Élihou, la solution ?

Par Alexandre Sarranle 14 mars 2021

On a tous tendance assez naturellement à vouloir régler les problèmes de notre existence par nous-mêmes. C’est normal, en fait, parce qu’en tant qu’êtres humains adultes, on est quand même assez intelligents, on est débrouillards, on a de l’expérience, on a des connaissances, on a des livres, bref, on a une capacité assez phénoménale de réfléchir et de résoudre des trucs.

Et puis arrive, un jour, ce truc insurmontable. Un accident, une maladie, une catastrophe, un traumatisme, un décès. Et là ce qui est dur, c’est de reconnaître, et d’accepter, qu’on n’a peut-être pas les moyens de résoudre cette souffrance. On ne peut pas « résoudre » un cancer, ou un handicap, ou les séquelles d’une agression, ou une dépression chronique, ou la perte d’une personne qu’on aimait beaucoup.

Alors on se débat contre cette impuissance de bien des manières différentes. On peut devenir obsédé par son malheur, et passer ses journées à y penser, avec des ruminations constantes et une très grande anxiété. On peut aussi commencer à avoir des pratiques qu’on appelle des « stratégies de coping » (ou de compensation), qui visent à soulager la souffrance, et nous donner l’impression d’un certain contrôle. On peut être tenté par les sectes, les médecines alternatives, l’occultisme, les guérisseurs, les chamans…

Parce que l’idée qu’on puisse être livré au malheur sans qu’on n’ait à notre disposition les moyens d’en sortir… nous est foncièrement scandaleuse ! Ça nous dérange tellement ! Et donc on essaie par tous les moyens possibles de trouver la solution à notre problème.

Et si on est croyant, bien souvent notre foi en Dieu va augmenter notre perplexité—et non pas la diminuer ! « Dieu est puissant et bon, et pourtant il m’envoie ce malheur devant lequel je suis impuissant. Je prie, et ça ne change rien. Je n’ai rien fait de mal en particulier, et pourtant j’ai l’impression d’être puni. Pourquoi, Seigneur ? Tu ne veux pas au moins m’expliquer ? »

Et parfois, devant notre impuissance, eh bien ce qui se passe, c’est qu’on se replie sur soi-même. On est fatigué, on est épuisé même, on a peut-être un sentiment plus ou moins pesant de honte et de culpabilité, on est peut-être aussi en colère, ou tout près du désespoir, en tout cas on finit par se résigner, et on décide d’aménager un espace pour cette souffrance à l’intérieur de notre vie. On accepte, sous la contrainte, d’être colocataire de notre souffrance, on se retire à l’intérieur de notre maison avec notre souffrance et on ferme la porte derrière soi. Au lieu de vivre, on se met à survivre.

C’est dur de reconnaître, et d’accepter, qu’on n’a peut-être pas les moyens de résoudre notre souffrance. Qu’est-ce qu’on doit faire par rapport à ça ?

Et là vous vous dites : « Ah oui, c’est vrai, on est encore dans le livre de Job ! J’aurais dû sauter ce dimanche et m’inscrire directement pour dimanche prochain, où c’est Denis qui va prêcher sur autre chose que le thème du malheur, de la souffrance, de la crise existentielle, du désespoir et de la mort ! » Mais écoutez : il va y avoir du nouveau aujourd’hui !

C’est vrai que là où on s’était arrêté la dernière fois, c’était quand même encore assez déprimant (ch. 31). Job, cet homme extrêmement intègre qui a été extrêmement affligé, vient de faire le bilan de sa vie, et il nous a fait comprendre combien il était malheureux, et combien il désirait se retrouver au paradis. Certes, au fil de ses différentes prises de parole, il a eu des intuitions très fortes sur la manière dont il pourrait, peut-être, accéder au paradis et être consolé de toutes ses souffrances.

Mais à la fin du chapitre 31, il est coincé. Toutes ses réflexions, toute son expérience, et tous les conseils de ses amis, ça n’a servi qu’à lui montrer—ou lui souligner—combien il était impuissant devant son malheur. Il souffre, et c’est à n’y rien comprendre, aurait-il dit aujourd’hui. La seule chose à faire, apparemment, c’est craindre Dieu ; tout le reste n’est que vanité (cf. ch. 28) ! Super, la vie d’un croyant…

Mais il va y avoir un rebondissement incroyable dans le récit. Un nouveau personnage fait son apparition. On ne sait pas d’où il sort, il n’a jamais été question de lui jusqu’ici ! Il s’appelle Élihou, et à travers lui, on va commencer à avoir des réponses. Peut-être qu’Élihou va proposer une solution à Job (d’où le titre de ma prédication !).

