On peut compter sur Dieu

Par Alexandre Sarranle 26 décembre 2021

Est-ce que vous trouvez que les chrétiens ont beaucoup de pouvoir dans notre société aujourd’hui, en France, en Europe, ou ailleurs dans le monde ?

Hier, le jour de Noël, on a découvert les dépouilles d’au moins trente chrétiens, hommes, femmes et enfants, qui ont été brûlés vifs le soir du réveillon dans leur village en Birmanie. Au Nigéria, des violences sont commises pratiquement tous les jours contre la population chrétienne : des menaces, des enlèvements et des meurtres. Un archevêque anglican au Nigéria affirme que « 17 chrétiens sont assassinés chaque jour dans le pays le plus peuplé d’Afrique. » Et ce qui est frappant, ce n’est pas seulement que ces choses arrivent, c’est aussi que les grands médias de notre pays n’en parlent pas.

Chez nous, en France, les sondages révèlent qu’il y a plus de personnes qui se disent chrétiennes que de personnes qui disent croire en Dieu—vous avez bien compris cette statistique ? Ça veut dire que le christianisme se porte si mal qu’il y a des gens qui se disent chrétiens qui ne croient même pas en Dieu ! En fait, les protestants évangéliques—ceux qui croient à l’autorité infaillible de la Bible, représentent moins de 1% de la population.

Est-ce que les chrétiens ont beaucoup de pouvoir, alors, dans notre pays ou dans le monde ? Pas vraiment. Mais en ce dernier dimanche de l’année 2021, qu’est-ce qui va nous pousser à persévérer, alors ? Nous qui sommes, à l’Église Lyon Gerland, une église « SBF » comme nous l’a dit Denis dernièrement (sans bâtiment fixe), qui représentons une communauté d’une centaine de personne au milieu d’un quartier de 30 000 habitants, pourquoi est-ce qu’on ne laisse pas tomber ? Et si vous n’êtes pas croyant aujourd’hui, vous observez ça et ça peut vraiment vous sembler bizarre. « Ils sont vraiment maso ces chrétiens ! »

Eh bien écoutez. Dans le texte qu’on va prendre dans un instant, le peuple de Dieu se trouve aussi dans une situation extrêmement décourageante. Ça se passe en Palestine au 8ème siècle avant J.-C. La nation d’Israël est alors divisée en deux royaumes, un grand royaume au Nord, et un petit royaume au Sud, où se trouve quand même Jérusalem (la capitale historique du pays), et au milieu de Jérusalem, le temple de Dieu. Le passage qu’on va lire concerne le royaume du Sud, qu’on appelle le royaume de Juda.

À cette époque, beaucoup de gens se sont éloignés de Dieu, et d’ailleurs à la tête du royaume de Juda, il y a un très mauvais roi, un roi totalement infidèle à Dieu, qui s’appelle Ahaz. Il a fait construire des statues dans le pays qui sont consacrées à des faux dieux, et il a même offert en sacrifice à ces idoles ses propres enfants (2 Ch 28.3).

Alors, en guise de correction, Dieu a livré le royaume aux attaques des pays voisins. Dieu veut ramener le pays à lui, vous comprenez ? Mais sous le coup de ce châtiment, beaucoup de gens meurent, beaucoup d’autres sont déportés, et le pays est affaibli à tous points de vue : militairement, économiquement et politiquement. Un historien de l’époque fait le constat suivant :

« L’Éternel humilia Juda, à cause d’Ahaz, roi d’Israël [de Juda], qui avait jeté le désordre dans Juda et s’était montré tout à fait infidèle à l’Éternel. » (2 Ch 28.19)

Imaginez donc la détresse des quelques personnes parmi le peuple qui tenaient encore bon et qui cherchaient encore à demeurer fidèles à Dieu. Imaginez leur contexte et leur découragement. Est-ce que les croyants avaient beaucoup de pouvoir dans le pays ? Pas du tout. Le peuple de Dieu était tombé si bas—l’Église était dans un si mauvais état, si j’ose dire—que les quelques fidèles qui restaient devaient se demander si le plan de Dieu tenait toujours.

Comment donc le peuple d’Israël va-t-il être « le royaume de sacrificateurs » et « la nation sainte » de Dieu auprès des autres nations, comme Dieu l’avait promis (Ex 19.6) ? Comment donc Abraham va-t-il devenir, à travers sa descendance, une source de bénédiction pour toutes les familles de la terre (Gn 12.3), si le peuple de Dieu devient pire que les peuples païens ?

