Finir en beauté

Par Alexandre Sarranle 27 juin 2021

Est-ce que vous aimeriez que votre histoire finisse bien ?

On a tous une histoire, et on est tous à un stade différent de notre histoire. Certains d’entre nous, on est encore très jeune. D’autres, on a plus de « vécu ». Mais on a tous une histoire, et cette histoire, quelle qu’elle soit, elle a probablement déjà été entachée et jalonnée de problèmes, de difficultés, voire de souffrances.

Il y a des souffrances physiques, et il y a des souffrances morales. Peut-être qu’on a traversé des difficultés au niveau de la santé, ou au niveau économique, ou au niveau professionnel, ou familial. Ou peut-être qu’on a traversé des difficultés d’ordre psychologique ou spirituel : on a vécu une rupture ou un abandon, on a connu un burn-out ou une dépression, on a traversé l’angoisse de la solitude, de la peur ou de la honte. Peut-être que ces choses-là, vous êtes en plein dedans aujourd’hui. C’est votre histoire, et ce n’est pas une histoire facile.

Mais est-ce que vous aimeriez que votre histoire finisse bien ? Et qu’est-ce qu’il faudrait pour qu’elle finisse bien ? Est-ce que c’est même possible de compter sur une bonne fin, alors que vous avez peut-être l’impression qu’il n’y a plus rien qu’on puisse faire pour vous, que votre vie a été tellement abîmée qu’on ne pourra jamais la « récupérer » ?

Ce sont des questions intimes et douloureuses pour certains d’entre nous. Mais ce sont les questions que le texte qu’on va lire dans un instant veut qu’on se pose.

Depuis plusieurs mois, on étudie le livre de Job—c’est une partie de l’Ancien Testament qui raconte l’histoire d’un homme qui vivait dans l’Antiquité (Job), qui était extrêmement intègre, et en même temps, qui a été extrêmement affligé par toutes sortes de malheurs. Et on va lire aujourd’hui la toute fin de cette histoire.

Mais avant d’y venir, il faut récapituler un peu. Rappelez-vous : quand le malheur s’est abattu sur Job, il y a des amis de Job, qui s’appelaient Éliphaz, Bildad et Tsophar, qui sont venus voir Job et qui lui ont dit, en gros : « Si tu souffres comme ça, c’est que tu as fait quelque chose pour le mériter ! » Mais Job s’en est défendu : « Non, non, non ! Je n’ai rien fait pour mériter ce malheur ! Ces souffrances sont gratuites et je ne comprends pas ce que Dieu est en train de me faire. En fait, je me demande si finalement Dieu est juste et sage ! »

Mais à un moment-donné, Dieu se manifeste à Job et le convainc que lui, Dieu, est, en réalité, juste et sage. C’est ce qu’on a vu la dernière fois : Dieu ne donne pas d’explication, ni de consolation à Job dans son malheur, mais il lui donne une forme de paix dans sa souffrance, en dépouillant Job de toute prétention et en le convainquant que lui-même, Dieu, est en fait tout-à-fait digne de confiance.

Et donc la dernière fois, on s’était arrêté là, avec cette moralité en quelque sorte : oui, la vie c’est très difficile, on ne comprend pas ce qui nous arrive, on ne comprend pas pourquoi le malheur peut s’abattre sur nous ou sur nos proches, mais on doit faire confiance à Dieu qui est juste et sage, qui ne laisse rien au hasard, et qui sait ce qu’il fait.

OK. Dieu est Dieu, et on n’a pas d’autre choix, finalement, que de lui faire confiance, puisque c’est lui qui est Dieu et pas nous ! Mais quand même. Est-ce que c’est tout ce qu’il y a à dire aux gens qui souffrent, et qui ont une histoire difficile ?

Eh bien non, ce n’est pas tout—pas tout à fait, en tout cas—et c’est la raison pour laquelle le livre de Job a un épilogue. Parce qu’on ne veut pas juste savoir que Dieu est Dieu et qu’il gère tout selon son projet irrésistible. On a aussi besoin de savoir que Dieu est bon, et plus que ça, qu’il est bon pour nous, c’est-à-dire que son projet souverain—juste et sage selon Dieu—nous sera profitable en fin de compte.

Ce qu’on veut savoir, ce n’est pas seulement que notre histoire est dirigée par Dieu, mais que notre histoire va bien finir pour nous, vous comprenez ?

