Un peu de sagesse dans le malheur

Par Alexandre Sarranle 21 février 2021

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais bien souvent, quand on traverse les difficultés, on aimerait recevoir de bons conseils. On aimerait pouvoir se tourner vers quelqu’un qui pourrait nous dire : « Assieds-toi, je vais t’expliquer. Voilà ce qui est en train de se passer dans ta vie, voilà pourquoi c’est en train de se passer, et voilà ce que tu devrais faire pour gérer ou pour résoudre cette situation. » Ce serait bien, non ?

Qu’est-ce qui vous fait souffrir en ce moment ? Réfléchissez-y un instant. Il y a certainement quelque chose qui vous cause de la peine aujourd’hui. Des difficultés professionnelles ou financières ? Des difficultés relationnelles, peut-être avec votre conjoint, avec vos enfants, avec vos parents ? Peut-être une trahison : quelqu’un dont vous vous sentiez très proche s’est retourné contre vous et votre monde s’est effondré. Ou peut-être le décès de quelqu’un que vous aimiez beaucoup. Un seul être vous manque et toute la terre est dépeuplée.

Ou peut-être des problèmes de santé ? Un accident, une maladie grave ou incurable, un handicap… Ou peut-être que quelqu’un vous a agressé physiquement ou sexuellement (il y a peut-être même longtemps), et vous n’arrivez pas à remonter la pente.

Pensez à ce qui vous fait souffrir en ce moment, et pensez aux questions que vous avez, auxquelles vous aimeriez tellement avoir une réponse. « Pourquoi ces choses-là me sont arrivées à moi, et qu’est-ce que je dois faire maintenant ? Qui peut m’expliquer ? J’ai besoin de bons conseils. J’ai besoin de sagesse pour affronter cette difficulté ! »

Allez, j’en rajoute une couche. Votre souffrance aujourd’hui, c’est peut-être la souffrance de vos regrets, la souffrance de vos rêves perdus, la souffrance de votre solitude, la souffrance d’un rejet, la souffrance d’un désir interdit ou d’un amour impossible, la souffrance de votre lutte contre une addiction ou contre un trouble du comportement. Qui sait, cette souffrance est peut-être devenue le décor ordinaire de votre vie. Et quelles sont les questions qui demeurent sans réponse ? « Qui peut me conseiller, qui peut m’aiguiller ? J’aimerais comprendre ! J’aimerais m’en sortir ! J’aimerais savoir quoi faire ! »

Et si vous ne vous reconnaissez dans aucun de mes exemples, vous pourriez peut-être au moins avoir de la peine pour l’état du monde autour de vous. Un monde en proie à la violence, à l’injustice, à toutes sortes de maladies et de virus, à la pollution—un monde où plein d’innocents souffrent et meurent, chaque jour.

Je ne sais pas vous, mais moi, rien que ça, ça me déstabilise, et j’aimerais qu’on m’éclaire ! J’ai des questions ! J’aimerais que quelqu’un me dise : « Assieds-toi, Alex, je vais t’expliquer. Voilà ce qui est en train de se passer, et voilà comment tu devrais réagir. »

Vous aimeriez recevoir de bons conseils face à la souffrance ? Vous aimeriez recevoir un peu de sagesse dans le malheur ? Vous avez bien fait de venir aujourd’hui ! Parce que c’est ce que vous allez recevoir… si vous écoutez bien cette prédication !

C’est le but en tout cas du passage de la Bible auquel on va s’intéresser dans un instant. C’est un passage très important dans le livre de Job, parce que c’est une sorte de « point d’étape », à peu près au milieu du livre. On va tirer des leçons de tout ce qu’il y a eu jusqu’ici. On va en tirer un peu de sagesse. Et ensuite, on va passer à une autre phase de l’histoire.

