Généreux pour Dieu

Par Denis Blumle 5 décembre 2021

Est-ce que vous pensez que vous êtes généreux ? Est-ce que vos amis ou votre famille vous qualifieraient de généreux si on leur demandait de décrire vos qualités ? Cette question m’a vraiment interpellé en préparant cette prédication car la Bible invite les croyants à faire preuve de générosité, et le texte que nous allons lire nous invite à être généreux envers Dieu.

Nous allons continuer notre étude du livre de Malachie et comme je suis un peu un intermittent de la prédication, l'étude de ce petit livre a été distillée au cours de l'année. C'est la 5e et avant-dernière prédication sur ce livre prophétique qui se situe à la frontière entre l'Ancien Testament et le Nouveau Testament. Malachie est le dernier prophète de l'Ancien Testament, et il dresse dans son livre un bilan de l'alliance que Dieu avait conclue avec le peuple d'Israël. Malachie nous présente un Dieu fidèle à son alliance face à un peuple ingrat, et vous allez voir que le passage que nous allons lire illustre très bien cette idée générale.

On retrouve dans ce livre les caractéristiques des livres prophétiques mais il est aussi très singulier car il est le seul à se présenter sous la forme d'un dialogue. Et nous allons voir aujourd'hui le 5e débat/discussion entre Dieu et son peuple. Mais ce que je remarque aussi en avançant dans l'étude de ce livre, c'est qu’il présente des caractéristiques que nous retrouvons dans les épîtres du Nouveau Testament. Le prophète va en effet s'attacher à des enseignements très pastoraux comme le feront plus tard les apôtres dans les lettres qu’ils vont écrire à des chrétiens. Malachie parle de la manière dont on doit rendre un culte à Dieu, la manière dont on doit honorer Dieu et il évoque aussi les problématiques autour du mariage et notamment de la fidélité dans le mariage, et dans le débat qui va nous intéresser aujourd'hui il est question d'argent.

Parler d'argent est un très bon moyen de mettre des chrétiens évangéliques francophones mal à l'aise. Nous sommes en France très pudiques sur la question de la gestion de notre argent, sur les questions financières dans l’église, sur la question de la contribution aux besoins financiers d'une église ou de la mission. Pendant de nombreux siècles, l’argent était perçu par les chrétiens de manière très négative, comme un mal nécessaire. Aujourd'hui je m'attends donc à créer un malaise en abordant cette question. Mais puisqu'il s'agit d’un texte inspiré par Dieu et utile pour notre instruction, je vais prendre le risque de vous gêner en priant que Dieu utilise sa Parole pour nous aider à faire un bon usage de l'argent, des biens et des richesses qu'il nous confie. Et il me semble que ce texte va même plus loin, en soulignant que la manière dont nous gérons notre argent (nos richesses) témoigne de notre santé spirituelle.

1/ La grâce est gratuite (v. 6-7)

La première chose que nous rappelle les versets 6 et 7, c’est que la grâce de Dieu est gratuite. Ce qui doit motiver notre générosité, c’est que Dieu est un exemple en la matière. Cette grâce de Dieu devrait être le moteur de notre générosité.

Malachie s’adresse au peuple d’Israël qui est rentré dans son pays à la suite de 70 ans de déportation à Babylone. Cette déportation était une punition de Dieu pour l’infidélité constante de son peuple envers lui. Mais Dieu leur a à nouveau fait grâce et il a permis que le peuple revienne à Jérusalem et qu’il reconstruise le temple de l’Eternel et la ville. Mais en quelques dizaines d'années, ce peuple ingrat se détournait déjà de Dieu. Et pire encore, il proférait contre Lui de graves accusations.

Dans les versets qui précèdent notre passage, les Israélites avaient reproché à Dieu de ne pas être juste, car ils avaient l’impression que les méchants prospéraient sans être inquiétés, ce qui les avait amenés à s’écrier : « Où est le Dieu de la justice ? » (2.17). Prétendre que Dieu est injuste était une accusation très grave formulée contre Lui. Dieu leur avait répondu qu’il allait un jour s’approcher pour exercer son jugement (v. 5), mais qu’il allait commencer par son peuple, par « les fils de Lévi » (v. 3), et qu’il jugerait ceux qui ne le craignent pas (v. 5).

Les versets 6 et 7 font directement suite à cette affirmation. Vous avez certainement remarqué que le v. 6 commençait par un « car », qui montre le lien direct avec ce qui précède.