Et donc on va découvrir la fin de l’histoire de Job ce matin. Vous allez voir que c’est un happy end. En fait, c’est tellement un happy end, qu’il y en a qui vont se dire que ce n’est pas crédible. Il y en a parmi nous qui détestent les happy end, en fait, parce que ça ne ressemble tellement pas à la vraie vie ! Mais en fait, on ne devrait pas dénigrer les happy end ; on devrait plutôt les désirer. On devrait se dire : « En fait, c’est beau, et j’aimerais bien que ça finisse comme ça pour moi aussi. »

Et c’est comme ça qu’on devrait réagir en découvrant la fin de l’histoire de Job. La fin de l’histoire de Job nous est racontée pour qu’on la désire. On peut même dire que le happy end de Job nous parle de comment notre histoire peut finir !

Est-ce que vous aimeriez que votre histoire finisse bien, malgré les difficultés que vous traversez actuellement, malgré les souffrances, malgré les séquelles du malheur, qui semblent irréversibles ? Eh bien la leçon du texte qu’on va lire dans un instant, c’est qu’on peut assurément compter sur la grande bonté et sur la grande miséricorde de Dieu, qui va nous donner la délivrance, si on s’en remet à lui.

À quoi cette délivrance va-t-elle ressembler ? Qu’est-ce qu’on peut attendre de Dieu, au fond, pour que notre histoire finisse bien ? Eh bien lisons le texte, et soyons attentifs justement à ce que ce tableau merveilleux nous fait désirer. Voici les trois choses que ce texte veut nous faire désirer : l’approbation de Dieu, la consolation de nos souffrances, et le bonheur durable.

1/ En étant approuvé par Dieu (v. 7-9)

Alors est-ce que vous aimeriez que votre histoire finisse bien ? On peut assurément compter sur la grande bonté et sur la grande miséricorde de Dieu, qui va nous donner la délivrance, si on s’en remet à lui. C’est toute la leçon de ce texte.

Premièrement, pour que notre histoire finisse bien, il faut qu’à la fin, on soit approuvé par Dieu, et c’est possible, tellement Dieu est bon et miséricordieux. C’est la première chose que le texte nous fait comprendre (v. 7-9).

Regardez ce qui se passe. Dieu s’est manifesté à Job et lui a parlé assez longuement en lui faisant deux discours (ch. 38-41). À la fin de ces deux discours, Job s’incline humblement devant Dieu et se repent d’avoir parlé de façon téméraire, par ignorance. Job trouve la paix de cette manière, dans cette humilité devant Dieu. Mais ça n’a pas fait disparaître son malheur. Au début de ce passage, Job souffre encore terriblement.

Il souffre parce qu’il est malade. Il souffre parce qu’il a perdu toutes ses richesses. Il souffre parce qu’il a perdu tous ses enfants. Et il souffre parce que ses trois amis (Éliphaz, Bildad et Tsophar) l’ont accusé, et enfoncé, et accablé, au lieu de lui manifester de la compassion.

Mais maintenant, la première chose que fait Dieu dans cet épilogue, c’est qu’il remet les pendules à l’heure. Dieu dit : « Eux, les trois amis, n’ont pas bien parlé de moi, alors que Job, mon serviteur Job, lui, a bien parlé de moi. » (v. 7)

Dieu donne raison à Job. Trois fois, il l’appelle « mon serviteur ». Deux fois, il dit :

« Vous n’avez point parlé de moi avec droiture comme l’a fait mon serviteur Job ».

Deux fois, le texte dit que Dieu a « de la considération » (ou de l’estime) pour Job. Donc ces trois versets (le début de l’épilogue) nous montrent que Job est approuvé par Dieu.

Ça peut paraître curieux, parce qu’on aurait dit que Dieu corrigeait Job dans les chapitres précédents. Et c’est vrai que Job a dit des choses un peu téméraires, et il reconnaît lui-même qu’il a tenu des paroles dénuées de connaissance (42.3). Mais justement, son humilité devant la révélation de Dieu, sa docilité, sa repentance et sa foi, lui sont comptés comme justice. Il a bien parlé de Dieu… parce qu’il a mal parlé et qu’il s’en est repenti.