Et tout le message de ce texte pour nous aujourd’hui, c’est le suivant : on n’a peut-être pas à notre disposition les moyens de résoudre notre souffrance, mais dans notre souffrance, si on est croyant, on n’est pas seul : Dieu nous parle et il veut assurément prendre soin de nous ! Et ça, c’est déjà une réponse à notre impuissance devant le malheur.

1/ Arrête-toi et ouvre la Bible (ch. 32)

Premier point : arrête-toi et ouvre la Bible. L’idée, c’est que face à ce truc insurmontable qui te tourmente en permanence, et contre lequel tu te bats chaque jour sans répit, mais sans succès, juste arrête-toi un moment, et tourne ton attention vers les informations infaillibles que Dieu a voulu te faire connaître. Et qui, pour nous, se trouvent dans la Bible.

Regardez ce qui se passe dans le texte (ch. 32). Élihou fait irruption dans l’histoire, et il déboule sur la scène, si j’ose dire, de manière très spectaculaire. Il est très pressé de parler ! Le texte dit qu’il est en colère contre Job et contre les trois autres (v. 2-5), mais qu’il se retenait de prendre la parole (v. 6-7). Il est très frustré par tout ce qu’il a entendu (ch. 3-31). Il a vraiment plein de choses à dire (v. 16-18), et il est pressé de parler, il trépigne d’impatience pour pouvoir dire ce qu’il a à dire (v. 19-20).

Il dit même qu’il est comme une outre qui va éclater (v. 19). C’est comme quand on a très, très besoin d’aller aux toilettes et qu’on a l’impression que notre vessie va éclater. Encore un peu, et on ne va plus pouvoir se retenir ! « C’est comme du vin sous pression », dit Élihou (v. 19), c’est-à-dire comme du vin qui est en train de fermenter, mais quand ça fermente, ça génère du gaz, et s’il n’y a pas de soupape, le récipient va exploser !

Élihou a très, très besoin de parler. Pourquoi ? Il nous le dit : c’est parce que « l’esprit » le presse (v. 18). Et quel est cet esprit ? C’est « le souffle du Tout-Puissant, qui lui donne l’intelligence. » (v. 8)

Élihou a des choses à dire de la part du Tout-Puissant. Élihou est pressé par le Saint-Esprit. Il est frustré d’une sainte frustration. Job a exprimé sa douleur et sa perplexité, et en réponse, on a eu des gens qui représentaient l’âge et l’expérience et la sagesse humaine : c’était les trois amis de Job. Mais personne n’a su donner de bons conseils. Personne n’a su répondre (v. 12).

Élihou a écouté tout ça et il n’en peut plus ! Il a un besoin pressant… de parler de la part de Dieu. Et ce qui doit vraiment nous frapper dans la manière dont le personnage d’Élihou nous est présenté (et dans la manière dont Élihou lui-même se présente), c’est cette nouveauté dans le récit : tiens, quelqu’un va parler de la part de Dieu ! Tiens, dans cette situation, il est possible que Dieu lui-même apporte un éclairage à travers une révélation spéciale, par l’intermédiaire d’un homme qui serait animé du Saint-Esprit !

C’est d’autant plus frappant qu’on découvre que cet homme, Élihou, était là depuis le début ! Il était plus jeune donc il n’osait pas se faire remarquer, mais il a tout écouté (v. 11-12). Et il n’attend qu’une chose, c’est de pouvoir dire ce qu’il a à dire. La sagesse des hommes s’est épuisée, si intelligents et si âgés et si expérimentés qu’ils aient pu être, ces hommes.

Rappelez-vous qu’Éliphaz s’est appuyé sur une expérience occulte (4.12-17), Bildad s’est référé à la sagesse ancestrale des hommes (8.8-10), et Tsophar a spéculé sur ce que Dieu dirait s’il pouvait parler (11.5-6) ! Et tous se sont trompés. On a donc un besoin urgent, pressant, de révélation spéciale de la part de Dieu. On a besoin du prophète Élihou.

