Un autre monde est possible

Par Alexandre Sarranle 17 avril 2022

Ça vous fait quoi, de suivre l’évolution de la guerre en Ukraine, et d’entendre parler jour après jour des atrocités qui sont commises là-bas ? Ça vous fait quoi, d’apprendre qu’il y a eu une fusillade, il y a quelques jours dans le métro de New York ? Ça vous fait quoi, d’aborder le second tour des élections présidentielles en France, avec une possibilité non négligeable que Marine Le Pen soit élue, ou inversement, avec une possibilité non négligeable qu’Emmanuel Macron soit élu ? Ça vous fait quoi, d’apprendre qu’une épidémie de salmonellose à été causée par la consommation de chocolats Kinder ? Ça vous fait quoi, de voir que le monde dans lequel on vit ne semble pas foncièrement s’améliorer avec le temps ?

On en est encore à violer, torturer et tuer des innocents ; on en est encore à rechercher le pouvoir, le profit et la popularité aux dépens des autres ; on en est encore à se laisser fléchir par la corruption, le mensonge, et la haine. Toujours les mêmes vieilles recettes, toujours les mêmes vieux démons ; on prend les mêmes et on recommence. Ça vous fait quoi ?

Et on ne doit pas juste regarder les autres autour de nous, hein ! Il faut aussi qu’on se regarde soi-même avec une grande lucidité. J’ai encore fait le mal, je me suis encore disputé avec un proche, je me suis encore fait avoir, je suis encore une fois déçu, découragé ou blessé.

Et en plus… me voici malade ou diminué, ou peut-être mes enfants ou quelqu’un d’autre de proche. Peut-être que des gens que j’aime sont à l’hôpital, et peut-être qu’il y en a un qui est sur le point de mourir, ou qui vient de mourir (peut-être même soudainement), ou peut-être que c’est moi qui suis sur le déclin, qui suis en train de perdre les facultés de ma jeunesse et qui suis en train de m’acheminer doucement vers la tombe. Ça vous fait quoi, tout ça ?

Les jours se suivent et se ressemblent—et tout bien pesé, on a l’impression que le monde est gouverné par quelque chose de contraire à notre intérêt en tant qu’êtres humains. Et des fois, on peut vraiment être dégoûté par tout ça. On peut se sentir complètement dépassé, et on peut aussi bien basculer dans la colère et l’amertume, que dans la panique ou dans la dépression totale—à moins peut-être de détourner le regard et de vivre tout simplement dans le déni !

Mais il y a une autre voie, qui est infiniment meilleure, et qui nous est présentée dans le texte qu’on est sur le point de regarder ensemble, un texte tiré d’une lettre que l’apôtre Paul a écrite à une communauté de chrétiens qui vivaient dans la ville de Rome au premier siècle.

On va lire ce passage dans juste un instant, mais avant, je voudrais simplement rappeler un tout petit peu le contexte. L’objet de cette lettre de Paul, c’est d’expliquer à ses destinataires un truc qu’il a appelé « l’évangile » (1.15). Et jusqu’ici, Paul a expliqué que l’évangile c’est une incroyable bonne nouvelle qui concerne la façon dont Dieu nous a ouvert la voie pour qu’on puisse être sauvé du mal qu’il y a dans notre cœur, pour qu’on puisse être réconcilié avec Dieu, et pour qu’on puisse aller au paradis après la mort.

Cette bonne nouvelle est centrée sur une personne, Jésus-Christ, et sur ce que cette personne a accompli par sa mort et sa résurrection. On va y revenir, mais en tout cas, ce que Paul a expliqué jusqu’ici, c’est que grâce à Jésus-Christ, on peut recevoir l’assurance d’être en paix avec Dieu, et on peut vivre avec la certitude d’être en route pour le paradis où on vivra pour toujours dans la joie de la communion avec Dieu et avec les autres croyants. Et ce que Paul vient de dire au début du chapitre 5, c’est que si ça, c’est notre statut et notre destinée, alors on peut déjà—en tant que croyants, individuellement—on peut déjà lever la tête et avoir une forme de joie et de positivité dans la vie.

