Une lettre de la plus haute importance

Par Alexandre Sarranle 19 septembre 2021

Cet après-midi, on va commencer à lire une lettre qui est de la plus haute importance pour nous. Mais avant d’y venir, on va imaginer un truc ensemble.

Imaginez un grand lieu de culte propre et confortable. Il y a des gens de tout âge et de toute origine qui s’y réunissent chaque semaine pour prier. Il y a des musiciens et des chanteurs qui font un travail remarquable. Il y a un orateur très doué qui donne un enseignement percutant. Il y a des sourires et des larmes. Il y a de la convivialité, de la solidarité, de la fraternité. Il y a quelque chose dans l’air, une impression de spiritualité, un sens du sacré. Il y a un certain ordre moral, qui est mis en valeur. Il y a des rites et des cérémonies, des témoignages, des dons matériels, une équipe de responsables, un logo, un site web, des activités pour les enfants, des groupes de maison en semaine…

Est-ce que vous pensez que vous vous sentiriez bien dans cette communauté ? Ou bien est-ce qu’il manque encore quelque chose dans cette description, quelque chose de plus important encore que tout ce que je vous ai dit, quelque chose qui validerait ou qui invaliderait complètement tout le reste ?

Écoutez bien. Tout ce que je vous ai dit, c’est bien, mais s’il n’y a pas l’Évangile, c’est une coquille vide, une religion de surface qui pourrait aussi bien décrire le culte soufi universaliste fondé par le chanteur indien Inayat Khan, que l’église charismatique de la « Foi Vivante » à San Diego, en Californie, qui est dirigée par deux pasteurs : l’un est un homme d’affaires hypnotiseur, l’autre une actrice de films pornographiques.

Mes amis, l’Évangile, c’est le truc incontournable que Dieu veut qu’on maintienne au cœur de notre religion—et même au cœur de notre vie—sans quoi tout le reste peut se transformer en un simple mélange de sentimentalisme, de moralisme et de ritualisme (dans des proportions variables et personnalisables).

Alors si l’Évangile est si important, est-ce que vous savez de quoi on parle quand on parle de « l’Évangile » ? Est-ce que vous seriez capable d’expliquer précisément ce que c’est que… l’Évangile ? Et est-ce que vous savez pourquoi c’est si important ? En fait, est-ce que vous êtes même sincèrement convaincu, dans votre for intérieur, que c’est hyper important ? Ou bien est-ce que vous vous satisferiez bien, au fond, d’un simple mélange de sentimentalisme, de moralisme et de ritualisme ?

Et si l’Évangile est si important (et on verra ce que c’est que l’Évangile dans quelques minutes), comment ça devrait se traduire dans notre vie ? Et dans la vie de notre église ?

Voilà quelques questions qu’on va se poser cet après-midi, à travers l’étude d’un texte, donc, qui est le début d’une lettre que l’apôtre Paul a écrite vers le milieu du premier siècle, à des chrétiens qui habitaient dans la ville de Rome. Et c’est une lettre de la plus haute importance, pour eux comme pour nous, parce que dans cette lettre, justement, l’apôtre Paul va expliquer très précisément ce que c’est que l’Évangile.

En fait, il y a quelqu’un au XVIème siècle qui a lu cette lettre avec beaucoup d’intérêt, et qui l’a appelée « l’Évangile sous sa forme la plus pure ». Il était moine augustin (de l’ordre de Saint Augustin). Il avait consacré sa vie à Dieu et à la religion. Il avait étudié la théologie, et il avait commencé lui-même à l’enseigner aux autres. Mais malgré sa grande piété, sa grande discipline de vie, malgré les rites et les sacrements et les prières, cet homme avait encore peur de Dieu. Il avait peur que Dieu le punisse pour le mal qui habitait encore dans son cœur. Finalement toute sa religion n’était encore, à ce moment-là, qu’une coquille vide.