Et dans ce contexte, le texte qu’on va voir aujourd’hui rapporte un échange entre le prophète Ésaïe et ce roi ignoble du nom d’Ahaz—et ce texte est destiné à réconforter le reste fidèle (les croyants qui n’ont pas encore baissé les bras et qui veulent continuer de s’attacher à Dieu). Ce texte est destiné à les réconforter, à les encourager, et à les persuader que Dieu va bel et bien réaliser son plan, qui qu’il arrive. Oui, on peut compter sur Dieu ! Voilà toute la leçon de ce passage.

Et pour inciter son peuple à la confiance et à la persévérance malgré le contexte difficile, Dieu va montrer à son peuple à quel point il s’est engagé à réaliser ses promesses. Et je crois qu’aujourd’hui encore, en ce dernier dimanche de l’année 2021, Dieu veut fortifier notre foi en lui ; il veut nous inciter à notre tour à la confiance et à la persévérance, en dépit des apparences et des difficultés. Et pour ça, il veut nous rappeler combien il s’est engagé—lui, Dieu tout-puissant—combien il s’est engagé à réaliser toutes ses promesses.

Et si on est découragé aujourd’hui, si on lutte parfois contre le doute, contre la tentation de baisser les bras, de laisser tomber, quand on est confronté à des circonstances qui nous semblent contraires aux promesses de Dieu, je crois que c’est parce qu’on mesure mal à quel point Dieu s’est engagé à réaliser son plan. Et le texte d’aujourd’hui veut remédier à ça, et nous convaincre qu’on peut vraiment compter sur Dieu !

1/ Le plan de Dieu surpasse les vicissitudes de l’histoire (v. 1-9)

Oui, on peut vraiment compter sur Dieu. Premièrement, parce que le plan de Dieu surpasse les vicissitudes de l’histoire. (Les vicissitudes, c’est-à-dire les événements imprévus, les difficultés, les épreuves, les calamités, les choses qu’on ne contrôle pas).

La première chose que Dieu veut faire comprendre à son peuple, dans ce passage, c’est que parfois, c’est vrai, les circonstances qu’on traverse paraissent défavorables au plan de Dieu (on dirait que c’est contraire à l’accomplissement de ses promesses), mais en réalité, rien ne peut contrecarrer ce que Dieu a d’avance décide de faire. Rien ne peut contrecarrer les promesses de Dieu. Regardez le texte (v. 1-9). Et essayez de suivre !

Ésaïe nous raconte un épisode du règne d’Ahaz, où deux nations voisines vont se liguer ensemble pour attaquer Jérusalem. La fin de l’histoire est annoncée dès le départ, à savoir que cette tentative va échouer (v. 1). OK. Mais ensuite, Ésaïe va raconter ce qui s’est passé entretemps, notamment que lorsque la nouvelle de cette attaque imminente est parvenue aux oreilles du peuple, Ésaïe a été envoyé auprès d’Ahaz avec un message précis de la part de Dieu. Ahaz, lui, est terrifié à l’idée d’être envahi par les voisins (le pays est déjà affaibli), mais Dieu a une bonne nouvelle à annoncer : c’est que cette offensive échouera.

Et dans le discours de Dieu, relayé par le prophète, il y a une remarque très importante qui explique pourquoi, contre toute attente, Dieu va empêcher cette attaque d’aboutir. C’est que cette coalition ennemie compte établir un nouveau roi sur Jérusalem (v. 6). « Cela ne tiendra pas, cela n’aura pas lieu », dit Dieu (v. 7). Pourquoi ? D’après le verset suivant, on comprend que pour Dieu, ces deux rois étrangers, ennemis du peuple de Dieu (le roi du royaume du Nord, et le roi de la Syrie), n’ont absolument rien à faire à s’ingérer dans le plan de Dieu concernant le trône de Jérusalem et la personne qui doit occuper ce trône.

