Soyez donc parfaits !

Par Alexandre Sarranle 29 août 2021

Il y a un truc que j’ai beaucoup entendu, et que j’entends encore régulièrement. « Ah, tu es protestant ? C’est trop bien les protestants, ils ne sont pas coincés comme les catholiques, ils sont beaucoup plus libres par rapport à la morale, ils ont le droit faire un peu ce qu’ils veulent ! » Vous avez déjà entendu ce genre de remarque ?

Je ne sais pas d’où ça vient. Ou plutôt si, je pense savoir d’où ça vient. Peut-être que ça vient du fait que dans la grande famille des protestants, il y a une branche assez visible qui est plutôt progressiste (au sens politique) et libérale sur les questions de mœurs comme le mariage et la sexualité. En 2015, par exemple, une grande union d’églises qui porte le nom de « protestante » a décidé d’autoriser les cérémonies de bénédiction pour des couples homosexuels pacsés ou mariés. C’est très moderne, vous comprenez ? C’est très progressiste.

Et même dans nos milieux protestants évangéliques, on entend parfois circuler cette idée : « Le Dieu de Jésus, le Dieu des évangiles, heureusement que ce n’est pas le Dieu du moralisme rigide de l’Ancien Testament ! » Vous avez déjà entendu ça ?

Alors la question que je soulève ce matin, c’est : quelle est votre réaction à la notion de « morale biblique » ou de « morale chrétienne » ? Quelle est votre perception de ce sujet ?

Peut-être que vous êtes un « tradi », c’est-à-dire que vous êtes très conservateur sur toutes les questions de mœurs, et donc vous êtes peut-être un peu paranoïaque par rapport au progressisme que vous voyez partout autour de vous, et qui s’infiltre même dans les églises.

Ou bien vous êtes plutôt un chrétien dit « moderne », justement, et du coup, vous êtes peut-être un peu paranoïaque par rapport… au moralisme : vous vous méfiez surtout de ces « tradis » qui mettent en avant la morale au détriment de la grâce, de la liberté en Christ, et d’une interprétation plus inclusive des textes bibliques. Ce que vous craignez surtout, c’est qu’on crée des obstacles à ce que les gens s’approchent de Dieu, ou même qu’on donne l’impression qu’il faut mériter la faveur de Dieu par nos performances morales.

Ou peut-être encore que vous ne vous dites pas vraiment croyant et que vous êtes, à ce jour, un simple observateur du christianisme ; et peut-être que vous êtes séduit par le protestantisme en raison de cette réputation plus moderne et libre au niveau de la morale.

Ou peut-être qu’en tant que simple observateur, vous êtes plutôt critique envers le protestantisme pour cette même raison, comme j’ai aussi eu l’occasion de l’entendre : « Dieu aime tout le monde ? Notre conduite morale n’a pas d’effet sur sa grâce ? Ah ben c’est trop facile : on peut faire ce qu’on veut alors ! C’est la porte ouverte à tous les comportements ! »

Eh bien vous voyez : il y a toutes sortes de réactions possibles à la notion de « morale biblique » ou de « morale chrétienne », et à la façon dont cette notion est abordée, ou devrait être abordée, dans les églises. Mais la vraie question, c’est : Jésus, qu’est-ce qu’il en pense ?

C’est ce qu’on va voir aujourd’hui à travers le texte qu’on va lire et étudier. Et ce qu’on va voir aujourd’hui, c’est très simple. C’est peut-être déconcertant, c’est peut-être radical, c’est peut-être décevant, mais c’est très simple : Jésus appelle les croyants à une intégrité morale surnaturelle. Oui, oui, ce qu’on va voir aujourd’hui, c’est que Jésus est extrêmement exigeant sur le plan de la morale—mais ce qu’on va voir aussi, c’est que ça, ce n’est pas une mauvaise nouvelle pour nous. Et on va voir pourquoi.

1/ Jésus promeut la loi (v. 17-20)

La première chose que ce texte veut nous faire comprendre, c’est que Jésus confirme la validité des exigences morales de l’Ancien Testament. Jésus promeut la loi.

Ce que Jésus dit aux v. 17-20 est assez clair ! Il n’est pas venu « abolir la loi ou les prophètes », c’est-à-dire détruire, démolir, défaire la loi ou les prophètes, et par là, il veut dire l’Ancien Testament. Mais on voit par la suite que Jésus pense notamment à la loi morale, qui restera valide jusqu’à la fin du monde, et qui demeure une exigence pour ceux qui veulent suivre le messie et faire partie de son royaume.