Mais un jour, ce moine a médité sur le passage qu’on va lire dans un instant. Et en méditant sur ce passage en particulier, cet homme a été complètement bouleversé, et non seulement le cours de sa vie a changé radicalement, mais à travers cet homme, c’est le cours même de la civilisation occidentale qui a pris un virage spectaculaire (d’après Wikipedia). Cet homme, c’était Martin Luther, le théologien allemand du XVIème siècle, qui a, en quelque sorte, déclenché la naissance du protestantisme.

Et dans le passage qu’on est sur le point de lire, il y a un verset en particulier, dont Martin Luther a dit que ce verset a été pour lui « la porte du paradis ». La porte du paradis !

On va donc lire ce passage. C’est l’introduction de la lettre de l’apôtre Paul aux Romains, une lettre à laquelle on va s’intéresser dans les semaines et les mois qui viennent, et vous allez voir, dans cette introduction, l’accent que l’apôtre Paul met sur un truc qu’il appelle « l’Évangile ». Paul ne va pas expliquer très précisément, dans ces quelques versets, ce que c’est que l’Évangile, mais il va expliquer que c’est un truc super important, et que c’est le sujet de ce qu’il va développer ensuite dans sa lettre.

En fait, Paul veut susciter l’intérêt de ses lecteurs pour tout ce qui va suivre. C’est ce qu’on attend d’une bonne introduction, en fait ! Paul est en train de faire un teaser pour le contenu de sa lettre, et le contenu de sa lettre, c’est une explication de l’Évangile.

Mais avant d’en venir à l’explication-même de l’Évangile, Paul veut dans un premier temps convaincre ses destinataires que c’est important de l’avoir, cette explication. Et donc toute la leçon de cette introduction, c’est aussi la suivante pour nous aujourd’hui : il faut impérativement qu’on ait une compréhension claire de l’Évangile ! Est-ce qu’on est convaincu de l’importance d’avoir une compréhension claire de l’Évangile ?

Et pour avoir une compréhension claire de l’Évangile, il faut recevoir avec attention tout ce que Paul va dire dans cette fameuse lettre aux chrétiens de Rome, une lettre de la plus haute importance. Mais lisons déjà, pour commencer, cette fameuse introduction.

1/ La position extraordinaire de l’expéditeur (v. 1-7)

Il faut impérativement qu’on ait une compréhension claire de l’Évangile, et c’est ce que Paul veut nous donner dans cette lettre écrite aux chrétiens de Rome. C’est pourquoi cette lettre est une lettre de la plus haute importance, pour eux comme pour nous ; et pour nous en convaincre, Paul va souligner trois choses : la position extraordinaire de l’expéditeur, le privilège extraordinaire des destinataires, et la puissance extraordinaire du message.

Premièrement, la position extraordinaire de l’expéditeur. L’auteur de ce texte est quelqu’un d’extrêmement important qui a reçu une mission extrêmement importante.

Regardez ce qui se passe dans les versets 1-7. C’est l’introduction classique d’une lettre, comme on les écrivait à l’époque—c’est-à-dire qu’on précise qui est en train de s’adresser à qui. D’ailleurs, on fait la même chose aujourd’hui, n’est-ce pas, quand on veut écrire une lettre de manière un peu formelle : on indique en haut à gauche les coordonnées de l’expéditeur, et juste en-dessous à droite les coordonnées du destinataire. On sait tout de suite qui est l’auteur de la lettre et à qui elle est adressée.

C’est ce qu’on a ici aussi. Paul se présente au verset 1, et il indique au verset 7 à qui la lettre est adressée, en ajoutant une formule de salutation très amicale et chrétienne. « Paul, apôtre, mis à part pour l’Évangile de Dieu […] à tous ceux qui, à Rome, sont bien-aimés de Dieu […], que la grâce et la paix vous soient données… »

OK. Mais ce qui est frappant, c’est que juste après avoir dit : « mis à part pour l’Évangile de Dieu », et avant d’indiquer les destinataires, Paul ouvre une longue parenthèse, ou plutôt, en grec, il ajoute une proposition subordonnée, qui va durer du verset 2 à 6. Cette proposition subordonnée, se rapporte, dans la phrase, à « l’Évangile de Dieu » pour lequel Paul a été mis à part. Autrement dit, ce qu’on a en grec, c’est : « Paul mis à part pour l’Évangile de Dieu, que Dieu avait promis… qui concerne son Fils… Jésus-Christ notre Seigneur, par qui nous avons reçu la grâce, etc.»