On va voir dans un instant ce qu’Élihou va dire de la part de Dieu. Mais il y a déjà une application à tirer de ce premier point. Arrête-toi et ouvre la Bible. Il y a un truc insurmontable dans ta vie, un malheur, une souffrance qui te ronge et qui te mine, et qui t’obsède peut-être, un truc qui t’empêche de dormir, et qui t’angoisse, et que tu retournes dans tous les sens dans ta tête, parce que tu cherches désespérément un remède ou une solution… Eh bien arrête-toi un instant et tourne ton attention vers ce qui est infaillible—vers la Bible.

Comme vous tous, je suis moi-même passé par des moments difficiles dans ma vie. Et pendant une épreuve en particulier où je ne savais vraiment pas quoi faire, où je ne voyais vraiment pas de solution, une des choses qui m’a fait le plus de bien a été de suivre le plan de lecture de la Bible en un an. Je l’ai fait en tenant un carnet, où j’ai noté, chaque fois que je lisais la Bible, des choses que je trouvais intéressantes ou pertinentes pour moi. J’ai rempli 147 pages de notes en une année de lecture.

Ça ne m’a pas résolu mon problème. Mais ça m’a aidé à rester ancré dans la vérité, au lieu de me perdre dans mes ruminations.

La Bible sur votre étagère ou sur votre table de nuit, c’est comme Élihou sur le bord du terrain. Votre Bible est une outre neuve qui va éclater, si vous ne l’ouvrez pas. Votre Bible est un fût de bière qui est en train de fermenter, mais qui n’a pas de soupape—dans ton malheur, vas-y, bois ! Bois de cette eau vive que Dieu te donne pour ton bien. Ouvre la Bible !

2/ Arrête-toi et ouvre ta porte (33.1-13)

Mais ce n’est pas tout. Deuxièmement, arrête-toi et ouvre ta porte. L’idée cette fois, c’est que dans ton malheur, peut-être que tu ne sais pas du tout quoi faire, tu te sens impuissant et désemparé, mais tu peux accueillir l’amitié de tes frères et sœurs dans la foi.

Revenons au texte. Élihou s’est présenté de manière générale (ch. 32), mais maintenant, il va commencer à s’adresser directement, personnellement, à Job (ch. 33). Et ce qui doit nous frapper dans un premier temps (v. 1-13), c’est la gentillesse d’Élihou. Ce n’est peut-être pas très évident à la simple lecture du texte, mais il y a des indices qui nous montrent que la manière d’être d’Élihou avec Job est très différente de celle des trois amis.

D’abord, c’est la toute première fois dans tout le livre de Job que quelqu’un s’adresse à Job en l’appelant par son nom. Aucun des trois autres n’a même prononcé le nom de Job. Dieu a utilisé le nom de Job, à la troisième personne (dans le prologue), Satan aussi, et le narrateur aussi (« Job prit la parole », « Job répondit »…). Mais pour la première fois, au chapitre 33, enfin, quelqu’un dit : « Maintenant donc, Job, écoute mes propos. »

Rien que ça, c’est la marque d’un grand respect et d’une grande affection. C’est très personnel. C’est comme quand vous êtes dans une conversation au téléphone, ou quand vous écrivez un email, et que vous insérez dans une phrase le prénom de la personne à qui vous vous adressez. « Écoute, je voulais te dire, Gilles, combien j’apprécie le service que tu m’as rendu. » « Je me fais beaucoup de souci pour toi, Kalhou, par rapport à ce problème-là que tu m’as partagé. » « Sache bien, cher Denis, que je prie pour toi avec beaucoup d’affection. »

Élihou n’est pas comme les autres. Et regardez bien comment il aborde Job : il ne lui rentre pas dedans sans ménagement ! Il le prévient qu’il a quelque chose à lui dire (v. 1-2), il lui explique qu’il va lui parler avec sincérité (v. 3), sous l’inspiration de Dieu (v. 4), il l’invite à entrer dans un dialogue (v. 5), il est humble (v. 6) et prévenant (v. 7).

Élihou a une parole prophétique à dire, mais cette parole vient à Job par l’intermédiaire d’un homme gentil, de quelqu’un de bienveillant, d’un frère. Et c’est important, parce que la première chose qu’il va dire, ce n’est pas quelque chose de facile à entendre.