Dieu vient de réaffirmer qu’il est le Dieu de la justice, que la justice est l’un de ses attributs, et si le peuple d’Israël n’a pas été détruit c’est parce que dans ses autres attributs il y a aussi la patience, il y a la compassion, il y a la fidélité. Dieu rappelle qui il est au verset 6 : « Je suis l’Eternel, je ne change pas », et si vous êtes encore vivants, si le peuple d’Israël existe encore, c’est parce que je suis immuable.

Si Dieu n’était pas généreux, le peuple d’Israël aurait été détruit à de nombreuses reprises et c’est ainsi que nous voyons la grâce de Dieu : dans le désert, après leur sortie spectaculaire de la servitude en Egypte, le peuple se rebelle à plusieurs reprises contre le Dieu qui vient de les libérer. Lors de la conquête du pays de Canaan, le peuple ne respecte pas les directives de Dieu. Lors de la période des juges et des rois, les phases d’obéissance à Dieu sont plutôt rares. Mais Dieu est immuable. Je ne vais pas rentrer dans les détails de la doctrine de l’immutabilité (ou immuabilité de Dieu) mais retenons que Dieu ne change pas dans sa nature et qu’il ne renie pas ses promesses. Il ne change pas dans le temps, contrairement à nous. Jacques 1.17 nous dit qu’en Dieu « il n'y a ni changement ni ombre de variation ».

Dieu répond à l’accusation des Israélites en leur disant qu’il n’est pas un être capricieux et imprévisible. Au contraire, il ne change pas, il est fidèle à son alliance.  « Il est absolument et éternellement immuable dans son être ses perfections ses desseins et ses promesses. » (Théologie systématique de Wayne Grudem)

Quand on signe un contrat, on s’attend à ce que les deux parties respectent leurs engagements. En théorie, si l’une des deux parties ne respecte pas les dispositions signées, l’autre partie est dégagée de ses propres engagements, et heureusement. Si vous vous engagez à laver la voiture de votre voisin toutes les semaines en échange d'un baby-sitting hebdomadaire, vous n’êtes plus tenu de continuer à laver sa voiture s’il refuse finalement de garder votre enfant une fois par semaine. Vous êtes dégagé de votre engagement car il n’a pas respecté le sien.

Dieu avait conclu une alliance avec Abraham et ses descendants, notamment au Sinaï par l’intermédiaire de Moïse. Il s’était engagé envers eux à leur donner le pays promis notamment, et en retour le peuple devait respecter les commandements de Dieu afin d’être la lumière des nations. L’alliance conclue prévoyait des bénédictions et des malédictions selon que le peuple respectait ou non ses engagements.

Et pourtant malgré le fait que le peuple dans son ensemble désobéissait continuellement à l’alliance, Dieu n’a pas rompu l’alliance. Comme le dit 2 Timothée 2.13 en parlant de Dieu : « Si nous sommes infidèles, il demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même. »

Pourtant, le constat de Dieu est sans appel au v. 7 : « Depuis le temps de vos pères, vous vous êtes écartés de mes ordonnances, vous ne les avez point observées. » En fait, les deux parties (Dieu et Israël) sont fidèles à elles-mêmes, les deux parties restent fidèles à leur nature profonde. Et la nature profonde du peuple d’Israël, comme nous tous, c’est d’être des pécheurs désobéissants, des êtres humains qui ne peuvent pas s’empêcher de faire le mal, de se mettre en colère, de s’arranger avec la vérité, d’être infidèles à leur conjoint (au moins en pensée). Nous sommes solidaires du peuple d’Israël dans notre inconduite. Depuis le temps de nos pères, depuis le péché d’Adam, nous nous écartons des ordonnances divines et nous ne les observons pas.

Les infractions du peuple d’Israël n’étaient pas une désobéissance à la marge sur quelques points de détails. Pour vous signifier l’horreur de l’état moral du peuple hébreux, je cite à nouveau l’exemple de ceux qui ont sacrifié par le feu leurs propres enfants à une idole païenne (2 Rois 17.17 et 31). Notre Dieu qui est juste, avait châtié son peuple par l’intermédiaire de Nebucadnetsar et de la déportation à Babylone. Mais comme Dieu est également compatissant et qu’il reste fidèle à son alliance, il avait à nouveau fait grâce à son peuple et il avait permis son retour d’exil sous le règne de Cyrus le Perse. Vous voyez comme Dieu est généreux avec eux.