Bref, Paul est en train de surligner justement cet élément de son CV : c’est qu’il a été mis à part pour l’Évangile de Dieu. Littéralement, « la bonne nouvelle de Dieu » : c’est l’objet de sa vocation. Paul travaille pour ça. Il consacre sa vie à ça, en tant que serviteur et apôtre de Jésus-Christ. Paul se présente ici comme un spécialiste de l’Évangile ; et en ajoutant plusieurs caractéristiques de cet Évangile (v. 2-6), il souligne l’extrême importance de cette bonne nouvelle qui a besoin, comme toute bonne nouvelle, d’être annoncée aux gens.

Paul le dit sans orgueil ou prétention : c’est juste qu’il n’y a pratiquement personne de mieux placé que lui pour expliquer cet Évangile aux chrétiens de Rome. C’est la position extraordinaire de l’expéditeur.

Imaginez que vous soyez passionné par quelque chose : je ne sais pas, les piments, par exemple, ou le heavy metal, ou les loutres. Et vous rencontrez d’autres gens qui sont passionnés par la même chose. Et vous commencez à vous rencontrer régulièrement pour échanger sur le sujet. Et puis un jour, vous décidez de constituer une association : « L’amicale des admirateurs des loutres ». Et voilà qu’après quelque temps, vous recevez une lettre du plus grand spécialiste mondial des loutres : « Théodolphe, zoologue, mis à part pour les loutres (ces loutres tellement passionnantes, qui sont comme ci, et comme ça), à l’amicale lyonnaise des admirateurs des loutres, que la grâce et la paix vous soient données… » Vous auriez très envie de lire la suite, en raison de la position extraordinaire de l’expéditeur !

Et c’est ce qu’on a dans le texte ici. Alors il faut savoir que les chrétiens de Rome se sont constitués en église sans avoir eu la visite d’un apôtre jusqu’à ce moment-là. Ils vont donc être hyper intéressés par cette lettre de l’apôtre Paul, spécialiste de l’Évangile !

Rome, c’était la capitale de l’empire romain, et donc très naturellement, il y avait un grand brassage de population, et des chrétiens sont arrivés là très vite au premier siècle. En fait, on sait qu’il y avait des gens originaires de Rome qui étaient à Jérusalem le fameux jour de la Pentecôte quand le Saint-Esprit a été déversé sur les disciples, cinquante jours après la résurrection de Jésus (Ac 2.10). Et donc des gens se sont sûrement convertis à ce moment-là, et ils sont retournés à Rome, et ils ont commencé à se rencontrer régulièrement pour prier et adorer Dieu ensemble.

Et maintenant l’apôtre Paul leur écrit, en tant que spécialiste de l’Évangile auquel ces gens s’intéressent. Il est spécialiste de cette bonne nouvelle qui est de la plus haute importance. Il est chargé par le Seigneur Jésus-Christ lui-même d’annoncer cette bonne nouvelle à toutes les nations. Et c’est à ce titre qu’il écrit aux chrétiens de Rome.

Donc à notre tour, est-ce qu’on mesure l’importance de ce qu’on a sous les yeux, ici ? L’épître aux Romains, une explication de l’Évangile, faite par Paul, serviteur et apôtre du Christ-Jésus, « mis à part pour l’Évangile de Dieu » !

Une bonne nouvelle qui avait été promise par Dieu depuis des temps immémoriaux (v. 2), par les prophètes d’Israël, à travers leur prédication aujourd’hui consignée dans les saintes Écritures qui sont pour nous l’Ancien Testament.