Ce qu’Élihou veut transmettre à Job, c’est un avertissement. Alors il est doux, il montre à Job qu’il l’a écouté attentivement (v. 8-11), et ensuite il lui dit : « Job, tu dois faire attention. Parce que la façon dont tu parles donne l’impression que tu te mets sur un pied d’égalité avec Dieu. On dirait que tu veux te disputer avec Dieu. Et ça, ce n’est pas bien. » (v. 12-13)

Vous voyez, Job n’a peut-être rien à se reprocher, mais ça ne veut pas dire qu’il n’a pas besoin d’être instruit ou averti. Il n’a rien fait pour mériter ses souffrances, certes, mais dans ses souffrances, il a quand même besoin d’une parole extérieure qui va l’éclairer, le guider, et peut-être le corriger. Et cette parole, qui est en fait une parole de grâce, lui vient par un ami. Le texte est vraiment en train de souligner l’amitié d’Élihou, sa bienveillance, sa fraternité.

Le pasteur et auteur Dave Furman, lui-même handicapé, parle beaucoup de l’importance de l’amitié chrétienne quand on passe par la souffrance. Dans son livre Être là. Accompagner ceux qui souffrent, il a même un chapitre intitulé : « Les conversations difficiles. » Il raconte son propre témoignage d’avoir été averti par des amis chrétiens alors qu’il était lui-même en proie à la souffrance, mais qu’il était aussi en train de laisser sa souffrance l’aveugler.

Et il écrit :

« Lorsqu’une personne passe par l’épreuve, sa souffrance fait inévitablement ressortir son péché. Les moments difficiles de notre vie sont de parfaites occasions pour que notre égoïsme soit mis en lumière. L’une des meilleures façons dont nous pouvons servir ceux qui souffrent, c’est de les reprendre avec amour et tact en les aidant à se rendre compte de leur péché et en tournant leurs regards vers Christ. » (Éditions Ourania, p. 111)

Alors dans ta souffrance, arrête-toi et ouvre ta porte. Ouvre ta porte à tes amis dans la foi. Ne te replie pas sur toi-même, ne te renferme pas sur toi-même, mais ouvre-toi aux autres. Entretiens ta relation avec les frères et sœurs de ton église, fais-en une priorité, dans ton malheur. Partage tes difficultés avec eux, et accueille leur amour. Ne reste pas tout seul, au risque de laisser ta souffrance t’aveugler, peut-être t’emporter.

Et dans l’autre sens aussi : si ce n’est pas toi qui souffres, arrête-toi et ouvre ta porte… à celui qui est malheureux ! Sois un Élihou pour quelqu’un, approche-toi de cette personne, apprends à la connaître et à l’aimer, invite-là, rends-lui visite, écoute-là, pleure avec elle, prie pour elle, montre-lui du respect et de l’affection et de la fraternité.

3/ Arrête-toi et ouvre ton cœur (33.14-22)

Mais ce n’est pas tout. Troisièmement, devant ta souffrance, arrête-toi et ouvre ton cœur. Ouvre ton cœur à ce que le bon Père céleste est en train de faire dans ta vie.

Revenons encore au texte. Élihou maintenant va développer un peu sa réponse. Il a dit à Job qu’il n’avait pas raison de penser pouvoir protester contre Dieu, ou contester la manière d’agir de Dieu, comme si Job pouvait avoir des arguments pour mettre Dieu en tort ! Du moins Élihou réagit à cette impression que Job pouvait donner par ses propos.

Mais donc maintenant, Élihou va expliquer un peu plus ce qu’il pense. Et sa thèse, c’est quelque chose que personne n’avait encore dit ou suggéré dans le texte. C’est que Dieu a peut-être voulu la souffrance dans la vie de Job pour enseigner quelque chose à Job.

Élihou rappelle à Job que Dieu utilise des moyens différents pour enseigner des choses aux gens (v. 14-18), et donc pourquoi il n’utiliserait pas aussi la souffrance ? (v. 19-22) D’ailleurs, qu’est-ce que l’homme a le plus besoin d’apprendre, sinon l’humilité, et le fait qu’on est des êtres vulnérables qui sommes de toute façon en route vers la mort ? Du coup, la souffrance, c’est justement un moyen très efficace de nous faire prendre conscience de ces réalités, non ?

La souffrance nous fait relativiser notre puissance, nos richesses et notre intelligence, à l’ombre de la mort qui approche (v. 17-18 et v. 20-22).