C’est parce que Dieu est Dieu, c’est parce que Dieu est immuable, c’est parce qu’il est un Dieu de grâce qu’il maintient son alliance. En Lévitique 26.44, Dieu affirmait déjà ceci :

« Lorsqu’ils seront dans le pays de leurs ennemis, je ne les rejetterai pourtant pas, et je ne les aurai pas en horreur jusqu'à les exterminer, jusqu'à rompre mon alliance avec eux ; car je suis l'Éternel, leur Dieu. »

La grâce gratuite de Dieu se voit également dans l’offre qu’il fait dans la 2e partie du verset 7 : « Revenez à moi et je reviendrai à vous ». C’est un appel à la repentance (voir Zacharie 1.1-6). Dieu leur tend la main malgré leur désobéissance. Il est prêt à les pardonner s’ils montrent au moins le signe d’une repentance sincère, et ça n’a pas l’air gagné d’avance puisque le peuple ne semble pas avoir conscience du problème lorsqu’il demande : « En quoi devons-nous revenir ? » (v. 7)

Et Dieu va leur donner dans les versets suivants un exemple typique de leur désobéissance et du non-respect de l’alliance : ils ne donnent pas à Dieu la dîme de leurs revenus, c’est-à-dire un pourcentage de contribution financière. On va revenir sur cette question dans la deuxième partie, mais je voulais avant cela faire une précision. Si Dieu leur rappelle cette clause de l’alliance, ce n’est pas parce que le pardon de Dieu pourrait se monnayer à prix d’argent. La grâce de Dieu est gratuite, mais le non-respect de cette clause de l’alliance est un exemple typique, un exemple parlant et concret de leur désobéissance, de leur reniement, de leur apostasie, parce que la manière dont ils gèrent leur argent témoigne de leur mauvaise santé spirituelle et de leur éloignement de Dieu.

Le pardon de Dieu ne s’achète pas. Quand Jésus est venu mourir sur la croix pour expier nos fautes, il s’est offert gratuitement en sacrifice. Il a accepté de payer le prix de nos fautes, il a accepté de subir lui-même la colère divine pour que nous puissions en réchapper si nous plaçons notre confiance en lui. Romains 6.23 nous dit que :

« Le salaire du péché, c'est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus Christ notre Seigneur. »

La question qui nous est posée, c’est celle de la disposition de notre cœur. Est-ce que nous sommes dans une disposition de repentance, de contrition face à nos fautes ? Actes 3.19 nous dit :

« Repentez-vous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés. »

Comment réagissons nous lorsque nous sommes confrontés à l’un de nos péchés, à une faute commise ? Est-ce qu’on nie le problème comme les Hébreux dans notre texte : « Ah bon mais qu’ai-je fait ? ». Ou est-ce qu’on plie le genou devant Dieu et devant la personne qu’on a peut-être offensée, pour demander grâce, pour demander pardon ? Et je dis cela alors que Dieu est justement en train de pointer du doigt des problèmes dans mon caractère et mes réactions, et c’est difficile, douloureux de reconnaître certains torts, mais par l’évangile et grâce au Saint-Esprit, c’est salutaire.

Cette grâce de Dieu doit vraiment être le moteur de la générosité. Nous avons reçu tellement, que nous pouvons à notre tour donner. En Christ, nous sommes pardonnés gratuitement. Le prix infini de nos fautes a été payé par Dieu lui-même. Celui à qui on a beaucoup pardonné est invité à pardonner beaucoup (voir Luc 7.47, Matthieu 18.21-35). Celui qui a reçu beaucoup est invité à son tour à être généreux. Et ça doit tellement être naturel pour les enfants de Dieu que Dieu considère que le manque de générosité est un vol !

2) Le manque de générosité est un vol (v. 8-10a)

Dieu va maintenant les confronter directement à leur désobéissance, en parlant de tromperie. Le verbe qui apparait 4 fois dans les versets 8 et 9 est un verbe hébreu très rare qui apparaît dans un seul autre verset de la Bible (cf. Proverbes 22.23) et qui signifie voler, frauder, tromper. C’est un verbe proche du nom de Jacob (leur patriarche), qui signifie le supplanteur. Jacob c’est celui qui a volé le droit d’aînesse et la bénédiction à son frère Esaü. Mais ici, ce n’est pas un homme qui est lésé, c’est Dieu lui-même qui est volé par le manque de générosité du peuple. Dieu leur dit : « Vous me trompez », « vous me volez » (v. 8). La faute du peuple est même plus grave qu’un manque de générosité puisqu’ils ne se sont pas acquittés du minium syndical que représentait la dîme.