Le texte, ici, est en train de répondre à une crainte ou à une objection possible qui pouvait venir des Juifs, qui sont, à ce moment-là, les gens qui écoutent ce discours de Jésus (qui est extrait de son fameux sermon sur la montagne), et qui sont aussi les premiers destinataires du récit que Matthieu est en train de faire de ces événements.

La crainte que les Juifs pouvaient avoir, c’était qu’on pouvait penser que Jésus aller exempter (ou dispenser) ceux qui le suivent, des exigences morales de l’Ancien Testament, comme si Jésus voulait démarrer une nouvelle religion. Mais pas du tout ! Jésus a été envoyé justement par le Dieu qui est l’auteur de ces normes morales. Jésus est l’envoyé du Dieu des Juifs, du Dieu de l’Ancien Testament, du Dieu de toute la révélation qui avait été communiquée jusqu’à ce moment-là aux hommes. Et Jésus, ce messie tant attendu, n’allait pas contredire ce que Dieu avait déjà révélé.

Imaginez que vous soyez le président de la France et que vous receviez la visite d’un diplomate étranger. Vous savez pertinemment que ce personnage, aussi diplomate qu’il puisse être, se doit d’être parfaitement loyal à la politique de son pays. Une fois en réunion privée avec vous, il ne va certainement pas vous dire : « Bon, je sais que mon pays a telle ou telle position sur tel ou tel point de politique étrangère, mais bon, moi je suis là pour vous proposer de nouveaux accords et de nouveaux traités que j’ai imaginés dans l’avion en venant. »

Ce serait absurde ! De la même façon, il serait absurde que Jésus abolisse, annule, détricote tout ce que Dieu a déjà révélé à son peuple au fil des siècles. Absurde, parce qu’on sait déjà (si on a lu les chapitres précédents) que Jésus est le messie qui a été envoyé par Dieu pour sauver son peuple et pour rétablir son royaume sur la terre, conformément à ce qui a été annoncé d’avance par les prophètes tout au long des pages de l’Ancien Testament.

Donc Jésus ne vient pas en opposition avec ce qui a déjà été révélé, mais dans la continuité de ce qui a déjà été révélé. Ces quelques versets (v. 17-20) coulent de source, ils soulignent une évidence : Jésus confirme la validité des exigences morales de l’Ancien Testament.

Et donc déjà, ce premier point tord le cou à certaines idées reçues, non ? Jésus n’est pas contre l’Ancien Testament. Il n’est pas venu présenter un Dieu différent, ou un Dieu qui aurait évolué sur le plan de ses exigences. Jésus n’est pas contre la morale, bien au contraire ! La morale biblique a vocation d’être enseignée et pratiquée par ceux qui veulent suivre Jésus.

Alors je vous rassure, ce n’est pas là tout l’enseignement de Jésus, comme on va le voir, à condition que vous ne partiez pas en claquant la porte avant la fin de ma prédication.

Mais ce premier point devrait au moins, à ce stade, nous inciter à notre tour à voir d’un œil positif les commandements moraux que Dieu place devant nous, et qu’on trouve notamment dans l’Ancien Testament, à commencer par les Dix Commandements. On doit au moins s’y intéresser, et peut-être même y chercher notre joie, comme l’auteur du Psaume 119, qui dit qu’il « fait ses délices » des prescriptions de Dieu (Ps 119.16) ! Peut-être qu’on peut faire pareil.

Mais regardons la suite du texte.

2/ Jésus complète la loi (v. 21-47)

La deuxième chose que ce texte nous fait comprendre, c’est que ceux qui veulent suivre Jésus doivent faire encore mieux qu’obéir à la lettre de la loi. Ou qu’obéir à la loi à la lettre. Jésus complète la loi. On va voir ce que ça veut dire.

Alors les v. 21-47, c’est un passage assez long (27 versets), très riche pour ce qui concerne l’éthique chrétienne, et qui mériterait de faire l’objet d’au moins cinq ou six prédications différentes. Mais globalement, qu’est-ce qui se passe dans ce passage ? Jésus vient de mettre ses auditeurs devant une exigence morale extraordinaire (v. 20 : pour pouvoir entrer dans le royaume de Dieu, votre justice doit être supérieure à celle des spécialistes de la morale biblique !), et maintenant, Jésus va illustrer son propos en donnant six exemples pratiques.

