Il faut pratiquer la justice

Par Alexandre Sarranle 5 septembre 2021

Si vous vous dites chrétien ce matin, j’ai une question à vous poser : où est-ce que vous en êtes dans votre combat contre le péché dans votre vie ? L’auteur de la lettre aux Hébreux, dans le Nouveau Testament, dit :

« Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang en combattant contre le péché. » (Hé 12.4)

Et vous, et moi, on en est où dans ce combat ?

Alors c’est une question qui mérite explication, sans doute. Si vous n’êtes pas chrétien, la question peut vous sembler bizarre, peut-être même incompréhensible ! C’est quoi le péché, et pourquoi est-ce qu’on devrait combattre contre ce truc ?

Eh bien d’après la Bible, le péché, c’est toute désobéissance à la loi morale de Dieu. C’est-à-dire que c’est tout ce qu’on fait, tout ce qu’on dit, tout ce qu’on pense, et même tout ce qu’on désire, et tout ce qu’on ressent, qui n’est pas conforme à ce que Dieu veut qu’on fasse, qu’on dise, qu’on pense, qu’on désire et qu’on ressente. Mais le péché, c’est aussi ce qu’on ne fait pas, qu’on ne dit pas, qu’on ne pense pas, qu’on ne désire pas et qu’on ne ressent pas, qu’on devrait faire, dire, penser, désirer et ressentir !

Si dans votre entreprise, votre chef vous dit : « Tu dois faire ceci », et que vous fassiez le contraire, vous commettez une faute professionnelle. Mais si vous ne faites rien, alors que vous devriez faire quelque chose, vous commettez aussi une faute professionnelle, n’est-ce pas ? Eh bien le péché, c’est pareil, pour ce qui est de la relation des humains avec Dieu. Le péché, c’est tout ce qui n’est pas conforme, dans notre vie, à ce que Dieu veut pour nous.

Voilà, c’est comme ça, d’après la Bible. Si vous n’êtes pas chrétien, ça peut vous sembler vachement négatif ou déprimant, comme idée, mais si vous y réfléchissez, c’est en même temps assez logique. S’il y a un Dieu, c’est normal que Dieu notre créateur (qui gouverne aussi tout l’univers) nous dise ce qui est bien et ce qui n’est pas bien dans la vie. Et quand on ne fait pas ce qui est bien, ça s’appelle tout simplement « le péché ».

Et si on est croyant, on devrait avoir ça à cœur, non ? Si on croit en Dieu, on devrait avoir à cœur ce que pense Dieu. Et à plus forte raison si on croit que le péché, c’est quelque chose de très grave qui nous sépare de Dieu ; et si on croit que Dieu a voulu nous délivrer des consé-quences de ce truc pour qu’on puisse être réconcilié avec lui et vivre en nouveauté de vie.

C’est ce qu’on a vu déjà ce matin à travers les lectures et les chants : Dieu a payé un prix fort pour que nos péchés nous soient pardonnés, et pour qu’on puisse obtenir l’assurance de la vie éternelle. Si on est croyant, donc, eh bien ça va forcément changer notre rapport au péché dans notre vie. Et la question, donc, c’est la suivante ce matin—et je la pose spécifiquement aux personnes qui se disent chrétiennes : quel est notre rapport au péché, en ce moment ?

Est-ce que c’est un truc auquel on ne pense pas beaucoup ? On sait que ça existe, on sait ce que ça veut dire, mais on n’y réfléchit pas plus que ça. Pour ma part, je sais qu’il y a une grande tentation dans ma vie, c’est de me satisfaire d’une sorte de train-train spirituel, où je me dis inconsciemment que j’ai trouvé mon rythme de croisière avec Dieu, et où je ne m’inquiète plus de la réalité du péché qui persiste dans ma vie.

Ou bien est-ce que vous vous dites, même, que puisque de toute façon en tant que croyant, vous êtes pardonné et réconcilié pour toujours avec Dieu, le péché de toute façon, ça ne compte plus ! Donc ce n’est même pas la peine d’y penser ! Bien sûr que vous allez continuer de pécher, mais qu’est-ce qu’on s’en fiche au fond, tant que ce n’est rien de trop grave !

