avoir une relation personnelle et authentique avec nous.

Et au début, tout va bien. C’est la lune de miel. On est rempli de joie et de paix, on va à l’église, on fréquente des chrétiens, on met en ordre sa vie, on sert Dieu par amour pour lui. Et puis patatras ! Un accident, une maladie, une rupture, un licenciement, un burn-out, et on se retrouve embourbé dans le malheur, et on ne reconnaît plus Dieu dans ce qu’il fait !

Et la réalité commence à s’installer : c’est qu’en fait, la vie chrétienne n’est pas du tout dénuée de souffrance. On peut souffrir beaucoup en tant que chrétien. On peut même être conduit tout près du désespoir—on peut souffrir tellement qu’on peut désirer la mort. Et on peut être complètement déconcerté par nos souffrances, parce qu’elles ne nous semblent pas du tout compatibles avec l’amour de Dieu.

Cette impression ne va peut-être pas remettre en question notre conviction profonde que Dieu nous aime, mais c’est juste qu’on n’arrive pas à le percevoir. Job est en train de vivre ça dans le texte. « Je suis sûr que Dieu m’aime, mais je ne comprends pas ce qu’il est en train de faire, et ça me plonge dans la frayeur ! »

Job a quelque chose de plus qu’Éliphaz, mais il lui manque encore quelque chose. Qu’est-ce qu’il lui manque ? C’est de connaître le projet de Dieu.

Il constate quelque chose qui lui semble être une terrible injustice dans sa vie : c’est que Dieu qui aime Job et qui sait très bien qu’il est fidèle, lui envoie quand même le malheur. Et ce sentiment d’injustice est renforcé par le fait qu’autour de Job, on dirait bien que ce sont les méchants qui sont riches et en bonne santé. Ce qui manque à Job, c’est de savoir où on va avec ça ! Et c’est ce qui va nous amener au dernier point.

Mais avant, je voudrais juste faire une remarque—ou plutôt, vous poser une question. Si vous croyez en Dieu ce matin, si vous êtes persuadé comme Job que Dieu s’intéresse à votre vie et qu’il se plaît à avoir une relation personnelle avec les croyants, eh bien avec quel empressement est-ce que vous cherchez vraiment à le connaître ? Avec quelle ardeur, ou quelle concentration, quelle application, est-ce que vous étudiez et examinez toutes les sources d’informations qui pourraient vous aider à comprendre qui est Dieu et ce qu’il est en train de faire (je pense surtout à la Bible, qui prétend nous communiquer la vérité sur Dieu) ?

Ou bien est-ce que vous naviguez à vue, en vous laissant un peu aller au gré de vos intuitions et de vos expériences, avec cette notion que Dieu est amour, sans trop vous inquiéter du reste ? Job en tout cas désire de tout son cœur connaître Dieu et comprendre ce qu’il est en train de faire. Et quoi de plus logique, si on est vraiment un croyant ? Mais regardons la suite.

3/ Un Dieu indifférent ? (ch. 24)

Job va poursuivre sa réponse à Éliphaz. Il vient de lui dire : « J’aime Dieu et je sais qu’il m’aime, mais actuellement, si je suis honnête, il est méconnaissable. » Et il va ajouter : « Et si je suis honnête, je dirais même qu’il a l’air d’être indifférent au malheur qui sévit dans ma vie et dans ce monde. » C’est le troisième et dernier point.

Je vais lire le chapitre 24, et vous allez voir que Job va déplorer avec beaucoup de détails poignants ce qui ressemble au règne de l’injustice ici-bas. Lui qui est innocent, il souffre, tandis que les méchants, eux, semblent réussir dans la vie, et ne jamais être inquiétés, jusqu’à leur mort.

Écoutez cette lamentation déchirante de Job, et essayez d’entendre ce qu’il y a derrière, c’est-à-dire l’aspiration profonde de son cœur, qu’il exprime tout fort dès le premier verset.