Mais maintenant, Paul veut tirer une conclusion un peu plus générale encore de tout ce qu’il a dit jusqu’ici. Il va prendre un peu de recul et de hauteur, et il veut nous parler de ce que la personne et l’œuvre de Jésus changent au niveau de la grande histoire des hommes. Paul veut vraiment qu’on mesure à quel point ce que Jésus a fait est puissant et efficace et définitif pour complètement résoudre la situation existentielle absolument catastrophique dans laquelle le genre humain a été plongé et dans laquelle on se trouve maintenant depuis des millénaires.

Et voici donc toute la leçon de ce passage pour nous, si on perd peut-être facilement courage devant l’actualité morose et devant les trébuchements de notre propre vie ; on doit se rappeler qu’auprès de Jésus, on peut connaître autre chose que la condition maudite de notre monde. Oui, un autre monde est possible, mais aucun de nos candidats à l’élection présidentielle ne pourra jamais nous l’offrir. Seul Jésus le peut, et il a déjà tout fait pour que ça se réalise.

Alors on va lire le passage ensemble. Mais je dois aussi vous prévenir que c’est un texte assez difficile à suivre. Une des raisons, c’est que Paul semble vouloir amener une sorte de conclusion, donc, à tout ce qu’il a dit jusqu’ici, mais au moment où il commence à le faire, il se rend compte qu’il doit encore apporter quelques précisions sur certains points—et donc il commence une phrase au verset 12, mais il va l’interrompre, ouvrir une sorte de grande parenthèse, et enfin revenir à son idée principale seulement au verset 18. Et on peut même dire que là où il voulait vraiment en venir avec tout ça, eh bien ça se trouve seulement au verset 21, c’est-à-dire à la toute fin de notre passage.

Allez, lisons sans plus tarder le texte !

1/ La signification dramatique de la mort (v. 12-14)

Alors comme je le disais, là où Paul voulait en venir à la base, ça se trouve au verset 21, qui est en quelque sorte la grande conclusion des chapitres 1 à 5 : « De la sorte, comme le péché a régné avec la mort » (ça c’est la description de notre monde depuis des millénaires), « ainsi la grâce règne par la justice, pour la vie éternelle, par Jésus-Christ notre Seigneur » (ça c’est la description du changement merveilleux que Jésus a amené par sa mort et sa résurrection).

Donc oui, toute la leçon de ce passage, c’est qu’auprès de Jésus, on peut connaître autre chose que la condition maudite de notre monde. Mais comment est-ce que Paul nous présente cette idée, dans ce texte un peu compliqué à suivre ?

Eh bien premièrement, il nous parle de la mort, qui est le symptôme de notre malédiction, une malédiction qui elle-même est juste (v. 12-14).

Je vous rappelle donc qu’au verset 12, Paul commence à nous dire le truc qu’il voulait nous dire… mais en commençant à le dire, il se rend compte qu’il doit encore nous expliquer quelque chose. C’est même assez rigolo, on a l’impression qu’il s’emmêle un peu dans ses explications, et qu’il finit par se dire : « Bon attends, je recommence ! »

En tout cas, quand on lit le passage, on voit que l’intention de Paul, c’est d’établir un parallèle et un contraste entre la malédiction qui pèse sur tous les hommes, et la bénédiction qui est présentée aux hommes en Jésus. Mais voilà : en commençant à décrire ce contraste, Paul se rend compte qu’il introduit quelque chose de nouveau qu’il n’avait pas encore abordé dans sa lettre. C’est la question de l’apparition originelle du mal et de la mort dans le monde. C’est-à-dire comment ces choses ont commencé à exister dans notre histoire.

Jusqu’ici, on a compris que le mal existait, et qu’il existait dans notre cœur, et que ce mal dans notre cœur nous rendait coupables aux yeux de Dieu. Ce mal, c’est ce que Paul appelle le « péché. » C’est tout ce qu’on fait, dit, pense, désire ou ressent qui n’est pas conforme à la volonté de Dieu. Mais Paul dans notre passage nous dit que le « péché » est entré dans le monde « par un seul homme, » et par le péché la mort (v. 12). Ça, c’est nouveau.

