Tenir bon dans la foi

Par Alexandre Sarranle 22 août 2021

Si on pense être un chrétien aujourd’hui, est-ce qu’on va le rester jusqu’à la fin ? C’est une question délicate, n’est-ce pas ? Il arrive qu’on voie des gens autour de nous qui se disent chrétien, pendant un temps. Mais les années passent, et finalement ces gens se détournent de la foi. On ne sait pas exactement ce qui est arrivé, mais on se dit : « Mince, est-ce que ça pourrait arriver à ces autres gens que je connais et qui se disent chrétiens aujourd’hui ? Et surtout, est-ce que ça pourrait m’arriver à moi aussi ? »

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais chaque jour, on est confronté à plein d’idées différentes qui circulent dans notre société. La plupart du temps, on arrive à faire à peu près le tri, et on peut rester assez ferme dans nos convictions. Mais parfois, on va rencontrer quelqu’un qui ne croit pas comme nous, mais qui est tellement persuadé de ce qu’il croit, et qui le défend tellement bien, qu’on va être déstabilisé. Ça vous est déjà arrivé ?

Et parfois, ce n’est pas juste une personne comme ça qu’on va rencontrer, mais c’est tout un système de pensée qui va nous être communiqué par la TV ou les réseaux sociaux, ou par 90% de nos camarades de classe ou de nos collègues de travail. Et c’est si fort que parfois on se dit : « Si ça se trouve, ils ont raison, et ma foi chrétienne est une erreur. »

Et donc la question ce matin, c’est la suivante : est-ce qu’il y a quelque chose qu’on peut faire pour résister à cette pression ? Est-ce qu’il y a quelque chose qu’on peut faire pour s’assurer d’être sur le bon chemin, et d’y rester malgré la force des discours contraires ?

Et la réponse, c’est oui : ce qu’on peut faire déjà ce matin, c’est prendre à cœur les paroles de l’apôtre Jean, qui nous sont rapportées dans le texte qu’on va lire dans un instant ! Parce que dans ce texte, l’apôtre Jean est précisément préoccupé par ce sujet. Il veut aider les gens qui vont le lire, à tenir bon dans la foi. Il veut leur donner des moyens pour résister à la pression, pour rejeter les mensonges et pour rester ancrés dans la vérité, jusqu’à la fin.

Et voici essentiellement ce qu’il va leur dire : « Dieu va vous accorder la persévérance, par le moyen de votre vigilance. » Qu’est-ce que ça veut dire, d’être vigilant, en tant que croyant ? Quelles sont les questions qu’on doit se poser jour après jour pour pouvoir tenir bon dans la foi, et pour résister à la tentation de nous détourner de Dieu ? Et est-ce que c’est possible-même de « déchoir de la grâce », comme on dit, c’est-à-dire d’appartenir à Dieu pour un temps, et puis ensuite de ne plus être sauvé ?

Eh bien avant d’entrer dans le vif du sujet, lisons le passage.

1/ Se rappeler ce qu’on possède en Christ (v. 12-14)

La première chose que ce texte nous fait comprendre, c’est qu’on a besoin de se rappeler en permanence les bienfaits que possèdent les vrais chrétiens.

Donc l’apôtre Jean veut aider ses destinataires à tenir bon dans la foi, et regardez ce qu’il va faire dans les versets 12-14. On a déjà vu (il y a quelques semaines) que Jean s’adressait aux chrétiens en les appelant « petits enfants » ; maintenant, il va ajouter trois autres expressions : « pères », « jeunes gens », et « jeunes enfants ». L’idée, c’est que Jean veut s’adresser à tout le monde dans la communauté des croyants, quel que soit leur âge ou leur expérience dans la foi (les deux étant souvent corrélés).

Et il va marteler cette expression : « Je vous écris », ou : « Je vous ai écrit, parce que… » Qu’est-ce qu’il leur écrit ? Il leur écrit cette lettre, et qu’est-ce qu’il leur dit globalement dans cette lettre ? Que si on se dit chrétien, c’est très important de s’assurer que cette profession de foi extérieure correspond bien à une réalité intérieure.

