Réfléchir plus pour râler moins

Par Alexandre Sarranle 9 mai 2021

« Si Dieu existe, on n’a quand même pas l’impression qu’il arrive très bien à gérer le monde. » Vous avez déjà eu ce genre de pensée ?

Si j’en crois les infos, il y a des innocents qui souffrent et qui meurent tous les jours. Il y a des crises politiques, économiques, diplomatiques, sanitaires, écologiques. Il y a des inégalités, des maladies, des accidents, de la cruauté, des catastrophes naturelles.

Dans le massif des Écrins, lundi dernier, deux personnes sont mortes dans une avalanche déclenchée par des skieurs qui étaient en amont, dans un couloir très raide. L’un d’entre eux a dit, dans une interview, qu’il ne ressentait pas de culpabilité, parce que c’est la montagne, en soi, qui est dangereuse. « C’est quelque part la faute à pas de chance, » a-t-il dit. Je ne suis pas sûr que les proches des victimes arrivent à se consoler avec ça.

Et vous avez sûrement vous-mêmes déjà enduré ou observé des choses qui vous ont semblé tellement incompréhensibles et injustes. Pour ne pas dire cruelles ! Des choses, peut-être, qui vous ont même fait râler… contre Dieu ! Directement ou indirectement, puisqu’il n’y avait personne d’autre contre qui diriger votre indignation, à part… la faute à « pas de chance »—le hasard n’étant autre que « Dieu qui se promène incognito », d’après Albert Einstein.

Qui sait, peut-être que votre indignation devant la souffrance qui existe ici-bas, et qui existe dans votre vie, constitue même pour vous une pierre d’achoppement, un véritable obstacle, dans votre relation avec Dieu—quelque chose qui vous empêche de vous approcher de lui, qui pèse sur votre âme, qui freine vos prières, et qui vous conduit à vous méfier de Dieu.

L’auteur C.S. Lewis raconte que lorsqu’il était athée, eh bien une des raisons principales pour lesquelles il ne croyait pas en Dieu, c’était l’existence de la souffrance dans le monde.

« Les créatures sont cause de souffrance en venant au monde, elles vivent en l’infligeant, et c’est généralement dans la souffrance qu’elles meurent. Dans la plus complexe de toutes les créatures, l’homme, apparaît encore un autre élément, appelé raison, qui permet à chacun de prévoir sa propre peine, laquelle, de ce fait, est précédée d’une souffrance morale aiguë, et de prévoir sa propre mort, alors qu’il aspire à une vie illimitée. L’existence de cet élément permet également aux hommes, par mille combinaisons ingénieuses, de s’infliger les uns aux autres, et d’infliger aux êtres privés de raison, une somme beaucoup plus considérable de souffrances. Et ce pouvoir, ils l’ont exploité à fond. Leur histoire consiste principalement en une énumération de crimes, de guerres, de maux et de terreurs, entrecoupés d’une dose de bonheur juste suffisante pour leur permettre, quand ils le goûtent, d’éprouver l’angoissante appréhension de le perdre et, quand ils l’ont perdu, la poignante douleur de s’en souvenir. […] Si vous venez me demander de croire que cette œuvre est celle d’un esprit bienfaisant et tout-puissant, je vous répondrai que c’est contraire à toute évidence. » (C.S. Lewis, Le Problème de la souffrance, p. 12-13)

Vous avez déjà eu ce genre de pensée ? « Si Dieu existe, on n’a quand même pas l’impression qu’il arrive très bien à gérer le monde. »

Eh bien c’est un peu ce que Job a dit à demi-mots. Job, c’est ce gars de l’Antiquité qui était d’une part extrêmement intègre dans sa vie, mais qui d’autre part, a extrêmement souffert. Et dans le livre de la Bible qui porte son nom, il a exprimé sa souffrance par de longues lamentations, mais on a vu qu’il s’était aussi laissé aller à des questions un peu risquées.