Paul fait référence ici à Adam, le premier homme, qui a été créé dans un état d’innocence, mais qui a fait le choix de désobéir à Dieu. Et en faisant ça, il a commis le premier péché de toute l’histoire des hommes, et il a entraîné dans sa chute toute sa descendance, c’est-à-dire toute l’humanité. Ce qui s’est passé, c’est que Adam est devenu un pécheur et qu’il est devenu mortel, et que tous les humains après lui allaient du coup, eux aussi, être des pécheurs mortels. C’est-à-dire que tous les humains allaient exister non plus dans un état d’innocence, mais dans un état de culpabilité, avec le mal dans le cœur. Et qu’en plus, tous les humains qui allaient exister, allaient aussi devoir mourir un jour. Telle est la malédiction qui pèse sur le genre humain depuis qu’Adam a commis ce premier péché.

Paul dans notre passage nous rappelle ça, parce qu’il ne veut pas qu’on pense qu’il y a une différence essentielle (ou fondamentale) entre différentes catégories de personnes dans le monde ou dans l’histoire.

Regardez le texte. Paul parle dans notre passage de comment c’était « avant » et « après » la loi—ou « sans » la loi et « avec » la loi (v. 13)—et ce qu’il veut dire par là, c’est : est-ce qu’il y a une différence fondamentale entre les Israélites qui ont la révélation spéciale de Dieu grâce aux écrits de Moïse (ce que Paul appelle « la loi »), et les non-Israélites qui n’ont pas cette connaissance-là ? Est-ce que les uns sont plus ou moins pécheurs que les autres ?

Et la réponse de Paul, c’est non, pas du tout. Tout le monde est à égalité dans le péché. Et comment est-ce qu’on le sait ? Parce que tout le monde meurt. Les gens mouraient avant l’époque de Moïse, et les gens continuent de mourir depuis. La révélation de la loi a simplement permis aux Israélites de comprendre pourquoi ils mouraient !

C’est un peu comme si on assistait à l’apparition d’un nouveau virus mortel. Imaginez. On constate que des gens meurent. On se doute que ça doit être une maladie particulière. Quelque chose de contagieux. Mais il faut du temps avant qu’enfin, les recherches scientifiques nous permettent d’identifier le virus, qu’on puisse lui donner un nom, et que la pathologie soit décrite et expliquée dans les revues médicales, et que des tests soient inventés pour pouvoir éventuellement détecter le virus, vous comprenez ?

Le virus reste le même, et les gens qui l’attrapent meurent, mais entre avant et après la publication des recherches sur ce virus, la seule chose qui change, c’est qu’on comprend mieux. Et qu’on peut éventuellement mieux accompagner les malades.

C’est la même chose par rapport au péché dans notre texte. Le péché est un virus qui est apparu à l’époque du premier homme. Adam était le patient zéro, si vous voulez. Adam a désobéi à Dieu, et en faisant ça il a attrapé la maladie mortelle du péché. Il est devenu un pécheur, et cette condition a été ensuite transmise à ses enfants et à ses petits-enfants, et ainsi à toute l’humanité. Tous les humains qui résultent de la rencontre d’un gamète mâle et d’un gamète femelle sont des pécheurs par nature—c’est dans leur ADN si j’ose dire. Et parce qu’ils sont des pécheurs par nature, eh bien ils pèchent naturellement.

Mais c’est longtemps après l’époque d’Adam qu’on a pu commencer à comprendre plus précisément ce que c’était que ce virus du péché, après que Dieu a révélé sa loi à Moïse. C’est pourquoi Paul dit que « le péché n’est pas mis en compte quand il n’y a pas de loi » (v. 13). Il veut dire simplement que le péché n’est pas « diagnostiqué », ou « nommé pour ce qu’il est », si on n’a pas la loi de Dieu qui nous permet de le faire. C’est d’ailleurs ce qu’il a dit au chapitre 3 : « C’est par la loi que vient la connaissance du péché. » (3.20)

Mais vous voyez, Paul insiste sur le fait qu’on n’a pas besoin d’avoir la loi pour être un pécheur et pour pécher. La preuve, c’est que les gens meurent avec ou sans la loi. Les gens meurent depuis l’époque d’Adam, même ceux qui n’ont pas péché « par une transgression semblable à celle d’Adam » (v. 14), c’est-à-dire en connaissance de cause (en connaissance d’une loi spécifique de Dieu, cf. Rm 4.15) ; et donc la mort, qui est entrée dans le monde en même temps que le péché, c’est bien le symptôme de notre malédiction à tous, une malédiction qui est juste. Voilà quelle est la signification dramatique de la mort.