Donc Jean est en train de dire : « Je considère qu’il est important que je vous écrive cette exhortation, et pourquoi ? Parce que vos péchés sont pardonnés, parce que vous avez connu celui qui est dès le commencement, parce que vous avez vaincu le Malin, etc. » C’est un peu curieux, non ? C’est comme si Jean disait : « Faites gaffe d’être des vrais chrétiens ! Je vous écris ça parce que vous êtes des vrais chrétiens ! »

En fait, Jean est en train de se comporter un peu comme un coach sportif. Vous savez, c’est la grande finale des jeux olympiques, l’équipe est rassemblée dans le vestiaire, et l’entraîneur est au milieu des joueurs, et c’est le moment de la causerie du coach, comme on dit. « Écoutez-moi vous tous. Parmi vous il y en a qui sont expérimentés, il y en a qui ont rejoint l’équipe il y a quelques mois seulement. On a travaillé ensemble et vous connaissez les consignes. Faites gaffe de bien les suivre, les consignes ! Vous savez déjà ce que vous avez à faire. Faites gaffe de bien jouer. Je vous dis ça parce que vous savez bien jouer. Je vous dis ça parce que c’est vous qui avez été sélectionnés pour porter ce maillot. Je vous dis ça parce que vous avez le physique et vous avez la technique et vous avez le niveau pour gagner ce match ! »

Et Jean est en train de faire pareil dans notre texte. Il veut que ses destinataires tiennent bon dans la foi, et il veut leur inspirer de la confiance pour le match, non pas en leur disant qu’ils ne sont peut-être pas des vrais chrétiens, mais au contraire en leur rappelant ce qu’ils possèdent par la foi en Jésus-Christ.

Et si aujourd’hui, on se dit chrétien, et si on veut tenir bon à notre tour dans la foi, eh bien être vigilant en tant que chrétien ça veut dire, déjà, se rappeler en permanence les bienfaits que possèdent les vrais chrétiens.

Quels sont ces bienfaits ? Ils sont nombreux et ils sont incroyables ! Jean en donne quelques exemples. Si notre foi est en Jésus-Christ, nos péchés nous sont pardonnés à cause de son nom (v. 12). Parce que Jésus a pris notre place sous le jugement de Dieu, il s’est offert en rançon, en paiement, pour régler la dette qu’on devait à Dieu à cause de nos péchés.

Si notre foi est en Jésus-Christ, on connait le Père, on connait « celui qui est dès le commencement » (v. 13-14). « Connaître », dans ce contexte, ça désigne quelque chose de beaucoup plus fort que simplement une connaissance intellectuelle, comme « connaître » le numéro de téléphone de quelqu’un. C’est « connaître » au sens de l’amitié et de la communion avec Dieu. Si on est chrétien, on connaît Dieu le Père, le Créateur, le tout-puissant, celui qui existe de toute éternité ! On est intime avec Dieu, si j’ose dire !

Et enfin si notre foi est en Jésus-Christ, on est « fort », nous dit Jean, et la parole de Dieu demeure en nous et on a « vaincu le Malin » (v. 13-14). Ça aussi c’est incroyable. Par la foi en Jésus on est associé spirituellement à lui dans sa mort et sa résurrection, ce qui veut dire que non seulement nos péchés sont pardonnés, mais en plus qu’on est vainqueur avec Jésus sur la mort et sur le diable. Et le Saint-Esprit a été déversé sur nous et en nous, il a illuminé notre intelligence pour qu’on puisse recevoir et croire la Parole de Dieu, et donc on est en position idéale pour « gagner ce match », vous comprenez ?