Pour Dieu, il est hors de question que des étrangers établissent un roi étranger sur Jérusalem, parce que Dieu a fait une promesse au roi David plusieurs siècles auparavant, une promesse qui a été répétée plusieurs fois dans l’histoire d’Israël, une promesse en vertu de laquelle David « ne manquera jamais d’un descendant sur son trône » (1 R 9.5 ; 1 R 8.25 ; 1 R 2.4). Le trône historique du roi David, c’est le trône de Jérusalem (du royaume du Sud, occupé par Ahaz), et quand on considère toute l’histoire de ce royaume, depuis le roi David jusqu’à la déportation à Babylone au vie siècle avant J.-C. (soit pendant presque 500 ans), le trône a toujours été occupé par un roi issu directement de la lignée de David.

Mais pourquoi ce cours d’histoire ? Parce que je veux que vous compreniez une chose, c’est que le plan de Dieu surpasse les vicissitudes de l’histoire. En l’occurrence, dans ce passage, Dieu veut rassurer son peuple en lui montrant que le dénouement de cette situation qui a l’air super inquiétante, ne peut pas consister en autre chose qu’en l’échec des projets de ces deux rois, car autrement cela contredirait le plan de Dieu, qui a été établi d’avance, et auquel se réfèrent des promesses qu’il a déjà faites.

Imaginez qu’à Noël, on vous a offert le dernier roman d’un certain auteur d’une série d’aventures que vous appréciez beaucoup. Vous êtes si content, que vous sautez de joie, mais en sautant de joie, vous faites tomber le livre par terre, et le livre s’ouvre au dernier chapitre. En ramassant le livre, vous ne pouvez pas vous empêcher de remarquer et de lire une information très importante dans ce dernier chapitre, concernant le dénouement heureux de l’histoire. Mince. Bon, ça ne va pas vous empêcher de lire le roman, qui est quand même une histoire passionnante, pleine de rebondissements.

Vous appréciez beaucoup cet auteur qui est un véritable maître du suspense, vous vous régalez à lire son roman, et vers le milieu du livre, le héros de l’histoire se retrouve dans une situation absolument désespérée—est-ce qu’il va réussir à s’échapper ? À ce moment-là du récit, l’auteur tient tous ses lecteurs en haleine… sauf vous ! Pourquoi ? Parce que vous avez cette information cruciale concernant le dénouement de l’histoire. Et vous savez très bien que quoi qu’il arrive dans le récit, ce dénouement ne va pas changer ! Et par conséquent, au fond, vous ne vous inquiétez pas trop pour le héros du roman.

Bon, ça vous a peut-être gâché un tout petit peu la lecture du livre, mais dans notre texte ici, c’est un peu la même chose, mais en bien. Dieu révèle à son peuple le dénouement heureux de leur situation désespérée, un dénouement qui est conforme à son plan et à ses promesses. Et ce plan ne va pas changer, quoi qu’il arrive.

Donc celui qui a suffisamment confiance en Dieu (qui est l’auteur souverain de l’histoire des hommes) ne va pas douter de la réalisation du plan de Dieu, car ce plan surpasse les vicissitudes de l’histoire. Bien sûr, puisque Dieu est Dieu, et que rien ne peut lui résister ! Autrement dit, le croyant tient bon en dépit de toute circonstance qui semble défavorable, parce qu’il croit au plan de Dieu, il croit aux promesses de Dieu, et il croit à la capacité de Dieu de réaliser tout ce qu’il a prévu de faire, en dépit de l’opposition, quelle qu’elle soit.

Et c’est exactement le sens de ce que Dieu dit à la fin du verset 9 :

« Si vous n’êtes pas fermes (dans votre confiance), vous ne serez pas affermis (dans votre défense) ».

En fait, c’est une autre façon de dire ce qu’un autre prophète a dit, à une autre époque mais dans des circonstances similaires : « Le juste vivra par sa foi » (Ha 2.4), autrement dit : le salut du croyant, sa confiance, sa persévérance, viennent du fait de croire à ce que Dieu a promis.

Donc vous voyez que Dieu veut rassurer son peuple en lui montrant, ou en lui rappelant, que ses promesses tiennent toujours. Est-ce que vous êtes convaincus, dans votre for intérieur, en cette fin d’année 2021 où beaucoup de choses peuvent nous sembler contraires à l’accomplissement du plan de Dieu—est-ce que vous êtes convaincus que ce que Dieu a promis de faire, il a aussi la puissance de l’accomplir ? (Comme on l’a vu il y a quelques semaines). Et que non seulement Dieu a la puissance de l’accomplir, mais qu’il est fidèle à sa parole, et qu’il accomplira bel et bien ce qu’il a promis, en dépit de tout ce qui semble s’opposer à sa volonté ?