Ou peut-être au contraire, que le péché c’est une réalité très douloureuse dans votre vie. Vous avez peut-être tout-à-fait conscience d’avoir fait le mal, et même de pratiquer habituellement des choses qui ne sont pas bien du tout, mais vous vous sentez tellement coupable, et c’est tellement dur de surmonter ces choses-là et de changer vos habitudes, que vous êtes tenté de déclarer forfait ! Bref, d’abandonner le combat et de vous accommoder de ces choses.

Alors où est-ce que vous en êtes dans votre combat contre le péché dans votre vie ? C’est exactement la question qui est soulevée dans le texte qu’on va lire dans un instant. C’est l’apôtre Jean qui écrit une lettre à des chrétiens de son époque, pour les exhorter à ne pas seulement être des croyants de façade, mais à être des croyants authentiques. Il veut que leur profession de foi extérieure corresponde à une réalité intérieure.

Et vous connaissez peut-être la devise de l’humoriste Rémi Gaillard : « C’est en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui » ? Eh bien écoutez la devise de l’apôtre Jean dans le passage qu’on va lire : « C’est parce qu’on n’est pas n’importe qui, qu’on doit arrêter de faire n’importe quoi. »

Le péché est inacceptable dans la vie d’un vrai croyant. Il faut pratiquer la justice. Et on va voir dans un instant ce que ça veut dire pour nous. Mais d’abord, lisons le texte.

1/ Parce que les croyants vont vers Dieu (2.28—3.3)

Vous voyez ? C’est parce qu’on n’est pas n’importe qui, qu’on doit arrêter de faire n’importe quoi. Si on est un vrai croyant, il faut pratiquer la justice ! Pourquoi ? Eh bien premièrement, à cause de là où on va : les croyants vont vers Dieu. C’est la première chose que ce texte veut nous faire comprendre (2.28—3.3). Les croyants attendent avec confiance de rencontrer Dieu face à face, et cette espérance devrait avoir une incidence sur notre vie présente.

Regardez le texte. L’apôtre Jean rappelle à ses lecteurs qu’il y a un jour qui vient, dans l’histoire, qui est le jour de « l’avènement » du Seigneur. C’est le moment, dit-il, où le Seigneur sera « manifesté » (2.28 et 3.2). L’apôtre Jean fait référence ici à la fin de l’histoire ordinaire des hommes, au jour où Jésus reviendra de manière spectaculaire et glorieuse pour juger le monde et instaurer de manière définitive son règne dans tout l’univers.

Et Jean dit que ce jour-là, les vrais croyants vont voir Dieu « tel qu’il est » (3.2). C’est-à-dire que les croyants vont faire l’expérience de Dieu d’une manière parfaite (pour un humain), d’une manière qu’on n’aura jamais connue jusqu’à ce moment-là. C’est bien l’objet de notre espérance, n’est-ce pas ? D’entrer pleinement dans la présence de Dieu, et de vivre en communion avec lui. Dans son paradis. Pour toujours.

Ce jour vient, dit l’apôtre Jean. Mais il dit aussi que pour qu’on puisse faire cette expérience parfaite de Dieu pour toujours, eh bien il faut encore que quelque chose nous arrive. Il y a encore des choses qui doivent changer en nous : il dit qu’on doit devenir « semblable à lui » (3.2). Ce n’est pas quelque chose que nous, on doit faire, mais c’est quelque chose qui nous sera fait, si on est un vrai croyant. C’est pour ça qu’il dit que « ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ». Ce truc-là sera manifesté « lorsque le Seigneur sera manifesté ».

Là où Jean veut en venir, c’est que si on est un vrai croyant, on est destiné à truc incroyable, mais que ce truc incroyable n’est pas encore visible. Et donc on vit actuellement dans une situation un peu intermédiaire, un peu ambivalente. Oui, si on est des vrais croyants, « nous sommes appelés enfants de Dieu » (3.1), c’est une réalité présente, « nous le sommes », et en même temps, le monde ne le voit pas, parce que « ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ». En termes théologiques, on dirait qu’on est déjà adopté, mais pas encore glorifié.