Comme le dit l’apôtre Paul dans un autre passage :

« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8.31)

C’est aussi ce qu’on a chanté tout-à-l’heure : « Qui pourrait nous accuser ? Qui pourrait nous condamner ? Qui pourrait nous séparer de l’amour de Dieu en Christ ? »

Et l’apôtre Paul encore :

« Dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. » (Rm 8.37)

Pour pouvoir tenir bon dans la foi, on a besoin de se rappeler en permanence les bienfaits que possèdent les vrais chrétiens. Alors avant tout, est-ce que vous êtes un vrai chrétien ? Et ensuite, est-ce qu’on réfléchit souvent aux richesses qui sont les nôtres par la grâce de Dieu, par le moyen de la foi en Jésus ? On a besoin de lire la Bible pour se le rappeler, on a besoin de venir à l’église, on a besoin de chanter des cantiques, on a besoin de parler souvent de ces choses avec notre conjoint, nos enfants, nos parents, et nos frères et sœurs dans la foi. Voilà des moyens que Dieu met à notre disposition pour qu’on puisse exercer cette vigilance par laquelle lui-même va accomplir notre persévérance.

C’est le premier point : se rappeler ce qu’on possède en Christ.

2/ Examiner ce qu’on aime au fond (v. 15-17)

La deuxième chose que ce texte nous fait comprendre, c’est qu’on a besoin d’examiner en permanence ce que c’est qu’on aime le plus dans la vie.

Revenons au texte (v. 15-17). Maintenant, l’apôtre Jean attire l’attention de ses destinataires sur ce qui fait l’objet de leur amour. Et il oppose deux choses : l’amour du monde, et l’amour du Père—c’est-à-dire l’amour pour le monde et l’amour pour le Père.

Et Jean explique ce qu’il veut dire par « le monde », au verset 16. Il veut dire ces choses qui ne peuvent satisfaire que notre vie terrestre. Il ne veut pas forcément dire des choses qui sont mauvaises en elles-mêmes (bien que ça en inclue certainement). Mais on dirait bien que Jean pointe de manière plus générale les choses passagères du monde présent. Des choses qu’on peut rechercher par un désir qui n’est pas forcément mauvais : un bon repas, une maison confortable, des nouvelles chaussures, des vacances agréables…

Ce que Jean veut dire, c’est qu’on ne doit pas « aimer » ces choses du genre d’amour qu’on devrait avoir pour Dieu. Et Jean nous dit, au v. 17, quel est le genre d’amour qu’on devrait avoir pour Dieu : celui qui aime Dieu, c’est celui qui fait la volonté de Dieu. En fait, Jean répète ici ce qu’il a dit au v. 5 (qu’on a vu il y a quelques semaines) : « Celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu est vraiment parfait en lui. » Donc il y a une corrélation entre aimer Dieu et garder sa parole.

Et donc Jean est en train de dire qu’on doit faire attention à ce que c’est qui oriente principalement notre vie. Est-ce qu’on aime les biens de ce monde de sorte qu’on obéit principalement aux injonctions de ce monde qui se manifestent dans nos désirs, ou bien est-ce qu’on aime Dieu de sorte que sa volonté prend la priorité sur tout le reste ?

Vous savez, en français, le mot « amour », ou le verbe « aimer », ça peut avoir un sens assez large, et ça peut désigner plusieurs sortes d’attachement ou d’affection. Je peux dire à la fois que j’aime ma femme, que j’aime Denis et que j’aime les piments, et ce n’est pas la même chose, et ces différentes sortes d’amour ne s’excluent pas mutuellement.

Mais je ne peux pas dire que j’aime ma femme et que j’aime une autre femme dans le même sens. Le genre d’amour que j’ai pour Suzanne est exclusif—si j’aimais une autre femme de cet amour-là, ça annulerait le premier. Vous comprenez ?

Et c’est ce que Jean veut dire ici, il parle d’un amour qui ne peut pas exister pour plusieurs choses en même temps. Et il dit qu’on doit faire attention, parce qu’en tant qu’êtres humains, on est susceptibles d’avoir pour le monde le genre d’amour qu’on est censé avoir pour Dieu. On est susceptible de fonder notre bonheur, notre joie, notre sentiment de sécurité, notre raison d’être, notre identité-même, sur des choses qui nous plaisent du point de vue de la « chair » (du point de vue de notre existence ici-bas), des choses qui ne sont pas forcément mauvaises en elles-mêmes, mais qui vont passer. Des choses temporaires, des choses de ce monde. « Ce qui est dans le monde » (v. 15).