Alors je vous rappelle juste que Job, c’est un homme extrêmement intègre qui a extrêmement souffert, et que ses trois amis sont convaincus que Job a dû faire quelque chose de mal pour souffrir comme ça. Et donc ils lui font des reproches, mais Job se défend en disant : « Non, je suis quelqu’un d’intègre et je n’ai rien fait pour mériter tout ça. » Ça a duré 24 chapitres ! (Et 10 prédications que vous pouvez toutes retrouver sur le site internet de l’église !)

Mais la moralité de tout ça, c’est quoi ? Voilà la question qui est posée maintenant. Quelle est la sagesse qu’on peut tirer de tout ça, et qu’on va pouvoir appliquer à ce qui nous fait souffrir aujourd’hui ? Eh bien c’est finalement très simple, mais c’est super important, et on va essayer de voir ce que ça veut dire en pratique pour nous. Cette leçon c’est la suivante : dans ton malheur, ne te lasse pas de croire Dieu, et de faire le bien. C’est simple, mais c’est le meilleur conseil qu’on puisse appliquer à toutes nos souffrances.

1/ Le malheur des justes existe (27.1-6)

Alors on va lire le texte biblique au fur et à mesure de la prédication, mais pour une fois, dans tout le passage, il n’y a que Job qui parle. Et ce n’est pas juste la suite de ce que Job était en train de dire en réponse à Bildad (ch. 26) ; c’est une nouvelle prise de parole. Job passe à autre chose, il re-prend la parole, pour faire le bilan de tout ce qui s’est passé jusqu’ici.

Et dans un premier temps (27.1-6), Job va réaffirmer très solennellement son innocence. Il sait dans son for intérieur qu’il est sincère et docile devant Dieu, et donc que ses souffrances ne sont pas un châtiment qu’il aurait attiré sur lui à cause d’un péché particulier. Et ça, c’est le premier point, la première conclusion qu’on peut tirer de tout ce qu’on a vu jusqu’ici : c’est que le malheur des justes existe.

(Lecture de Job 27.1-6)

Vous avez vu ce qui se passe ici ? Job commence par dire : « Dieu est vivant » (v. 2), c’est une façon de donner énormément de poids à ce qu’il va dire. Un peu comme s’il mettait la main sur la Bible et qu’il jurait qu’il allait dire la vérité. Un peu comme les gens qui disent de nos jours : « Sur la Mecque, c’est vrai ! ». Et qu’est-ce que c’est, que Job tient à dire avec tant de gravité ? C’est qu’il est un homme intègre. Il n’est pas un hypocrite qui fait secrètement le mal, mais il est un homme droit devant Dieu.

Encore une fois, Job ne prétend pas être parfait ! Il n’a jamais prétendu être sans péché. Ce qu’il veut dire, c’est qu’il a un cœur sincère devant Dieu, et une conscience tranquille. Il est humble devant Dieu, il aime les voies de Dieu, il cherche à vivre selon les voies de Dieu. Et pour ça, il s’examine lui-même, pour voir s’il marche dans la justice. Et le verdict ? Son cœur ne lui fait pas de reproche (v. 6).

Donc c’est la première chose que Job veut dire au moment où il veut faire ce « point d’étape ». « Oui, Dieu tout-puissant est la cause première de mes souffrances, puisqu’il est souverain, mais en même temps, je suis intègre et je compte persévérer dans mon intégrité. » Job est en train de dire en quelque sorte : « Je suis en bons termes avec Dieu, et pourtant Dieu permet que je souffre terriblement. » Ou inversement : « Dieu permet que je souffre terriblement, et pourtant je suis en bons termes avec lui ! »

Le malheur des justes existe. Voilà déjà une leçon extrêmement importante à tirer de l’histoire de Job, n’est-ce pas ? On a besoin d’intégrer cette réalité dans notre vision du monde, et dans la perception de nos propres souffrances.

C’est un peu comme la découverte du feu. Les hommes préhistoriques, ils ne savaient pas que le feu ça existait, tant qu’ils ne l’avaient pas découvert. Vous imaginez ? On monde où on ne connaîtrait pas le feu, ce serait un monde différent ! Mais une fois qu’on a découvert que le feu ça existait (ce truc étrange où une matière combustible peut générer de la lumière et de la chaleur en brûlant), eh bien notre vision (perception) du monde a changé quelque peu !