Une bonne nouvelle qui concerne la venue du messie de la descendance du roi David (v. 3), comme cela avait été annoncé d’avance—ce messie étant le libérateur que Dieu avait promis à son peuple, le rédempteur capable de sauver les hommes du mal et de la mort.

Une bonne nouvelle qui est centrée sur un événement capital dans toute l’histoire de l’humanité, à savoir la résurrection de Jésus d’entre les morts (v. 4)—cette résurrection miraculeuse ayant prouvé que Jésus était bien le Fils de Dieu et le sauveur des croyants.

Une bonne nouvelle qui doit maintenant être annoncée et diffusée dans toutes les nations sans discrimination (v. 5-6), en vue d’amener, au nom de Jésus, toutes les nations « à l’obéissance de la foi », comme le dit Paul, et comme l’avait dit Jésus lui-même :

« Faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et leur enseignant à garder tout ce que je vous ai prescrit. » (Mt 28.19-20)

Bref, l’apôtre Paul est en train de dire : « Je suis dans une position extrêmement importante, pour vous parler d’un truc extrêmement important. » Est-ce qu’on se rend compte qu’on détient un trésor inestimable, là, dans les pages de ce livre qu’est la Bible, et particulièrement dans cette lettre de l’apôtre Paul ? Est-ce qu’on accorde à ce texte l’attention qu’il mérite ?

Ces premiers versets soulignent donc la position extraordinaire de l’expéditeur. Comme on l’a vu : l’auteur de ce texte est quelqu’un d’extrêmement important qui a reçu une mission extrêmement importante. Ça devrait susciter notre intérêt pour la suite.

2/ Le privilège extraordinaire des destinataires (v. 8-12)

Et justement, regardons la suite. Deuxièmement, le texte souligne le privilège extraordinaire des destinataires de cette lettre. Ce qu’on est censé comprendre, ici, c’est qu’on devrait se sentir extrêmement concerné par le contenu extrêmement important de cette lettre.

Ce qu’on découvre dans les versets 8-12, c’est que Paul va souligner maintenant la sollicitude qu’il a pour les chrétiens de Rome—c’est-à-dire l’amour, l’affection, le souci qu’il a pour eux. Tout simplement, les gens à qui il écrit comptent beaucoup pour lui. Et les gens qui reçoivent sa lettre devraient naturellement se demander : mais qu’est-ce qui nous vaut ce privilège d’être considérés de cette manière par le grand apôtre Paul ?

Effectivement, c’est très frappant ce que fait Paul dans ces quelques versets, parce qu’il personnalise énormément sa lettre. « Je rends grâces pour vous, je fais mention de vous toujours dans mes prières, je demande de pouvoir aller chez vous, je désire vivement vous voir, j’aimerais qu’on soit encouragé ensemble, par la foi qui nous est commune… »

Vous voyez comment Paul veut vraiment montrer aux chrétiens de Rome son attachement personnel, son affection sincère pour eux ? Paul n’est pas juste en train d’écrire une lettre impersonnelle, une sorte de traité générique sur l’Évangile, qu’il va imprimer à 100 000 exemplaires et qu’il va distribuer un peu partout, mais il adresse vraiment son message personnellement aux gens qui vont le lire.

Et comme ce n’était peut-être pas forcément évident que le grand apôtre Paul, qui a établi des églises un peu partout en Grèce, en Macédoine et en Asie mineure, puisse écrire personnellement aux chrétiens de Rome, avec une affection sincère pour eux, Paul ajoute quelque chose de très étonnant et de très fort : c’est qu’il prend Dieu a témoin qu’il est vraiment sincère dans cette affection qu’il dit avoir pour les chrétiens de Rome (v. 9).

