Une situation grave et un besoin urgent

Par Alexandre Sarranle 26 septembre 2021

On a tous conscience, je pense, que notre société évolue. On voit bien qu’il y a plein de choses qui changent au fil du temps : les lois, la mode, les valeurs prépondérantes, les habitudes, les pratiques qui sont considérées comme acceptables ou non… Notre société évolue, et plus vous êtes âgé, plus vous avez pu l’observer.

Quelques exemples. 1965 : les femmes obtiennent le droit d’exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari. 1967 : la contraception n’est plus interdite. 1974 : l’âge de la majorité est baissé de 21 à 18 ans. 1975 : dépénalisation de l’avortement, et autorisation du divorce par consentement mutuel. 1981 : abolition de la peine de mort. 1982 : dépénalisation des pratiques homosexuelles. 1997 : la fin du service militaire obligatoire. 1999 : le PACS, un contrat d’union civile entre deux personnes majeures quel que soit leur sexe. 2001 : l’avortement est autorisé pour les mineures sans le consentement des parents. 2013 : le mariage est autorisé entre deux personnes de même sexe. 2016 : on peut demander à faire changer son sexe dans les registres de l’état-civil. 2021 : l’aide médicale à la procréation est proposée aux couples de femmes, et prise en charge par l’assurance maladie.

Bref ! La société évolue, et elle est capable d’évoluer énormément, et rapidement. La question, c’est : qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce que vous trouvez que globalement, ça évolue dans le bon sens ? Ou bien au contraire, est-ce que ça vous inquiète ? Ou bien tout simplement, est-ce que vous ne vous sentez pas vraiment concerné ?

Le texte qu’on va lire dans un instant veut nous inviter à poser un regard réaliste, lucide, sur l’évolution de notre société, et à ne pas du tout rester indifférents.

C’est un texte où l’auteur, l’apôtre Paul, veut nous expliquer comment ça se fait que la société est comme elle est. Il veut nous donner des clefs pour comprendre ce qui se passe. Et la leçon qu’il veut qu’on en tire, c’est… qu’on s’en inquiète ! Il veut qu’on prenne conscience que la situation est grave et qu’il y a un besoin urgent, et qu’il y a quelque chose qu’on peut faire pour améliorer les choses.

Ce qu’on peut faire ? C’est contribuer à la diffusion du message de l’Évangile.

Le texte qu’on va prendre, c’est la suite du texte qu’on a vu la semaine dernière. On avait commencé à lire la lettre de l’apôtre Paul aux chrétiens de Rome, et la semaine dernière, on avait juste vu l’introduction. Mais dans cette introduction, on avait vu que l’apôtre Paul disait qu’il allait expliquer quelque chose de très important dans sa lettre, à savoir… un truc qu’il appelle l’évangile. Et cet évangile, c’est une bonne nouvelle, c’est un message super positif que tout le monde a besoin d’entendre et de comprendre.

OK. Donc Paul va expliquer tout ça, et il va commencer (dans le texte qu’on va prendre maintenant) par montrer pourquoi c’est si important de faire connaître l’Évangile dans notre société. Et pour qu’on comprenne pourquoi c’est si important, il faut qu’on comprenne la gravité de la situation dans laquelle se trouve notre société. Vous suivez ?

Donc Paul veut qu’on observe ce qui se passe autour de nous, qu’on réfléchisse à ce qui se passe autour de nous, qu’on comprenne ce qui se passe autour de nous, et qu’à la fin, on se dise : « Notre société est dans un état si grave qu’il faut de toute urgence lui faire connaître l’Évangile. » Et c’est là toute la leçon de ce passage qu’on va voir ce matin.

Avant de faire la lecture, je veux encore faire une précision. Il y a deux ans, une parlementaire finlandaise (chrétienne, luthérienne, du nom de Päivi Räsänen) a tweeté (publié sur un réseau social sur internet) une photo de ce texte, tiré directement de sa Bible. Ce tweet (cette photo) lui vaut aujourd’hui d’être poursuivie en justice pour incitation à la haine, et elle risque jusqu’à deux ans de prison.