Tout ça pour dire que quand on regarde autour de nous et qu’on voit que des gens meurent, dans toutes sortes de conditions et de contextes différents (guerre, meurtre, maladie, accident, fausse couche, avortement, suicide, euthanasie, vieillesse), on doit déjà se rappeler humblement cette réalité. On meurt parce qu’on est maudit. On est maudit parce qu’on est condamné. On est condamné parce qu’on est pécheur. On est pécheur parce que nos premiers parents ont péché et qu’ils ont entraîné toute l’humanité dans leur chute.

C’est un constat très sombre, très négatif, n’est-ce pas ? Mais telle est la réalité. Si on accepte d’ouvrir les yeux, et de regarder en face toutes les souffrances de notre monde, eh bien dans notre passage, on est déjà invité à s’humilier et à reconnaître que la mort en particulier est la preuve irréfutable de notre fragilité existentielle, et même de notre culpabilité devant Dieu. Oui, même ceux qui ne savent pratiquement rien sur Dieu, comme les tribus sauvages qui n’ont encore jamais eu de contact avec la civilisation, ou encore les petits enfants, les nouveau-nés et même les bébés qui sont encore dans le ventre de leur mère—on meurt tous, parce qu’on est tous maudit, et notre malédiction est juste.

Est-ce qu’on est prêt à accepter ce verdict, avec lucidité et sobriété ? Je ne parle pas d’être stoïque en face de la souffrance et de la mort, mais plutôt, quand on s’indigne contre ces choses, que notre indignation s’oriente vers la cause originelle de ces choses, qui est notre péché.

Et c’est important de le reconnaître, parce que d’après notre passage, ce n’est pas comme si on était juste les victimes d’un grand dérèglement du monde, qui aurait été causé par quelqu’un d’autre, à savoir Adam. Oui, le monde est déréglé, et notre condition humaine est déréglée, mais la faute nous en incombe. « La mort a passé sur tous les hommes, » dit Paul, « parce que tous ont péché. » (v. 12)

2/ La puissance supérieure de la grâce (v. 15-17)

Ça, c’était le premier point. C’était un peu long, mais c’était important, pour bien comprendre l’étendue de ce que Jésus a fait, par sa venue, sa mort et sa résurrection. Donc la mort est le symptôme de notre malédiction, une malédiction qui est juste.

Mais deuxièmement, en Jésus, il y a un principe surpuissant qui peut nous conduire à la vie : c’est le principe de la grâce.

Dans le texte maintenant (v. 15-17), Paul se met à développer ce parallèle et ce contraste qu’il a voulu établir entre Adam d’un côté (et la malédiction qu’il a entraînée sur tout le genre humain), et Jésus de l’autre côté (et la bénédiction qui est présentée aux hommes en vertu de ce que Jésus a accompli). Paul vient de dire, à la fin du verset 14, qu’Adam était « la figure de celui qui devait venir. » En grec, c’est tupos, c’est-à-dire un « type, » une image, un genre de modèle ou une préfiguration.

Tout simplement, Paul nous dit que Jésus et Adam ont des choses en commun qui sont importantes à reconnaître et à comprendre. Ce qui est sous-entendu ici, c’est que de la même façon que la malédiction des humains est venue par les agissements d’un seul homme (Adam), eh bien de même, le salut des humains est venu par les agissements d’un seul homme (Jésus). Vous voyez le parallèle ?

Mais avant de nous expliquer un peu plus ce parallèle, Paul veut d’abord souligner une grande différence entre ce qui s’est passé avec Adam, et ce qui se passe avec Jésus.

Ce qui s’est passé pour nous avec Adam s’est passé selon le principe pur et simple de la justice et de la rétribution. Adam avait été créé dans des conditions idéales, il n’avait qu’un seul commandement auquel il devait obéir, il avait été prévenu de ce qui arriverait s’il désobéissait—et il a désobéi, et la justice s’est appliquée, purement et simplement. Notre malédiction est juste, entièrement, parfaitement juste !