Notre vie devrait être fondée au contraire sur Dieu. Qu’est-ce qui vaut vraiment le coup dans l’éternité ? Ce n’est pas aimer le monde de sorte qu’on obéit à ses injonctions, mais c’est aimer Dieu de sorte que c’est sa volonté qui va orienter notre vie. Voilà ce qui va demeurer éternellement. Voilà la maison qui ne va pas tomber, comme le dit Jésus, parce qu’elle est « fondée sur le roc » (Mt 7.24-25).

Il y a quelques semaines, quelqu’un a forcé le coffre de notre voiture et nous a volé des instruments de musique et des effets personnels. C’était dur, non seulement à cause de la perte financière, mais aussi à cause de l’attachement sentimental qu’on peut avoir pour certains objets, surtout pour des instruments de musique. En l’occurrence, on m’a volé ma basse électrique que j’avais rapportée des États-Unis il y a 17 ans, et que j’ai utilisée dans des cultes, des concerts, des séances d’enregistrement en studio, dans toutes sortes de contextes différents. C’était dur.

Mais ce genre de mésaventure, c’est aussi une grâce de Dieu qui nous oblige à réfléchir à ce qui fait vraiment l’objet de notre amour. Quand Dieu nous dépouille de « choses de ce monde » auxquelles on est attaché, ça fait mal, mais ça nous rappelle aussi que si on est chrétien, il y a des choses qui ne pourront jamais nous être volées : le pardon de nos péchés, la vie éternelle, et la communion avec Dieu, par exemple.

Comme on le dit parfois : on n’a jamais vu un camion de déménagement suivre un corbillard. Et donc c’est ce que Jean veut nous faire comprendre ici : on a besoin d’examiner en permanence ce que c’est qu’on aime le plus dans la vie.

Et pardonnez-moi si j’ai l’air un peu moralisateur maintenant, mais honnêtement, qu’est-ce qu’on aime le plus faire, le dimanche, par exemple, entre grasse mat-piscine-barbec chez les copains, et le culte qu’on rend au Seigneur avec les frères et sœurs dans la foi ? Qu’est-ce qu’on aime le plus faire le soir de la semaine où il y a le groupe de maison ? Qu’est-ce qu’on aime le plus faire de notre argent ? Qu’est-ce qu’on aime le plus faire le matin en se levant, quand il y a Facebook et Instagram d’un côté, et la Bible de l’autre ?

Je suis le premier visé par ces questions ! Mais c’est le deuxième point de ce message ce matin : pour tenir bon dans la foi, pour persévérer face à la pression, Dieu nous appelle à constamment examiner ce qu’on aime, au fond. C’est aussi ça, la vigilance d’un chrétien.

3/ Éprouver ce qu’on entend chaque jour (v. 18-23)

La troisième chose que ce texte nous fait comprendre, c’est qu’on a besoin d’éprouver en permanence les messages qui nous parviennent de toutes parts.

Revenons au texte (v. 18-23). Maintenant, Jean poursuit en rappelant une réalité, c’est qu’on vit dans les derniers temps. Les derniers temps, c’est cet ultime chapitre de l’histoire ordinaire des hommes, un chapitre qui a commencé au premier siècle de notre ère, lorsque Jésus est mort, ressuscité, monté au ciel, que le Saint-Esprit a été déversé le jour de la Pentecôte, et que la destruction du temple de Jérusalem a formellement entériné la fin du régime de l’ancienne alliance (qui courait depuis l’époque de Moïse). Depuis le premier siècle, on est dans les derniers temps, et ce qu’on attend maintenant, c’est « la fin de la conclusion », à savoir : le retour glorieux de Jésus-Christ, la résurrection des morts et le jugement dernier, qui marqueront le renouvellement de l’univers et notre entrée dans le paradis pour toute l’éternité.