« Est-ce que Dieu est juste, finalement ? Est-ce qu’il s’en fiche des gens qui souffrent ? Est-ce qu’il y a même un intérêt à être fidèle à Dieu ? »

Job a commencé à se lamenter au chapitre 3, il a eu des échanges houleux avec quelques-uns de ses amis qui ont cherché à reprocher à Job ses souffrances, et puis il y a eu Élihou (quelqu’un de bien) qui a cherché à défendre l’honneur de Dieu face aux propos de Job qui prêtaient à équivoque. Eh bien maintenant, au chapitre 38 : coup de tonnerre ! Dieu lui-même, l’Éternel, prend la parole pour s’adresser à Job, pour la première fois de tout le texte.

Alors qu’est-ce que Dieu va dire à ce bonhomme qui râle plus ou moins ouvertement contre Dieu ? Bien sûr, on le comprend, le pauvre ! Il n’a rien fait pour mériter toutes ces souffrances, et il ne comprend pas pourquoi ça lui arrive, et il s’est retrouvé abandonné, accusé et méprisé ! Mais qu’est-ce que Dieu va lui dire ?

Voici ce qu’il va lui dire, et c’est la leçon de tout ce passage pour nous aussi ce matin : Quoi que tu traverses, quoi que tu ressentes, quoi que tu penses, tu n’es pas bien placé pour critiquer Dieu. Ça peut sembler un peu rude, dit comme ça, mais en fait on va voir aujourd’hui que c’est une très bonne nouvelle pour nous ! Surtout quand on souffre.

1/ C’est l’Éternel qui sait et pas toi (38.1-3)

Premièrement, c’est l’Éternel qui sait, et pas toi. Le texte commence par Dieu qui interpelle Job, et ce que ces premiers versets veulent nous faire comprendre, c’est que quand on est en souffrance, si on ne fait pas attention, on risque de dire des choses par ignorance, qui vont porter atteinte à l’honneur de Dieu. Et ça ne va pas nous aider.

Si on regarde le texte, c’est exactement ce que Dieu reproche à Job (v. 1-3). Ces premiers versets doivent nous secouer un peu, parce que d’un côté, on a cet homme qui a tellement souffert, et pour qui on tellement de peine, n’est-ce pas ? Mais d’un autre côté, au moment où Dieu lui-même se révèle à lui, c’est clairement sur le ton du reproche.

Dieu se révèle « du milieu de la tempête » (v. 1), c’est un Dieu redoutable ! Il déclare que Job « obscurcit ses desseins » et qu’il a tenu « des propos dénués de connaissance » (v. 2). Il invite ensuite Job… à l’instruire, lui, Dieu ! (v. 3). Il y a bien sûr beaucoup d’ironie : « Vas-y alors, Job, viens au tableau et explique-nous tout ce que je n’ai pas compris, moi, l’Éternel, le Dieu omniscient ! »

Donc c’est clair, et c’est un peu choquant pour nous : Dieu intervient (et c’est énorme), mais ce n’est pas pour prendre Job dans ses bras et lui faire un gros câlin pour le consoler. C’est pour reprocher à Job les choses qu’il a laissé entendre dans ses lamentations. En fait, Dieu va dans le même sens qu’Élihou : oui, certes, Job avait raison de déplorer le malheur qui s’était abattu sur lui, mais dans ses lamentations, il est allé un peu trop loin. Job a eu des paroles téméraires qui ont jeté de l’ombre sur le bon projet de Dieu.

Et Dieu dit que Job a fait ça par ignorance. C’est aussi ce qu’avait dit Élihou (Jb 35.16). Il manquait de la connaissance à Job. Il ne savait pas tout. Et il aurait dû se rappeler qu’il ne savait pas tout, avant de laisser ses lamentations déraper quelque peu pour se transformer quasiment en murmures contre Dieu.

Alors en France, on est réputé pour être des râleurs, n’est-ce pas ? Il y a une étude statistique qui a été faite (en 2018) sur les réactions à 44 millions de messages sur Facebook, pour essayer de voir quels étaient les pays qui exprimaient le plus souvent leur mécontentement, en utilisant le symbole « grrr » (visage qui fronce les sourcils). À votre avis, la France s’est classée combientième dans le monde ? Presque première. En réalité, on se classe deuxième dans le monde, derrière… la Corée du Sud !