Donc c’est un texte qui peut choquer. Je vais le lire tel qu’il est dans ma Bible, et sûrement dans la vôtre aussi ! C’est un texte qui peut déranger, parce que dans ce passage, l’apôtre Paul va faire référence très clairement aux pratiques homosexuelles. Mais voici l’erreur que je ne veux pas qu’on fasse en lisant ce texte. Je ne veux pas qu’on imagine Paul qui s’exprime sur le ton de l’indignation hautaine et moralisatrice, ou sur le ton de la colère.

Il y a de la colère dans ce texte, mais ce n’est pas celle de Paul. C’est celle de Dieu, dont Paul va parler. Mais je veux qu’on imagine Paul qui s’exprime plutôt sur le ton de la tristesse, sur le ton de la crainte de Dieu et de la compassion pour des gens perdus—ces gens précisément auxquels Paul a été envoyé comme apôtre des païens pour leur annoncer l’Évangile, qui est la puissance de Dieu pour leur salut.

Dans ce texte, Paul n’est pas en train de jeter des pierres, il est en train de pleurer sur la condition humaine—et cette condition humaine c’est aussi la sienne, et la mienne.

1/ Tous coupables ! (v. 18-23)

Notre société est dans un état si grave qu’il faut de toute urgence lui faire connaître l’Évangile. Voilà toute la leçon de ce passage.

Premier point (v. 18-23) : le texte nous fait comprendre que tous les êtres humains, qu’ils le sachent ou non, sont visés par la colère de Dieu. Tous coupables ! C’est le message de ces premiers versets. Et ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle.

Mais si c’est vrai, on a besoin de le savoir ! Regardons le texte. Paul veut insister sur un point, c’est que même les gens qui n’ont jamais entendu parler du Dieu de la Bible, même les gens qui n’ont jamais rencontré de Juif ou de chrétien, même les gens qui n’ont jamais eu accès à une seule page des Écritures saintes, même eux, sans exception, sont tous quand même considérés comme coupables aux yeux de Dieu. La colère de Dieu les vise (v. 18).

On peut imaginer sans mal que si quelqu’un a entendu parler des promesses que Dieu fait à ceux qui ont la foi, ou si quelqu’un a lu la Loi de Moïse et les prophètes, et que cette personne rejette Dieu et choisisse de vivre dans l’immoralité en connaissance de cause—on peut imaginer que cette personne soit considérée comme coupable. Mais on a plus de mal à comprendre pourquoi des gens qui n’ont jamais entendu parler de ces choses soient quand même considérées comme coupables par Dieu. Ça ne semble pas très juste.

Mais Paul veut établir que tout le monde est coupable. Et donc il commence par évoquer la situation des gens qui étaient susceptibles d’avoir la meilleure excuse ou le meilleur alibi, c’est-à-dire les gens de la société à l’époque qui non seulement n’étaient pas des croyants, mais qui en plus étaient issus des peuples païens (non-juifs). Des gens, donc, qui n’avaient peut-être jamais entendu parler du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Il ne parle pas de Juifs non-croyants, ici, mais de païens non-croyants, et même des « barbares » (cf. v. 14).

Ces gens-là étaient susceptibles d’avoir la meilleure excuse, n’est-ce pas, ou le meilleur alibi devant Dieu : « Ah mais qu’est-ce que vous pouvez nous reprocher ? On ne savait pas ! On n’était pas au courant ! » Et les chrétiens de l’église de Rome, et nous aussi à l’Église Lyon Gerland, on pourrait avoir un peu le même raisonnement quand on pense aux gens autour de nous qui ne sont pas croyants. On pourrait se dire : « Eh bien peut-être que ces gens vont passer à trave ! (comme on disait à mon époque). Ils ne savent rien sur Dieu, alors sûrement que Dieu ne va pas leur tenir rigueur pour la façon dont ils auront vécu leur vie. »

Mais ce que Paul est en train de faire ici, c’est qu’il veut établir leur responsabilité pénale à eux aussi devant Dieu. C’est comme quand on arrête un criminel et qu’on demande une expertise psychiatrique, afin d’établir la responsabilité pénale de la personne devant la loi. Peut-être que cette personne a agi sous le coup d’un délire psychotique et qu’il faut surtout soigner cette personne plutôt que la mettre dans une prison ordinaire.