Mais notez bien que c’est encore en référence à l’Évangile, que Paul prend Dieu a témoin de son affection sincère pour les chrétiens de Rome. Littéralement :

« Dieu que je sers en mon esprit en l’Évangile de son Fils, m’est témoin que je fais mention de vous toujours et continuellement dans mes prières… »

C’est comme si Paul disait : « Moi qui concentre toute mon énergie sur la diffusion de l’Évangile parmi toutes les nations, je pense très, très fort à vous qui êtes à Rome. »

Encore une fois, imaginez que vous receviez cette lettre du grand spécialiste mondial de l’objet de votre passion—les piments, le heavy metal ou les loutres—et que ce grand spécialiste vous dise : « Au nom de cette passion qui nous est commune, et au nom de ma spécialisation dans ce domaine, vous qui êtes à Lyon Gerland, vous m’êtes très, très, très précieux et je m’intéresse beaucoup, beaucoup, beaucoup à vous. Je suis reconnaissant pour vous, je pense à vous continuellement, je désire vous voir—signé, Théodolphe. » Vous vous diriez certainement : « Ouah, c’est dingue, quel privilège ! »

Et vous comprendriez assez spontanément que ce qui vous vaut ce privilège, c’est l’intérêt que vous avez pour l’objet de votre passion—les piments, le heavy metal ou les loutres.

Et dans notre texte, bien sûr, c’est l’intérêt des Romains pour l’Évangile, qui leur vaut le privilège extraordinaire de recevoir cette lettre de l’apôtre Paul et de faire l’objet de ses prières et de son affection. Ces croyants, à Rome, ont un truc en commun, c’est qu’ils s’intéressent à Jésus, ils veulent le servir et le connaître, et ils veulent lui rendre un culte. Et ça, ça fait d’eux des gens hyper concernés par la mission de l’apôtre Paul.

Vous comprenez ce qui se passe ici ? Paul est en train d’établir le lien personnel entre la situation des croyants de Rome et sa mission à lui. Pour schématiser, Paul a dit dans un premier temps : « Je suis important à cause de l’Évangile », et maintenant il dit : « Vous êtes importants à cause de l’Évangile. Donc permettez-moi de vous expliquer clairement ce que c’est que l’Évangile, parce que vous êtes hautement concernés. »

Vous avez suivi ? Et nous aujourd’hui, on est dans une situation très semblable à celle des chrétiens de Rome qui reçoivent cette lettre au premier siècle. Parce que nous non plus, on n’a jamais reçu la visite d’un apôtre. Pourtant, on s’intéresse à Jésus, on veut le servir et le connaître, on veut lui rendre un culte, on s’est constitué en église et on a appelé notre église « chrétienne ». Et on fait partie de toutes les « nations » que Paul veut amener à l’obéissance de la foi. Nous aussi, on est très importants pour Paul, très importants à cause de l’Évangile, et très hautement concernés par la mission du grand apôtre Paul.

Et donc la question toute simple qui se pose à nous, c’est : est-ce qu’on se rend compte qu’on est extrêmement concernés par le contenu extrêmement important de cette lettre de l’apôtre Paul ? On est privilégié de l’avoir entre les mains, et on est précisément visé par la mission de son auteur, parce que nous aussi, on est une assemblée chrétienne parmi les nations, et on a absolument besoin d’avoir une explication claire de ce que c’est que l’Évangile, et on a besoin de garder cet Évangile au cœur de tout ce qu’on fait et de tout ce qu’on croit en tant qu’église, et de tout ce qu’on fait et de tout ce qu’on croit en tant que chrétiens.

Et c’est ce qui nous amène au dernier point.

3/ La puissance extraordinaire du message (v. 13-17)

Le texte a souligné la position extraordinaire de l’expéditeur de cette lettre, puis le privilège extraordinaire de ses destinataires. Maintenant, ce qui est souligné, c’est la puissance extraordinaire du message. Comment dire ? Paul veut qu’on comprenne, tout simplement, qu’il n’y a rien de plus important que ce qu’il va expliquer dans le contenu de cette lettre.

Regardez les versets 13-17. Paul affirme qu’il a beaucoup souhaité faire un voyage à Rome, et ce n’était pas pour faire du tourisme, pour visiter le Colisée, le Forum ou la Via Appia. C’était pour y porter du fruit (v. 13), et comment ? En y annonçant l’Évangile (v. 15).