Comme on le disait la dernière fois, la repentance de Job, c’est paradoxalement le triomphe de son intégrité. Job est intègre parce qu’il se repent. Job est intègre parce qu’il a la bonne posture. C’est un peu comme le roi David, bien des générations plus tard, dont Dieu dit qu’il est un homme selon son cœur (1 Sm 13.14 ; Ac 13.22), et qu’il appelle aussi « mon serviteur » (Ps 89.21), alors que c’est quelqu’un qui a fait mourir un homme pour pouvoir lui piquer sa femme. Mais le roi David a aussi reconnu son péché de manière exemplaire, il s’est repenti sans réserve, il s’est humilié devant Dieu.

Donc Job est approuvé par Dieu. Il est approuvé publiquement par Dieu, devant ses pseudo-amis qui l’avaient accusé avec tellement d’obstination. Comme ça a dû faire du bien à Job d’entendre Dieu dire ces quelques mots !

« Vous n’avez point parlé de moi avec droiture comme l’a fait mon serviteur Job. »

Vous aimeriez être approuvé par Dieu à la fin de votre histoire ? Vous savez, on passe beaucoup de temps dans la vie à chercher l’approbation des gens. On cherche l’approbation de nos amis, de nos collègues, d’un patron ou d’un client. Certaines personnes passent toute leur vie à chercher l’approbation d’un parent. D’autres personnes cherchent l’approbation de leurs enfants. Mais qu’est-ce qui vaut plus que l’approbation de Dieu ?

Est-ce que vous aimeriez qu’à la fin de votre histoire, Dieu vous dise :

« C’est bien, bon et fidèle serviteur, […] entre dans la joie de ton maître » (Mt 25.21) ?

« Viens. Ça a été dur, ta vie, mais sache que j’ai de la considération pour toi, j’ai de l’estime pour toi. Je suis content de toi. Tu fais ma joie et ma gloire. Je te félicite, je te valide, bravo ! » Vous aimeriez entendre ça de la part de Dieu à la fin de votre histoire ? Moi oui.

Et ce texte nous fait désirer ça. C’est juste que je me dis… que je ne serai jamais à la hauteur !

Je ne serai jamais humble et docile comme Job ! Comment Dieu pourrait-il me dire, un jour : « Bravo, mon serviteur Alex ! », à moi qui suis orgueilleux et incrédule, contrairement à Job ? À moi qui n’aime pas Dieu de tout mon cœur, de toute mon âme et de toute ma force (Dt 6.5), et qui n’aime pas mon prochain comme moi-même (Mt 22.39) ?

Eh bien dans le texte il y a un truc incroyable. C’est que Job est tellement juste et approuvé par Dieu, qu’il est même habilité par Dieu à prier pour ses trois amis afin qu’ils soient pardonnés par Dieu pour leurs péchés (v. 8). Et le texte nous fait désirer ça aussi, en fait !

Le texte nous fait désirer être comme Job, mais comme c’est au-dessus de nos forces, le texte nous fait désirer quelqu’un comme Job qui pourrait plaider pour nous et nous obtenir l’approbation de Dieu. Heureusement qu’il y a les trois amis de Job dans cet épilogue, parce que ça nous donne quelqu’un à qui on peut s’identifier ! Et heureusement que Job est tellement approuvé par Dieu qu’il peut demander à Dieu de pardonner les péchés de ses amis, et Dieu va le faire, parce qu’il a de la considération pour Job.

C’est un peu comme quand vous espérez obtenir quelque chose de la part d’une autorité qui ne se laisse pas facilement approcher : un patron par exemple, ou un maire ou un ministre. Ça marche beaucoup mieux si vous vous faites pistonner, comme on dit ! L’idéal, c’est que quelqu’un qui a déjà la faveur de cette autorité fasse jouer cette relation pour vous. Ça aide, quand on est ami avec quelqu’un qui est proche du patron.

C’est ce qu’on a dans le texte. Dieu pardonne aux trois amis, par considération pour Job. Le texte est en train de souligner la grande mansuétude (bonté, bienveillance, indulgence) de Dieu. Par le moyen d’un sacrifice et d’un médiateur, même Éliphaz, Bildad et Tsophar peuvent être pardonnés et obtenir la paix avec Dieu. On a envie de le connaître, ce médiateur, n’est-ce pas ? On a envie d’être ami, nous aussi, avec Job, ou plutôt avec quelqu’un comme Job qui pourra nous obtenir la même chose.