Mais ce qui se passe pour nous avec Jésus, ça ne se passe pas selon le seul principe de la justice et de la rétribution. Ça se passe selon un principe qui est infiniment meilleur nous : ce principe, c’est celui de la grâce.

Écoutez bien. Adam a commis un seul péché, une seule transgression de la loi de Dieu, et c’était suffisant, selon la justice parfaite de Dieu, pour plonger toute l’humanité dans le péché, pour condamner toute l’humanité, et pour assujettir toute l’humanité au règne de la mort. Et je ne sais pas combien d’humains ont existé depuis l’époque d’Adam, mais ça se compte en milliards. Et je ne sais pas combien d’autres transgressions de la loi de Dieu ont été commises par chacun de ces humains, mais quand on additionne le tout, ça fait certainement des milliards de milliards. Et chacune de ces transgressions, chacune est suffisante à elle seule pour attirer sur nous la même condamnation et la même malédiction que celles qui sont tombées sur Adam et sur le genre humain après lui !

Alors si un second Adam devait venir, et s’il devait essayer de rattraper le coup selon le seul principe de la justice et de la rétribution, comment est-ce qu’il pourrait faire ? Il ne suffirait pas de seulement réussir là où Adam a échoué, vous comprenez ? Un second Adam en échange du premier Adam, un acte de justice en échange d’une transgression, OK, c’est équitable—mais comment faire pour appliquer ça à des milliards de milliards d’autres transgressions qui ont été commises depuis l’époque du premier Adam ?

C’est comme si Adam, par son péché, s’était endetté de 100 euros. Malheureusement, il n’a pas les moyens de rembourser, alors ses enfants héritent de la dette. Mais les enfants d’Adam n’ont rien non plus pour rembourser, et ils ne font qu’augmenter la dette familiale, parce que eux aussi vivent à crédit. Et ainsi de suite, de génération en génération. Et quelques milliers d’années plus tard, un second Adam arrive, enfin ! Et le second Adam, il dit : « C’est bon, regardez ! J’ai 100 euros ! Je vais pouvoir rembourser la dette du premier Adam ! » Sauf que… la dette représente des milliards et des milliards d’euros maintenant.

Vous comprenez que si on veut entrer au bénéfice d’un second Adam pour obtenir l’acquittement de notre dette, il nous faut un autre principe que le seul principe de la justice et de la rétribution. Et c’est là où Paul veut en venir. Il veut nous montrer que si on reçoit la condamnation et la mort par le premier Adam selon le principe de la justice, on peut recevoir la justification et la vie par le second Adam selon un principe supérieur qui est celui de la grâce. C’est ce « don gratuit » ou « don de la grâce » (v. 15), dont parle Paul, et qui fait que ce qui s’est passé pour nous avec le premier Adam, et ce qui se passe pour nous avec le second Adam, c’est différent.

Vous voyez : en Jésus, il y a un principe surpuissant qui peut nous conduire à la vie : c’est le principe de la grâce. On ne peut pas rembourser. Même à travers la réplique exacte du premier Adam, on ne pourrait pas rembourser. Il nous faut un second Adam, certes, mais surtout il nous faut un bien meilleur Adam. Un Adam pareil sur certains points, mais très différent sur d’autres points. Et c’est ce qu’on a en Jésus.

Comme le premier Adam, Jésus est venu dans un état d’innocence. Il était sans péché, comme l’était Adam quand il a été créé. Et Jésus a été tenté de pécher, comme l’a été Adam. Sauf que Jésus a persévéré dans l’obéissance à Dieu son Père. Il a été parfaitement obéissant, et sa vie a été parfaitement conforme à toute la volonté morale de Dieu. C’est déjà une victoire du second Adam sur le premier.

Mais ensuite, Jésus s’est présenté à la croix. Et sa vie parfaite, qu’il avait préservée en résistant à la tentation, il l’a offerte sur la croix comme expiation pour des milliards de milliards de péchés. C’est-à-dire qu’il a donné sa vie comme paiement pour rembourser la dette—et c’était possible parce que la vie de Jésus était d’une valeur infinie en vertu du fait que dans sa personne étaient réunies deux natures : la nature humaine et la nature divine. Seul Jésus, Dieu fait homme, pouvait réaliser une telle transaction, vous comprenez ?