Et donc le premier remède à notre découragement, mes amis, c’est d’ouvrir la Bible de nouveau, et d’y relire les promesses que Dieu a faites concernant le dénouement de notre vie, et de l’histoire des hommes. J’en profite pour vous signaler que le « Défi Bible » est renouvelé en 2022—c’est-à-dire un plan de lecture de la Bible en un an. Et pour s’encourager les uns les autres dans ce défi, on peut s’inscrire auprès de Colin et rejoindre un groupe WhatsApp où des encouragements et des ressources nous sont partagés chaque semaine.

En tout cas ce qu’on va voir maintenant, c’est que Dieu ne nous fait pas seulement des promesses, mais il ajoute à ses promesses, pour nous témoigner de la fiabilité de ses promesses, et il le fait, en dépit de (mais aussi à cause de) l’incrédulité des hommes.

2/ Le plan de Dieu supporte l’incrédulité des hommes (v. 10-13)

C’est le deuxième point. Le plan de Dieu supporte l’incrédulité des hommes. C’est-à-dire que son plan endure, il tient malgré, l’incrédulité (le manque de foi) des hommes. Revenons au texte (v. 10-13).

Et ce qui se passe dans le texte est vraiment remarquable ! Non seulement Dieu vient d’annoncer une bonne nouvelle à un roi absolument ignoble qui ne mérite pas d’être délivré de ses ennemis, mais en plus, Dieu invite Ahaz à demander un signe, n’importe quel signe, même le plus miraculeux, en guise de preuve de la fiabilité de la promesse de Dieu. Dieu est prêt à mettre un « coup de tampon » prodigieux à la parole du prophète, un peu comme un « certificat de conformité ». Il est prêt à faire un truc en plus pour confirmer sa parole.

Cette proposition de Dieu est vraiment extraordinaire, parce qu’Ahaz est un très méchant roi. Et donc cette proposition de Dieu révèle sa bienveillance et sa patience incroyables en réponse à l’infidélité du peuple (représenté par le roi). Dieu aurait pu se contenter d’intervenir pour empêcher l’invasion, sans rien dire au peuple. Comme ça, il accomplit quand même son plan. Mais Dieu a décidé de rassurer son peuple malgré tout par des paroles, et bien sûr, il vise notamment le reste fidèle—ceux qui cherchent encore Dieu.

Ensuite, Dieu aurait pu se contenter de dire ces quelques paroles, tout simplement, par l’intermédiaire du prophète, mais il décide d’aller encore plus loin, et d’ajouter à la promesse un signe qui garantit la promesse, c’est-à-dire qui atteste de sa fiabilité. Vous voyez la bonté et la patience de Dieu, qui supporte l’incrédulité des hommes, qui tient compte de cette incrédulité, et qui cherche même à y remédier par le moyen d’une parole et d’un signe ?

Mais la réponse d’Ahaz révèle son incroyable présomption. Qu’est-ce qu’il dit à Dieu ? « Non merci, je n’en ai pas besoin. » Alors il faut bien comprendre que ce n’est pas du tout de la confiance ou de l’humilité de la part d’Ahaz, mais de l’orgueil. En fait, il se fiche « royalement » de la parole du prophète. Ahaz a peur, mais il a déjà des projets pour essayer d’endiguer l’offensive de ses ennemis. Et notamment, il va essayer d’acheter la protection d’une autre puissance de la région, à savoir la puissance assyrienne. Et pour acheter la protection des Assyriens, il va dépouiller le Temple de Dieu de toutes ses richesses, et les offrir à leur roi, un bon vieux païen idolâtre (ce qui, d’ailleurs, en fin de compte, ne lui sera d’aucun secours, puisque les Assyriens aussi vont se retourner contre lui ! cf. 2 Ch 28).

Bref : ce petit échange entre Ésaïe et Ahaz (v. 10-13) est destiné à souligner l’incroyable patience de Dieu, face à l’incroyable incrédulité de son peuple (représenté par le roi). Malgré cette incrédulité, et en même temps à cause de cette incrédulité, Dieu propose un signe comme preuve supplémentaire de la fiabilité de son plan et de sa promesse !