Et Paul ajoute que pour lui, ce n’est pas juste un désir, mais c’est quelque chose qu’il considère vraiment comme un devoir. « Je me dois aux Grecs et aux Barbares » (v. 14)—c’est-à-dire aux personnes de l’Empire, qui parlent le grec, et aux étrangers, qui sont d’une autre civilisation que la civilisation gréco-romaine. Paul se doit aussi « aux savants et aux ignorants ». Autrement dit, Paul se doit à tout le monde. Parce que la portée du message qu’il est chargé d’annoncer, est universelle. C’est hyper important et ça concerne tout le monde.

Paul, donc, désire très vivement annoncer l’Évangile aux croyants de Rome, et c’est pour ça qu’il écrit cette lettre, parce qu’il ne peut pas pour l’instant leur rendre visite en personne. Mais l’Évangile est si important qu’il veut leur expliquer clairement ce que c’est—et c’est ce qu’il va faire dans la suite de sa lettre.

Mais c’est un peu curieux, parce que Paul veut annoncer l’Évangile à des gens qui sont déjà croyants. En fait, c’est un point très important.

C’est un peu comme quand les gens apprennent à jouer d’un instrument de musique, mais simplement à l’oreille. Ils n’ont pas de prof, ils n’ont pas fait de solfège, ils prennent juste un instrument, et ils se mettent à s’amuser un peu avec, et petit-à-petit, par l’expérience, en découvrant des trucs qui sont jolis et des trucs qui sont moches, ils finissent par arriver à faire une musique sympa. Ils peuvent même devenir assez bons.

Mais un jour, un véritable professeur de musique va peut-être les prendre à part et leur expliquer la théorie et la technique. Et en fait, en intégrant de manière plus exacte et plus systématique les règles du rythme et de l’harmonie, et les capacités de l’instrument, ces gens qui ont découvert la musique un peu tout seuls, vont pouvoir mieux ancrer leur maîtrise de l’instrument, et peut-être devenir de véritables virtuoses ou de grands compositeurs.

Et c’est un peu ce qui se passe dans notre texte. Alors bien sûr, les chrétiens de Rome, ils ne sont pas devenus chrétiens tout seuls. Ils avaient les Écritures de l’Ancien Testament, et certains d’entre eux ont sûrement entendu l’apôtre Pierre prêcher à Jérusalem, et il y avait des témoignages qui circulaient, de gens qui s’étaient convertis et qui expliquaient aux autres qui était Jésus et ce qu’il avait fait. Mais il y avait quand même besoin d’un cadre un peu plus solide, et d’une explication un peu plus systématique de ce que c’est que l’Évangile—et ça, dans l’idéal, c’était un apôtre qui pouvait leur donner. Un véritable spécialiste de l’Évangile !

Et c’est ce qu’on a dans la lettre de Paul aux Romains. C’est comme ça que Paul le présente, en tout cas : une présentation claire et détaillée de l’Évangile.

Et écoutez bien comment Paul finit son introduction. « J’ai le vif désir de vous annoncer l’Évangile. Pourquoi ? Car je n’ai pas honte de l’Évangile. Pourquoi je n’en ai pas honte ? Car c’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec. Pourquoi c’est une puissance de Dieu pour sauver les gens à commencer par les Israélites mais aussi tous les croyants de toutes les nations ? Car la justice de Dieu s’y révèle par la foi et pour la foi, selon qu’il est écrit : Le juste vivra par la foi. »

On a un effet rhétorique ici, qui souligne l’importance incontournable du contenu de ce qui va suivre dans la lettre. Franchement, je ne crois pas qu’on puisse exagérer la portée de ce que dit Paul ici. Il prétend tout simplement que dans sa lettre, il va expliquer comment des gens de toute origine peuvent être sauvés en recevant à leur compte la justice de Dieu par le moyen de la foi. Rien que ça !