Le but de ces exemples est de montrer en quoi la justice des disciples de Jésus devrait être encore meilleure que celle des spécialistes de la morale que sont les scribes et les Pharisiens.

Les six exemples qu’il donne sont présentés selon le même motif, en trois parties : 1) Jésus fait référence à la pratique d’un précepte de l’Ancien Testament (« Vous avez entendu qu’il a été dit… »), 2) Jésus présente à son tour un précepte qui complète en quelque sorte celui qu’il vient de citer (« Or moi, je vous dis…), et 3) Jésus en tire des applications pratiques tantôt implicites tantôt explicites (« Fais ceci, ne fais pas cela… »).

Ce qu’on peut voir dans ces six exemples, c’est que Jésus ne s’oppose pas aux préceptes de l’Ancien Testament, mais il en montre la pleine application. Il montre comment ces préceptes devraient être vraiment mis en pratique. Autrement dit, Jésus ne met pas en opposition deux lois (celle de l’Ancien Testament et la sienne), mais deux façons de mettre en pratique la loi : la première qui consiste à faire le minimum (à obéir à la lettre de la loi), la seconde à faire le maximum (à obéir à la lettre et à l’esprit de la loi).

On va regarder vite fait les exemples que propose Jésus.

>> La loi interdit le meurtre (v. 21-26). Le minimum, ça consisterait à ne pas assassiner les gens qu’on n’aime pas. Le maximum, ça consiste à rechercher activement et prioritairement la paix et la bonne entente avec son prochain, et la réconciliation avec les gens qu’on a offensés.

>> La loi interdit l’adultère (v. 27-30). Le minimum, ça consisterait à ne pas coucher avec la femme qu’on convoite dans son cœur et qui est mariée avec quelqu’un d’autre. Le maximum, ça consiste à mettre tous les moyens possibles en œuvre pour éradiquer de son cœur la convoitise sexuelle, parfois au prix de grands sacrifices.

>> La loi prévoit que la femme répudiée soit juridiquement protégée (v. 31-32). Le minimum, ça consisterait à assurer une juste répartition des biens quand on divorce. Le maximum, ça consiste faire tout ce qui est en son pouvoir pour ne pas divorcer mais plutôt pour se réconcilier avec son conjoint et pour sauvegarder ce lien précieux aux yeux de Dieu qu’est le mariage.

>> La loi interdit de rompre un serment (v. 33-37). Le minimum, ça consiste à tenir sa parole quand on a prêté serment, et donc à prêter serment le moins souvent possible ! Mais le maximum, ça consiste à considérer tous nos « ouis » et tous nos « nons » comme des engagements solennels, et à vivre dans une totale honnêteté.

>> La loi prévoit que la rétribution d’un crime soit proportionnelle au crime (« œil pour œil, dent pour dent », v. 38-42). Le minimum, ça consiste à ne pas dépasser cette limite quand on se venge du méchant. Mais le maximum, ça consiste à ne pas se venger du méchant mais plutôt à renoncer à soi-même, et à aimer de manière sacrificielle en retour de l’offense.

>> La loi oblige à aimer son prochain (v. 43-47). Le minimum, ça consiste à être agréable, donc, avec son prochain, mais à être désagréable avec ceux qui nous sont moins proches et qui nous déplaisent. Le maximum, ça consiste à aimer tous les hommes sans discrimination, à les bénir, à leur faire du bien et à prier pour eux.

Donc on voit à travers tous ces exemples que Jésus n’annule pas la loi de l’Ancien Testament, mais qu’il en souligne plutôt la pleine application, conforme à la lettre et à l’esprit de la loi. Jésus ne s’oppose pas à la loi, mais il la complète (ce qui est un des sens du mot « accomplir » au v. 17 : « Je suis venu non pour abolir mais pour accomplir—rendre complet »).