De la même façon, il faut absolument qu’on comprenne que le malheur des justes existe. C’est un truc étrange, peut-être que ça nous dérange, mais ça existe. On peut être humble et sincère et docile devant Dieu, et quand même souffrir terriblement. On peut être gentil et bon, et ne pas faire de mal à une mouche, et le malheur peut quand même survenir dans notre vie. C’est une réalité dans notre monde, et c’est une composante de notre existence. Ça existe !

On en a déjà beaucoup parlé dans le cadre de cette série de prédications, donc je ne vais pas trop m’étendre là-dessus, mais il faut absolument qu’on se rappelle que ce qui nous fait souffrir aujourd’hui n’est pas nécessairement corrélé à un problème qu’il y aurait dans notre relation avec Dieu. On peut être proche de Dieu, aimer Dieu, aimer sa Parole, désirer le suivre, ne rien lui cacher, et quand même souffrir parce qu’on est malade, ou triste, ou pauvre, ou seul, ou déprimé, ou déçu, ou fatigué, ou tenté, ou attaqué…

L’apôtre Pierre dit à des croyants de son époque :

« Mes bien-aimés, ne soyez pas surpris de la fournaise qui sévit parmi vous pour vous éprouver, comme s’il vous arrivait quelque chose d’étrange. » (1 Pi 4.12)

Vous voyez ? Le malheur des justes existe !

Alors bien sûr, un peu plus loin, l’apôtre Pierre ajoute :

« Que personne parmi vous n’ait à souffrir pour avoir tué, volé, fait le mal ou pour s’être mêlé des affaires d’autrui. » (1 Pi 4.15)

Ça veut dire que dans nos souffrances, on doit toujours s’examiner soi-même—comme le fait Job. Mais si on est sincère devant Dieu, si on ne lui cache rien, si on lui confesse nos fautes, alors il faut qu’on puisse dire : « Oui, Dieu autorise cette souffrance dans ma vie, et en même temps, il porte sur moi un regard favorable, plein d’amour et de compassion. »

C’est ce qui nous amène au deuxième point.

2/ Le malheur ne condamne pas (27.7-23)

Deuxièmement : le malheur ne condamne pas.

On va prendre la suite du texte, et on va voir que Job, maintenant, va revenir sur les reproches que ses amis lui ont faits. Et voici ce que Job va faire : il va utiliser leurs paroles contre eux.

Vous allez voir, c’est intéressant, parce qu’en écoutant Job, on va avoir l’impression qu’il est d’accord avec ses amis, en disant que le malheur est réservé aux méchants. Mais en fait, ce que Job est en train de dire, c’est : « Vous m’accusez depuis tout-à-l’heure, et vous me condamnez en supposant que je suis méchant et donc que je mérite ce malheur. Mais en fait, en m’accusant à tort, c’est vous qui êtes à la place du méchant ! Et donc je vous laisse juste assumer ce que vous avez dit concernant les méchants ! »

(Lecture de Job 27.7-23)

Vous voyez que c’est bizarre. Si on sortait tout ça de son contexte (surtout les v. 8-23), on croirait que c’est un des amis de Job qui parle. Et pour cause ! Job reprend très clairement les éléments de langage de ses amis. Au verset 13, il cite même quasi-textuellement une parole de Tsophar (cf. 20.29). Mais la clef pour comprendre ce que Job est en train de faire, se trouve au verset 7 :

« Que ce soit mon ennemi qui soit traité en méchant, et celui qui se dresse contre moi en homme injuste ! » (Segond 21)

Autrement dit : « Vous êtes tellement sûrs de vous… eh bien que vos paroles se réalisent, alors ! OK ! Que le méchant soit condamné et châtié et détruit ! ».