Qu’est-ce que la dîme dans l’Ancien Testament ?

La dîme est une disposition codifiée par la loi de Dieu transmise à Moïse, et qui prévoyait que le 10e ou 10% du produit des champs, des vergers et des troupeaux devait être consacré à l’Eternel (Lévitique 27.30-32). 10% de tout ce qu’on gagnait devait être reversé à Dieu pour signifier que tout appartenait à Dieu dans la terre promise. De manière très concrète, cette part était versée aux Lévites pour qu’ils puissent assurer le service de l’autel (Nombres 18.21-24). C’était leur salaire pour faire le service dans le tabernacle puis dans le temple (Nombre 18.31). Les Lévites devaient à leur tour reverser la dîme de la dîme au souverain sacrificateur (Nombres 18.26-29). Les Israélites devaient apporter cette dîme à Jérusalem en partageant un repas avec le Lévite (Deutéronome 12.5-18), sauf la 3e année, où ils devaient s’acquitter de la dîme dans leur localité, au profit du Lévite mais aussi de l’étranger, de la veuve et de l’orphelin (Deutéronome 14.28-29), c’est-à-dire au profit du pauvre. La dîme avait donc une fonction cultuelle car elle permettait aux Lévites d’assurer le culte et d’en vivre, mais aussi une fonction sociale envers les plus démunis de la société.

Quant aux offrandes (v. 8), on ne sait pas si elles désignent la dîme de la dîme dont je parlais, ou la portion des animaux sacrifiés qui revenait de droit au prêtre (Exode 29.27-28). Il s’agit quoi qu’il en soit d’une autre forme de don qui est souvent associée à la dîme dans les textes (voir Deutéronome 12.6 et 11).

En tout cas, Dieu ne leur réclame ici que le minimum en évoquant la dîme et les offrandes car il aurait pu aussi parler des prémices (qui devaient lui revenir), des sacrifices, des premiers-nés du bétails ou des offrandes volontaires. Dieu n’évoque que le minimum dont ils ne s’acquittent même pas.

La dîme et l’offrande représentent notre responsabilité économique vis-à-vis de Dieu. En vérité nous ne possédons rien, en tant qu’humains nous ne sommes que des gestionnaires des biens de Dieu. Tout lui appartient, la création lui appartient et tout ce qui s’y trouve est à lui. Quand David préparait les matériaux et l’argent nécessaires à la construction du temple, il s’est exclamé en 1 Chroniques 29.14 et 16 :

« Tout vient de toi, et nous recevons de ta main ce que nous t'offrons. […] Éternel, notre Dieu, c'est de ta main que viennent toutes ces richesses que nous avons préparées pour te bâtir une maison, à toi, à ton saint nom, et c'est à toi que tout appartient. »

Notre rapport à l’argent et aux biens matériels est considérablement changé quand on se considère comme gestionnaire des biens de Dieu. Dieu sera donc en droit de nous demander des comptes sur notre gestion, comme dans la parabole des talents (voir Matthieu 25.14-30). As-tu fait un bon usage du vélo, de la voiture ou de l’appartement que je t’ai confié ? Comment as-tu utilisé les 1000€, 10.000€ ou 100.000€ qu’il y avait sur ton compte bancaire ? Mais on pourrait étendre cela à tous les dons que Dieu nous fait, à nos compétences et au temps dont on dispose : Est-ce qu’on en fait un bon usage quand on place tout cela dans la perspective de l’éternité ?

Dieu leur a tellement donné, Dieu leur a tellement fait grâce, Dieu a tellement été généreux envers eux, que ces 10% sont vraiment une très faible exigence. Et puisque c’était une disposition explicite de l’alliance conclue avec Dieu, Dieu considère à juste titre que le refus de s’acquitter convenablement de la dîme était un vol envers lui. Je dis convenablement parce que peut-être que le peuple donnait un peu, mais probablement juste les fonds de tiroir. Et si Dieu pointe du doigt la dîme en particulier c’est parce que c’était un indicateur quantifiable et mesurable de leur fidélité, de leur santé spirituelle et des dispositions de leur cœur envers Dieu.