Bref, ce n’est pas tellement le sujet, mais ce qui est important, c’est que Jean dit que cette période de l’histoire dans laquelle on est—cette « heure dernière »—va être caractérisée notamment par l’existence de gens qui vont s’opposer à Christ. Ils sont donc appelés des « antichrists » (v. 18, 22).

Certains antichrists sont même « sortis de chez nous », dit Jean (v. 19), c’est-à-dire qu’ils portaient extérieurement l’appellation de « chrétiens », peut-être même de pasteurs, d’évangélistes ou de théologiens. Mais ils ne sont pas restés dans la communauté de la foi ; ils se sont séparés, pour démarrer un truc différent avec une doctrine différente.

Et Jean poursuit et il se remet en mode coach sportif : « Attention ! Faites gaffe d’être des vrais chrétiens et de discerner qui sont les antichrists ! Je vous écris ça (v. 21) parce que je n’en doute pas : vous êtes des vrais chrétiens, vous avez le Saint-Esprit, et vous connaissez la vérité. Vous êtes capables de reconnaître les mensonges. Vous êtes capables de gagner le match et de ne pas vous laisser séduire ! »

Et Jean va finalement donner une définition très précise et succincte de ce qui constitue un antichrist : c’est « celui qui nie que Jésus est le Christ. » (v. 22) Et c’est grave, parce que si on nie que Jésus est le Christ, ça veut dire qu’on nie le Fils et qu’on nie le Père en même temps. Bref, ça veut dire qu’on n’est pas sauvé, et même qu’on empêche d’autres gens d’être sauvés si on se met à répandre cette fausse doctrine.

Donc ce qu’on croit sur Jésus est absolument essentiel à la vérité de l’Évangile. Ce n’est pas juste parce que quelqu’un invoque le nom de Jésus que c’est forcément le vrai Jésus, le vrai Christ. Parfois il y a tromperie sur la marchandise. Et il faut faire attention.

Moi, par exemple, il y a un an et demi, j’ai commandé sur internet des graines de piment, et je recherchais une variété très précise de piment (c’est pour ça que je les ai commandées sur internet). Un an et demi plus tard, mes plants de piment ont poussé, et enfin ils portent du fruit ! Eh bien vous savez quoi ? Je découvre aujourd’hui que ce n’est pas la variété que j’avais commandée. Pourtant c’était marqué sur internet, et sur l’emballage, le nom de la variété que je recherchais. Mais il y a eu tromperie sur la marchandise.

De la même façon, il y a des antichrists parmi nous. Dit l’apôtre Jean. Il y a des antichrists parmi nous, et autour de nous. Il y a des gens qui nous parlent de Jésus, mais ce n’est pas le vrai Jésus. C’est une escroquerie.

Il y a des gens qui parlent de Jésus pour dire qu’il n’a jamais existé. Ce sont des antichrists. Il y a des gens qui parlent de Jésus pour nous dire que c’était un grand philosophe, rien de plus—ce sont des antichrists. Il y a des gens qui disent que Jésus était un grand prophète, mais qu’il n’est pas mort sur la croix, et qu’un autre grand prophète est venu après lui, appelé Mahomet—ce sont des antichrists.

Il y a des gens qui se désignent eux-mêmes comme des chrétiens mais qui croient que Jésus n’est pas Dieu incarné, mais plutôt la première créature de Dieu—ce sont des antichrists. Il y a des gens qui parlent de Jésus pour dire qu’il est apparu à un gars appelé Joseph Smith au XIXème siècle et qu’il lui a dit que la Bible n’était pas suffisante pour connaître Dieu—ce sont des antichrists.

Attention, ce qui est antichrétien, ce ne sont pas forcément les personnes qui ont été trompées et qui croient sincèrement à ces mensonges. Ce qui est antichrétien, c’est le message, c’est le système de doctrine, c’est le faux évangile qui est enseigné.