C’est une forme d’imprécation (de malédiction) assez ironique, et assez effroyable en même temps. Le but, c’est de nous montrer que l’attitude des amis de Job depuis le début (ou presque) a été très mauvaise. Ils ont été vachement téméraires en interprétant les malheurs de Job de manière à l’accuser et à le condamner. Ils se sont mis dans une position extrêmement dangereuse, en fait, en accusant celui à qui Dieu ne faisait pas de reproches.

C’est comme si je disais : « Ce gars est un menteur et je pense que les menteurs doivent aller en prison pour le reste de leur vie ! » Et qu’en fait, en accusant ce gars d’être un menteur, je sois moi-même en train de mentir !

Donc les amis de Job se sont mis dans une position extrêmement dangereuse en utilisant les souffrances de Job contre lui. Ils ont interprété les souffrances de Job comme étant un châtiment de Dieu contre Job—mais c’est archi-faux ! En réalité, les souffrances de Job n’accusent pas Job. Ils n’auraient jamais dû réfléchir comme ça, ces pseudo-amis !

Et ça aussi, c’est une leçon extrêmement importante à tirer de cette histoire. C’est que le malheur ne condamne pas. Écoutez bien : on ne devrait jamais utiliser le malheur de quelqu’un pour l’accuser. Je le dis avec prudence et gravité, mais la souffrance de quelqu’un ne devrait jamais être utilisée pour lui faire des reproches. En fait, on ne devrait même jamais utiliser nos propres souffrances… comme un motif de condamnation contre nous-mêmes !

En fait, si le malheur des justes existe, ça veut dire tout simplement que le malheur n’est pas un indicateur fiable du péché ! Le malheur en lui-même ne condamne pas ! Le malheur ne prononce pas de verdict. Qu’est-ce qui nous révèle le péché ? Ce n’est pas le malheur. C’est la parole de Dieu, c’est la révélation de Dieu consignée dans les saintes Écritures. Voilà ce qui nous révèle le péché. Voilà ce qui prononce un verdict sur notre vie.

Si je peux schématiser un peu. Imaginez que je boive énormément d’alcool au point de me rendre ivre tous les soirs. Et que je commence à souffrir terriblement du foie. Est-ce que je dois arrêter de boire parce que j’ai mal ? Non, je dois arrêter de boire parce que c’est mal. Il y a des gens qui boivent autant et qui ne souffrent pas particulièrement du foie. Il y a des gens qui souffrent du foie et qui ne boivent pas particulièrement beaucoup. Le malheur, en lui-même, ne condamne pas. Vous comprenez ?

C’est la parole de Dieu qui nous révèle ce qui ne va pas dans notre vie, ce ne sont pas nos souffrances. Si nos souffrances révèlent quelque chose, c’est notre fragilité, pas notre culpabilité. Et si elles doivent produire quelque chose, c’est l’humilité, c’est l’examen de soi, certes, mais en attisant notre intérêt pour Dieu et sa parole. Le malheur ne condamne pas, mais il peut servir d’aiguillon pour tourner notre attention vers Dieu.

Un jour, Jésus parlait à ses disciples et il leur a dit : « Vous voyez ces gens qui sont morts dans des conditions assez horribles, vous pensez qu’ils étaient plus coupables que les autres ? Non ! Mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous de même. » (cf. Lc 13.1-5) Job est en train de dire un peu la même chose à ses amis ! « Plutôt que d’utiliser mes souffrances pour me condamner, vous devriez plutôt vous humilier, sous peine d’être vous-mêmes en fin de compte jugés du jugement dont vous aurez jugé ! » (cf. Mt 7.1-5)

Donc on ne doit pas juger les autres parce qu’ils souffrent, on ne doit pas utiliser leur malheur pour les accuser ou les mépriser. La souffrance n’est pas un indicateur de moralité.