Voici ce que dit le Nouveau Testament :

« [Jésus-Christ] peut sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur. C’est bien un tel [grand prêtre, c’est-à-dire médiateur] qui nous convenait : saint, innocent, immaculé, séparé des pécheurs, et plus élevé que les cieux, qui n’a pas besoin, comme les [grands prêtres], d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses propres péchés, et ensuite pour ceux du peuple. Cela, il l’a fait une fois pour toutes, en s’offrant lui-même. » (Hé 7.25-27)

Pour que notre histoire finisse bien, il faut qu’à la fin, on soit approuvé par Dieu, et ce sera le cas, non pas si on fait tous nos efforts pour ressembler à Job (puisqu’on n’en a pas les forces), mais plutôt si on est ami avec Jésus, celui qui était encore plus intègre que Job, et qui a encore plus souffert que lui, afin de prendre sur lui les fautes des croyants. C’est de lui dont il est question dans ce passage du prophète Ésaïe, où Dieu dit :

« Par la connaissance qu’ils auront de lui, mon serviteur juste justifiera beaucoup d’hommes et se chargera de leurs fautes. » (És 53.11)

Quelles que soient les vicissitudes de notre vie présente, les problèmes, les difficultés, les souffrances, on peut avoir l’assurance d’être approuvé par Dieu si on s’abandonne par la foi entre les mains de Jésus, mort et ressuscité pour notre délivrance.

2/ En étant consolé de ses souffrances (v. 10-11)

Deuxièmement, pour que notre histoire finisse bien, il faut qu’à la fin, on soit consolé de nos souffrances, et ça aussi, c’est possible, tellement Dieu est bon et miséricordieux. C’est la deuxième chose que le texte nous fait comprendre (v. 10-11).

Regardons encore ce qui se passe. Le texte raconte que Job, qui a intercédé pour ses amis, est maintenant « rétabli » par Dieu (v. 10). Sa prospérité va être le double de ce qu’elle avait été, mais d’abord, le texte dit que plein de gens vont se réunir autour de Job, et notez bien ce qu’ils vont faire : ils vont « le plaindre et le consoler de tous les malheurs que l’Éternel avait fait venir sur lui » (v. 11).

Il y a deux choses à remarquer dans cette phrase. D’abord, que les malheurs de Job, c’est l’Éternel qui les a fait venir sur lui. Il n’y a aucun doute dans l’esprit de l’auteur, ni dans l’esprit de Job lui-même, ni dans notre esprit si on a été attentif à cette histoire, que Dieu est absolument souverain, même sur le mal. Tout ce qui arrive, Dieu le décrète, et les choses arrivent parfois par le moyen de causes secondes ou accessoires—ce qui veut dire que Dieu n’est pas coupable du mal qui nous arrive—mais quoi qu’il arrive, c’est toujours Dieu qui est aux manettes de l’univers.

La deuxième chose qui est remarquable dans cette phrase (v. 11), c’est que maintenant dans l’histoire, enfin, dans l’épilogue, Job va obtenir ce que ses amis étaient venus lui offrir au tout début (ch. 2), mais qu’ils n’avaient pas réussi à lui donner : maintenant, ses amis le plaignent et le consolent.

Il faut comprendre que Job obtient maintenant quelque chose qu’il a désiré tout au long des nombreux chapitres qui ont précédé. Son malheur est reconnu pour ce qu’il est, et Job reçoit une véritable consolation. Cette consolation est représentée dans le texte par une sorte de collecte que ses amis font pour lui (chacun lui donne une quesita et un anneau d’or).

C’est un peu comme un dédommagement. Imaginez que dans un parking, quelqu’un raye sans faire exprès la portière de votre voiture toute neuve. Plutôt que faire un constat, la personne pourrait vous proposer directement un peu d’argent pour vous dédommager. Mais combien d’argent vous faudrait-il pour que vous soyez « consolé » de cette rayure ? 5 EUR, ce ne serait peut-être pas assez. Mais 5000 EUR, ça compenserait largement, non ?

Il y a quelques années avec ma famille, on a été dans un grave accident de la route, qui a complètement détruit notre voiture. Quelqu’un qui nous aimait bien a créé une cagnotte en ligne, à laquelle beaucoup de nos connaissances ont participé, et en l’espace de deux semaines, il y avait largement assez pour racheter une voiture un peu plus récente et un peu plus grande. On a été « consolé » de la perte de notre voiture.