On est vice-champions du monde du mécontentement. On râle facilement. On pense mieux savoir que les autres, surtout que les autorités qui nous gouvernent. Il suffit de voir la manière dont beaucoup d’entre nous, on réagit, depuis plusieurs mois, à chaque fois que notre gouvernement fait de nouvelles annonces par rapport à la gestion de la crise sanitaire.

« Non mais n’importe quoi ! Mais ça n’a pas de sens leur truc ! Mais qui c’est qui a mis ces incapables au pouvoir ? Non mais ils se fichent du monde ou quoi ? Mais il n’y a vraiment personne pour leur donner de meilleurs conseils que ça ? » C’est sûr que nous, on pourrait tellement mieux gouverner la France, non ? Le problème, c’est que cette façon de penser, elle se répercute facilement dans notre relation à Dieu.

On ne le dit peut-être pas tout haut, mais quand même. « Franchement, si j’étais Dieu, je n’aurais pas fait ça, moi. Autoriser cet accident, dans la vie de cette personne ? Autoriser cette catastrophe naturelle, ou cette guerre, avec toutes ces victimes ? M’enlever mon travail, ou mon conjoint, ou ma santé ? Sérieux ? Si Dieu est comme ça, franchement, je ne sais pas s’il est vraiment qualifié pour faire ce job ! (sans jeu de mots) »

Mais est-ce qu’on se rend compte que ces pensées procèdent de notre ignorance et non pas de notre intelligence ? Quand on est tenté de soupçonner Dieu de mal faire son boulot, ce n’est pas parce qu’on sait des choses qui mettraient en doute sa compétence, c’est au contraire parce qu’on ne sait pas les choses qui nous montreraient que son projet est parfait.

Voilà pourquoi Dieu dit à Job qu’il « obscurcit [ses] desseins », c’est-à-dire littéralement qu’il fait « de l’obscurcissement de projet »—et il fait ça par son manque de connaissance. Il s’embrouille par son ignorance.

C’est dur de reconnaître qu’on ne sait pas tout. C’est dur de s’en rappeler, quand on traverse les difficultés. Mais il y a au moins une chose qu’on devrait savoir : on devrait savoir que Dieu sait ! Lui, il sait tout. Et nous, on devrait toujours tenir compte de notre ignorance, pour que nos complaintes sincères ne deviennent pas des murmures contre Dieu. C’est le premier point, et ça peut vraiment nous aider : c’est l’Éternel qui sait, et pas toi.

2/ C’est l’Éternel qui décide et pas toi (38.4-38)

Deuxièmement : c’est l’Éternel qui décide, et pas toi. Maintenant dans le texte, il y a Dieu qui va faire une longue série de questions rhétoriques (c’est-à-dire des questions où la réponse est évidente) qui portent sur différents éléments de la nature.

D’abord (v. 4-38), Dieu pose plein de questions rhétoriques sur la terre, la mer, la lumière, les précipitations, les étoiles, bref, sur la structure du monde dans lequel, ensuite, vont habiter des êtres vivants. Et ce que Dieu veut montrer à Job, c’est que ce monde, dans lequel Job lui-même existe, est parfaitement ordonné. Il est parfaitement agencé. Et ce n’est pas grâce à Job.

C’est un monde qui dépasse complètement Job. Job ne peut pas en faire le tour, ni physiquement, ni intellectuellement. Mais l’Éternel, lui, est l’auteur de ce monde, il est celui qui en a fixé toutes les caractéristiques et tous les mécanismes, même les plus insondables pour l’homme. Dieu a décidé que le monde serait ainsi, et personne d’autre.