Ce qui est antichrétien, c’est aussi parfois une fonction religieuse et pas forcément la personne qui occupe cette fonction. Je le précise, parce que notre confession de foi affirme que « le pape de Rome » est un antichrist. Ça ne désigne pas François, Benoit ou Jean-Paul. Ca désigne la fonction religieuse qui porte l’appellation de « chrétienne », alors que cette fonction, par son existence et sa définition, nie que Jésus est le seul médiateur entre Dieu et les hommes, nie que Jésus est le seul Chef de l’Église, et représente un système qui nie que l’œuvre de Jésus par sa mort et sa résurrection est entièrement suffisante pour octroyer le salut à celui qui croit. Et tout ça, en fait, ça consiste à nier que Jésus est le Christ.

Je ne veux pas du tout blesser mes amis catholiques romains pour qui j’ai beaucoup d’affection, mais il faut bien comprendre les raisons pour lesquelles nos pères dans la foi ont utilisé ce genre de langage pour dénoncer les erreurs de l’Église au XVIème siècle. Aujourd’hui, les protestants ne sont pas en reste, puisque nombre de prétendus protestants sont eux-mêmes des antichrists, qui nient la doctrine de la divinité de Jésus, qui nient sa naissance virginale, qui nient sa résurrection et qui nient son retour prochain dans la gloire.

En tout cas vous comprenez bien quel est ce troisième point : pour tenir bon dans la foi, Dieu nous appelle à éprouver en permanence les messages qui nous parviennent de toutes parts.

4/ S’imprégner de ce qu’on a reçu de Dieu (v. 24-27)

Enfin, la quatrième et dernière chose que ce texte nous fait comprendre, c’est qu’on a besoin de s’imprégner en permanence des paroles de Dieu.

Bon, ça coule un peu de source, mais regardons quand même ce que dit l’apôtre Jean (v. 24-27). Pour conclure ce passage, il rappelle que les chrétiens—ceux qui ont vraiment placé leur foi en Jésus—ont entendu quelque chose qui doit demeurer en eux (v. 24), et qu’ils ont reçu une « onction » qui demeure en eux et qui leur enseigne toutes choses (v. 27).

Jean fait référence au fait que si on est un vrai chrétien, eh bien on a reçu le Saint-Esprit. Dieu habite en nous par son Esprit : c’est ça, « l’onction » qu’on a reçue, dont parle Jean. Mais on a aussi reçu une parole, qui doit demeurer en nous : c’est la parole de l’Évangile. C’est la bonne nouvelle de l’amour de Dieu, qui s’est manifesté en Jésus-Christ par sa mort et sa résurrection pour notre pardon et pour notre salut éternel. Et par extension, c’est toute la parole, toute la révélation de Dieu consignée dans les Saintes Écritures.

Jean est en train de dire que pour avancer dans notre vie chrétienne, pour persévérer dans la foi, on a ces atouts, en quelque sorte—on a déjà tout pour réussir : l’Esprit et la parole, qui se rencontrent en nous, et qui vont produire une sorte de réaction chimique (ou plutôt spirituelle) qui va nous éclairer, nous instruire, nous guider, nous faire grandir, nous permettre de discerner les messages mensongers, nous fortifier pour résister à la pression extérieure, et c’est ce qui va produire en nous la persévérance jusque dans la vie éternelle.

C’est un peu comme quand on veut faire pousser des piments (oui, un jour j’aurais épuisé toutes les illustrations possibles tirées de mes efforts pour faire pousser des piments, mais ce jour n’est pas encore arrivé). Si vous avez les bonnes graines pour la semence, si vous avez la bonne terre, vous allez faire germer des petites pousses qui auront la bonne sève à l’intérieur. Tout est là pour réussir. Mais vous allez quand même avoir besoin d’eau et de lumière pour que les plants grandissent et portent du fruit.

Si on est des vrais chrétiens, si notre foi est vraiment en Jésus-Christ, alors on a la bonne semence, elle a été plantée dans une bonne terre préparée par Dieu, et on a la bonne sève qui coule en nous. Mais pour nous épanouir dans la foi et porter du fruit, on a besoin de l’eau et de la lumière que nous apporte la Parole de Dieu.