Comment trompons (ou frustrons)-nous Dieu aujourd’hui ? Est-ce que c’est par notre manque de générosité ? Ou plus largement notre manque de disponibilité ? Notre égoïsme dans la relation avec lui ? Notre indiscipline ? Notre manque de piété ?

Si je disais à ma chère épouse que je l’aime mais que je ne veux jamais que notre relation me coûte quoi que ce soit, elle sentirait légitimement qu’elle n’est en fait pas aimée. Et quand je parle de coût je ne parle pas que de finances, mais aussi de temps, d’attention, de paroles valorisantes, d’intimité. Notre relation serait affectée si je n’acceptais pas qu’il y ait un prix à payer, et si je vivais égoïstement pour mes seuls intérêts. En plus, le jour de notre mariage je me suis engagé devant témoins à l’aimer, à la chérir et à pourvoir aux besoins de notre foyer. Si je ne respectais pas mes promesses, elle se sentirait trahie, elle serait blessée, et notre relation en souffrirait. Si cela arrivait ce serait une tromperie, ce serait un vol. Et ça arrive malheureusement car je suis pécheur et faillible.

Cette situation que je décris avec cette illustration, c’est la situation du peuple d’Israël vis-à-vis de Dieu. Ils ne respectent pas leurs engagements, ils refusent à Dieu ce qui lui revient de droit, ils trompent Dieu, ils le volent, et ils témoignent ainsi de leur mauvaise santé spirituelle, de leur égoïsme, de leur manque d’amour pour Dieu.

Les conséquences spirituelles de cette désobéissance étaient importantes, car sans la dîme, les prêtres étaient obligés de pourvoir à leurs besoins par d'autres moyens, et ils négligeaient donc l'exercice de leur fonction au temple. C'est le problème rencontré par Néhémie à la même époque (Néhémie 10.38-39, 12.44-45). La pérennité du service du culte dans le temple était mise en jeu et c’était très grave. Quand Dieu dit au début du verset 10 : « Apportez à la maison du trésor toutes les dîmes, afin qu’il y ait de la nourriture dans ma maison » , c’est cela qu’il souligne. La maison du trésor désigne la salle du temple où étaient entreposées les dîmes en céréales, en bétail ou autre (cf. 2 Chroniques 31.11-12). Et comme au chapitre 1, v .7 : la nourriture désigne probablement les sacrifices qui sont dans un sens figuré une nourriture pour le Seigneur. Sans la contribution du peuple au service du temple, il ne pouvait pas y avoir de culte et de sacrifices. C’est le culte de l’Eternel des armées qui est mis en jeu par leur désobéissance.

Qu’en est-il pour nous chrétiens du XXIe siècle ? Qu’en est-il pour nous dans la nouvelle alliance, maintenant que nous ne sommes plus sous la loi mais sous la grâce ? Devrait-on s’acquitter de la dîme, et si oui, à qui ?

Pour faire simple, on peut dire que cette redevance de 10% n’a plus lieu d’être telle qu’elle était pratiquée dans l’ancienne alliance. Et c’est assez logique. Il n’y a plus de temple à Jérusalem. Il n’y a plus de sacrifices pour expier les péchés, car Jésus s’est donné une fois pour toutes (1 Pierre 3.18, Hébreux 7.27, 9.12,26-28, 10.10-14) comme un sacrifice parfait, comme un agneau sans défaut et sans tâche pour payer le prix des fautes de tous ceux qui placent en lui leur foi pour le pardon de leurs péchés. Il n’y a plus de Lévites ou de prêtres (dans le sens de l’Ancien Testament) puisqu’il n’y a plus de temple et de sacrifices. La dîme et les offrandes servaient à tout ce système de l’ancienne alliance, et il n’est plus. La dîme n’a donc plus lieu d’être telle quelle.

Mais il y a un mais : le principe de la dîme et de l’offrande demeure encore aujourd’hui !