C’est comme si quelqu’un aujourd’hui cherchait à contacter tous les médias pour leur dire qu’ils détiennent l’antidote universel et infaillible à la maladie du Covid. « Bonjour France 2, BFM et LCI, je me dois aux Français et aux étrangers et à tout le monde, peut-être que je ne vais pas être pris au sérieux, mais j’ai le vif désir de vous annoncer une bonne nouvelle, car je n’ai pas honte de cette bonne nouvelle, car en vérité je détiens le remède à cette pandémie, car par la prise gratuite de cet antidote, n’importe qui peut être définitivement protégé contre le Covid ! »

C’est précisément la logique de l’apôtre Paul dans ce passage, sauf qu’il ne parle pas d’une simple maladie physique, mais d’un truc beaucoup, beaucoup plus important qui concerne la destinée éternelle d’un être humain.

Le problème de tout être humain, c’est qu’il est séparé de Dieu à cause de l’injustice (le mal) qui existe dans sa vie et dans son cœur. Dieu est juste, et les injustes sont naturellement exclus de la communion avec Dieu. Les humains sont perdus par nature et sont incapables de réparer par eux-mêmes leur relation avec Dieu.

Mais la bonne nouvelle, l’Évangile qui est ce truc si important dont parle Paul dans son introduction, et dont il va parler longuement et précisément dans sa lettre—l’Évangile, c’est que Dieu est disposé à imputer lui-même sa justice à ceux qui croient en lui, de façon à ce que ces gens-là ne soient plus considérés par Dieu comme des injustes mais comme des justes. Et qu’ils reçoivent ainsi l’assurance d’être en communion avec Dieu pour toujours.

Et ça, dit Paul, c’est un truc qu’on reçoit par la foi. Et il n’invente rien, c’était déjà dans l’Ancien Testament :

« Le juste vivra par la foi. »

Comment c’est possible ?

Eh bien Paul ne le dit pas explicitement ici—forcément, c’est juste l’introduction. Son but n’est pas de tout dire, mais de donner envie de lire la suite. Mais parce que c’est si important, je vais quand même répondre à la question. Paul l’écrira un peu plus loin :

« [On est gratuitement justifié par la grâce de Dieu], par le moyen de la rédemption qui est dans le Christ-Jésus. C’est lui que Dieu a destiné comme moyen d’expiation pour ceux qui auraient la foi en son sang, afin de montrer sa justice. » (Rm 3.24-25)

Jésus donc, le messie promis et attendu, le Fils éternel de Dieu, s’est donné lui-même en sacrifice sur la croix, volontairement, pour prendre sur lui notre injustice, et l’échanger contre sa justice—la justice de Dieu lui-même. Et par le moyen de la foi en Jésus (« en son sang »), tout simplement, la justice de Dieu est imputée à tous les croyants, pour leur salut éternel.

Voilà donc quelle est la puissance extraordinaire du message. Voilà de quoi on parle quand on parle de l’Évangile. Voilà comment le verset 17 est devenu pour Martin Luther « la porte du paradis », parce que l’Évangile est venu bouleverser sa religion qui n’était jusqu’alors qu’une coquille vide. Malgré toute la tradition, les règles, les rites, les sacrements, les prières, Luther avait encore peur du jugement de Dieu parce qu’il ne savait pas comment il pouvait être pardonné pour sûr pour le mal qui habitait encore dans son cœur. Mais l’Évangile, c’est la bonne nouvelle qui concerne la personne et l’œuvre de Jésus-Christ, qui est mort et ressuscité pour qu’on soit réconcilié avec Dieu par sa grâce, par le moyen de la foi.

Voilà pourquoi c’est une bonne nouvelle au sens le plus fort du terme. Et si la lettre de Paul aux Romains va présenter et expliquer cette bonne nouvelle, forcément, toute cette lettre est de la plus haute importance, pour les chrétiens de Rome au premier siècle, comme pour les chrétiens de Gerland au XXIème siècle.

L’introduction de cette lettre a eu pour but, donc, de nous convaincre de l’importance de ce qui va suivre. Ça doit nous donner envie de lire et d’étudier la suite, et c’est ce qu’on va faire, Dieu voulant, dans les prochaines semaines et les prochains mois.