Mais le résultat de l’expertise (non pas psychiatrique mais théologique) de l’apôtre Paul est sans appel : « Ils sont inexcusables », dit-il (v. 21). Pourquoi ? Parce que tout le monde a déjà à sa portée suffisamment d’éléments pour savoir qu’il y a un Dieu. Et s’il y a un Dieu, ça implique par définition qu’il est éternel, tout-puissant, juste, et qu’on lui est redevable pour tout. On lui doit notre existence, et le moins qu’on puisse faire, c’est chercher à savoir qui il est et ce qu’il attend de nous. Et si on ne le fait pas, on est inexcusable.

C’est comme si un jour, pendant un voyage, vous franchissiez la frontière d’un pays étranger. À la frontière, il y a des grands panneaux très ostensibles, que vous n’avez jamais vus auparavant, mais vous ne comprenez pas ce qui est marqué dessus, mais vous vous en fichez un peu. Et une fois passée la frontière, tout est écrit dans une langue étrangère et vous ne comprenez rien, mais ce n’est pas grave. Or voilà que quelques kilomètres plus loin, vous vous faites arrêter par une voiture avec une sirène et des gyrophares, et des hommes en uniforme essaient de vous extorquer 150 EUR. Il semblerait que vous rouliez bien au-dessus de la limite de vitesse. Est-ce que votre statut d’étranger ignorant qui ne parle pas la langue, peut vous servir d’excuse ? Pas du tout. Vous pouviez savoir que vous étiez dans un pays étranger, et vous auriez dû par conséquent vous renseigner pour savoir à quelle vitesse vous aviez le droit de rouler.

De la même façon, tout le monde peut savoir qu’il y a un Dieu. Je ne le dis pas à la légère, je ne le dis pas comme une évidence, je le dis avec crainte et même de l’hésitation, mais c’est ce que l’apôtre Paul nous dit ici. Et en fait, c’est aussi ce que beaucoup de philosophes ont démontré dans l’histoire de la philosophie.

L’argument le plus persuasif qui démontre l’existence de Dieu—et un des plus anciens—c’est l’argument qu’on appelle « l’argument cosmologique ». La démonstration est la suivante : 1/ L’univers existe. 2/ L’univers n’a pas toujours existé. 3/ Pour que quelque chose qui n’a pas toujours existé ait pu commencer à exister, il faut nécessairement que quelque chose d’éternel doté d’une volonté, ait provoqué son existence. Donc si l’univers existe, Dieu existe. C’est très simplifié, mais lisez Saint Thomas d’Aquin (théologien médiéval) sur ce sujet, ou bien William Lane Craig, un philosophe chrétien plus récent.

En tout cas c’est à peu près ce que dit Paul ici (v. 20). L’existence de l’univers, création de Dieu, est suffisante pour rendre inexcusables tous ceux qui, dans cet univers, « ne glorifient pas Dieu comme Dieu et ne lui rendent pas grâces » (v. 21)

Qu’est-ce que les gens font à la place ? Ils s’égarent, ils se perdent dans les ténèbres, ils deviennent fous tout en pensant être sages et intelligents (v. 21-22). Et cette folie se voit dans la façon dont les gens vont rendre un culte à autre chose qu’à Dieu (v. 23). Et ces idoles sont de pires en pires dans la description que fait Paul : de l’homme, on passe aux oiseaux, aux quadrupèdes, et aux reptiles ! On s’attend presque à ce qu’il ajoute les insectes après. Paul souligne la manière dont les gens s’enfoncent dans l’idolâtrie jusqu’à l’absurdité, parce qu’on est tellement déterminé à adorer autre chose que Dieu. Tout sauf Dieu !