Dieu souligne aux Israélites dans ce passage leur responsabilité de pourvoir aux besoins du culte, et qu’une négligence dans ce domaine équivalait à voler Dieu. Paul soulignera cette même responsabilité aux chrétiens envers qui il exerce un ministère à plein temps. Vous pouvez relire 1 Corinthiens 9.4-14. Je cite les v. 13-14 :

« Ne savez-vous pas que ceux qui remplissent les fonctions sacrées sont nourris par le temple, que ceux qui servent à l'autel ont part à l'autel ? De même aussi, le Seigneur a ordonné à ceux qui annoncent l'Évangile de vivre de l'Évangile. »

Vous voyez : le principe demeure. Il est légitime que les personnes qui se consacrent au service de Dieu, que ce soit dans l’église locale ou en tant que missionnaires, soient soutenus financièrement par leurs frères et sœurs dans la foi. C’est normal que nous contribuions au salaire de notre pasteur. Ce n’est pas encore le cas, mais nous devrions pouvoir payer l’intégralité du salaire de notre pasteur qui se consacre au service de la Parole et à bien d’autres ministères dans l’église. Nous devrions soutenir les ministères bibliques parmi les étudiants, ou les ministères dans des radios chrétiennes.

« L’ouvrier mérite son salaire » (1 Timothée 5.11-18), mais ça ne veut pas dire pour autant que l’on devrait être payé à chaque fois que l’on sert dans l’église. Les musiciens ne sont pas rémunérés, le personnel d’accueil n’est pas rémunéré, je ne suis pas rémunéré non plus, car les responsabilités que l’on peut assumer dans l’église peuvent faire partie de notre don, notre contribution à l’œuvre de Dieu, sans recevoir un salaire, si l’on a par ailleurs de quoi subvenir à notre subsistance. Paul n’a pas toujours vécu sur les dons des personnes qu’il enseignait. Il lui arrivait de travailler, il fabriquait des tentes, pour subvenir à ses besoins.

Dans la nouvelle alliance il n’existe pas une règle de 10%. D’ailleurs quand on ajoute toutes les obligations des Hébreux que j’ai évoquées plus haut, on arrive plutôt à 30% de salaire consacré à Dieu. Dans la nouvelle alliance, le don que Dieu attend est un don volontaire, sur la base de la grâce et pas de la loi. Notre générosité envers Dieu est une preuve de notre amour, de notre reconnaissance. Donner à Dieu c'est lui dire : « tout ce que j'ai est à toi ».

Et il ne devrait pas y avoir d’exceptions si l’on est chrétien, mais tout est question de proportions. Pour certains, donner 10% c’est une paille tellement ils sont riches, pour d’autres, donner 1/10e c’est donner une part vitale comme la pauvre veuve dont Jésus a loué la générosité en Luc 21.2 alors qu’elle n’avait donné que 2 petites pièces, mais c’était de son nécessaire (Luc 21.1-4). Le principe de 10% est un bon repère mais ce n’est pas une loi. Et notre don ne devrait pas se limiter à cette seule proportion. Alors combien devrions nous donner à notre église locale ou à des œuvres chrétiennes ? Ce n’est pas à moi de vous le dire. C’est à chacun d'examiner son cœur, de remettre cela à Dieu dans la prière pour savoir combien et à qui donner. Il est utile de sonder son cœur pour voir s’il n’y a pas de la cupidité, de l’avarice ou un manque de générosité qui a pris racine.

Nous sommes invités par la Parole à investir notre argent là où nous prétendons qu’est notre cœur. Mathieu 3.21 :

« Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. »

Nous sommes invités par la Parole à faire preuve de générosité selon nos revenus (Deutéronome 16.17 : « Chacun donnera ce qu’il pourra. »), à donner sans ostentation/étalage (Matthieu 6.3 : « Quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite. »), à donner régulièrement (1 Corinthiens 16.2 : « Que chacun de vous, le premier jour de la semaine, mette à part chez lui ce qu'il pourra, selon sa prospérité, afin qu'on n'attende pas mon arrivée pour recueillir les dons. »), à donner avec joie (2 Corinthiens 9.7 : « Dieu aime celui qui donne avec joie. »), et à donner gratuitement sans rien attendre en retour (Matthieu 10.8 : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. »). Et nous sommes très encouragés à l’église Lyon Gerland par votre générosité. C’est un bon marqueur de santé spirituelle, mais ce n’est pas le seul.

Mais que faire des derniers versets (v. 10b à 12) ?

3) Les promesses de bénédictions (10b-12)

Ces versets ne sont-ils pas contradictoires avec le principe que je viens d’évoquer d’un don gratuit et désintéressé ?