N’empêche que c’est sûr, si on est croyant, on va vers Dieu. Et comment est-ce que ça devrait se traduire dans notre vie présente ? Jean le dit :

« Quiconque a cette espérance en lui se purifie, comme lui (le Seigneur) est pur. » (3.3)

Quelle est la logique de l’apôtre Jean ? Eh bien imaginez que vous gagniez un concours qui vous donne le droit de rencontrer la star que vous avez toujours rêvé de rencontrer ! C’est sûr et certain, ce droit vous est garanti. C’est juste que vous n’avez pas vous-même la capacité ou les moyens de vous rendre chez cette personne—alors c’est elle qui va envoyer sa limousine, avec son chauffeur, pour venir vous chercher. Le seul truc, c’est que vous ne savez pas quand ! Qu’est-ce que ça va vouloir dire pour votre vie quotidienne ?

Alors il n’y aura pas de conditions à remplir pour pouvoir monter dans la limousine quand elle arrivera, et pourtant, vous allez sûrement faire attention chaque jour à ne pas trop mal vous habiller, à ne pas trop mal vous coiffer, à être plutôt présentable, parce que vous voulez être à la hauteur de cet événement qui compte beaucoup pour vous.

Et c’est ce que l’apôtre Jean nous dit ici. Si l’avènement du Seigneur, c’est un événement qui compte beaucoup pour nous, eh bien même s’il n’y a pas de conditions à remplir pour être admis dans la présence de Dieu—dans la mesure où c’est par grâce qu’on est sauvé, par le moyen de la foi, et que nos péchés nous sont pardonnés en vertu de la mort et de la résurrection de Jésus, et qu’il n’y a rien à y ajouter—eh bien on va quand même vouloir être à la hauteur de cet événement qui vient. On ne veut pas « avoir honte devant lui » (2.28), parce que c’est important—pour nous !

C’est ça la logique de l’apôtre Jean, ici. Et c’est le premier point : les croyants attendent avec confiance de rencontrer Dieu face à face, et cette espérance devrait avoir une incidence sur notre vie présente. Dieu est pur, et je suis son enfant ; Dieu est pur et je serai un jour semblable à lui—forcément, puisque Dieu est pur et qu’un jour je le verrai tel qu’il est ; alors comme lui, est pur, et que moi j’ai cette espérance, moi aussi je me purifie aujourd’hui.

Logiquement, si l’avènement du Seigneur, et la pleine manifestation de qui on est en tant qu’enfants de Dieu, c’est quelque chose qui est important pour nous, alors on devrait se préoccuper du péché dans notre vie. On devrait chercher à savoir ce que c’est dans notre vie qui nous fera honte au jour de l’avènement du Seigneur (non pas parce que Dieu va nous le reprocher, mais parce qu’on va se le reprocher à nous-même !), et on devrait chercher, par la grâce de Dieu, à corriger ces choses.

Comme l’a dit Jésus :

« Heureux ce serviteur, que son maître, à son arrivée, trouvera occupé de la sorte ! » (Mt 24.46)

C’était le premier point : il faut pratiquer la justice, parce que les croyants vont vers Dieu.

2/ Parce que les croyants demeurent en Dieu (3.4-6)

Deuxièmement, il faut pratiquer la justice, non seulement à cause de là où on va, mais aussi à cause de là où on est. Et où est-ce qu’on est ? On est dans le Seigneur, d’après le texte.

C’est la deuxième chose que ce texte veut nous faire comprendre (3.4-6) : le péché est tellement radicalement opposé au caractère de Dieu que personne ne peut être à la fois attaché à Dieu et attaché au péché. On va regarder le texte pour mieux comprendre ce que ça veut dire.

Si vous regardez bien, l’apôtre Jean met en opposition deux choses : au verset 4, le péché, et au verset 5, le Seigneur. Au verset 4 : le péché, c’est « la violation de la loi ». Autrement dit, le péché, c’est grave. C’est une manière de dire très succinctement ce que j’ai dit dans l’introduction. Le péché, c’est tout ce qui n’est pas conforme à la loi morale de Dieu. C’est tout ce qui contredit la volonté de Dieu pour ses créatures.