(Lecture de Job 24)

Job est en train de dire : « Seigneur, tu as l’air d’être indifférent au malheur qui a rempli ma vie et qui a rempli ce monde ! Mais… ça ne se peut pas ! C’est inconcevable, que tu puisses juste laisser faire ! »

Job énumère toutes sortes d’injustices et d’actes de cruauté qu’il observe autour de lui et qui ne sont pas punis ici-bas, comme si Dieu ne s’en préoccupait pas (v. 1-12). Il poursuit en décrivant l’impunité des criminels qui agissent dans l’obscurité parce qu’ils savent que personne ne les verra et qu’ils pourront s’en tirer sans se faire prendre (v. 13-17). Et enfin, Job va réfuter la position de ses amis qui prétendent que les méchants sont toujours rattrapés par leur méchanceté ici-bas : il semble citer leur position tout d’abord (v. 18-20), et ensuite il décrit la réalité contraire qu’il observe, à savoir qu’en fait, les méchants la plupart du temps « prolongent leurs jours », et ne sont pas inquiétés, jusqu’à la fin de leur vie qui survient comme pour tout le monde (v. 21-25).

On voit que Job est affligé par la situation. Quelqu’un de fidèle comme lui souffre, tandis que les méchants vont très bien. Job aspire de tout son être à ce que Dieu corrige cette situation.

C’est comme quand un de mes enfants fait une bêtise (ça n’arrive jamais, mais imaginons). Et un autre de mes enfants est témoin de la bêtise, et moi j’arrive sur la scène du crime, et je ne suis pas content du tout, mais je gronde la mauvaise personne (ça aussi ça n’arrive jamais, mais imaginons). L’enfant innocent, dans cette situation, est révolté devant l’injustice. Et il a raison. Mais il peut me pardonner parce que je ne suis pas Dieu, et donc je ne suis pas omniscient, et je suis même enclin à l’erreur et au mauvais jugement.

Mais donc à plus forte raison peut-on être révolté par l’injustice de notre monde quand on croit qu’il y a un Dieu omniscient et souverain, qui ne se trompe jamais.

Et tout ce que décrit Job sur l’état du monde est plus vrai que jamais aujourd’hui. Et si on ouvre les yeux, on devrait être profondément dérangé, et aspirer nous aussi de tout notre être à ce que Dieu corrige cette situation.

Saviez-vous que d’après l’ONU, la traite des êtres humains générerait à peu près 32 milliards de dollars de chiffre d’affaire par an ? Et que chaque année, à peu près 2,5 millions de personnes dans le monde (surtout des femmes et des enfants) étaient exploités par des trafiquants ? Saviez-vous qu’il y avait près de 500 000 homicides par an dans le monde (ce qui n’inclut pas les 40 à 50 millions d’avortements par an) ?

Notre monde est rempli d’injustice. On dit que les 10% des gens les plus riches possèdent 83% de la richesse mondiale, et même que la fortune cumulée des 1% de gens les plus riches du monde est le double de celle des 92% les moins riches. Et même que les 22 hommes les plus riches du monde ont plus d’argent que toutes les femmes d’Afrique réunies.

Il paraît que les sites pornographiques enregistrent près de 30 000 visiteurs par seconde dans le monde, ce qui représente plus de trafic qu’Amazon, Netflix et Twitter réunis. On estime à 50 milliards de dollars les bénéfices de ce qu’on appelle pudiquement « l’industrie du sexe ».

« Et Dieu ne fait pas attention à un tel scandale ! » (v. 12), dirait Job. Notre monde est rempli d’injustice. Les fidèles souffrent et les méchants prospèrent. Où est-ce qu’on va avec tout ça ? Est-ce que Dieu est indifférent ? Vous voyez, il manque encore quelque chose à Job, pour que l’amour de Dieu lui soit perceptible dans cette situation.