Dans les versets 10 à 12, nous avons plutôt l’impression que Dieu rétribue la fidélité et l’obéissance au commandement de la dîme, par des promesses de bénédictions matérielles, par des pluies abondantes qui viendront irriguer les champs (v. 10), par une protection contre les insectes nuisibles qui détruisent les récoltes (v. 11). Le peuple sera ainsi dans l’abondance, protégé de la famine et reconnu internationalement comme un pays de délices et un pays heureux (v. 12), un pays où Dieu habite visiblement au milieu de son peuple.

De manière assez inhabituelle, Dieu invite le peuple à le mettre à l’épreuve au v. 10. D’habitude c’est plutôt Dieu qui éprouve la foi et l’obéissance, comme on l’a vu dimanche dernier avec l’exemple d’Abraham à qui Dieu a demandé de sacrifier son fils Isaac, l’enfant de la promesse. Mais dans notre texte, Dieu invite le peuple à le tester pour voir s’il dit la vérité : Plutôt que de persévérer dans votre désobéissance, dans vos moqueries et votre scepticisme, testez-moi et vous verrez si je ne suis pas fidèle à mes promesses, aux promesses de bénédictions que j’ai faites à vos pères. Vous verrez que je n’ai pas oublié mon alliance.

Malheureusement, ces versets sont bien souvent utilisés pour affirmer que la bénédiction matérielle ne peut arriver que si on donne largement à l’église ou aux conducteurs ecclésiastiques. Mais ces prédicateurs de la prospérité qui gangrènent l’Eglise partout dans le monde se trompent et nous trompent, en promettant un retour d’investissement important à ceux qui leur donnent de l’argent. Vous voyez l’idée et les intentions qui sont derrière : Donnez-moi et Dieu vous le rendra. Notre prospérité financière ne dépend pas des dons que nous faisons à l’œuvre de Dieu.

Les promesses qui nous sont décrites v. 10 à 12 semblent être des promesses de bénédictions matérielles pour ceux qui ont à cœur la maison de Dieu. La maison de Dieu dans l’ancienne alliance était un bâtiment physique mais cette maison est maintenant une maison spirituelle (1 Pierre 2.4-5). Dans l’Ancien Testament, la gloire de Dieu brillait par la magnificence extérieure du temple et de la nation d’Israël quand elle était fidèle à Dieu. Dans le Nouveau Testament, cette maison, c’est l’église qui est constituée du rassemblement des croyants (1 Timothée 3.15, Éphésiens 2.19-22). La prospérité que nous avons à rechercher est une prospérité spirituelle. On ne devrait par rechercher à construire des bâtiments somptueux. Si on peut, tant mieux, mais ce qui importe le plus, c’est la santé spirituelle de l’Eglise, le peuple de Dieu. Nous qui sommes des vagabonds, des SBF (Sans Bâtiment Fixe) et qui n’avons pas de lieu de culte pérenne où nous réunir, ce n’est pas si grave, si en fait l’église est en bonne santé spirituelle ça nous va ! Tant pis pour la précarité et les incertitudes.

Pour autant avoir un bâtiment (en tant que propriétaire ou locataire) nous permettrait peut-être de mieux assurer la santé spirituelle de l’église, d’avoir des formations, plus de rencontres fraternelles organisées, des événements pour inviter des gens du quartier. Le bâtiment ne doit jamais être un but en soi.

Contrairement à ce qu’avancent les prédicateurs de la prospérité matérielle, donner de la richesse pour l'évangile n’est pas nécessairement bon pour le portefeuille, mais c’est bon pour l'âme. Ce n’est pas la prospérité matérielle dont notre cœur a besoin, bien au contraire, c’est un grand danger pour un chrétien. Les bénédictions qui découlent d’un cœur généreux pour Dieu sont des bénédictions spirituelles. Dieu récompensera au ciel ceux qui lui font confiance et qui lui obéissent selon un principe logique énoncé en 2 Corinthiens 9.6 :

« Celui qui sème peu moissonnera peu, et celui qui sème abondamment moissonnera abondamment. »

Conclusion

Je n’ai pas la prétention d’avoir tout dit sur la question de la gestion financière, de la dîme, de la générosité, des bénédictions divines. Mais en cette fin d’année, ce passage est tout simplement une invitation individuelle à réfléchir à nouveau à la manière dont nous gérons nos biens et nos richesses. Une invitation à être intentionnel dans ce domaine, à avoir les bonnes priorités, à investir dans le royaume de Dieu. Et lorsque nous serons dans sa présence, nous pourrons proclamer avec tous les saints ces paroles d’Ephésiens 1.13-14 :

« Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis de toute sortes de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ ! »

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