Mais ce qui doit aussi nous frapper, c’est que dans ce monde, même le mal est soumis à l’agencement de Dieu. Regardez le texte. La mer, qui est le royaume du mal dans l’Antiquité, est elle-même délimitée par Dieu (v. 8-11). Dieu ne parle pas, ici, des plages de la côte d’Azur mais des abysses ténébreuses où habitent les monstres marins et les esprits du mal. Et puis aux v. 12-15 : la nuit s’efface chaque matin parce que Dieu fait lever le soleil et ainsi s’enfuir les méchants, comme des cafards devant la lumière. Heureusement que l’aurore vient chaque matin : Dieu pose une limite au pouvoir du mal dans sa création.

Et puis Dieu sonde les profondeurs de l’abîme, jusqu’au séjour des morts (v. 16-18). Il n’y a nulle part où le mal puisse se dérober au regard et à l’autorité de Dieu. Et puis Dieu peut faire tomber la grêle, qui est habituellement un signe de châtiment contre le mal (v. 22-24), ou bien il peut faire tomber la pluie pour contrecarrer l’effet du mal dans une terre qui a été desséchée, en abreuvant le désert de façon à y ramener la vie (v. 25-27).

Bref, Dieu a parfaitement ordonné le monde. Et même le mal est parfaitement circonscrit, dans ce monde parfaitement ordonné. Ce n’est pas une bonne nouvelle, ça ?

C’est vrai qu’on a du mal à vraiment assimiler cette réalité. À proprement parler, le mal n’est pas un pouvoir rival du pouvoir de Dieu. Dieu et le mal ne sont pas en train de se battre l’un contre l’autre, comme deux boxeurs dans un même ring. Non, le mal existe dans la création, alors que Dieu transcende sa création. Certes, le mal s’oppose à Dieu, mais Dieu a circonscrit le mal, et le mal n’a pas de pouvoir ni d’effet autre que celui que Dieu lui accorde.

« Tu viendras jusqu’ici, tu n’iras pas au-delà. » (v. 11)

Cette semaine, en famille, on a regardé Star Wars, l’épisode IV (le plus ancien, 1977). Et dans cette saga, il y a une idée très importante, c’est qu’il y aurait une grande force impersonnelle qui unifierait l’univers. Or cette force a un côté lumineux et un côté obscur. L’histoire va donc raconter le conflit entre ces deux côtés de « la Force »—qu’on pourrait appeler le bien et le mal. Voilà : le bien d’un côté, et le mal de l’autre côté, se mènent la guerre dans l’univers. Et ça crée beaucoup de suspense, parce qu’on ne sait pas lequel des deux côtés va gagner à la fin, même si on s’en doute un peu parce que c’est un film hollywoodien.

Mais ce que Dieu dit à Job dans notre texte, c’est que le vrai univers dans lequel on vit, n’est pas du tout comme ça. La Bible enseigne que l’univers tout entier, y compris le mal qui existe à l’intérieur de cet univers, est parfaitement ordonné, ou agencé, par Dieu. Et quand Dieu a fixé les règles de ce monde, tous les anges dans le ciel ont entonné des chants de louange à Dieu, tellement c’était beau et sage et parfait (v. 7). On vit dans le monde de Dieu. Même l’apparition du mal dans l’univers n’a pas exproprié Dieu.

Et donc qu’est-ce que ça veut dire pour les souffrances de Job, et pour les nôtres ? Ça veut dire que nos souffrances elles-mêmes sont forcées d’obéir à Dieu qui est bon et sage. Elles se plient à ses règles. Elles existent à l’intérieur d’un monde dont Dieu a fixé les règles, et elles ne peuvent pas s’y soustraire.

Nous, on n’a pas le pouvoir sur nos souffrances, et on peut trouver ça dommage : c’est l’Éternel qui décide, et pas toi. Gna, gna. Mais ça veut aussi dire que le diable n’a pas le pouvoir sur nos souffrances, ni le péché, ni la mort, ni aucune autre réalité qui appartient à cet univers, et ça c’est plutôt rassurant : c’est l’Éternel qui décide, et personne d’autre.