Maintenant imaginez que vous perdiez un enfant. Quelle somme d’argent pourrait vous dédommager de la perte d’un enfant ? Tout l’argent du monde ne suffirait pas, sans doute. Mais qu’est-ce qui pourrait vous consoler ?

Difficile à imaginer. Pourtant dans le texte, il y a une véritable consolation qui est donnée à Job, qui a perdu tous ses enfants. Peut-être que la sollicitude, l’attention, l’affection de sa communauté qui se rassemble autour de lui y est pour quelque chose. J’imagine tous ces gens qui pleurent avec Job, qui le prennent dans leurs bras, qui lui disent leur amour pour lui, qui soignent ses blessures et qui essuient ses larmes. « On t’aime, Job, et on est là pour toi. On veut s’occuper de toi. Tu as traversé des choses horribles et on veut te rassurer. Tu n’es pas tout seul et on veut te manifester notre compassion et notre solidarité. »

Je ne sais pas exactement comment, mais le texte nous indique que Job a véritablement été consolé. Et le texte nous fait désirer ça pour nous aussi.

Le texte nous fait désirer un dédommagement suffisant—si j’ose dire—pour nous consoler de toutes les souffrances de notre histoire. Mais qu’est-ce qui pourrait bien nous consoler de ces blessures profondes, parfois indicibles ? Qu’est-ce qui pourrait bien nous consoler des choses ou des gens qu’on a perdus ? Qu’est-ce qui pourrait nous consoler de nos regrets, de nos échecs, de nos relations gâchées, de nos années perdues ? Difficile à imaginer.

Et pourtant, si on est attaché à Jésus par la foi, voici ce que l’apôtre Paul nous dit dans le Nouveau Testament :

« J’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire à venir qui sera révélée pour nous. » (Rm 8.18)

Je ne sais pas exactement à quoi ça va ressembler, mais ce qui est sûr, c’est que ce sera une consolation parfaite. Oui, même des choses qui nous semblent inconsolables aujourd’hui, des choses qui n’ont pas de prix, des blessures irréversibles à nos yeux, seront pleinement consolées. Il y aura un genre de « dédommagement » pleinement satisfaisant et suffisant pour essuyer toute larme de notre visage.

Et je note que cette consolation n’équivaut pas à une amnésie. On touche là à un grand mystère de la foi. Dieu ne va pas faire disparaître de notre mémoire les souffrances de notre vie ici-bas—il va nous consoler, et ce n’est pas pareil. Ça rejoint ce qu’on disait la dernière fois : les dissonances du temps présent vont servir l’harmonie du monde à venir.

Et c’est peut-être pour ça que le texte rappelle que les malheurs de Job, c’est l’Éternel qui les « avait fait venir sur lui » (v. 11). C’est pour dire que ces malheurs s’inscrivent dans le projet de Dieu qui est parfait, et dont la perfection nous sera révélée à la fin. Et dans la perfection de ce monde à venir, on pourra voir comment nos souffrances d’aujourd’hui visent la gloire de Dieu, et par conséquent notre propre bien.

Et on pourra le voir, parce qu’on pourra se rappeler ce qu’on a souffert. Oui, c’est un mystère de la foi, mais Dieu ne va pas effacer nos souffrances, il va les sublimer.

Si on est attaché à Jésus par la foi, un jour on va entrer au paradis, et on y entrera avec des larmes. Mais dans le paradis de Dieu, on sera entouré de notre grande famille dans la foi, et Dieu lui-même habitera au milieu de nous, et la gloire de cette situation sera telle qu’elle sera suffisante pour essuyer toute larme de nos yeux (Ap 21.4), et on pourra chanter comme le roi David au Psaume 30 :

« Tu as changé mon deuil en allégresse, tu as délié mon sac et tu m’as ceint de joie, afin que tout mon être psalmodie en ton honneur et ne soit pas muet. Éternel, mon Dieu ! Je te célébrerai toujours. » (Ps 30.12-13)

Pour que notre histoire finisse bien, il faut qu’à la fin, on soit consolé de nos souffrances, et ce sera le cas, si par la foi on est attaché à Jésus qui a vaincu le mal et la mort.

3/ En étant heureux pour toujours (v. 12-17)

Troisièmement et dernièrement, pour que notre histoire finisse bien, il faut qu’à la fin, on soit heureux pour toujours, et ça aussi, ça va arriver pour les croyants, tellement Dieu est bon et miséricordieux. C’est la dernière chose que le texte nous fait comprendre (v. 12-17).