Et ce qui te fait souffrir aujourd’hui ne te condamne pas non plus. Certes, si tu pratiques le mal, tu as de quoi culpabiliser : tourne-toi vers Dieu, demande-lui pardon et sois réconcilié avec lui. Mais si tu as mal, tu n’as pas à culpabiliser pour ça (pour ta douleur). Ta maladie ne te condamne pas, ta dépression ne te condamne pas, ton chagrin ne te condamne pas, ta solitude, ta peur, tes regrets, tes tiraillements intérieurs, tes luttes et tes tentations ne te condamnent pas.

Alors si le malheur ne condamne pas, comment interpréter le malheur dans notre vie ? Eh bien c’est le troisième point.

3/ Le malheur est incompréhensible (28.1-22)

On a compris qu’on était fragile et que la souffrance pouvait survenir dans notre vie du jour au lendemain, alors même qu’on aime Dieu, qu’on cherche sincèrement à le connaître et à le suivre. Cette souffrance peut avoir des formes très différentes : ça peut être physique ou psychologique, matériel ou moral, ça peut viser nos relations, nos émotions, nos pensées, nos désirs… Il y a quelque chose qui vous fait mal aujourd’hui, et ce truc-là ne veut pas dire que vous avez un problème dans votre relation avec Dieu, et ce truc-là ne vous condamne pas.

Mais alors comment le comprendre ce truc-là ? Qu’est-ce qu’il faut en faire ? Comment gérer ? Est-ce qu’on peut aller plus loin ce matin et recueillir un peu plus de sagesse encore de tout ce qui s’est passé depuis le début de l’histoire de Job ? C’est ce que Job se demande. Et il poursuit son discours au chapitre 28 avec cette idée en tête : c’est qu’on est super intelligents en tant qu’humains, alors sûrement qu’on peut la découvrir, cette sagesse face au malheur !

(Lecture de Job 28.1-22)

Voilà. On est peut-être un peu déçu, mais sûrement pas autant que Job ! Son constat, c’est que le malheur est incompréhensible.

Job a tellement souffert, sur tous les plans, et il a été tellement perplexe, et tellement désespéré par moments. Et il a tellement voulu comprendre ! Un commentateur de ce texte dit ceci :

« Le livre de Job, c’est l’histoire d’une quête : celle d’un croyant atteint par le malheur, qui recherche la sagesse, et qui aspire à comprendre pourquoi le monde est tel qu’il est. » (Christopher Ash, Job. The Wisdom of the Cross, p. 280)

Mais vous voyez la conclusion que Job a tirée de son expérience : c’est qu’on voudrait pouvoir théoriser le malheur, mais c’est impossible !

On peut faire des trucs incroyables en tant qu’êtres humains. On peut fabriquer de l’or, du fer ou du bronze à partir de minerai qui se trouve dans la terre. On peut aller chercher ce minerai au fond des montagnes en creusant des galeries là où aucun être vivant n’est jamais allé. On peut trouver des pierres précieuses dans les endroits les plus cachés ou les plus reculés.

On peut aller planter un drapeau sur la lune et faire atterrir un robot sur Mars après sept mois de voyage dans l’espace ! On peut envoyer des sous-marins à 10 000 m de profondeur. On peut créer des symphonies et de la littérature et des sculptures et des tableaux à nous émouvoir jusqu’aux larmes. On peut maîtriser l’électricité et les ondes radio, on peut fabriquer des smartphones et des vaccins. On peut faire des échographies et des IRM et des encéphalogrammes et des coloscopies ! On peut faire un culte au Théâtre de Lulu sur la Colline, et le transmettre en direct sur votre écran à la maison ! Dingue !

Mais toutes les richesses et toutes les capacités technologiques du monde ne nous permettent quand même pas d’acquérir la sagesse. Et dans le contexte du livre de Job, cette sagesse, c’est surtout l’intelligence pour comprendre les mécanismes du malheur dans notre monde. En fait, la question que Job se pose, c’est cette fameuse question éminemment philosophique, théologique et existentielle : pourquoi le mal ? Et la réponse ? Eh bien, « elle ne se trouve pas sur la terre des vivants. » (28.13, 21)

Le malheur est incompréhensible. Le théologien français Henri Blocher a écrit un ouvrage intitulé : « Le Mal et la croix. La pensée chrétienne aux prises avec le mal » (1990). Et dans ce livre, Henri Blocher passe en revue différentes théories qui ont été élaborées dans l’histoire pour expliquer l’existence du mal—mais à la fin, il conclut comme Job, qu’on ne peut pas donner de réponse définitive à cette question. Pas tant qu’on sera sur la terre en tout cas !