Et c’est marrant, parce que encore une fois, Jean va dire à ses destinataires : « Je vous rappelle ces choses, mais je n’ai pas besoin de vous les rappeler parce que vous les savez déjà. Je veux que vous sachiez l’importance de vous imprégner en permanence de la parole de Dieu, mais je n’ai pas besoin de vous le dire parce que le Saint-Esprit en vous est déjà en train d’œuvrer pour vous éclairer. Mais je vous le dis quand même ! » (v. 27)

Et en fait, ce paradoxe nous renvoie à une grande vérité qui concerne notre persévérance dans la foi. Écoutez bien.

Si on est un vrai chrétien, si notre foi est vraiment en Jésus, ça veut dire qu’on a reçu le Saint-Esprit, et que Dieu nous a scellés pour le jour de la rédemption (cf. Ép 4.30). Rien ne peut nous arracher de la main de Dieu, Dieu va nous garder, on va persévérer—parce que Dieu nous a choisis, il a conclu une nouvelle alliance avec nous par Jésus-Christ, une alliance où il a écrit sa loi sur notre cœur, où « celui-ci n’enseignera plus son prochain, ni celui-là son frère, en disant : Connaissez l’Éternel ! Car tous me connaîtront, depuis le plus petit d’entre eux jusqu’au plus grand—oracle de l’Éternel. » (Jr 31.34)

Par la foi en Jésus, on a une relation avec Dieu qui est entière et sécurisée. Dieu a décrété notre salut, et il a décrété notre persévérance. Mais écoutez bien : il a aussi décrété les moyens de notre persévérance. Et parmi ces moyens figurent l’eau et la lumière de sa Parole.

Autrement dit, les gens qui reçoivent cette lettre de l’apôtre Jean entendent ces instructions, et ceux qui n’ont pas besoin qu’on les enseigne sont ceux justement qui vont prendre à cœur les enseignements de l’apôtre ! Vous voyez le paradoxe ? Mais en fait, c’est Dieu qui est en train de réaliser leur persévérance par le moyen de son Esprit et de sa Parole.

De la même façon aujourd’hui, ceux qui n’ont pas besoin qu’on les enseigne sont en réalité ceux qui vont avoir le plus envie d’être enseignés. Ceux qui ont le Saint-Esprit en eux sont ceux qui vont recevoir avec empressement et gratitude les exhortations de Dieu contenues dans sa Parole. Et si aujourd’hui vous écoutez la prédication de la Parole de Dieu et que vous êtes intéressé, et que vous êtes touché, et que vous avez envie de mettre en pratique les exhortations qu’on a vues ce matin, c’est certainement que Dieu qui vous a sauvé est en train de réaliser votre persévérance.

Et donc ce quatrième point, c’est qu’on a besoin de s’imprégner en permanence des paroles de Dieu. On a besoin de lire et d’étudier la Bible. On a besoin de la prédication du dimanche et de l’étude biblique en groupe de maison. On a besoin de se mettre en binôme avec un ami dans la foi pour constituer ce qu’on appelle un « groupe de croissance » pour s’encourager dans la lecture de la Bible et pour s’exhorter mutuellement dans la vérité.

Voilà encore des moyens que Dieu met à notre disposition pour qu’on puisse exercer cette vigilance par laquelle lui-même va accomplir notre persévérance.

Je posais la question au début : est-ce qu’il y a quelque chose qu’on peut faire pour résister à cette pression qui nous vient de partout autour de nous, quand on vit dans un monde qui semble à certains égards tellement hostile à la foi chrétienne ? Et la réponse qu’on a vue aujourd’hui dans ce texte, c’est que Dieu va nous accorder la persévérance, par le moyen de notre vigilance. Si on est des enfants de Dieu, on va être vigilant.

On va se rappeler ce qu’on possède en Christ, on va examiner ce qu’on aime au fond, on va éprouver ce qu’on entend chaque jour, et on va s’imprégner de ce qu’on a reçu de Dieu.