Le second Adam est tellement, tellement supérieur au premier ! Mes amis : si vous êtes un humain, vous êtes par nature uni au premier Adam, et votre malédiction répond au seul principe de la justice et de la rétribution. Mais si vous êtes un croyant, si vous avez placé votre foi en Jésus, vous êtes maintenant uni au second Adam, et le salut que vous recevez en lui est un don de la grâce de Dieu—et cette grâce est suffisante (plus que suffisante !) pour couvrir tous vos péchés, passés, présents et futurs, et non seulement les vôtres mais encore ceux d’une multitude d’hommes, de femmes et d’enfants qui sont attachés à lui.

C’est pourquoi en théologie, on dit que la relation qu’on a avec Dieu par le premier Adam est une relation basée sur les œuvres (on appelle ça l’alliance des œuvres) ; mais justement, puisque c’est basé sur les œuvres, on est tous perdus par nature parce qu’on a tous échoué à faire le bien que Dieu nous demande. Mais la relation qu’on peut avoir avec Dieu par le second Adam—par Jésus-Christ—c’est une relation basée sur la grâce (on appelle ça l’alliance de grâce), parce que Jésus a accompli à la place des croyants les exigences de l’alliance des œuvres en tant que second Adam (lui, il a parfaitement obéi—on appelle ça l’obéissance active de Jésus), mais il a aussi subi la peine de l’alliance des œuvres (on appelle ça l’obéissance passive de Jésus), de façon à ce que nous, on n’ait plus qu’à recevoir, gratuitement et par la foi, tous les bienfaits que Jésus a ainsi acquis et mérités pour nous. Son obéissance active et son obéissance passive nous sont attribuées si on est uni à lui.

C’est compliqué, mais voici ce qu’on doit surtout retenir. Tous les dérèglements du monde doivent nous rappeler notre fragilité existentielle et notre culpabilité devant Dieu—nous qui sommes maudits et donc destinés à mourir. Mais tous les dérèglements du monde doivent ensuite nous pousser vers Jésus, parce qu’en lui, la grâce de Dieu nous est présentée pour notre salut, et cette grâce est surpuissante pour nous conduire à la vie éternelle.

C’est ce qui nous amène au troisième et dernier point.

3/ La victoire définitive de Jésus (v. 18-21)

On a vu, donc, que la mort était le symptôme de notre malédiction, une malédiction qui est juste, et on a vu ensuite qu’en Jésus, il y avait un principe surpuissant qui pouvait nous conduire à la vie : c’est le principe de la grâce. Eh bien troisièmement et dernièrement, si on est attaché à Jésus par la foi, maintenant on n’est plus soumis au même régime qu’avant, et ça c’est merveilleux. Jésus a gagné une victoire complète et définitive pour nous.

Revenons une dernière fois au texte. Paul vient de souligner la différence qu’il y avait entre Adam et Jésus—le contraste, donc, entre les deux (v. 15-17). Mais maintenant, il revient à ce qui est commun entre les deux, et c’est ça qu’il avait commencé à dire au début du passage, avant d’insérer cette longue parenthèse des versets 13-17.

Ce qui est commun entre les deux, c’est que les agissements d’un seul ont eu des répercussions sur beaucoup. Ce qui est commun, c’est le genre de relation qu’une multitude de gens peut avoir avec une personne unique—d’une part Adam, d’autre part Jésus. Ce qui est commun, c’est que Dieu a voulu que les deux agissent en qualité de représentants d’une multitude d’autres personnes—mais bien sûr, avec des résultats très différents.

Par la faute et la désobéissance d’Adam, une multitude de gens sont devenus pécheurs, et sont tombés sous le coup de la condamnation. Cette multitude, ce sont tous les humains à l’exception de Jésus-Christ. Selon Dieu, Adam était notre représentant, et il est juste que sa faute nous entraîne dans sa chute.