Et nous aujourd’hui, il faut qu’on accepte cette réalité quand on est confronté à la souffrance. On peut toujours essayer de remonter la chaîne des causes de ce qui nous fait souffrir, le plus haut possible, mais à la fin on va se perdre. En fait, le malheur, ça arrive, et on n’est pas en position d’en comprendre infailliblement la raison.

Moïse a dit :

« Les choses cachées sont à l’Éternel, notre Dieu ; les choses révélées sont à nous et à nos enfants. » (Dt 29.29)

Le roi David ajoute :

« Je ne m’engage pas dans des questions trop grandes et trop merveilleuses pour moi. » (Ps 131.1)

En fait, ce n’est pas si grave si tu ne sais pas pourquoi il y a ce truc dans ta vie qui te fait souffrir en ce moment. Et encore une fois, je le dis avec humilité et prudence et crainte. Je le dis en tant que personne qui a souffert aussi, et qui souffre encore—donc je ne dis pas ces choses à la légère. Mais malgré toute la perplexité et toute la douleur, malgré les nuits sans sommeil, les troubles de l’appétit, les rides et les cheveux blancs, malgré les larmes, et le désespoir auquel nos souffrances peuvent nous conduire—mon frère ou ma sœur, écoute bien : ce n’est pas si grave si tu ne comprends pas pourquoi.

Ce n’est pas si grave… parce qu’il y a un quatrième point à cette prédication.

4/ Le malheur n’est pas Dieu (28.23-28)

Quatrièmement : le malheur n’est pas Dieu.

Job est en train de poser la question : pourquoi le mal ? Et il dit que la réponse « ne se trouve pas sur la terre des vivants. » Mais il ne dit pas que la réponse n’existe pas. La réponse existe, mais c’est Dieu qui la connaît. Et ce qui est merveilleux, c’est que nous, même si on ne peut pas connaître la réponse ici-bas, en tout cas on peut connaître celui qui la connaît !

Où se trouve donc cette intelligence pour comprendre les mécanismes du malheur dans notre monde ? Écoutez la suite et la fin de cette prise de parole de Job.

(Lecture de Job 28.23-28)

On ne peut pas atteindre la sagesse, nous-mêmes, mais on sait où elle se trouve : auprès de Dieu. C’est logique ! Il en a posé lui-même les fondements (v. 27), il la connaît parfaitement. Et nous, certes, on ne peut pas acquérir cette sagesse ultime, qui est celle de Dieu, mais il y a truc qu’on peut faire, c’est nous fier à Dieu dans la mesure où il se fait connaître à nous.

Et ça, en fait, c’est la réponse la plus élémentaire que nous, on puisse donner au problème du mal. Nous fier à Dieu. Ou selon la formule de Job : « Craindre le Seigneur, et s’écarter du mal. » Voilà la vraie sagesse d’un humain ! C’est la plus grande sagesse dans le malheur, mais c’est aussi la plus grande sagesse tout court ! Craindre le Seigneur et s’écarter du mal, ça veut dire tout simplement faire confiance à Dieu, et lui faire confiance au point de croire ce qu’il nous dit et de faire ce qu’il nous demande.

Et vous savez quoi ? Jetez un petit coup d’œil au tout premier verset du livre de Job.

« Il y avait dans le pays d’Outs un homme dont le nom était Job. Cet homme était intègre et droit ; il craignait Dieu et s’écartait du mal. » (Jb 1.1)

Telle était déjà la devise de Job. Et finalement, après avoir tout perdu, maintenant qu’il est en proie à de terribles souffrances, Job persiste et signe.