Voici comment notre confession de foi en parle :

« La puissance sans limites, la sagesse insondable et l’infinie bonté de Dieu se manifestent elles-mêmes dans sa providence jusqu’à s’étendre même à la première chute [l’apparition du mal dans le monde] et à tous les autres péchés des anges et des hommes ; et cela, non pas en les leur permettant seulement, mais parce que, sous certains rapports, il les tient en bride, et dispose d’eux et les gouverne, de multiples manières, en vue de ses propres fins qui sont saintes ; cependant, seule la créature est coupable et non pas Dieu qui, étant très saint et juste, ne peut ni être l’auteur du péché, ni l’approuver. » (Westminster, V.4)

C’est ce qui nous amène au troisième point.

3/ C’est l’Éternel qui dirige et pas toi (38.39—39.30)

Troisièmement, c’est l’Éternel qui dirige, et pas toi. C’est la continuité logique du point  précédent. Non seulement Dieu a parfaitement agencé l’univers, mais il gouverne aussi parfaitement l’univers. Et dans le texte, on voit aussi cette continuité, puisque Dieu vient de parler du monde inanimé, c’est-à-dire de la structure du monde et de ses règles, et maintenant il va parler des êtres vivants qui habitent ce monde, et de comment ces êtres vivants fonctionnent à l’intérieur de ce monde (38.39—39.30).

Dieu va encore poser toute une série de questions rhétoriques qui vont porter cette fois sur les lions, les corbeaux, les bouquetins, les biches, les ânes sauvages, les buffles, les autruches, les chevaux, les éperviers et les aigles. Le point commun de tous ces animaux, c’est que ce sont tous, à l’exception du cheval, des animaux sauvages.

Le cheval, lui, est un animal qu’on peut dompter, mais le truc, c’est que même dompté, il demeure puissant et valeureux, et il inspire de la crainte aux hommes. Il n’est jamais vraiment soumis. Un peu comme le chien de C.S. Lewis :

« Il ne vous obéissait jamais vraiment ; il se contentait d’être parfois d’accord avec vous. » (Surpris par la joie, p. 210)

Bref, de la même façon que le monde inanimé dépasse Job, le monde animal lui aussi dépasse Job. Voilà tous ces animaux que Job est incapable de soumettre, et pourtant ils sont parfaitement gouvernés par Dieu. Avec une parfaite intelligence. C’est Dieu qui leur donne leur nourriture, c’est Dieu qui les fait se reproduire, c’est Dieu qui leur donne un lieu d’habitation, c’est Dieu qui les fait courir, voler, chasser—bref, il leur donne leur comportement propre à chacun.

Or là où le texte semble vouloir en venir, c’est que la manière dont Dieu gouverne ce monde indomptable par les hommes, peut parfois sembler paradoxale aux yeux des hommes.

Quand des bébés lionceaux tout mignons demandent leur nourriture, c’est qu’une maman lionne va déchirer une gazelle en morceaux. Quand une biche se courbe sous l’effet d’une horrible douleur, c’est qu’elle va donner naissance à un petit Bambi. L’âne sauvage vit très content dans le désert, et pourtant il cherche de la verdure pour sa nourriture. Le buffle est extrêmement puissant, mais il ne sert pas du tout à l’homme. L’autruche est stupide, mais elle court très, très vite, plus vite que le cheval. Le cheval, d’ailleurs, on peut le dompter, mais il demeure intrépide. Et la dépouille fraîche et sanguinolente d’un pauvre animal innocent dans la plaine, c’est une super bonne nouvelle pour les bébés rapaces du coin !

Et tout ça, c’est l’Éternel qui gouverne parfaitement, intelligemment le monde animal. Vous voyez ce qui peut nous sembler paradoxal ? Imaginez. Vous êtes sur YouTube, en train de regarder un documentaire sur les loutres, parce que vous trouvez ça tellement mignon, et il y a cette petite loutre à l’écran, que vous aimeriez tellement avoir chez vous comme animal domestique, qui est en train de se baigner paisiblement dans la mer, et là tout à coup une énorme orque l’attrape dans sa gueule et lui arrache la tête.