Alors je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais si vous êtes un homme, il y a peut-être un domaine de votre vie où, curieusement, votre orgueil remonte facilement à la surface. C’est quand vous êtes en voyage et que vous cherchez votre chemin. Disons que vous n’avez pas de GPS sur vous. Vous avez regardé la carte avant de partir, mais vous vous êtes dit que ça n’avait pas l’air très compliqué. Sauf que quelques rues barrées et quelques déviations plus tard, vous êtes complète perdu, et il y a votre gentille épouse à côté de vous qui vous dit avec beaucoup de tendresse : « Je t’avais dit d’imprimer la carte. »

Plutôt mourir qu’avouer mon échec et reconnaître que j’ai besoin d’une carte pour retrouver mon chemin ! Et franchement c’est pareil dans le texte. En plus de sa promesse, Dieu propose un signe pour renforcer la fiabilité de sa promesse et pour remédier de cette manière à l’incrédulité des hommes. Mais Ahaz pense pouvoir se débrouiller tout seul. Il pense pouvoir se passer de la « carte », ou plus précisément, de ce signe supplémentaire que Dieu lui propose pour son bien et pour le bien du peuple. Plutôt mourir qu’avouer qu’il en a besoin. Quelle présomption, et quelle impudence ou quelle effronterie que de dire à Dieu : « Non merci, ça va bien comme ça ! Pas besoin de ton aide. ».

Alors certes, cette réponse d’Ahaz ne va pas non plus contrecarrer le plan de Dieu—ça ne va pas empêcher Dieu d’accomplir ce qu’il veut, puisque le plan de Dieu supporte (endure) l’incrédulité des hommes. Mais il y a là un avertissement par rapport à notre propre suffisance, à notre propre orgueil devant Dieu. Quel accueil est-ce qu’on réserve, nous, aux signes que Dieu nous donne, dans sa grande bienveillance, sa patience, sa générosité, pour nous  attester que ses promesses sont fiables ?

Attention, je ne parle pas de signes et de prodiges comme ceux qui se faisaient « par la main des apôtres » au cours du premier siècle (cf. Ac 5.12), par exemple, et qui ont déjà rempli leur fonction particulière. Je parle des signes ordinaires que Jésus a institués pour l’Église chrétienne, et qui sont le baptême et la sainte-cène, par exemple. Par le moyen de ces deux sacrements, Dieu veut remédier à notre incrédulité, et sceller ses promesses devant nos propres yeux.

Si vous êtes chrétien, par conséquent, vous ne pouvez pas dire à Dieu : « Non merci, c’est sympa de me proposer d’être baptisé, mais franchement j’en ai pas besoin. La sainte-cène, c’est une bonne idée, mais bon, je peux m’en passer, ça va. En fait, j’ai même pas tellement besoin de venir au culte le dimanche—une fois de temps en temps ça devrait me suffire. ». Ça, en fait, c’est une façon de se montrer présomptueux.

Les moyens de grâce comme le culte et les sacrements sont là précisément pour nous conforter dans l’assurance que Dieu tient parole, et que son plan se réalisera en dépit de tout. Il y a là aussi un remède à notre découragement, qui consiste à fréquenter assidûment les réunions de l’église, et à nous appuyer sur notre baptême, et sur la sainte-cène que nous prenons chaque dimanche, qui sont des signes visibles et tangibles que Dieu nous a donnés comme preuves de la fiabilité de ses promesses.

Mais ce qu’on va voir maintenant, et dernièrement, c’est que non seulement Dieu fait des promesses concernant la réalisation de son plan, et non seulement il propose des signes en guise d’attestation de la fiabilité de ces promesses, mais en plus, il va donner le signe par excellence de son plein engagement dans la réalisation de ces promesses.

3/ Le plan de Dieu suppose la venue de sa personne (v. 14-16)

C’est le troisième et dernier point. Le plan de Dieu suppose la venue de sa personne. Revenons une dernière fois au texte (v. 14-16).