L’apôtre Paul est en train de décrire ici tout simplement la condition déchue de l’homme. Le premier homme, Adam, n’a pas voulu glorifier Dieu comme Dieu, il a mangé du fruit défendu, et toute sa descendance est tombée dans le péché.

On est nous aussi né dans le péché, et ça veut dire qu’on a une prédisposition depuis avant même qu’on est né : on est prédisposé contre Dieu. On va préférer naturellement trouver d’autres explications à l’existence du monde que l’existence d’un Dieu créateur. Et on va préférer glorifier « comme Dieu » autre chose que le vrai Dieu : on va plutôt rendre un culte à nos idoles à qui ça nous pose beaucoup moins de problèmes de rendre des comptes !

Bref, tous coupables ! Tous les êtres humains, qu’ils le sachent ou non, sont visés par la colère de Dieu. Parce que tout le monde peut savoir qu’il y a un Dieu, mais c’est notre condition déchue qui fait qu’on nie l’évidence et qu’on s’enfonce dans le bourbier.

2/ Tous maudits ! (v. 24-27)

C’est ce qui nous amène au deuxième point : la colère de Dieu est déjà visible aujourd’hui dans la manière dont les gens se nuisent à eux-mêmes. Tous maudits ! C’est comme ça qu’on pourrait résumer les versets 24-27.

Alors ce n’est toujours pas super réjouissant, mais regardons le texte. L’apôtre Paul dit que puisque les gens sont inexcusables et donc coupables aux yeux de Dieu, Dieu les a livrés à « l’impureté, selon les convoitises de leurs cœurs » (v. 24), livrés « à des passions déshonorantes » (v. 26), et même livrés « à une mentalité réprouvée, pour commettre des choses indignes » (si on déborde un peu sur le v. 28).

L’apôtre Paul est tout simplement en train de décrire la malédiction de la chute. « La chute », c’est un terme qu’on utilise pour désigner ce qui s’est passé quand le premier homme a commis le premier péché. À ce moment-là, l’homme vivait en communion avec Dieu, dans des conditions idéales pour s’épanouir et pour obtenir la vie éternelle. Mais ce qui s’est passé, c’est que l’homme n’a pas fait confiance à Dieu, et à la place, il a fait confiance au serpent qui représente le diable. L’homme a « remplacé la vérité de Dieu par le mensonge », et il a « adoré et servi la créature au lieu du Créateur » (v. 25).

Ce que Adam, le premier homme a fait, c’est ce que nous tous, on fait, par nature, depuis ce jour-là. Adam a perdu l’état d’innocence dans lequel il existait, et on est tous tombés avec lui, et en tant que genre humain, on a tous fait l’objet de la malédiction de Dieu. On voulait vivre sans Dieu ? Eh bien Dieu a dit : « OK, allez-y, poursuivez votre existence sans moi, à l’extérieur du Jardin, et on va voir si ça vous réussit. Bonne chance ! »

Et donc pour l’apôtre Paul dans notre passage, cette malédiction (qui est « la colère de Dieu », qui « se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes », v. 18)—cette malédiction, c’est le fait justement d’être livrés à nous-mêmes par Dieu.

Alors je m’adresse aux parents, là, mais dites-moi : est-ce que ça ne vous est jamais arrivé d’essayer de dissuader un enfant très têtu de faire quelque chose de très dangereux, et devant son entêtement, de finir par lui dire : « OK, tu ne veux pas me faire confiance ? Très bien, fais comme tu veux, tu vas voir, ça te servira de leçon et ne viens pas pleurer après. » Non, ça ne vous est jamais arrivé, bien sûr !