C’est bien ou ce n’est pas bien ? Ça dépend pour qui ! Et c’est exactement ce qu’Élihou voulait faire comprendre à Job quand il lui parlait de la météo (cf. 36.26—37.13). Telle est la grande sagesse de Dieu dans sa manière de gouverner l’univers : même un truc qui est négatif dans l’expérience qu’on en fait peut accomplir un but positif dans le dessein de Dieu.

L’intelligence qui a conçu ce monde, et qui gouverne ce monde, nous est tellement supérieure ! Et d’après ce texte, il nous suffit de regarder un petit peu autour de nous.

J’ai appris beaucoup de choses sur les animaux, en préparant cette série de prédications. J’ai appris des choses, par exemple, sur les paresseux. Il paraît que le paresseux ne fait caca qu’une fois par semaine. Et qu’à cette occasion, il peut perdre jusqu’à un tiers de son poids. Du coup ça lui prend du temps, et il se retrouve très affaibli, mais c’est très bien, parce que comme ça, il peut se faire facilement attraper par les petits pumas qui ont faim.

« La nature est bien faite », comme on dit—ou plutôt, Dieu gouverne intelligemment son univers ! Mais le paresseux, pendant qu’il fait ses besoins, il peut aussi tourner la tête à 270° parce qu’il a une vertèbre en plus dans le cou, donc c’est un petit atout pour pouvoir repérer ses prédateurs, sinon il se ferait avoir à chaque fois. D’ailleurs est-ce que vous saviez que le paresseux ne buvait jamais ? Parce que toute l’eau dont il a besoin lui vient des feuilles qu’il mange—du coup pas besoin de descendre de l’arbre entre ses besoins, pour trouver de l’eau !

Mais imaginons qu’il doive prendre la fuite quand même, est-ce que vous saviez que le paresseux pouvait aller trois fois plus vite dans l’eau que sur la terre, et qu’il pouvait retenir sa respiration pendant 14 minutes ? Non seulement ça, mais le paresseux est tellement sale et humide qu’il y a des algues qui poussent directement dans sa fourrure, dont il absorbe les nutriments par la peau !

Vous voyez comment Dieu gouverne l’univers intelligemment ? Et en même temps c’est paradoxal à nos yeux. Il y a des trucs qui n’ont pas l’air positifs, qui en fait sont très positifs. Et l’intention du texte, c’est que nous, comme Job, on en tire une application pour les souffrances qu’on traverse dans ce monde.

Et voici tout simplement quelle est cette leçon. Écoute bien mon ami : c’est que Dieu gouverne l’univers de telle manière que ta souffrance peut servir un dessein que tu ne reconnais pas maintenant.

Ça semble paradoxal, mais si Dieu est souverain, juste, bon et sage, alors ce que tu traverses en ce moment, aussi douloureux que ça puisse être, participe nécessairement à l’accomplissement du projet parfait de Dieu qui vise sa gloire, et donc ton bien, si tu es attaché à lui par la foi.

C’est l’Éternel qui dirige, et pas toi. Et ça aussi, en fait, c’est une excellente nouvelle.

4/ C’est l’Éternel qui juge et pas toi (40.1-5)

Enfin, quatrièmement, c’est l’Éternel qui juge, et pas toi.

Pour conclure ce discours, Dieu pose une question à Job (40.1-2) : « Alors, le discutailleur—c’est-à-dire le protestataire, le râleur, le plaignant—est-ce que tu maintiens tes reproches contre moi, le Tout-Puissant ? » Et Job reconnaît qu’il n’est pas à sa place pour débattre avec Dieu (v. 3-5). Il reconnaît qu’il n’a plus rien à dire, et même, qu’il n’aurait pas dû en dire autant. Job reconnaît tacitement que ses paroles ont été téméraires.