Mais nous, on l’a ce quelque chose… parce qu’on a la réponse à la question. La fin de notre passage nous laisse devant le besoin criant d’une intervention de Dieu, et c’est l’exclamation de Job au verset 1 : « Pourquoi des temps ne sont-ils pas mis en réserve de la part du Tout-Puissant, et pourquoi ceux qui le connaissent ne voient-ils pas ses jours ? »

Et depuis cette époque, Dieu a exaucé le désir de Job, et il a donné la preuve qu’il n’était pas du tout indifférent aux souffrances des hommes. Cette preuve, c’est la venue de Dieu sur la terre en la personne de Jésus-Christ. C’est un truc absolument ahurissant, mais Dieu s’est revêtu de la nature humaine, il s’est incarné, il a pris la condition de sa créature, et a fait lui-même l’expérience, dans la chair, de la souffrance des hommes.

Dieu a rejoint Job dans sa souffrance, et il a pris sur lui le fardeau qu’Éliphaz voulait lui faire porter. Éliphaz disait à Job : « Tu veux être délivré de tes souffrances ? Eh bien c’est à toi de faire pénitence et de t’accorder avec Dieu pour avoir la paix ! » « Mais non, » dit Job, « il n’y a pas de corrélation entre mes souffrances et le mal que j’aurais commis ! » Et Jésus arrive, plus innocent encore que Job, et dit : « Laisse. Je suis venu prendre sur moi le poids de tes souffrances, et payer en ma personne et en mon corps le prix de ta délivrance. »

Jésus en effet s’est donné volontairement en sacrifice sur la croix pour délivrer tous ceux qui lui font confiance, des conséquences de la chute de l’humanité dans le péché. Toute souffrance, toute injustice, toute maladie, tout accident, toute douleur est la conséquence de cette rupture originelle de la relation entre les hommes et Dieu—et Dieu s’est approché des hommes en Jésus pour réparer ce qui était brisé, et pour nous présenter son salut.

Après ses souffrances et sa mort, Jésus est ressuscité, et il nous appelle inlassablement à lui. Aujourd’hui encore, si dans votre cœur, vous entendez sa voix, vous pouvez lui répondre par la foi, et recevoir par sa grâce le pardon de vos péchés et l’assurance de la vie éternelle.

Ainsi par une merveilleuse ironie divine, c’est en Jésus que s’accomplit la parole d’Éliphaz dans notre texte, qui a dit à Job : « Dieu délivrera même le coupable, qui devra sa délivrance à la pureté de tes mains. » (Jb 22.30) Mais c’est à la pureté des mains de Christ que les coupables, qui placent leur confiance en Dieu, devront leur délivrance.

Et Jésus qui est ressuscité va revenir bientôt, et ce sera le jour du grand jugement. Ce sera le jour tant désiré par Job et par tous les croyants, le jour où Dieu rétablira toute justice, et où il corrigera tout ce qui ne va pas, et où il réparera parfaitement et définitivement toute sa création. C’est le jour où tous les croyants, à commencer par Job, seront pleinement consolés de leurs souffrances. C’est le jour où si on est attaché à Jésus par la foi, on entrera une fois pour toutes dans son merveilleux royaume, où on connaîtra un bonheur indicible, pour toujours. Et ce jour vient bientôt !

En attendant, « Seigneur, est-ce que tu m’aimes ? » Ce monde continue d’aller mal, et ma vie va mal, et peut-être même que c’est tout-à-fait catastrophique. « Seigneur, parfois tu m’as l’air impassible, méconnaissable, indifférent… est-ce que tu m’aimes ? »

Et Dieu nous dit en Jésus : « Regarde comme je t’aime. Je me suis approché de toi et je connais ta souffrance. Je t’aime tellement que j’ai versé mon sang pour toi, et il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jn 15.13). Et il n’y a pas de plus grande compassion que celle qu’on a pour ceux qu’on aime. »

Alors c’est vrai qu’il n’y a rien de tel que la souffrance pour nous faire douter que Dieu nous aime. Mais ce qu’on peut retenir de ce passage aujourd’hui, c’est qu’on peut remédier à ce doute, et traverser l’épreuve en étant convaincu de l’amour de Dieu si on s’efforce en tout temps de connaître Dieu par les moyens qu’il a mis à notre disposition.