Donc au verset 4 : le péché, c’est grave ! Et au verset 5 : le péché est absolument incompatible avec le Seigneur ! En fait, le péché, c’est la raison de la venue du Seigneur : « Il est apparu pour ôter les péchés ». Jean parle ici de la venue de Jésus sur la terre. Dieu s’est fait homme en Jésus-Christ précisément pour régler le problème du péché et pour anéantir les conséquences du péché dans la vie des croyants.

Le péché, c’est précisément l’ennemi que le Seigneur est venu affronter, au profit des croyants. Et il a combattu cet ennemi en se substituant aux croyants, pour prendre sur lui les conséquences de leurs péchés. Il en a réglé le prix en souffrant et en mourant sur la croix. Et ensuite il est ressuscité en vainqueur sur le péché et sur la mort. Si on place notre confiance en Jésus, on est définitivement délivré des conséquences du péché, c’est-à-dire qu’on n’est plus séparé de Dieu, on est en paix avec lui, et on peut vivre dans l’assurance d’aller au paradis ! J’espère de tout cœur que vous avez cette assurance, ce matin !

Mais l’idée en tout cas, c’est que le péché, c’est une réalité absolument contraire au Seigneur. Il n’y a « pas de péché en lui », c’est absolument impossible. Et là où Jean veut en venir, c’est que si nous, en tant que croyants, on s’attache au Seigneur, on ne peut pas à la fois demeurer en lui, et demeurer dans le péché. C’est ce qu’il dit de manière assez radicale au verset 6 :

« Quiconque demeure en lui ne pèche pas ; quiconque pèche ne l’a pas vu et ne l’a pas connu. »

Alors c’est bon ? Vous avez tous arrêté de pécher ?

Une petite explication s’impose ! Jean ne veut pas dire qu’un vrai croyant ne pèche plus du tout. Dès le début de sa lettre, il l’avait déjà dit très clairement :

« Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous. » (1.8)

Il nous encourage ensuite à confesser nos péchés et à recevoir perpétuellement le pardon de Dieu (1.9), donc clairement, un vrai croyant, ça continue quand même de pécher.

Ce que Jean veut dire, c’est qu’un vrai croyant ne pratique plus le péché. Le péché, ce n’est plus la pratique d’un vrai croyant. Si je disais à un de mes enfants, par exemple : « Si tu veux faire du tennis, tu dois arrêter le football », vous n’allez pas imaginer que ça veut dire ne plus jamais taper avec le pied dans un ballon. Vous comprenez très bien que ça veut dire arrêter la pratique du football parce qu’il n’y a pas assez de temps ou d’argent pour pratiquer les deux.

Et c’est ce que dit Jean dans notre passage. « Si tu t’attaches vraiment au Seigneur, forcément, tu vas arrêter de pratiquer le péché. Les deux sont incompatibles. Du coup, si tu comptes vraiment continuer de pratiquer le péché, c’est que tu n’es pas vraiment attaché au Seigneur. »

Donc vous comprenez ? C’est le deuxième point : le péché est tellement radicalement opposé au caractère de Dieu que personne ne peut être à la fois attaché à Dieu et attaché au péché.

Alors est-ce que vous êtes d’accord avec ça ? Est-ce que vous êtes prêt, du coup, à examiner votre vie et à regarder ces choses, ces habitudes, ces pratiques, que vous avez peut-être délibérément ignorées, et à vous poser les questions qui font mal ? Je sais que c’est dur ce que je dis, mais sachez que je me vise moi-même avec cette exhortation.

Est-ce que j’ai subtilement autorisé certains péchés dans ma vie chrétienne (ou prétendument chrétienne), tout simplement parce que j’ai arrêté de m’en soucier, j’ai arrêté de lutter, j’ai minimisé la gravité du péché, je me suis dit que j’étais trop faible de toute façon, et j’ai admis la possibilité que je puisse être dans le Seigneur tout en ayant apporté avec moi (dans le Seigneur) la pratique de certains péchés alors qu’il n’y a pas de péché en lui ?