C’est comme si vous vous achetiez un ordinateur ultra performant, et il y a un mode d’emploi qui vient avec l’ordinateur, mais c’est un mode d’emploi qui ne vous explique que les bases : comment allumer l’ordi, comment configurer votre boîte mail, comment ouvrir un document. Et comme vous ne vous y connaissez pas trop en informatique, vous faites un usage minimum de cette incroyable machine qui est posée sur votre bureau. C’est un usage fonctionnel, mais minimum. Mais un jour, Nico (notre spécialiste de la technique à l’église) débarque chez vous et vous explique toutes les fonctionnalités extraordinaires de votre ordi qui vont vous permettre d’augmenter votre productivité et la qualité de votre travail. Nico n’a rien démonté dans l’ordi, il n’a rien trafiqué, rien déprogrammé, il a simplement complété en quelque sorte le mode d’emploi. Il vous révèle l’usage maximum que vous pouvez faire de votre ordi. Il a complété votre compréhension du fonctionnement de votre ordinateur, qui en soi reste le même.

Et en fait, Jésus fait un peu la même chose avec la loi de l’Ancien Testament. Cette loi est bonne, elle est valide, mais Jésus l’accomplit, c’est-à-dire la complète (ou en complète notre compréhension), pour qu’on puisse mieux voir sa portée, qui est peut-être plus radicale qu’on ne le pensait ! Vous voyez ? Ceux qui veulent suivre Jésus doivent faire encore mieux qu’obéir à la lettre de la loi. Ou qu’obéir à la loi à la lettre.

Et qu’est-ce que cette exigence doit susciter en nous ? Eh bien la moindre des choses, c’est au moins de reconnaître qu’avec Jésus, d’après ce texte, il n’y a pas moins de morale, mais plus de morale ! Il n’y a pas d’assouplissement des exigences de Dieu, mais plutôt un durcissement, si on en croit les explications de Jésus ! La morale chrétienne, c’est un truc qui va vraiment chercher loin, comme on pourrait le dire aujourd’hui.

Jésus se présente ici vraiment comme un champion de la morale, et pas comme un révolutionnaire ou un anarchiste. Et pour la plupart des gens aujourd’hui dans notre société, cela ne fait pas de Jésus quelqu’un de très attirant. Normal.

Mais si on comprend bien tout ce que Jésus est train de dire ici, eh bien personne, pas même les plus « tradis » et les plus moralistes d’entre nous, ne devrait se sentir à l’aise devant ce discours. Pourquoi ? Parce que Jésus est en train de décrire ici, comme on l’a vu, une intégrité ou une droiture morale supérieure à celle des meilleurs moralistes de son époque.

Personne, ni les scribes, ni les Pharisiens, ni les pasteurs, ni les prêtres, ni les moines, ni les profs de théologie, ni les religieux et les religieuses les plus disciplinées, ni même le pape ne peut lire ce passage et se dire : « Ah ben c’est bon, j’ai ma place dans le royaume de Jésus ». En fait, Jésus est en train de pulvériser toute prétention, et de mettre tout le monde d’accord.

Ce qui nous amène au dernier point.

3/ Jésus réalise la loi (v. 48)

La troisième et dernière chose que ce texte veut nous faire comprendre, c’est que Jésus fixe à ses disciples un objectif qu’ils ne peuvent pas atteindre par eux-mêmes. Mais heureusement, Jésus réalise la loi pour nous.

Alors peut-être qu’à ce stade du texte, vous aviez déjà compris que l’objectif fixé par Jésus était inatteignable par nous-mêmes. Mais le v. 48 met les points sur les i :

« Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. »

À quel niveau d’intégrité morale Jésus appelle-t-il les croyants ? À la perfection, tout simplement !

Et quoi de plus logique, puisque Jésus parle du fait d’avoir une place dans le royaume des cieux, c’est-à-dire dans le royaume de Dieu, c’est-à-dire auprès de Dieu ? Appartenir au royaume des cieux signifie avoir Dieu pour Père, et ce Père céleste est moralement parfait. Donc toi aussi tu dois être moralement parfait pour avoir ta place dans son royaume. Simple, logique, radical. Mais déconcertant, non ?