Si la souffrance nous fait prendre conscience de ces choses, si elle nous les fait sentir, si elle met notre fragilité sous nos yeux et si elle l’imprime dans notre chair, de manière à détruire notre suffisance et à extirper les espoirs qu’on plaçait en nous-mêmes—si la souffrance produit ces choses, alors c’est bien pour nous ! (Cf. 2 Co 12.7)

Et c’est ce qu’Élihou veut faire comprendre à Job. Élihou apporte en fait un élément de réponse à la perplexité de Job, qui s’insurgeait contre son malheur, et qui s’écriait depuis le début : « Pourquoi, Seigneur ? » Et Élihou lui dit : « Parce que dans sa bonté, dans son amour, même, dans sa condescendance (au sens positif de Dieu qui s’abaisse pour s’occuper de nous), eh bien Dieu est en train de t’apprendre quelque chose. »

Job avait d’ailleurs déploré le fait que Dieu ne semblait pas lui parler ou répondre à ses prières (cf. 30.20), mais il se trouve que Dieu est en train de lui parler, par la souffrance !

Mais Job s’était replié sur lui-même, il était devenu tout centré sur lui-même et sur son malheur, et par conséquent, il avait commencé à « se justifier lui-même plutôt que Dieu » (cf. 32.2, littéralement). Vous comprenez ce que ça veut dire ? Job se concentrait sur sa justice plutôt que sur celle de Dieu. Il se souciait de démontrer que lui, n’avait rien fait de mal pour mériter ce qui lui arrivait, plutôt que de se soucier du bien que Dieu était peut-être en train de faire à travers ses souffrances.

Alors arrête-toi et ouvre ton cœur. Qu’est-ce que Dieu est en train de t’apprendre à travers ton malheur ? Quelle belle œuvre Dieu est-il en train d’accomplir dans ta vie, au moyen des souffrances que tu es en train de traverser ?

L’auteur Dan McCartney, dans son livre Pourquoi faut-il souffrir ? (Éditions Cruciforme), écrit ceci : « Dieu utilise parfois la souffrance parce qu’il faut la douleur pour attendrir la conscience endurcie. » (p. 102)

Dans plein de domaines de la vie, on sait qu’on doit souffrir pour apprendre. On doit souffrir pour progresser. On doit souffrir pour se perfectionner. Tous les plus grands champions, dans la plupart des sports, ont dû souffrir pour devenir meilleurs. Même quand on est tout petit, on apprend des choses par la souffrance. C’est parce que ça fait mal que j’apprends qu’il faut être prudent avec la porte du four, ou que je dois faire attention dans l’escalier. La douleur est une fonction bienfaisante de notre organisme, en fait ! Imaginez un enfant qui doit apprendre la vie alors que son système nerveux ne lui envoie aucun signal douloureux. Imaginez combien la vie serait dangereuse, en fait, pour quelqu’un comme ça !

Le pasteur puritain Richard Baxter (XVIIe siècle), écrit ceci, dans son livre Le Ciel ou le vrai repos (Europresse), dans un chapitre intitulé « Le ciel n’est pas sur la terre » :

« Le chrétien tourne souvent ses pensées vers la richesse, le plaisir et la gloire terrestres. Il perd ainsi le goût qu’il avait pour Jésus-Christ et les joies d’en-haut, car ses pensées et espérances terrestres possèdent une ardeur vivace. Mais l’affliction vient les refroidir et les modérer. Son langage convaincant se fait entendre même quand l’oreille se ferme au prédicateur. Dieu vient toucher ses richesses, sa famille, sa conscience ou sa santé. Il renverse cette assise apparemment si solide, et le pauvre homme se retrouve à gémir cloué sur un lit de douleur. Le monde perd toute sa valeur pour lui, et le ciel recouvre son importance. Si le Seigneur bien-aimé ne plaçait ces épines dans notre vie, nous la passerions à dormir et perdrions la gloire à venir. » (p. 107)

4/ Arrête-toi et ouvre les bras (33.23-33)

Mais il y a un dernier point. Arrête-toi et ouvre les bras. Dans ton malheur, ouvre les bras pour accueillir ton rédempteur, ou peut-être plutôt : pour être accueilli par ton rédempteur.