Mais par l’obéissance de Jésus et son « acte de justice » (v. 18), une multitude de gens sont justifiés (c’est-à-dire qu’ils ne sont plus condamnés puisqu’ils sont devenus justes aux yeux de Dieu), et ils sont donc destinés à la vie. Selon Dieu, Jésus était le représentant de tous les croyants, et c’est par grâce que son obéissance parfaite nous entraîne dans sa victoire.

Donc Paul rappelle ici le parallélisme entre Adam et Jésus pour nous faire comprendre que de la même façon que la désobéissance d’Adam a vraiment été efficace pour condamner tout le monde, de même, ce que Jésus a fait est vraiment efficace pour sauver tous les croyants. Paul est en train de conclure cette grande section de sa lettre qui parlait du péché et de la justification (ch. 1-5), et il est en train de montrer que le remède qu’on a en Jésus est vraiment à la hauteur du problème qu’il avait décrit au début.

Et pour souligner encore plus la grandeur de ce que Jésus a accompli, Paul refait une remarque concernant le rôle de la loi de Moïse, au verset 20. Il rappelle ce qu’il a dit un peu plus haut, à savoir que Dieu a révélé sa loi pour qu’on puisse mieux comprendre ce que c’est que le péché—pour qu’on puisse voir le péché plus clairement. Et c’est en comprenant mieux toute la laideur et l’étendue et la gravité du péché qu’on peut comprendre encore plus à quel point la grâce que Dieu nous présente en Jésus-Christ est « surabondante. » C’est-à-dire qu’on peut mieux comprendre le prix inestimable qui a été payé par Jésus, et la portée de son sacrifice à la croix.

Imaginez que je vous présente un fromage de Haute-Loire, bien mûr, qui sent très fort. L’odeur pourrait vous dégoûter, et en me voyant prendre un morceau de ce fromage et le mettre dans ma bouche avec délectation, vous pourriez vous dire : « Ah mais c’est horrible ce qu’il fait. » Mais maintenant imaginez qu’en plus de ça, je vous tends un microscope pour que vous puissiez examiner le fromage en question. Grâce au microscope, vous allez voir tous les acariens—ces petites bestioles—qui grouillent de partout sur la croûte du fromage. Et là, vous allez vous dire : « Ah mais c’est vraiment horrible ce qu’il fait, Alex. »

De la même façon, la loi de Moïse agit comme une loupe qui nous permet de mieux voir l’horreur du péché. La faute est « amplifiée » par la loi, dit Paul (v. 20). Ce n’est pas que la loi provoque plus de péchés, c’est plutôt que la loi nous aide à diagnostiquer plus précisément le péché, et on découvre alors qu’il y en a plein, et que le péché, c’est très grave.

Et ça, ça met en relief ce que Jésus a fait quand il s’est offert en sacrifice pour expier les péchés des croyants. Si on étudie la loi de Dieu, qui nous aide à voir comme à travers un microscope toute la laideur et l’étendue et la gravité de nos péchés, alors on comprend mieux l’horreur de la croix et l’agonie de Jésus. On comprend mieux le prix, ou le coût, de la grâce.

Quelle grâce en effet ! Jésus a pris sur lui toute l’infâmie de tous nos péchés et il en a réglé le prix une fois pour toutes, sur la croix. Il a détourné sur lui-même notre malédiction et notre condamnation, et il est allé jusqu’au bout pour nous. Il a bu la coupe jusqu’à la lie, comme on dit. Il a été obéissant à Dieu le Père, pour nous, jusqu’à la mort.

Mais voici comment Jésus a véritablement scellé sa victoire, pour nous, sur le règne du péché et de la mort : le troisième jour, il est ressuscité des morts, il est sorti de la tombe ! Alléluia, Jésus vit ! Depuis Adam, tout le monde meurt, parce que tout le monde est pécheur et condamné et maudit. Mais Jésus, en détournant sur lui notre condamnation, a absorbé notre malédiction, jusqu’à son symptôme ultime. Il a tout englouti en lui, sur la croix et dans la tombe, et il a écrasé la mort sous ses pieds.

Le second Adam est tellement supérieur au premier ! Et si on est attaché à Jésus par la foi, on n’est plus soumis au régime du péché et de la mort, mais on vit sous le régime de la grâce, par la justice de Jésus qui nous est imputée, et on est destiné à la vie éternelle. Et c’est là toute la conclusion de Paul dans notre passage : « De la sorte, comme le péché a régné avec la mort, ainsi la grâce règne par la justice, pour la vie éternelle, par Jésus-Christ notre Seigneur. » (v. 21) Si on est attaché à Jésus par la foi, on n’est plus soumis au même régime qu’avant.