En fait, Jésus est en train d’imiter une phrase de la loi de l’Ancien Testament, qui apparaît à plusieurs reprises dans le livre du Lévitique, où Dieu dit à son peuple :

« Vous serez saints, car je suis saint, moi, l’Éternel, votre Dieu. » (Lv 11.44 ; 19.2 ; 20.26)

Donc Jésus, finalement, ne fait que rappeler quel est le projet de Dieu pour son peuple. Il en a souligné le caractère radical, et finalement, il nous pousse à constater que c’est au-delà de nos capacités. Que ça dépasse nos forces. N’empêche que c’est quand même le projet de Dieu pour son peuple. C’est son exigence. C’est censé être une caractéristique de l’appartenance à son royaume. Ce n’est pas juste de la rhétorique, ce n’est pas juste une hyperbole. C’est l’objectif que Dieu fixe aux croyants ! Dans le royaume des cieux, on doit être parfait !

Mais c’est déconcertant, parce qu’à ce stade de l’histoire, on a l’objectif, mais on n’a pas l’itinéraire. C’est comme si je vous montrais une destination quelconque en photo (une photo vraiment magnifique), et que je vous dise : « Rendez-vous là-bas la semaine prochaine ! », mais que je ne vous dise pas comment y aller.

Et donc la question qui se pose à ce stade du récit, ce n’est pas : « Est-ce que je sais comment y aller ? » (puisque le texte ne nous a pas dit comment, encore), mais plutôt : « Est-ce que j’ai envie d’y aller ? ». Est-ce que je m’intéresse suffisamment à Dieu et à Jésus, et à son royaume, et à ce que représente son royaume, à savoir la consolation, la paix, la justice, la miséricorde, bref la vie avec Dieu, pour l’éternité, dans une création entièrement renouvelée et réconciliée avec son Créateur, pour vouloir y aller ? Est-ce que vous avez envie d’y aller ?

À ce stade du discours de Jésus (qui a commencé au début du chapitre 5, et qui est le premier grand discours de Jésus le messie, dans l’évangile selon Matthieu), il y a peut-être des gens qui commencent à partir, qui se disent : « Mince, ce n’est pas ce que j’espérais ».

Mais ceux qui sont déconcertés et qui restent et qui continuent d’écouter Jésus, l’entendent dire un peu plus loin :

« Voici comment vous devez prier : Notre Père qui es aux cieux ! […] Pardonne-nous nos offenses… » (6.12)

Et un peu plus loin encore :

« Quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l’on ouvrira à celui qui frappe. » (7.8)

Et il y en a qui vont être remplis de cette espérance, et qui vont continuer de s’intéresser à Jésus et de le suivre, et qui vont le voir, quelque temps plus tard, se faire clouer sur une croix comme un bandit, et qui vont l’entendre pousser un grand cri au paroxysme de son agonie, et qui vont apprendre qu’à ce moment-là, le voile du temple s’est déchiré de haut en bas, ce qui a ouvert l’accès une fois pour toutes à l’espace le plus strictement protégé du temple, qui symbolisait le lieu de la présence spéciale de Dieu (ch. 27). Les gens attentifs vont découvrir par la suite le chemin qui mène à Dieu.

Dans le passage qui nous intéresse, Jésus fixe un objectif à ses disciples qu’ils ne peuvent pas atteindre par eux-mêmes. Mais si vous avez envie d’y aller, si vous vous attachez par conséquent aux pas de Jésus, le reste de l’histoire nous apprend par quel itinéraire le peuple de Dieu devient réellement saint et parfait. Cet itinéraire, c’est celui que Jésus emprunte au profit de ceux qui lui font confiance—un chemin qu’on découvre dans la suite, donc, du récit.

Cet itinéraire, c’est celui de ses souffrances et de sa mort, où lui le seul juste a pris sur lui le châtiment normalement réservé aux injustes que nous sommes. Jésus a fait ça, pour nous en délivrer, de ce châtiment. Si on est attaché à Jésus par la foi, Jésus nous communique tous les mérites de son obéissance, de ses souffrances, de sa mort et de sa résurrection.

Conformément au projet de Dieu pour son peuple (qu’on découvre dans toutes les Écritures), et en vertu de Jésus le messie (c’est-à-dire grâce à lui), eh bien Dieu nous pardonne nos péchés, il nous purifie, il nous rend saints et acceptables dans sa présence, il écrit sa loi morale dans notre cœur, et il nous remplit de son Esprit qui nous incite à le suivre et à lui obéir. Même si notre obéissance est progressive, et hésitante ici-bas, ce qui est sûr, c’est que si on est attaché à Jésus, on est déjà moralement parfait aux yeux de Dieu, parce que la perfection morale de Jésus lui-même nous a été imputée !