Regardez la fin du passage qu’on a lu (v. 23-33). Élihou vient de dire à Job que Dieu était peut-être en train de lui enseigner quelque chose par la souffrance. Mais il ne s’arrête pas là, comme s’il disait : « Voilà, il suffit de voir les choses du bon côté ! Lève la tête, fais-moi un petit sourire ! Si tu as des problèmes, fais-en une petite chanson comme Dora l’Exploratrice et ça ira mieux après ! »

Mais non, Élihou reconnaît que les malheurs de Job sont horribles, quand bien même Dieu les utiliserait pour lui enseigner quelque chose. Et donc Élihou veut aussi présenter une véritable consolation à Job. Et pour ça, il va lui parler du cœur de Dieu. Il va lui parler de comment Dieu est disposé vis-à-vis de Job.

Vous savez, parfois, on se demande ce que quelqu’un pense de nous, et on peut avoir de l’appréhension à passer un coup de fil, par exemple, parce qu’on a un peu peur de comment on va être reçu. « Est-ce que cette personne m’aime bien ? Est-ce qu’elle sera contente que je l’appelle ? Ou bien est-ce que cette personne ne m’apprécie pas vraiment ? Est-ce que je vais la déranger en l’appelant ? J’aimerais bien savoir comment elle est disposée envers moi ! J’aimerais savoir ce qu’il y a dans son cœur vis-à-vis de moi. »

Et donc Élihou va décrire ce qu’il y a dans le cœur de Dieu vis-à-vis de Job. Et qu’est-ce qu’il décrit (v. 23-30) ? Il décrit une intention puissante, chez Dieu, de faire grâce à Job, de le délivrer, de le rétablir, de le réjouir, de le guérir, de le libérer et de l’éclairer de sa lumière !

Il suffirait de quoi pour que ça arrive ? Il suffirait d’un médiateur (v. 23), il suffirait que Dieu envoie quelqu’un qui intercède pour Job, quelqu’un qui ferait valoir la cause de Job auprès de Dieu, quelqu’un qui présente une rançon et qui demande à Dieu de délivrer Job (v. 24), et alors, Dieu l’exaucera volontiers, avec plaisir, tout de suite, comme s’il n’attendait que ça !

« Voilà comment est Dieu, dit Élihou. Voilà ce qu’il fait, deux fois, trois fois, avec l’homme (v. 29). Voilà ce qu’il désire : il désire sauver les hommes, il désire sauver les malheureux. Voilà son cœur, voilà sa disposition envers nous. Son désir, c’est de détourner notre âme du gouffre, et de nous éclairer de la lumière des vivants (v. 30) ! »

On a juste besoin de quelqu’un de digne qui le demande à Dieu pour nous. Et Dieu le fera ! Et c’est ce que Job espérait, vous vous rappelez ? Un arbitre, un courtier, un médiateur, qui pourrait faire la liaison entre lui et Dieu (cf. 9.33).

Et chose intéressante, Élihou est déjà, pour Job, un genre de médiateur. Élihou, dont le nom veut dire : « Il est mon Dieu », représente Dieu à Job. Il lui parle de la part de Dieu, il l’enseigne, il l’avertit, il le console, il lui annonce la libération et la grâce, mais en même temps, il a lui aussi été « tiré de l’argile » (33.6), il est un homme comme Job.

Élihou est déjà un genre d’arbitre entre Job et Dieu. Mais bien sûr, Élihou préfigure un autre médiateur—un bien meilleur médiateur—qui viendra dans l’histoire : Jésus-Christ, Dieu lui-même fait homme. Dieu incarné. Dieu éternel, et en même temps « tiré de l’argile ».

Jésus va s’approcher des malheureux. Jésus va annoncer la parole de Dieu. Jésus va manifester le cœur de Dieu, et prouver la disposition de Dieu envers les hommes, en s’offrant lui-même comme rançon pour la délivrance des hommes. Il meurt sur la croix au profit des croyants, et le troisième jour il ressuscite au profit des croyants, et il va monter au ciel au profit des croyants, pour dire à Dieu le Père : « Délivre-les, Père, afin qu’ils ne descendent pas dans le gouffre ! » (v. 24)

Tel est le cœur de Dieu envers les hommes. Voilà comment il est disposé envers nous.

« Il ne veut pas qu’aucun périsse, mais il veut que tous arrivent à la repentance. » (2 Pi 3.9)

L’apôtre Paul dit :

« Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car il n’y a qu’un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu, et les hommes, le Christ-Jésus homme, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous ; c’est le témoignage rendu en temps voulu. » (1 Tm 2.4-6)

Et donc arrête-toi et ouvre les bras ! Ouvre les bras à ton Sauveur. Ouvre les bras à ton libérateur, qui s’est donné lui-même en rançon pour ta délivrance. Ouvre les bras à Dieu qui est si propice à tous ceux qui se confient en Jésus.