Regardez la conclusion du livre de Job. Dieu rétablit vraiment Job et toute sa prospérité. Job devient effectivement deux fois plus riche qu’il ne l’était au début. Il a de nouveau des enfants : sept fils et trois filles, comme au début, ce qui fait que le nombre total d’enfants de Job, en comptant ceux qui sont morts, est effectivement le double de ce qu’il était au début.

Et Job a une longue vie, bien remplie, et il finit par mourir dans sa vieillesse, « âgé et rassasié de jours. » (v. 17)

Le texte insiste même sur le fait que les filles de Job étaient les trois plus belles du pays (elles ont été détrônées depuis par ma femme et mes deux filles). L’auteur nous donne même leur prénom, et précise qu’elles vont recevoir une part d’héritage, ce qui était rare pour des filles à cette époque. Bref, ce sont des filles absolument remarquables !

Qu’est-ce que l’auteur est en train de faire ? Il est en train d’en faire des tonnes ! Il est vraiment en train de nous dire que le bonheur de Job est ostensible. C’est un bonheur qui sort de l’ordinaire. C’est comme la fin d’un conte de fées : « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. »

C’est un tableau que dresse l’auteur pour nous illustrer la bonté généreuse de Dieu dans la vie de Job. Calvin dit :

« Le Saint-Esprit a voulu laisser un mémorial de la grâce de Dieu sur la personne de Job. » (Sermons sur le livre de Job, sur le ch. 42)

C’est une histoire qui finit en beauté, dans le bonheur, et c’est un « mémorial », c’est-à-dire un monument, qui nous parle de ce que Dieu destine à ceux qui lui font confiance (et qui sont, comme on l’a vu, approuvés par lui, et qui seront consolés de leurs souffrances). Dieu les destine vraiment, véritablement, à un bonheur ostensible et durable.

Bien sûr, comme c’est un mémorial, un monument, un tableau, ça nous parle de manière figurée d’une réalité qui est en fait plus grande que simplement une longue vie heureuse et tranquille, où on a des chameaux et des bœufs par milliers, et des enfants qui sont les plus beaux du pays ! Ça nous parle, en fait, de la condition des croyants au paradis.

Je veux que vous preniez quelques instants maintenant et que vous réfléchissiez, dans votre for intérieur, à ce que vous désirez le plus aujourd’hui. Peut-être que c’est d’être libéré de certaines inquiétudes. Ou bien d’avoir de quoi subvenir aux besoins de votre famille. Ou bien d’être guéri d’une maladie ou d’un handicap. Ou bien de connaître quelqu’un qui va vous aimer sans condition, et de vous marier avec cette personne.

Peut-être que ce que vous désirez, c’est une certaine sécurité, ou un certain confort de vie qui vous manque, ou bien peut-être que vous désirez la tranquillité, le calme, le repos. Ou peut-être que vous désirez voyager, explorer, vous dépenser, apprendre, créer, composer, construire, vous amuser, discuter, chanter…

Écoutez bien : si vous avez la foi en Jésus, vous allez un jour être parfaitement comblé.

Je sais que ça peut paraître un peu trivial, mais il y a un très bon exercice spirituel qui consiste à imaginer notre vie idéale, notre vie rêvée. C’est une vie où les choses qui nous font souffrir, les choses désagréables, n’existeraient plus, et c’est une vie où on aurait tout ce qui nous procurerait du plaisir et de la joie. Peut-être même que parmi ces choses, il y a des trucs un peu louches ou inavouables, mais ce n’est pas très grave. Parce que maintenant, ce qu’il faut faire, c’est essayer d’identifier les aspirations profondes de notre cœur qui sous-tendent ces désirs. Qu’est-ce qu’il y a derrière ? Quelle est cette langueur douloureuse qui s’exprime sous la forme de ces désirs ?

Et maintenant, il faut se dire que ces aspirations profondes seront parfaitement satisfaites au paradis, de telle sorte que ce qu’on connaîtra au paradis sera supérieur encore à la vie idéale qu’on est aujourd’hui capable de s’imaginer. Tout ce qui nous nuit (nous fait du mal) nous sera enlevé, tout ce qui nous manque nous sera accordé, tout ce qui peut satisfaire notre langueur nous sera donné au-delà de toute mesure.