Comme le dit l’auteur de l’épître aux Hébreux :

« Par une seule offrande, [Jésus] a rendus parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés. »

Et il cite juste après cette promesse de l’Ancien Testament :

« Après ces jours-là, dit le Seigneur, je mettrai mes lois dans leur cœur et je les écrirai dans leur intelligence, et je ne me souviendrai plus de leurs péchés ni de leurs iniquités. » (Hé 10.14, 16)

Donc pour résumer : la morale, c’est bien ; il faut être parfait moralement pour aller au paradis ; et Jésus réalise lui-même, en nous, mais à ses frais, cette perfection morale pour qu’on puisse aller au paradis !

C’est ce qu’on a vu dans ce texte, non ? D’abord que Jésus confirme la validité des exigences morales de l’Ancien Testament (Jésus promeut la loi), ensuite que ceux qui veulent suivre Jésus doivent faire encore mieux qu’obéir à la lettre de la loi (Jésus complète la loi), et enfin, que Jésus fixe un objectif à ses disciples qu’ils ne peuvent pas atteindre par eux-mêmes (Jésus réalise la loi au profit des croyants).

Ce texte doit donc inspirer en nous principalement une grande humilité. Jésus a mis tout le monde d’accord. Toutes ses exigences sont valides, mais personne n’est à la hauteur. La morale biblique est bonne, et on doit la défendre, l’enseigner, et la pratiquer, mais notre justice, réalisée par nos propres capacités, ne sera jamais suffisante pour qu’on mérite notre place dans le royaume de Jésus.

Mais Jésus, le Fils éternel de Dieu, qui a dit au paralytique : « Lève-toi et marche », dit aux infirmes spirituels que nous sommes : « Soyez parfaits comme votre Père céleste », et il a la puissance d’accomplir ce qu’il ordonne !

Merci Jésus, c’est toi qui me rends parfait aux yeux du Père, et c’est toi qui vis en moi et qui œuvre en moi, par ton Esprit et par ta Parole, pour me faire progresser sur le chemin de l’obéissance, petit-à-petit, de manière à me faire devenir de plus en plus ici-bas ce que je suis déjà aux yeux du Père dans le ciel !

Alors c’est quoi, ce matin, votre réaction à la notion de « morale biblique » ou de « morale chrétienne » ? Quelle est votre perception de ce sujet ? Est-ce que c’est trop cool d’être un protestant parce qu’on peut faire ce qu’on veut ? Est-ce que c’est trop cool, parce que le Dieu de Jésus n’est pas le même que celui de l’Ancien Testament ? Ou bien à l’inverse, est-ce que vous êtes super méfiant et critique, parce que franchement, la grâce, c’est la porte ouverte à tous les comportements ?

On a vu ce matin, à travers ce passage, un truc assez déconcertant, c’est que Jésus appelle les croyants à une intégrité morale surnaturelle. Mais ce n’est pas une mauvaise nouvelle pour nous, parce que cette intégrité morale surnaturelle (cette perfection), Jésus la réalise en nous une fois pour toutes aux yeux de Dieu en vertu de sa mort et de sa résurrection, et il nous fait tendre en même temps ici-bas vers cette perfection, sous l’effet de son Saint-Esprit qu’il a déversé en nous, agissant au moyen de sa Parole.

Puissions-nous donc, sous l’effet de sa grâce, recevoir avec joie et reconnaissance, avec docilité et confiance, toutes les instructions morales de Dieu contenues dans les Saintes Écritures. Puissions-nous désirer devenir ici-bas ce que nous sommes déjà aux yeux de notre Père céleste.

Et quand on va découvrir des exigences morales qui nous semblent dures de la part de Dieu—des choses qu’on ne comprend pas, des choses qui nous semblent peut-être même injustes—puissions-nous ne pas nous décourager, ne pas réagir négativement, mais puissions-nous plutôt accueillir avec confiance la volonté de Dieu pour notre vie, en nous reposant pleinement en Jésus-Christ, et en priant perpétuellement avec le psalmiste :

« Éternel, fais-moi connaître tes chemins, enseigne-moi tes voies. Fais-moi cheminer dans ta vérité, et instruis-moi ; car tu es le Dieu de mon salut, en toi, j’espère tous les jours. » (Ps 25.4-5)

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