Je donnerai des exemples dans quelques minutes, mais pour l’instant, retenons surtout ce deuxième point : il faut pratiquer la justice, parce que les croyants demeurent en Dieu. Et on ne peut pas demeurer en Dieu et en même temps demeurer dans le péché. Ce serait une aberration théologique ! Pour paraphraser le docteur Emmett Brown dans Retour vers le futur : « Cette rencontre créerait un paradoxe […] dont l’issue engendrerait une réaction en chaîne qui pourrait déchirer le tissu même du continuum espace-temps, provoquant la destruction totale de l’univers ! »

3/ Parce que les croyants sont nés de Dieu (3.7-10)

Troisièmement et dernièrement, il faut pratiquer la justice, non seulement à cause de là où on va, et de là où on est, mais aussi à cause de là d’où on vient. Les croyants doivent pratiquer la justice, parce que les croyants sont nés de Dieu.

On revient au texte, et la troisième chose que ce passage veut nous faire comprendre, c’est que le rapport qu’on a aujourd’hui au péché, ça révèle quelque chose concernant notre filiation spirituelle. Et on doit prendre ça très au sérieux (3.7-10).

Ces deniers versets, en fait, sont très clairs. L’apôtre Jean a envie d’être très clair. Il veut mettre les points sur les i, comme on dit. Et qu’est-ce qu’il dit ? Il dit qu’il n’y a que deux sortes de personnes sur la terre : les enfants de Dieu et les enfants du diable ! Personnellement, je pense que je n’aurais jamais osé, de moi-même, être aussi catégorique dans une prédication, mais là je n’ai pas le choix ! Et c’est exactement le but de l’apôtre Jean. Qu’on n’ait pas le choix de comprendre ce qu’il dit, autrement que comment il le dit.

Si on n’est pas un enfant de Dieu, on est un enfant du diable, et comment faire la différence entre les deux ? En regardant ce qu’on pratique. D’un côté, il y a celui qui « pratique la justice » (3.7) : lui, il est juste, il est né de Dieu, la semence de Dieu demeure en lui, il est un enfant de Dieu. De l’autre côté, il y a celui qui « commet le péché » (3.8) : lui, il est du diable, il n’est pas de Dieu, il est un enfant du diable.

Encore une fois, Jean parle ici de la pratique habituelle, c’est-à-dire ce à quoi on se consacre volontairement. Il y a quelques jours, je me suis inscrit dans un club d’escalade : je suis donc devenu un pratiquant de l’escalade, au sens fort, et je ne suis plus juste quelqu’un qui, de temps en temps, va faire un peu d’escalade par inadvertance ou dans un moment de faiblesse !

Et dans notre texte, donc, Jean met en opposition les pratiquants du péché, et les pratiquants de la justice. Et il n’y a pas de catégorie intermédiaire.

Là aussi, il y a une certaine logique. Celui qui pratique le péché est le digne héritier du diable qui pratique le péché depuis le commencement (3.8). Alors que le Fils de Dieu est venu détruire les œuvres du diable, et donc celui qui pratique le péché ne peut pas être de Dieu, c’est totalement illogique puisqu’il pratique les œuvres du diable que Jésus est venu détruire !

Un vrai croyant, c’est quelqu’un qui, normalement, a reçu la parole de Dieu, il croit à la parole de Dieu, il souscrit à la parole de Dieu, qui est cette « semence de Dieu » qui, normalement toujours, sous l’effet puissant du Saint-Esprit, a complètement changé le cœur de cette personne, de façon à ce qu’elle aime Dieu, qu’elle ait le désir de suivre Dieu, qu’elle admire ce que Dieu a fait pour détruire les œuvres du diable, qu’elle reconnaisse que les voies de Dieu sont justes et bonnes, et qu’elle soit docile sous sa main. Tel est l’enfant de Dieu.

Le vrai croyant était un enfant du diable par nature, comme tous les humains, et il est devenu un enfant de Dieu. Et donc on doit vraiment prendre à cœur ce que dit l’apôtre Jean, parce qu’il le dit avec beaucoup de gravité : le rapport qu’on a aujourd’hui au péché, ça révèle quelque chose concernant notre filiation spirituelle. Ce n’est pas rien !