Il faut qu’on s’arrête un moment et qu’on soit dans l’émerveillement devant la foi de cet homme qui continue de faire confiance à Dieu malgré tout ce qu’il traverse. Mais qui est ce Dieu que Job connaît et qui est si digne de foi ? Qui est ce Dieu en qui Job continue d’avoir confiance, alors qu’il souffre de pratiquement toutes les manières imaginables ? Comment est-il, ce Dieu, pour que Job lui soit attaché à ce point ?

Job est en train de nous dire : « Tout compte fait, maintenant que j’essaie de tirer des leçons de tout ce qui s’est passé dans ma vie jusqu’ici, eh bien, cher ami de l’église Lyon Gerland qui va vivre 4000 ans après moi : ce n’est pas si grave si on comprend pas pourquoi le malheur survient dans notre vie. Parce que le malheur n’est pas DieuDieu est Dieu. Le malheur n’est pas suprême ; Dieu est suprême. Le malheur n’est pas une réalité ultime ; Dieu est la réalité ultime. Le malheur est passager ; Dieu est éternel. »

Dieu est tout simplement le spécialiste de notre existence. Vous savez, bien souvent dans la vie on fait appel à des spécialistes. Ils ont fait de longues études pour que nous, on n’ait pas à les faires, ces longues études, et qu’on ait juste à sortir la carte bleue à la place ! Le technicien qui a réparé ma pompe à chaleur, par exemple, il n’a pas proposé de me faire passer mon BEP installateur thermique avant d’intervenir sur ma machine. Il est juste venu, il a regardé, il m’a dit ce qu’il fallait faire, et il l’a fait. Et j’ai payé.

Avec Dieu, c’est un peu pareil. Il est le spécialiste de notre existence. Il ne nous explique pas tout, mais il est qualifié pour nous aider. Et il ne propose pas de nous faire passer des diplômes avant d’intervenir dans notre vie. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas de nous donner une réponse théorique au problème de la souffrance, mais une réponse pratique. Il ne veut pas nous expliquer le problème, mais il veut nous résoudre le problème.

Et donc il est venu, il a regardé, il nous a dit ce qu’il fallait faire, et il l’a fait. Sauf qu’on n’a rien à payer. C’est lui qui a payé.

Ce Dieu qui a captivé Job, c’est ce Dieu qu’on connaît encore mieux que Job, parce qu’il s’est fait connaître par tous les prophètes qui sont venus après Job. C’est le Dieu des Saintes Écritures. C’est le « Dieu compatissant et qui fait grâce, lent à la colère et riche en bienveillance et en fidélité. » (Ex 34.6) C’est le Dieu qui est venu et qui a pris la condition d’un homme, en Jésus-Christ, justement pour saisir à bras-le-corps le problème du mal, et nous en délivrer, si on lui fait confiance.

Il a lui-même souffert, sur la croix, où il s’est offert en sacrifice pour prendre sur lui la peine de nos péchés, afin qu’on puisse être définitivement pardonné, réconcilié avec Dieu, et assuré de vivre éternellement dans son paradis. Jésus est ressuscité en vainqueur le troisième jour, et il a garanti par sa résurrection notre future résurrection. Et comme ça, si on a foi en lui, si on lui fait confiance, si on l’aime en retour de son amour, on peut être certain que les malheurs d’aujourd’hui vont passer, et qu’un jour on va être parfaitement consolé de toutes nos peines.

Heureusement que le malheur n’est pas Dieu ! L’Éternel est Dieu. Il est le seul repère vraiment fiable pour nous, le seul refuge sur lequel on peut vraiment compter, la seule voix qui mérite d’être pleinement écoutée et suivie, sans réserve, et quelles que soient les circonstances qu’on traverse !

Alors pensez à ce qui vous fait souffrir en ce moment. Ce malheur vous rappelle votre précarité. Ce malheur, en lui-même, ne vous condamne pas. Ce malheur est peut-être incompréhensible. Mais ce malheur n’est pas Dieu.