Alors je ne sais pas ce que vous avez pensé quand on a lu le verset 14 tout-à-l’heure, mais ce n’était probablement pas la stupéfaction que les premiers destinataires ont dû ressentir en entendant ou en lisant de cette parole du prophète. Le contenu de ce verset est absolument ahurissant, mais avant d’y venir, il faut comprendre une chose par rapport à ce qui se passe dans le texte. C’est que Dieu, par l’intermédiaire d’Ésaïe, saisit l’occasion de cet échange avec Ahaz pour faire une déclaration beaucoup plus large et englobante au sujet de tout son plan rédempteur pour le monde.

Donc ce signe par excellence dont il va être question ne concerne pas les promesses particulières faites à Ahaz et au peuple à ce moment précis de leur histoire, dans la situation spécifique qui les concerne, mais ce signe concerne les promesses liées à l’ensemble du plan de Dieu pour son peuple et pour le monde. Rappelez-vous qu’il y a quelques fidèles qui restent et qui se demandent si le plan de Dieu tient toujours ! Vu ce qui vient de se passer avec Ahaz, peut-être que la patience de Dieu est définitivement lassée !

Mais non, Dieu va quand même donner un signe, un signe extraordinaire, pour montrer que son plan tient toujours. Et c’est quoi ce signe ? Ça consiste d’abord en ce qu’une jeune fille célibataire va tomber enceinte, et deuxièmement, en ce que cet enfant s’appellera Emmanuel.

Alors c’est sûr qu’aujourd’hui, on ne voit pas ce qu’il y aurait d’extraordinaire ou de miraculeux à ce qu’une jeune femme célibataire tombe enceinte. Mais il faut comprendre une chose, c’est que pour le prophète et pour ses destinataires, à cette époque, l’expression « jeune fille célibataire » implique par définition une vierge, une femme qui n’a jamais connu d’homme, qui n’a jamais eu de relations conjugales.

C’est comme si je vous disais : « Quel prodige ! Voici que le SDF s’est acheté une Ferrari ! ». Pourquoi est-ce que ce serait un miracle ? Parce qu’un SDF implique par définition quelqu’un qui n’a pas beaucoup de moyens. Donc « jeune fille », dans ce texte, signifie par définition dans le contexte une femme vierge, et donc on comprend pourquoi le fait qu’elle tombe enceinte relève d’un miracle absolument extraordinaire.

Mais il y a une deuxième chose tout-à-fait ahurissante, c’est le nom qu’on donnera à l’enfant. Emmanuel, ça signifie « Dieu avec nous », ou plus précisément : « Dieu uni à nous ». À cette époque, le nom qu’on donnait à un enfant, ça avait une très, très grande signification, et on ne mesure pas vraiment aujourd’hui la portée de cette parole du prophète concernant l’enfant à naître. Je n’ai pas vraiment le temps d’entrer dans le détail, mais il suffit de savoir que cette parole du prophète suggère une idée tout-à-fait choquante et subversive, à savoir que Dieu va revêtir la nature humaine.

Au verset 15, Ésaïe confirme cette idée en décrivant en toutes lettres le fait que cet enfant va faire l’expérience normale d’un enfant qui grandit humblement dans la dépendance de ses parents, jusqu’à atteindre l’âge de raison. Il y a donc un contraste choquant entre le caractère divin de cet enfant, et le caractère humble et fragile de sa condition humaine.

Ensuite (v. 16), le prophète va profiter de cette description de l’évolution normale d’un enfant, pour revenir à la situation particulière du roi Ahaz et du peuple, à ce moment précis de leur histoire, et leur dire que sous peu (avant que les enfants du peuple aient grandi jusqu’à l’âge de raison), les deux rois qui se sont ligués ensemble pour attaquer Jérusalem vont subir une cuisante défaite (sous les offensives assyriennes). Voilà ce qui se passe dans le texte.

Alors je ne sais pas si vous avez suivi, mais tout ça pour dire quoi ? Tout ça pour dire que Dieu démontre son engagement dans la réalisation de son plan pour l’humanité, par un signe prodigieux qui consiste en la venue de Dieu en personne parmi les hommes.

Essayez d’imaginer le chef d’une petite entreprise qui signe des contrats avec des clients et qui remplit par conséquent son carnet de commandes. Arrive un jour où l’entreprise est un peu pressée par le temps, et il ne reste que quelques jours pour pouvoir honorer une certaine commande due à un gros client. Arrivé au bureau, le chef d’entreprise découvre qu’un de ses employés est resté chez lui parce qu’il a été testé positif au Covid. Deux autres sont cas-contact donc ils doivent aussi se mettre en quarantaine. Un autre a dû aller d’urgence à la clinique avec sa femme pour la naissance de leur bébé. Un autre est en vacances et ne doit rentrer que dans une semaine, et le dernier est en grève ! Aïe ! Il n’y a plus qu’une chose à faire. Le chef d’entreprise enlève sa cravate, enfile le bleu de travail, se retrousse les manches et descend à l’atelier réaliser lui-même la commande pour son client.