C’est très intéressant ce qui se passe, parce que dans ses lamentations, Job avait dit qu’il aimerait pouvoir se présenter à Dieu pour défendre sa cause, pour « exposer devant lui son droit, et remplir sa bouche d’arguments » (Job 23.3-7), et il était sûr qu’il serait absous. Ici, Dieu exauce son souhait : il peut parler directement à Dieu… mais Job n’a plus rien à dire !

Pourquoi ? Parce que Job se rend compte maintenant que Dieu ne fait aucune erreur. Il est le juge suprême, et ses jugements sont infaillibles. Tout ce qu’il décide est juste. Tout ce qu’il décrète est bon. Tout ce qu’il fait est sage. Quelle plainte voulez-vous déposer contre l’Éternel, le Tout-Puissant, celui qui rend des jugements toujours parfaits dans la cour suprême de l’univers ?

Job est désarmé. Mais ce n’est pas la peur qui lui ferme le clapet. Vous savez, comme quand on n’ose rien dire à quelqu’un qui a l’air beaucoup plus fort que nous, parce qu’on a peur de le mettre en colère. Ce n’est pas ça, ici. Job est plutôt saisi d’un immense respect. Il se rend compte qu’il a laissé échapper des remarques… un peu déplacées, quand même, notamment tout ce qui pouvait laisser entendre que Dieu gérait peut-être mal la situation.

Alors Job souffre toujours autant. Son malheur n’a pas changé. Mais lui, il a changé. Il est toujours le même Job, extrêmement intègre et extrêmement affligé, mais maintenant il se tait et il s’incline devant le seul habilité à juger de tout. L’Éternel. C’est lui qui juge, et pas toi.

Et vous n’avez peut-être pas remarqué, mais dans ce passage qu’on a lu, c’est la première fois depuis la fin du chapitre 2 (fin du prologue) que Dieu est appelé par ce nom, « l’Éternel », (sauf pour une mention un peu incertaine dans Job 12.9). Job et ses amis ont beaucoup parlé de Dieu, mais jamais en le désignant par ce nom—et c’est normal, parce qu’on a dit que l’histoire se déroulait bien avant l’époque de Moïse (c’est-à-dire avant l’époque où ce nom, Yahvé, avait été révélé à Moïse dans le désert).

C’est donc le narrateur qui utilise ce nom, dans le texte. Celui qui a consigné cette histoire, qui l’a mise par écrit sous sa forme finale, après l’époque de Moïse. Et il utilise ce nom exprès, justement, à destination de ses premiers lecteurs qui étaient des Israélites, et à destination de tous les lecteurs de la Bible par la suite. Il veut leur montrer que le Dieu qui interagit avec Job, le Dieu qui a convaincu Job de sa compétence à gérer le monde, c’est l’Éternel, le Dieu de l’alliance avec Israël.

Et donc, comment il est, l’Éternel ? Job ne pouvait pas le savoir avec autant de précision, mais nous on sait que l’Éternel, c’est non seulement celui qui sait tout, et qui décide tout, et qui dirige tout, et qui juge tout, mais c’est aussi le Dieu qui s’est soucié de la présence du mal dans sa création, et des dégâts occasionnés par le mal, au point de s’approcher finalement des hommes par Jésus-Christ pour accomplir une œuvre incroyable de délivrance.

Dieu avait déjà circonscrit le mal dans sa création, mais il a aussi voulu lui mettre une limite dans le temps. Il a voulu combattre le mal pour nous, pour le faire disparaître de sa création. Il a fait ça en prenant la nature d’un homme et en s’offrant lui-même sur la croix. En Jésus, il a pris la place des coupables qu’on était, pour détourner sur lui-même le châtiment de nos fautes—il a voulu nous sauver, déjà, du mal qui s’était installé en nous (à savoir le péché) !

Mais par sa mort, et par sa résurrection le troisième jour, il a aussi combattu les forces du mal dans toute la création—et il a triomphé du diable et des démons et de la mort. De sorte que le jour vient maintenant d’un grand jugement où le monde sera définitivement purgé de tout mal et de toute souffrance, et où les croyants entreront dans la joie de Dieu pour l’éternité. La mer ne sera plus (Ap 21.1), la mort et le séjour des morts ne seront plus (Ap 20.14), et il n’y aura même plus de nuit (Ap 21.25 ; 22.5).