Oui, il y a des gens qui semblent être des chrétiens pendant un temps, et qui finissent par s’éloigner de Dieu. Joshua Harris a grandi dans une famille chrétienne, il a fait toute sa scolarité à la maison. Il a été baptisé, il a professé la foi. À 18 ans, il écrit un livre intitulé « J’ai tourné le dos au flirt », où il exhorte les jeunes adultes à la pureté dans leurs relations sentimentales (vendu à plus d’un million d’exemplaires). Il écrit plusieurs autres livres, il devient pasteur d’une très grande église où il va prêcher pendant 11 ans. Puis en l’espace de quatre ans, il va quitter son ministère, rétracter ses livres, se séparer de sa femme et annoncer publiquement qu’il ne se considère plus comme un chrétien. Ces dernières semaines, il a cherché à proposer sur internet du coaching en déconstruction de la foi, pour la modique somme de 275 dollars, mais finalement il a renoncé.

Oui, ces histoires, ça arrive. On ne doit pas se moquer, accuser, accabler ces gens, comme si ça ne pouvait jamais nous arriver, mais plutôt pleurer et prier. Mais on ne doit pas non plus vivre dans la peur constante que ça puisse nous arriver. Non, ces histoires ne sont pas là pour nous maintenir dans la peur, mais pour aiguiser notre vigilance. Jésus a dit à ses disciples :

« Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation. » (cf. Mt 25.1-13 et 26.41)

On ne doit pas être présomptueux en se disant : « Ah mais tout va bien ! Je suis chrétien donc je suis élu et rien ne peut me faire déchoir de la grâce et perdre mon salut, je suis tranquille et je peux faire ce que je veux ! ». Non, ça ce serait plutôt un indice qu’on n’est pas élu, justement ! Ce que Dieu veut au contraire, c’est qu’on soit vigilant. On a besoin de marcher humblement avec notre Dieu, on a besoin de veiller et de prier, on a besoin de faire tout ce qu’on a vu aujourd’hui, et par ces moyens que Dieu a décrétés, il va nous maintenir dans la foi et nous faire persévérer jusqu’au bout.

Je finis avec une autre histoire. Celle de Billy Graham. Billy Graham, c’était un grand évangéliste américain qui, selon toute vraisemblance, a amené plusieurs millions de personnes à décider de suivre Jésus-Christ. Il est mort en 2018.

Ce qu’on ne sait peut-être pas, c’est que Billy Graham, à un moment donné de sa vie, a traversé une période de doutes très forts au niveau de sa foi, surtout à cause de la pression du monde académique qui était de plus en plus rationaliste. Il n’était même plus sûr que la Bible était vraiment fiable. Il songeait à quitter son ministère et à faire autre chose. Et dans son autobiographie, il raconte que finalement, en luttant intérieurement avec ces doutes et cette tentation de tourner le dos à l’appel que Dieu lui avait adressé, il est allé dans une forêt, il a posé sa Bible sur une souche d’arbre, et il a crié à Dieu :

« Seigneur ! Il y a plein de choses dans ce livre que je ne comprends pas. Il y a beaucoup de problèmes que je n’arrive pas à résoudre. Il y a beaucoup de choses qui me semblent contradictoires. Il y a des choses qui ne semblent pas pouvoir s’harmoniser avec les connaissances scientifiques. On me pose des questions philosophiques et psychologiques auxquelles je n’arrive pas à répondre ! »

Et Billy Graham s’est mis à genoux et il a pleuré et il a prié : « Père, je vais accepter que ce livre, c’est ta Parole—je vais le faire par la foi. Je vais laisser ma foi dépasser mes doutes et mes questions intellectuelles, et je vais croire que ce livre, c’est ta Parole inspirée. »

Le lendemain, Billy Graham prêchait dans une ville avoisinante, et 400 personnes se sont converties à la fin de son message. Et par la suite de son ministère, on estime que 210 millions de personnes dans le monde ont pu l’entendre prêcher l’Évangile !

Vous voyez, Billy Graham n’a pas été présomptueux, mais sous la pression, en lutte avec le doute, il s’est tourné humblement vers Dieu. Par son humilité, il a persévéré.

Et nous aussi, par notre humilité, par notre prudence, par notre vigilance, par notre foi, par notre confiance en sa Parole, Dieu va nous accorder la persévérance.

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