Ce que le prophète est un train de suggérer ici, et que le reste de la Bible confirme, c’est un peu la même chose concernant Dieu. Devant l’indisponibilité, ou plutôt l’incrédulité de son peuple, Dieu « enlève sa cravate, enfile le bleu de travail, se retrousse les manches et descend à l’atelier », c’est-à-dire auprès des hommes pour faire le travail à leur place.

Et en effet, en la personne de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme en même temps, né de la vierge Marie, Dieu va grandir humblement comme n’importe quel autre enfant à l’exception du péché, il va vire parmi les hommes, il va obéir parfaitement à la loi à la place de son peuple, et il va expier les péchés de son peuple à la place de son peuple (régler la dette de nos fautes—des fautes de tous les croyants). En fait, Jésus va prendre la place du peuple, des prophètes, des prêtres, du temple, des sacrifices, et même du roi. Il va tout réaliser lui-même, jusqu’à mourir lui-même au profit de son peuple, et ressusciter comme ultime garantie de sa capacité à réaliser tout ce qu’il a promis à ceux qui se confient en lui.

Bref, le signe ultime, la preuve ultime, qu’on peut compter sur Dieu, c’est que Dieu est venu lui-même sur la terre en la personne de Jésus, il a souffert, il est mort et il est ressuscité, dans le but de renverser toute puissance contraire à l’accomplissement de son plan, et de délivrer tous les croyants du mal et de la mort pour toujours. Qu’est-ce qu’on peut demander de plus ?

En cette période de Noël, est-ce que vous voyez à quel point Dieu s’est engagé dans la réalisation de son plan, un plan bienveillant dont le but est la rédemption des hommes et la réparation de sa création ?

En ce dernier dimanche de l’année 2021, si vous êtes découragés devant l’état du monde, ou découragés dans votre marche chrétienne, relisez donc dans la Bible quelles sont les promesses que Dieu fait à ceux qui se confient en lui. Faites ça un peu plus en 2022. Venez plus fidèlement encore à l’église. Rejoignez un groupe de maison. Réfléchissez à votre baptême et prenez chaque semaine la sainte-cène, car ce sont des signes et des sceaux que Dieu a institués pour nous confirmer la fiabilité de ses promesses.

Et surtout contemplez la croix. Dieu est venu en personne, il « s’est retroussé les manches » en la personne de son Fils Jésus-Christ, il a renoncé un moment à la gloire du ciel, il s’est humilié, il a tout accompli à votre place pour que vous n’ayez qu’à vous reposer en lui.

Est-ce que vous le connaissez personnellement ? Est-ce que vous avez répondu à son amour ? Est-ce que vous comptez vivre tous les jours de l’année qui vient, et de toutes les années qu’il vous reste sur cette terre—est-ce que vous comptez vivre tous les jours dans la foi en Dieu, parce que ses promesses sont bonnes et parfaitement fiables. Il les tiendra toutes. On peut compter sur Dieu !

Alors est-ce que les chrétiens ont beaucoup de pouvoir dans notre société aujourd’hui, en France, en Europe, ou ailleurs dans le monde ? Peu importe. Dieu, lui, il a le pouvoir ! Et il nous a rappelé dans ce texte à quel point il s’est engagé à réaliser ses promesses. Le plan de Dieu surpasse les vicissitudes de l’histoire, il supporte l’incrédulité des hommes, et il suppose la venue de sa personne.

Notre grand Dieu s’est tellement engagé en faveur de tous les hommes, de toutes les femmes et de tous les enfants qui se confient en lui—Dieu s’est tellement engagé en notre faveur que cette réalité devrait susciter en nous une grande confiance malgré les difficultés, et ça devrait nous permettre de persévérer dans la foi, à l’aide des moyens de grâce, les yeux fixés sur Jésus-Christ, qui est venu une première fois et qui revient bientôt pour notre délivrance.

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