Mais c’est un peu ce qu’il y a dans notre texte. Les gens ont les moyens de savoir qu’il y a un Dieu (et donc de le glorifier et de lui rendre grâces en cherchant à savoir qui il est et ce qu’il attend de nous), mais les gens ne veulent pas de cette redevabilité à Dieu, donc Dieu a retiré sa main pour les laisser suivre leur propre cœur.

Mes amis, il n’y a peut-être rien de pire que d’être livrés aux penchants de notre cœur. Vous savez, on entend souvent dans la vie ce slogan : « Peu importe ce que les gens disent, il faut que tu suives ton cœur ! Tu ne sais pas quoi faire ? C’est simple : suis ton cœur ! » Mais quelle cruauté ! Si je devais vraiment suivre mon cœur, je ne vous dis pas la destruction que ça occasionnerait dans ma vie, dans la vie de ma famille et dans la vie de notre église. Vous n’imaginez même pas où mon cœur m’entraînerait.

Ou plutôt si, je pense que vous pouvez très bien l’imaginez, parce que les convoitises de mon cœur ressemblent très certainement aux convoitises du vôtre.

Et donc imaginez que je vous dise : « Allez, et si on laissait tomber le carcan de la religion ? Et si on arrêtait de faire semblant, et si on se mettait tous à vivre enfin de manière authentique et qu’on suivait ensemble notre cœur ? » Eh bien si on était suffisamment nombreux à se mettre d’accord sur ce projet, on arriverait sans doute, au bout d’un moment, par la force de la majorité, à normaliser certaines pratiques qui résultent de la convoitise de notre cœur. C’est-à-dire qu’on serait tous d’accord pour que ces pratiques soient pratiquées.

Voilà le mécanisme que décrit l’apôtre Paul dans notre passage. Il dit que la malédiction de la chute, c’est comme ça : c’est que Dieu nous a livrés à nous-mêmes, et donc, la tendance de notre société, constituée de gens déchus, va être d’approuver des choses que notre cœur réclame mais que Dieu condamne. Et c’est précisément, que Paul va prendre un exemple—l’exemple le plus flagrant d’après lui, de pratique humaine résultant de la convoitise du cœur, que la société approuve mais qui contredit la volonté de Dieu. Les pratiques homosexuelles.

Je veux vraiment que vous compreniez, dans la logique de ce passage, que Paul prend les pratiques homosexuelles (le fait pour une personne d’avoir une relation amoureuse ou sexuelle avec une personne du même sexe) comme un exemple ou un symptôme de ce qu’il est en train de décrire, à savoir la condition déchue de l’homme-en-société. Et si Paul prend cet exemple plutôt que le meurtre ou le viol, par exemple, ce n’est pas parce que les pratiques homosexuelles sont pires, c’est parce que les pratiques homosexuelles, dans le contexte de Paul et des Romains, étaient approuvées socialement (au contraire du meurtre ou du viol).

Paul cherche à montrer que l’homme déchu livré à lui-même qui s’organise en société va de plus en plus commettre des choses avec l’aval de la société qui sont pourtant « déshonorantes », « contre-nature », et même « infâmes » (v. 24-27). Et ce qui est en train de se passer, c’est que l’homme est en train de se détruire lui-même. Il s’abîme lui-même.

C’est comme quand vous voulez dévisser un truc et que vous n’avez pas de tournevis sous la main, mais seulement un couteau de cuisine. Vous avez très envie d’utiliser le couteau de cuisine pour dévisser cette vis ! Mais croyez-en mon expérience, ce n’est pas une bonne idée, parce que le couteau n’est pas fait pour ça, et même si ça peut marcher, ça va l’abîmer !

Et nous, on n’est pas fait pour suivre les convoitises de notre cœur. Nos convoitises ne sont pas fiables. Ce qu’on désire n’est pas fiable. Notre être tout entier a été « détraqué » par le péché. On doit se méfier de soi-même, sans quoi on va s’abîmer soi-même ! Nos penchants naturels peuvent être destructeurs, et si on se met d’accord en société pour les suivre, on court à la catastrophe. C’est ce que Paul observe autour de lui, et il veut qu’on comprenne à notre tour ce qui est en train de se passer. La situation est grave.