Un jour, il y a un truc qui m’a fait beaucoup rire dans un film (qui est un remake des Voyages de Gulliver, avec Jack Black), c’est à un moment où il y a une jeune femme, qui est la fille du roi, et elle fait toutes sortes de caprices vraiment désagréables, et il y a quelqu’un qui finit par s’énerver un peu, et qui lui dit : « Mais arrête de te comporter comme une princesse ! » Et elle répond : « Mais je suis une princesse ! » Et l’autre lui réplique : « Alors essaie de te comporter comme une princesse ! »

Je trouve ça très drôle personnellement. Mais le sujet qui nous intéresse n’est pas si drôle. C’est au contraire très sérieux, si on en croit l’apôtre Jean. Il est en train de nous dire ici, que la façon dont on se comporte révèle de qui on est l’enfant, spirituellement. « Si tu es vraiment un croyant, comporte-toi comme une princesse—comme l’enfant de Dieu que tu es. À moins que tu sois l’enfant du diable ! »

Alors est-ce qu’on réfléchit à ce qu’on fait au quotidien, à la façon dont on mène notre vie, à nos choix, à nos habitudes, à notre façon d’être avec notre prochain… avec autant de gravité ? Si on est un vrai croyant, on doit pratiquer la justice parce que les croyants sont nés de Dieu.

Maintenant, avant de terminer, revenons à la question du début. Où est-ce qu’on en est, dans notre combat contre le péché dans notre vie ? Quel est notre rapport au péché, en ce moment ? Est-ce que c’est quelque chose qu’on prend au sérieux ? Est-ce qu’on s’en inquiète ? Ou bien est-ce qu’on s’est laissé installer dans un petit train-train où finalement on ne se rappelle peut-être même plus la dernière fois où on s’est senti blessé dans notre conscience par quelque chose qu’on a fait, dit, pensé, désiré ou ressenti ?

Alors bien sûr, il y a aussi des gens ici qui ont douloureusement conscience de leurs péchés. Ça peut sembler un peu facile et superficiel ce que je vais dire, mais franchement, si vos péchés vous font mal, c’est bien ! Bien sûr, le péché, c’est mal, et on ne se réjouit pas que le péché existe dans votre vie. Mais si ça vous fait mal, c’est bien. C’est un indice que vous appartenez à Dieu et que vous reconnaissez que la présence persistante du péché dans votre vie, en tant qu’enfant de Dieu, est une profonde anomalie.

Que cette douleur vous conduise donc à la repentance, et que cette repentance vous ramène au premier chapitre de cette lettre de Jean, où il dit :

« Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute injustice. » (1.9)

Soyez assuré que Dieu vous pardonne, qu’il vous relève, et qu’il vous remet en route.

Mais ce qui m’inquiète plus, et ce qui inquiète l’apôtre Jean dans ce passage, ce sont les gens qui se disent chrétiens et qui sont en voie de perdre leur sensibilité au péché.

Est-ce que vous avez du mal à voir aujourd’hui ce qu’il y a dans votre vie ordinaire, qui devrait vous déranger ? Je vais vous donner des exemples de choses habituelles qu’on est susceptible de faire, qui ne vont pas nous envoyer en prison, qui ne vont peut-être même pas nous faire excommunier, mais qui sont quand même « une violation de la loi » parce que ce n’est pas conforme à ce que Dieu veut pour nous—et si on a baissé les bras devant ces choses, si on s’est accommodé de ces choses dans notre vie, si on a cessé de demander pardon à Dieu et à notre prochain pour ces choses, ça veut dire qu’on vit en contradiction avec qui on dit être en tant que croyants.

Comme le dit Jean Calvin :

« [Nul ne peut se dire enfant de Dieu] s’il ne s’étudie à former et régler sa vie sous l’obéissance à Dieu. »

Alors quelques exemples pour nous aider à nous « étudier » en vue de notre progression dans la pratique de la justice. Je suis sûr que dans ces exemples, il y a au moins une ou deux choses qui vous concernent. En tout cas je sais pour sûr que la majorité de ces choses concerne au moins une personne dans cette salle !