Job nous a livré ses conclusions : celles qu’il a pu tirer de tout ce qui s’est passé dans son histoire jusqu’ici. Et ses bons conseils à lui, les conseils de cet homme qui nous a précédés dans la souffrance, et qui a certainement traversé des choses bien pires que ce qu’on aura jamais à traverser, ses bons conseils se résument à ça : dans ton malheur, ne te lasse pas de croire Dieu, et de faire le bien.

Qu’est-ce que ça veut dire, ça, pour toi, aujourd’hui ? Qu’est-ce que ça veut dire, se fier à Dieu, dans ton malheur, ce matin ?

Si tu ne connais pas encore personnellement Jésus-Christ, ça veut dire croire ce que Dieu te dit sur lui dans la Bible. Ça veut dire remettre à Jésus les commandes de ta vie parce qu’il t’aime et qu’il veut te sauver du mal et de la mort. Ça veut dire dès maintenant, décider que tu vas te fier à lui plus qu’à tout autre chose dans la vie. C’est par là que ça commence !

Et ensuite, si tu es un disciple de Jésus, alors ne pas te lasser de croire Dieu et de faire le bien, ça veut dire continuer de faire ce que Dieu te demande, même dans le malheur quand tu n’en as pas du tout, mais alors pas du tout envie. Ou bien quand tu serais tenté d’essayer autre chose parce que ça aurait l’air un peu plus efficace pour résoudre tes problèmes.

Ça ne se passe pas très bien dans ton boulot ? Ne commence pas à médire ou à tricher, mais continue de t’appliquer et de bénir ton entourage, parce que ce que tu fais, tu le fais pour le Seigneur. Tu es dans le besoin financièrement ? Ne t’engage pas dans des activités malhonnêtes, mais continue de présenter tes besoins dans la prière à Dieu, et à tes amis de l’église.

Tu as été trahi par quelqu’un de proche ? Ne le maudis pas en retour, mais cherche à être réconcilié, si possible. Tu as perdu quelqu’un que tu aimais beaucoup ? Ne te fige pas dans le regret et l’amertume comme si Dieu n’était pas souverain, mais fie-toi à sa providence, et pleure avec Dieu.

Tu es malade, blessé ou handicapé ? Ne te lasse pas de croire Dieu, quand il dit que la maladie passera et que nos corps mortels un jour revêtiront l’immortalité (1 Co 15.53). Ne te lasse pas de servir Dieu et ton prochain selon les capacités que Dieu t’a données aujourd’hui.

Tu as été traumatisé par une agression ? Ne te lasse pas de croire Dieu quand il te dit que cet événement ne te définit pas, que ce n’est pas de ta faute, et que tu es digne et important et précieux à ses yeux parce qu’il t’a revêtu pour toujours de la justice de son Fils Jésus-Christ. Ne te lasse pas de croire que le mal peut être changé en bien—qui sait, peut-être que ton témoignage va consoler un frère ou une sœur qui est aussi passé par là.

Tu souffres de dépression, de regrets, de rêves perdus, de solitude, de rejet, d’un désir interdit, d’un amour impossible, d’une lutte contre l’addiction ou contre un trouble du comportement, ou tout simplement du constat que le monde va mal, tout autour de toi. Dans ton malheur, ne te lasse pas de croire Dieu et de faire le bien. Ne te lasse pas de le croire quand il te renouvelle sa grâce, quand il te dit qu’il t’aime et quand il t’enseigne ses voies.

Comme le dit l’apôtre Jacques :

« Prenez, mes frères, pour modèles de souffrance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Voici : nous disons bienheureux ceux qui ont tenu ferme. Vous avez entendu parler de la fermeté de Job… » (Jc 5.10-11)

Et l’apôtre Pierre :

« Que ceux qui souffrent selon la volonté de Dieu, remettent leur âme au fidèle Créateur en faisant le bien. » (1 Pi 4.19)

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