Tous maudits ! La colère de Dieu est déjà visible aujourd’hui dans la manière dont les gens se nuisent à eux-mêmes. Mais Paul attire notre attention là-dessus, non pas pour qu’on fronce les sourcils et qu’on fasse la morale aux gens. Son but, ce n’est pas qu’on regarde les autres de haut et qu’on les repousse ou qu’on les méprise. Pas du tout. C’est le troisième point.

3/ Tous complices ! (v. 28-32)

Tous… complices !

Si on revient au texte, la troisième et dernière chose que Paul veut nous dire, c’est que par rapport à notre condition déchue, on est tous pareil. Si vous êtes un être humain et que vous n’êtes pas Jésus de Nazareth, vous avez un cœur tout aussi enclin au mal que n’importe qui d’autre. Et ce serait un comble d’oser prendre les autres de haut.

Regardez le texte, c’est très frappant ce qui se passe (v. 28-32). Paul conclut ce passage où il voulait nous aider à comprendre quelle était la condition déchue des hommes, et comment ça se manifestait dans la société. Il récapitule donc sa thèse au verset 28, et ensuite, il ajoute une liste d’exemples de « choses indignes », comme il dit, que les gens font sous l’influence de leur « mentalité réprouvée » à laquelle Dieu les a livrés (v. 28).

On est donc dans la continuité de l’exemple d’avant, qui était les pratiques homosexuelles. Paul va nous parler encore de choses que les gens font, qui procèdent de leur cœur mauvais. Et que les gens font même, semble-t-il, avec l’approbation de la société, comme il le précise à la fin (v. 32). Alors qu’est-ce qu’il va nous sortir comme autre péché affreux, comme autre pratique « impure, déshonorante et infâme » ?

Et la surprise, bien sûr, c’est que Paul nous donne une liste de choses que nous (à notre honte) on qualifierait peut-être d’assez « banales » ! L’orgueil, la cupidité, l’envie, la discorde, la médisance, le manque d’affection, le manque d’indulgence, le manque de pitié. Le fait de se rebeller envers ses parents. Le fait de s’emporter. Le fait de rapporter ! Personne ici n’a jamais commis ces choses, bien sûr !

C’est simple, ce que fait Paul : il veut juste qu’on se rende compte que tous ces mauvais fruits—même ceux qui nous semblent banals—viennent du même verger (du même cœur).

Et justement, le fait qu’on les a banalisés, eh bien ça nous accuse encore plus ! C’est exactement ce que Paul a décrit : on se met tous d’accord pour suivre notre cœur, et on va finir par approuver socialement certaines pratiques qui, pourtant, sont condamnées par Dieu—et qui en fin de compte sont dignes de mort puisque ce sont des péchés.

« Non seulement ils les font, mais encore ils approuvent ceux qui les pratiquent. » (v. 32)

Paul nous oblige ici à nous regarder dans le miroir. Parce qu’il se dit peut-être : « Bon, je ne veux pas décrire la gravité de la situation en prenant seulement l’exemple des pratiques homosexuelles, même si c’est l’exemple le plus flagrant. Parce que je suis sûr qu’il y a des gens qui vont lire ça et qui vont se dire : Qu’est-ce qu’ils sont vilains ces païens ! Non, je veux leur donner un maximum d’autres exemples, pour que tout le monde puisse se sentir concerné et qu’ils comprennent que je ne décris pas juste le problème des autres, mais que je décris le problème de tout le monde. »

Et cette intention de Paul, elle est évidente si on jette un petit coup d’œil au verset qui vient juste après, le premier verset du chapitre suivant, où Paul dit :

« Tu es donc inexcusable, qui que tu sois, toi qui juges, car en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges, tu agis comme eux. » (Rm 2.1)

Donc clairement, le but ici, c’est qu’on comprenne que par rapport à notre condition déchue, on est tous pareil.