Bon. C’était un peu compliqué tout ça, mais ce n’est pas de ma faute, c’est Paul ! Si je peux récapituler, voici tout simplement ce que Paul veut nous dire dans ce passage : d’abord il veut nous faire comprendre d’où ça vient en fin de compte, que notre monde ne va pas bien (v. 12-14), ensuite il veut nous expliquer pourquoi on peut vraiment compter sur ce que Jésus a fait pour nous tirer de là (v. 15-17), et enfin, dans sa conclusion, il veut qu’on se rende compte que Jésus a vraiment inauguré un monde meilleur (v. 18-21). C’est simple, non ?

Alors ça vous fait quoi, de voir que le monde dans lequel on vit ne semble pas foncièrement s’améliorer avec le temps ? Ça vous fait quoi, d’observer l’actualité, et de traverser vous-mêmes des circonstances compliquées dans la vie, et d’avoir l’impression que le monde est gouverné par quelque chose de contraire à notre intérêt en tant qu’êtres humains ?

Eh bien à travers le passage de ce matin, Dieu a voulu nous aider à ne pas tomber, ni dans la colère, ni dans l’amertume, ni dans la panique, ni dans le découragement, ni dans le déni—mais à considérer cette autre voie, infiniment meilleure, qui consiste à se rappeler qu’auprès de Jésus, on peut connaître autre chose que la condition maudite de notre monde.

Bien sûr, cette réalité, pour l’instant, elle n’existe qu’en espérance pour nous. Mais l’espérance, selon la Bible, ce n’est pas rien. Ce n’est pas qu’un vague espoir. Ce n’est pas qu’un vœu pieux. Ce n’est pas de la pensée positive. L’espérance, c’est quelque chose de réel qui n’est pas encore pleinement manifesté. C’est quelque chose qu’on ne voit pas encore, mais qu’on « attend avec persévérance » (Rm 8.24-25) parce qu’on est certain que ça vient. Et en tant que chrétiens, on est certain que notre salut approche, pour une simple et bonne raison, c’est que Jésus est ressuscité.

Parce que Jésus est ressuscité, ça veut dire que le règne du péché et de la mort a déjà été renversé et qu’on peut déjà, par la foi en Jésus, appartenir à un autre règne, qui est celui de la grâce, par la justice, pour la vie. Mais tout en appartenant à ce nouveau régime, ici-bas on va continuer de faire l’expérience de l’ancien régime—c’est-à-dire qu’on va être confronté au péché, à l’injustice, à la maladie, à la souffrance et à la mort—mais ce ne sera plus comme avant. C’est comme si on avait reçu la citoyenneté d’un nouveau pays, tout en continuant de vivre au même endroit. Notre expérience quotidienne continue d’être à peu près la même, mais il y a quand même quelque chose qui a profondément changé.

On sait qu’un autre monde est possible, et on sait qu’il vient.

Nos hommes et nos femmes politiques nous proposent des projets ambitieux pour améliorer notre existence. Il suffit de regarder un peu les slogans de campagne des différents candidats à l’élection présidentielle, depuis plusieurs années. « Ensemble tout devient possible. » « Le changement, c’est maintenant. » « Le temps est venu. » « La paix et la sécurité. » « Du sérieux, du solide, du vrai. » « Ensemble, changeons d’avenir. » Ou encore, bien sûr : « Un autre monde est possible. » On sent qu’il y a une aspiration profonde à ce qu’on puisse connaître autre chose que ce règne présent du péché et de la mort. Est-ce que vous savez qu’il y a même une ville en Norvège (Longyearbyen) où il est illégal de mourir ?

Tournez-vous plutôt vers Jésus-Christ. Il a déjà vaincu la mort, il règne déjà, et il revient bientôt. Par la foi en lui, recevez le pardon de vos péchés, devenez un citoyen de son royaume de lumière, et vivez dorénavant dans l’espérance de votre future résurrection et de la vie éternelle.

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