Alors est-ce qu’on s’est accommodé de ces choses dans la vie ?

Faire passer ses propres intérêts avant ceux des autres. Négliger la prière. Ne pas tenir une promesse. S’arranger avec la vérité. Se réjouir de l’échec d’autrui. Dire des grossièretés, ou penser des grossièretés. Abuser de la nourriture ou de l’alcool. Être paresseux. Manquer de respect à son conjoint. Convoiter dans son cœur quelqu’un d’autre que son conjoint. Perdre patience. Gaspiller son temps. Gaspiller son argent. Aimer l’argent. Être déraisonnable dans les attentes qu’on place sur ses enfants. Punir injustement son enfant. Médire de son prochain. Regarder de haut son prochain. Rechercher l’admiration. Juger les motivations de son prochain. Ne pas compatir aux souffrances de ses frères et sœurs dans la foi.

On pourrait sans doute poursuivre, n’est-ce pas ? Mais la question est la suivante : est-ce qu’on a conclu un pacte avec ces péchés, ou bien est-ce qu’on a encore envie de progresser, jusqu’au jour de l’avènement du Seigneur—parce qu’on est des enfants de Dieu ?

Le pasteur et auteur Kevin DeYoung (un réformé évangélique américain) a publié cette réflexion sur ses réseaux sociaux cette semaine :

« Une des marques d’un chrétien pieux, c’est qu’il craint le péché plus qu’il ne craint la souffrance. »

Est-ce que c’est vrai pour ce qui nous concerne, et pour ce qui concerne tout ce qu’on pourrait appeler des péchés mignons, mais qui pourtant sont des violations de la loi, dont la pratique habituelle est incompatible avec le fait de demeurer dans le Seigneur ?

Pour nous aider à progresser dans la pratique de la justice, on peut former un groupe de croissance avec un frère dans la foi, et quand on se rencontre, on peut se poser les questions qui dérangent, en toute franchise mais en toute fraternité. « Tu es susceptible de pécher dans ce domaine, alors dis-moi, comment ça s’est passé cette semaine ? Courage, on lutte ensemble, on se soutient, on s’exhorte et on prie l’un pour l’autre. »

Pour nous aider à progresser, on peut aussi rejoindre un groupe de maison. C’est la reprise des groupes de maison cette semaine, et j’espère que le plus grand nombre d’entre nous, on pourra participer le plus souvent possible aux réunions de ces groupes en semaine. On a besoin de mettre du temps à part dans la semaine pour être avec des frères et sœurs dans la foi, pour prier ensemble et pour partager de manière plus conviviale autour de la parole de Dieu. Comme je l’ai dit dans le mail que vous avez peut-être reçu, on veut vivre cette exhortation du Nouveau Testament :

« Veillons les uns sur les autres pour nous inciter à l’amour et aux œuvres bonnes. » (Hé 10.24)

Mais bien sûr, au-delà de tout ça, ce dont on a le plus besoin pour progresser, c’est encore et toujours de l’évangile. On a besoin de constamment se rappeler cette bonne nouvelle : c’est que « le Christ-Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis, moi, le premier », comme le dit l’apôtre Paul (1 Tm 1.15).

On ne pratique pas la justice pour obtenir quelque chose de la part de Dieu. On pratique la justice parce que Jésus nous a déjà obtenu quelque chose de la part de Dieu. Il nous a obtenu le pardon de nos péchés, la réconciliation avec Dieu, et la vie éternelle. Il est venu pour ôter le péché, et pour détruire les œuvres du diable.

En tant que croyants véritables, on avance donc désormais vers la gloire—c’est là où on va. On est greffé à Christ pour toujours—c’est là où on est. Et on a été faits enfants de Dieu, on est né « non du sang, ni de la volonté de la chair ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu » (Jn 1.13)—c’est là d’où on vient, en quelque sorte, c’est notre filiation.

Bref, on ne fait pas n’importe quoi pour devenir n’importe qui, mais c’est parce qu’on n’est pas n’importe qui, qu’on doit arrêter de faire n’importe quoi.

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