Homme ou femme, adulte ou enfant, Juif ou païen, Grec ou barbare, savant ou ignorant, on est tous pareil. Au fond, on ne veut pas de Dieu. On préfère servir des idoles. Et notre cœur est rempli de convoitise, et si Dieu nous livrait complètement à nous-mêmes, on suivrait tous nos désirs qui nous détruisent, on le ferait en s’encourageant les uns les autres joyeusement jusqu’à l’implosion de notre société, et on finirait en enfer, parce que c’est là que notre cœur nous emmènerait.

Et donc vous comprenez pourquoi au début, je disais que ce passage voulait nous inviter à poser un regard réaliste, lucide, sur l’évolution de notre société et à ne pas du tout rester indifférents ? On doit s’inquiéter ! Parce qu’on est tous coupables, tous maudits, et tous complices ! Qu’est-ce qu’il y a comme espoir, alors ?

Eh bien l’espoir, bien sûr, se trouve dans les deux versets qui ont précédé ce passage—là où Paul a expliqué, dans son introduction, de quoi il allait parler dans sa lettre, et qui était si important. C’était quoi ? C’était l’Évangile, la « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit », cet Évangile où se révèle la justice de Dieu « par la foi et pour la foi » (v. 16-17).

L’espoir, c’est l’Évangile. C’est la bonne nouvelle que Dieu a fait irruption dans ce monde qui lui avait tourné le dos. Il s’est approché lui-même en la personne de Jésus-Christ ; et lui, a vécu une vie parfaite, et il s’est offert volontairement en sacrifice pour payer la rançon de notre délivrance. Et nous, on était « inexcusables », mais si on place notre confiance en Jésus, Dieu nous attribue la justice de son Fils. Il nous délivre de la malédiction du péché, qui est la mort, et il nous voit comme justes au lieu de coupables et complices.

Et quand on place notre confiance en Jésus, ça fait de nous des nouvelles créatures. On naît de nouveau, en quelque sorte, pour marcher en nouveauté de vie ; et par la puissance du Saint-Esprit de Dieu qui habite en nous, on va pouvoir progresser dans notre marche chrétienne de manière à vivre de plus en plus comme Dieu nous le demande, ce qui va glorifier Dieu notre créateur et rédempteur, et qui va aussi nous procurer une immense joie.

Donc notre espoir, notre seul espoir, à nous qui sommes par nature sur le chemin de la destruction à cause de notre condition déchue, notre seul espoir, c’est l’Évangile. Est-ce que vous avez placé votre foi en Jésus et en lui seul ?

Et l’espoir de notre société, le seul espoir de notre société, c’est aussi l’Évangile. Est-ce qu’on a conscience de ça ? Et donc est-ce qu’on est absolument convaincu de la nécessité de faire connaître l’Évangile autour de nous ?

Voilà, c’était finalement toute la leçon de ce passage. La situation est grave et il y a un besoin urgent, et il y a quelque chose qu’on peut faire pour améliorer les choses. C’est contribuer à la diffusion du message de l’Évangile.

Alors pour terminer, quelques applications pratiques.

D’abord, il y a peut-être des gens parmi nous qui font l’expérience d’une attirance sentimentale et physique pour des personnes de même sexe. Je veux que vous sachiez que d’après les Écritures saintes, cette attirance est une manifestation de votre condition déchue. Oui, c’est quelque chose « qui ne va pas », comme on dit. Mais ça ne fait pas de vous quelqu’un de sale, de méchant, d’infréquentable ou de particulièrement bizarre. Et si quelqu’un avait le toupet de vous pointer du doigt, de vous mépriser ou de vous accabler, les mêmes Écritures saintes nous disent que cette personne se condamne elle-même.