Dieu se fait connaître à nous par la Bible. Il nous explique son projet. Il consolide notre foi et notre espérance en nous parlant de là où on va, et de ce qu’il est en train de faire en attendant, et de ce qu’il compte faire dans notre vie. Il nous renouvelle ses promesses. Il éprouve notre foi et nous fait grandir dans l’obéissance. Il nous prépare pour le paradis. Toutes ces choses nous sont rappelées par les moyens ordinaires que Dieu a mis à notre disposition pour qu’on le connaisse et qu’on grandisse en lui : la lecture de la Bible, le culte, la prédication, la prière, la communion fraternelle…

En plus de la Bible, je vous conseille trois livres qui sont vraiment excellents, et qui personnellement m’aident vraiment à percevoir l’amour de Dieu dans les épreuves. Le premier, un livre de David Powlison : La Grâce de Dieu dans la souffrance. Le deuxième, pour ceux qui lisent l’anglais : Gentle and Lowly, de Dane Ortlund (« Doux et humble de cœur »). Le troisième, un livre de C.S. Lewis (l’auteur des Chroniques de Narnia), intitulé en français : « Le Problème de la souffrance. »

Dans ce livre, il propose notamment plusieurs comparaisons pour mieux comprendre comment se manifeste l’amour de Dieu pour l’homme, dans un monde en souffrance. Et parmi ces comparaisons, il propose de considérer l’amour de l’homme pour les chiens, et je ne résiste pas à l’envie de vous citer ce passage, pour terminer !

C.S. Lewis veut nous faire comprendre ici que l’amour de Dieu se manifeste de telle façon envers nous que des fois, ça ne ressemble pas, de notre point de vue, à de l’amour—mais c’est parce que Dieu, selon son dessein parfait, et par un amour plus merveilleux qu’on ne l’imagine, est en train de nous amener quelque part—il est en train de nous « dresser » si j’ose dire, de nous « élever » vers, et de nous préparer pour, le paradis !

« À l’état de nature, le chien a une odeur et des habitudes qui rebutent l’amour de l’homme ; mais l’homme le lave, le domestique, lui enseigne à ne pas voler, et se met ainsi en mesure de l’aimer tout à fait. Pour le jeune chien, l’ensemble de ces opérations semblerait, à supposer qu’il soit théologien, jeter des doutes sérieux sur la « bonté » de l’homme ; mais le chien arrivé à son parfait développement et parfaitement dressé, plus grand que le chien sauvage, plus vigoureux et d’une longévité accrue, introduit, pour ainsi dire par grâce, dans un univers d’affection, de fidélité, de satisfaction et de bien-être dépassant absolument sa destinée d’animal, n’aurait pas de semblables doutes. On observera que l’homme (je parle toujours ici de l’homme de bien) prend toute cette peine avec le chien et la lui impose uniquement parce que c’est un animal élevé dans l’échelle des bêtes, parce qu’il est si près d’être aimable que cela vaut la peine de le rendre tout à fait digne d’amour. L’homme ne domestique pas le perce-oreille et ne donne pas de bain au mille-pattes. Il se peut que nous souhaitions, en vérité, compter si peu aux yeux de Dieu qu’il nous laisse suivre tranquillement nos instincts naturels, qu’il renonce à essayer de nous dresser pour faire de nous quelque chose de si différent de notre moi naturel ; cependant, encore une fois, ce que nous réclamons là, ce n’est pas plus d’amour, mais moins. »

Au travers du malheur, Dieu nous aime et nous prépare fidèlement, sagement, tendrement, pour ce « temps mis en réserve », où « ceux qui le connaissent verront ses jours », dit Job (cf. Jb 24.1). Voici aussi ce que dit l’apôtre Paul :

« C’est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et même lorsque notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car un moment de légère affliction produit pour nous au-delà de toute mesure un poids éternel de gloire. Aussi nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles ; car les choses visibles sont momentanées, et les invisibles sont éternelles. » (2 Co 4.16-18)

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