Notre rédempteur est vivant, et il se lèvera le dernier sur la terre (cf. 19.25) ! Si on est attaché à Jésus par la foi, eh bien le jour venu, on va ressusciter comme lui, et on va hériter d’un monde purgé de tout mal. On sera parfaitement consolé de toutes nos peines. On vivra dans la lumière de Dieu pour toujours.

En attendant, dans ton malheur présent, arrête-toi et ouvre les bras. Personne n’a autant de compassion pour toi que Dieu. Personne ne désire autant ta consolation que Dieu. Personne ne t’aime autant que celui qui t’a rejoint dans ton malheur—qui t’a véritablement rejoint dans ton malheur—et qui s’est échangé contre toi pour que ta délivrance soit complète un jour.

Ouvre les bras et serre Dieu contre ton cœur, si j’ose dire. Abreuve-toi de ses promesses, parle-lui dans la prière, médite sur son amour, réfléchis à qui il est, à comment il est, et à ce qu’il a fait en s’approchant de toi par Jésus-Christ.

En voyage scolaire, je me rappelle avoir visité les ruines de Pompéi, en Italie. Vous savez, cette ville romaine qui a été détruite par une éruption du Vésuve, au premier siècle. Les archéologues ont reconstitué les dépouilles des gens qui sont morts ensevelis sous la cendre, en injectant du plâtre dans les cavités que les corps ont laissé vides avec le temps, en se décomposant. On a découvert, notamment, deux personnes qui se tenaient dans les bras l’une de l’autre. Et qui sont mortes comme ça sous les braises du volcan.

Parce que si je dois être livré au malheur, si je dois souffrir sans solution apparente, sans moyen d’en sortir ici-bas, sans remède pour échapper, alors j’aimerais autant souffrir en étant dans les bras de quelqu’un qui m’aime.

Dans ton malheur, arrête-toi et ouvre les bras à Jésus. Il veut te tenir. Il veut te rassurer. Il ne veut pas te laisser seul.

Alors oui, il arrive des trucs insurmontables dans la vie, et c’est dur, très dur, de reconnaître, et d’accepter, qu’on n’a peut-être pas les moyens de résoudre notre souffrance. Mais ce qu’on a vu aujourd’hui, c’est qu’on n’est pas obligé de se débattre frénétiquement contre le malheur, et qu’on n’est pas obligé non plus de se replier sur soi-même avec son malheur et de se résigner à survivre au lieu de vivre. On peut aussi entendre la voix de Dieu qui nous dit, comme il l’a dit à l’apôtre Paul dans ses souffrances :

« Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans ta faiblesse. » (2 Co 12.9)

L’intervention d’Élihou, c’est un rebondissement incroyable dans le récit. Il n’est pas comme les autres. Il invite le dialogue (33.32), et pourtant Job ne va rien répondre. Job a l’air sidéré, comme frappé par la pertinence des propos d’Élihou. Job ne va rien demander, rien contester, rien ajouter. Et Élihou va faire quatre discours, plus qu’aucun des autres amis—et jamais personne ne va l’interrompre ! Il s’impose comme un messager de Dieu, un genre de médiateur, et il se tient précisément dans le texte entre la dernière intervention de Job (ch. 31) et la première intervention de Dieu (ch. 38). Comme l’arbitre que Job recherchait.

Et donc le message de ce texte aujourd’hui, comme on l’a vu, c’est le suivant : oui, le malheur peut nous sembler insurmontable, certes on n’a pas les moyens de résoudre notre souffrance, mais dans notre souffrance, si on est croyant, on n’est pas seul : Dieu nous parle et il veut assurément prendre soin de nous ! Comme le dit Francis Schaeffer à travers le titre d’un de ses livres : Dieu n’est ni silencieux, ni lointain.

Dieu nous parle dans les saintes Écritures, alors ouvre la Bible. Dieu nous est présent par la communauté des croyants, alors ouvre ta porte. Dieu nous fait progresser par la souffrance, alors ouvre ton cœur. Et Dieu nous est propice par Jésus, alors ouvre les bras à ton doux berger qui t’aime, et qui souffre avec toi, et qui veut te conduire jusque dans la vie éternelle.

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