Parce que cette personne-là, elle aussi a des désirs qui sont désordonnés. Elle aussi a des choses « qui ne vont pas ». Peut-être que cette personne n’est pas attirée par des personnes de même sexe, mais qu’elle est tellement attirée par les personnes de sexe différent, qu’elle rêve d’adultère ou de polygamie (ou de polyandrie).

Ou peut-être que vos désirs désordonnés visent encore autre chose : des richesses matérielles, ou le réconfort de certaines substances, ou le pouvoir, ou le contrôle, ou des ambitions disproportionnées, ou des obsessions narcissiques, ou que sais-je encore.

On a tous besoin de s’administrer l’Évangile, en permanence, pour vivre et grandir dans la conviction que nos convoitises ne nous condamnent plus, et qu’on a en Christ, par le Saint-Esprit, la puissance de combattre nos mauvais désirs et de les mettre constamment à mort, même si ce combat peut-être long et douloureux. Certains de nos désirs désordonnés vont nous habiter toute notre vie et vont perdurer selon la mystérieuse providence de Dieu de façon à nous faire désirer de plus en plus le paradis où on en sera définitivement délivré.

Donc il faut qu’on s’administre l’Évangile à nous-même. Il faut aussi qu’on contribue à diffuser l’Évangile autour de nous. Ça commence dans nos foyers, bien sûr. Il faut qu’on l’enseigne à nos enfants. On peut les amener au culte, les inscrire à l’éveil à la foi, leur acheter des livres chrétiens adaptés à leur âge, en parler souvent à la maison.

Et il faut qu’on contribue à faire connaître l’Évangile dans notre société, parce que c’est la meilleure chose qu’on puisse faire, à part prier, si on a vraiment conscience de la gravité de la situation et de l’urgence du besoin. Rendez-vous compte que depuis l’époque de l’apôtre Paul, certes il s’est passé beaucoup de choses dans l’histoire de l’Occident, mais ce qui est certain c’est qu’on est revenu aujourd’hui à une société assez similaire finalement à celle de la Rome antique. Sauf que les progrès de la science ont ouvert plein de nouvelles possibilités à l’expression de notre condition déchue !

Je ne vais pas entrer dans les détails. Mais notre société a besoin de l’Évangile. Désespérément. L’Évangile explique comment n’importe qui peut avoir une bonne relation avec Dieu et avoir la vie éternelle, simplement par la foi en Jésus. Est-ce que vous êtes prêts à en parler, quand Dieu va vous en donner l’occasion ?

Et est-ce que vous êtes prêts à faire de toutes petites choses, des choses toutes bêtes, peut-être, comme : partager un message ou un article d’évangélisation sur vos réseaux sociaux ? Je ne parle pas de messages politiques militants, ou de prises de position tranchées sur des sujets de société, je parle de la présentation simple, accessible, pertinente, de la personne et de l’œuvre de Jésus-Christ.

Et si on soutenait financièrement, même avec un petit montant, des œuvres qui travaillent à la diffusion de l’évangile ? Et si on « likait » les pages Facebook et les chaînes YouTube qui sont fidèles et qui diffusent un message de vie sur internet ? Est-ce qu’il y aurait d’autres moyens encore par lesquels on pourrait soutenir la diffusion de l’Évangile ?

Un tout nouveau sondage vient de sortir sur la religion en France, qui montre que 51% de la population affirme ne pas croire en Dieu. C’est 7 points de plus qu’il y a 10 ans ! En même temps, un autre sondage révèle qu’il y a près d’un Français sur deux qui s’interroge sur le sens de la vie et qui est prêt à se dire en quête spirituelle. C’est même 58% chez les moins de 35 ans et 60% pour les 25-34 ans.

Alors qu’est-ce que ces gens vont faire si on ne leur présente pas l’Évangile, et qu’est-ce qui va en résulter dans notre société ? La réponse est dans le texte qu’on a lu aujourd’hui. Que Dieu fasse grâce, et que son Évangile atteigne le plus grand nombre de personnes le plus vite et le plus efficacement possible.

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