Et donc on peut dire que les souffrances de Job, l’homme intègre—ces souffrances paradoxales qui servaient un dessein caché mais bon—ces souffrances ont préfiguré les souffrances du Juste avec un J majuscule, Jésus-Christ : des souffrances pires encore pour un homme plus innocent encore, mais qui (paradoxe ultime) servaient le projet ultime qui consistait à sauver les croyants, à écraser le mal et la mort, et à réparer l’univers !

Alors maintenant qu’on sait tout ça, est-ce qu’on osera râler contre Dieu ? Même à demi-mots ? Même quand on traversera des choses vraiment difficiles, est-ce qu’on va entretenir dans un petit recoin de notre esprit cette vague hypothèse que Dieu, peut-être, finalement, n’arrive quand même pas très bien à gérer le monde ?

C’est assez facile, n’est-ce pas, de doucement glisser de la complainte sincère et légitime (« Je n’aime pas ce qui m’arrive et je ne comprends pas ce que Dieu est en train de faire ! ») au murmure contre Dieu (« Je n’aime pas ce qui m’arrive et je m’indigne contre Dieu qui agit de cette manière ! »). C’est facile de se mettre à râler contre Dieu, n’est-ce pas ?

Mais est-ce qu’on ne devrait pas réfléchir plus, pour râler moins ? Réfléchir à qui est Dieu et à comment il s’est révélé à nous dans les Écritures, et réfléchir à toute son œuvre, à commencer par la mort et la résurrection de Jésus-Christ ?

Vous savez, parfois on est frustré par la manière dont quelqu’un semble faire son travail, alors qu’on ne mesure pas vraiment ce qu’est son travail. On me la fait tout le temps à moi qui suis pasteur. Les gens ne comprennent pas, parce qu’ils s’imaginent que je ne travaille qu’une demi-journée par semaine.

Eh bien on fait pareil avec Dieu. On est frustré parce qu’on ne mesure pas vraiment ce qu’est son travail. Et on finit par vraiment s’énerver (et avoir des paroles ou des pensées téméraires) devant le mal et la souffrance qu’on observe ici-bas, et qu’on traverse peut-être soi-même. Et peut-être que c’est devenu dans votre vie une pierre d’achoppement, quelque chose qui vous freine dans votre relation avec Dieu ou qui vous empêche de vous approcher de lui.

Mais voici ce qu’on a vu aujourd’hui : Quoi que tu traverses, quoi que tu ressentes, quoi que tu penses, tu n’es pas bien placé pour critiquer Dieu. C’est un peu rude, mais c’est vraiment une bonne nouvelle. Réjouis-toi : Dieu est tellement mieux placé que toi pour gérer ! Et il le fait parfaitement, même si tu ne le comprends pas encore maintenant.

Voici ce que tu peux faire en attendant : étudie qui est Dieu et ce qu’il fait. Comprends mieux son travail, si j’ose dire. Fais un Parcours Découverte pour te familiariser avec le projet de Dieu tel qu’il est raconté dans la Bible. Reviens à l’église pour découvrir d’autres textes de la Bible. Reviens surtout dans les prochaines semaines pour entendre la suite de cette histoire et la seconde prise de parole de Dieu. Échange avec d’autres chrétiens.

Attention, je ne suis pas du tout en train de dire : « Réfléchis plus pour moins souffrir » ! Je ne dis pas non plus : « C’est interdit de se plaindre quand on souffre ! » Pas du tout. On a déjà dit plein de fois que la souffrance, c’était normal dans la vie chrétienne, et qu’il était légitime de pleurer et de se lamenter. Je suis plutôt en train de dire ce matin : tourne-toi vers Dieu, plains-toi à lui avant tout, cherche sa face, et dans tes souffrances, apprends à le connaître.

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