Le pasteur puritain Richard Baxter, dans son livre Le ciel ou le vrai repos, écrit ceci :

« Chrétien, ce repos contient tout ce que ton cœur peut désirer, ce pour quoi tu gémis, pries et luttes. Préfères-tu posséder Dieu en Christ à toutes les choses du monde ? Tu l’obtiendras, non pas jusqu’à la moitié du royaume, mais le royaume et le Roi lui-même. Que ne donnerais-tu pas pour recevoir l’assurance de son amour ? Ceci te sera accordé sans mélange. Cette vie de souhaits et de prières fera place à une vie de satisfaction et de plaisir. » (Europresse, p. 28)

Alors tout ça pour dire quoi ?

Tout ça pour dire que dans nos souffrances actuelles, on peut assurément compter sur la grande bonté et sur la grande miséricorde de Dieu, qui va nous donner la délivrance, si on s’en remet à lui. C’était toute la leçon de cet épilogue du livre de Job.

On a tous une histoire, et on est à des stades différents de notre histoire. Mais il y a une chose qui est sûrement commune à toutes nos histoires : c’est qu’on souffre. On a souffert, et on va souffrir. Et nos souffrances peuvent être de nature assez différente : souffrances physiques, souffrances morales, souffrances relationnelles, souffrances psychologiques, souffrances spirituelles. On a tous une histoire, et ce n’est pas une histoire facile.

Et si vous n’avez pas l’impression d’avoir une histoire particulièrement difficile pour l’instant, tant mieux pour vous, même si je crains que ça vous rende quelque peu insensible à votre véritable fragilité. Un jour sûrement, cette fragilité vous deviendra plus évidente.

Quoi qu’il en soit, est-ce que vous aimeriez que votre histoire finisse bien ? La fin de l’histoire de Job, ce matin, nous a fait désirer une fin semblable, où on sera approuvé par Dieu, où on sera consolé de nos souffrances, et où on sera heureux pour toujours.

Ces choses sont promises par Dieu à tous ceux qui renoncent à se confier en eux-mêmes et qui se confient à la place en Jésus-Christ. Il est lui-même le Job ultime : il était parfaitement intègre et innocent, et il a été extrêmement affligé—pour nous. Il s’est offert lui-même en sacrifice pour régler la dette de nos péchés, et il est ressuscité le troisième jour parce que Dieu l’a approuvé—il a agréé le sacrifice et il a « justifié » (validé) le sacrificateur.

Maintenant, Jésus prie pour ses amis et il plaide les mérites de son sacrifice auprès de Dieu le Père, de façon à ce que tous ceux qui font confiance à Jésus soient associés à lui spirituellement, et ainsi, associés à tout ce que Jésus a accompli et à tout ce que Jésus a obtenu, à savoir : le pardon de nos péchés et l’approbation de Dieu, ainsi que la résurrection à venir et la consolation de toutes nos souffrances, et une place au paradis où on connaîtra le repos, la joie et la satisfaction pour toute l’éternité.

Venez à Jésus, et ces choses vous seront données !

En conclusion du livre de Job, on peut dire que ces 42 chapitres nous pointent en effet, avant tout, vers Jésus, le Christ. Aujourd’hui, on souffre. Le malheur est au coin de la rue, et il s’abat sur nous ou sur nos proches sans prévenir, et on n’y comprend rien. Mais Jésus vient bientôt, et si on lui appartient, il nous donnera tout ce qui est préfiguré dans la fin de l’histoire de Job—de sorte que notre histoire finira bien.

Oui, Dieu est souverain, juste et sage, et ça devrait suffire pour qu’on lui fasse entièrement confiance. Mais il y a un épilogue : Dieu est aussi bon. Il est bon pour nous.

Comme le dit l’apôtre Jacques dans le Nouveau Testament :

« Prenez donc patience, frères, jusqu’à l’avènement du Seigneur. Voici que le laboureur attend le précieux fruit de la terre, plein de patience à son égard, jusqu’à ce qu’il ait reçu les pluies de la première et de l’arrière-saison. Vous aussi prenez patience, affermissez vos cœurs, car l’avènement du Seigneur est proche. […] Prenez, mes frères, pour modèles de souffrance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Voici : nous disons bienheureux ceux qui ont tenu ferme. Vous avez entendu parler de la fermeté de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur lui accorda, car le Seigneur est plein de compassion et de miséricorde. » (Jc 5.7-11)

Copyright ©2021 Église Lyon Gerland.