On va découvrir dans les chapitres 1 à 3 ce que c’est que le péché. Dans les chapitres 3 à 5, on va découvrir ce que la Bible appelle la justification. Dans les chapitres 6 à 8, on va découvrir un autre truc, qu’on appelle la doctrine de la sanctification. Dans les chapitres 9 à 11, l’apôtre Paul va faire un aparté sur la place des Israélites dans le plan de Dieu. Et dans les chapitres 12 à 15, Paul va nous parler de la vie chrétienne qui découle de notre compréhension de l’Évangile, avec le chapitre 16 en conclusion.

En attendant, ce que cette introduction a voulu nous montrer, c’est qu’il faut impérativement qu’on ait une compréhension claire de l’Évangile. L’Évangile est le message incontournable qui doit nous caractériser en tant que chrétiens, caractériser notre vie et caractériser notre religion, sans quoi tout ça, ça risque d’être juste un mélange de sentimentalisme, de moralisme et de ritualisme.

C’est pour cette raison qu’on s’efforce de rappeler chaque dimanche la substance de cet Évangile, à travers les lectures, les prières et les chants.

On doit aussi s’exercer à ramener autant que possible chaque question de théologie, de spiritualité, ou d’éthique, à l’Évangile : « Comment la personne et l’œuvre de Jésus-Christ éclairent-elles cette question ? Qu’est-ce que l’Évangile contribue d’unique et de particulier à cette question ? »

Et quand on lit la Bible, il faut aussi toujours se poser cette question : « Quel est le rapport avec l’Évangile ? Qu’est-ce qui fait que ce texte, même un texte de loi sous l’Ancien Testament, ou un psaume, ou un récit historique, n’est pas juste destiné à nourrir du sentimentalisme, du moralisme ou du ritualisme chez moi ? Comment ce texte se rapporte à l’Évangile, et contribue à révéler la justice de Dieu par la foi et pour la foi, en la personne et l’œuvre de Jésus-Christ ? » Ce n’est pas forcément évident, mais c’est une bonne habitude à prendre, de se poser ces questions.

Et bien sûr, si on comprend bien l’Évangile et si c’est si important, on doit aussi partager cette bonne nouvelle avec d’autres. On peut essayer de mémoriser une manière simple et pertinente d’expliquer l’Évangile en quelques minutes aux personnes de notre entourage, si l’occasion devait se présenter.

Bref, exerçons-nous à penser le plus possible à l’Évangile, à grandir dans notre compréhension de l’Évangile, et à percevoir le monde, à commencer par notre propre existence, à travers le prisme de cette extraordinaire bonne nouvelle.

Je finis avec une anecdote. Dans quelques instants, on va entendre le témoignage de Sabine, qui va professer sa foi devant nous tous. Mais je me souviens d’une des toutes premières fois où Sabine est venue au culte avec son mari Jean-François. À la fin du culte on a échangé un peu, et Sabine m’a dit : « C’était vraiment super bien, très touchant, très bouleversant. Par contre j’étais vraiment étonnée qu’il n’y ait pas eu l’Évangile ! »

Alors sur le moment, j’ai hésité entre déchirer mes vêtements et éclater en sanglots ! Mais bien sûr, Sabine ne parlait pas de l’Évangile au sens du message, mais elle parlait de la lecture de l’Évangile, qui est un élément essentiel de la liturgie de la messe chez nos amis catholiques romains. Et effectivement, on n’avait pas, techniquement, lu un extrait d’un évangile ce jour-là dans la liturgie du culte. Mais j’ai trouvé que le quiproquo que ça avait provoqué dans mon esprit était un peu drôle.

Quoi qu’il en soit, le message de ce texte c’est qu’on doit impérativement avoir une compréhension claire de l’Évangile en tant que message, et qu’on doit maintenir par conséquent cet Évangile au cœur de notre pratique d’église et de notre piété personnelle—l’Évangile, c’est-à-dire la bonne nouvelle de la grâce de Dieu, qui est offerte à tous ceux qui placent leur confiance en Jésus-Christ.

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