Comment gagner contre le péché

Par Alexandre Sarranle 8 mai 2022

Vous connaissez certainement cette citation très connue d’Oscar Wilde, le poète irlandais du 19ème siècle, qui a plutôt vécu dans la débauche. Il a dit :

« Le seul moyen de se délivrer d’une tentation, c’est d’y céder. »

Et c’est vrai que c’est efficace, n’est-ce pas ? La tentation n’est plus là, une fois qu’on lui a cédé.

Et la question que je veux vous poser ce matin, si vous êtes un chrétien, c’est la suivante : quel est votre rapport aux différentes tentations dans votre vie ? Est-ce que vous pouvez dire, ce matin, que vous êtes en train de progresser dans votre marche chrétienne ? Est-ce que vous êtes en train de gagner des victoires contre le péché, et de grandir dans votre fidélité à Dieu—plutôt que de faire disparaître les tentations en y cédant ?

Ou bien est-ce que vous avez l’impression de stagner ? Si ça se trouve, ça fait longtemps que vous ne vous êtes même plus posé la question ! Peut-être que vous avez un peu baissé les bras, par lassitude ou par découragement—ou par négligence—et finalement, si on veut être honnête, vous vous êtes un petit peu accommodé de certaines choses dans votre vie, certaines habitudes qui sont mauvaises, qui déplaisent à Dieu, mais qui traînent depuis si longtemps que vous avez pactisé avec, en quelque sorte.

Ou peut-être que vous êtes un tout jeune chrétien, et donc, vous n’en êtes pas encore là. Vous êtes plutôt à un stade où vous êtes en train de vous rendre compte de tout ce qui ne va pas dans votre vie. Peut-être que vous avez honte de certaines choses que vous faisiez avant d’être un chrétien, et maintenant, vous vous demandez si ça va être possible de changer. Vous vous dites : « Ouah, il y a tellement de boulot ! Est-ce que vraiment il y a de l’espoir pour moi ? C’est même pas la peine ! Il y a des trucs, c’est sûr que je ne vais jamais changer ! »

Ou peut-être que vous n’êtes pas encore un chrétien ce matin. Dans ce cas, c’est vrai que le titre de cette prédication, « Comment gagner contre le péché », franchement ça ne vous parle pas trop ! Parce que vous n’avez pas forcément cette catégorie mentale pour qualifier certaines choses de « péché » dans la vie. C’est normal ! Mais je pense quand même que vous devriez écouter cette prédication, parce que ça peut être intéressant de comprendre ce que c’est que la Bible appelle le péché, et comment ça vous concerne, et combien ce truc-là est mauvais pour les humains. Mais aussi—toujours d’après la Bible—comment on peut surmonter ce truc-là, et avoir une vie radicalement meilleure.

Mais quoi qu’il en soit, la question qui se pose à nous tous ce matin, c’est bien la suivante : est-ce qu’on a conscience qu’on est appelé, d’après la Bible, à changer ? Est-ce qu’on a conscience que le péché, ça existe, et que ça existe même dans la vie d’un chrétien, et qu’on doit lutter contre ? On ne peut pas se satisfaire du statu quo. On ne peut pas juste baisser les bras. On ne peut pas juste se contenter de l’état de notre vie. On a un combat à mener, et on peut le gagner !

C’est là toute la leçon du texte qu’on va prendre dans un instant. C’est la suite de la lettre que l’apôtre Paul a écrite, au premier siècle, à la communauté chrétienne de Rome. Et il y a deux semaines, on a vu que Paul avait entamé une nouvelle section de sa lettre, où il a commencé à expliquer que si on avait vraiment la foi en Jésus, eh bien ça devait vraiment changer des choses dans notre vie. Et déjà, ça change des choses en réorientant radicalement notre existence, dès à présent. Ça, c’est ce qu’on a vu la dernière fois.

Et maintenant, Paul va poursuivre sur cette lancée, et nous dire un peu plus explicitement encore à quoi on est appelé si on est vraiment un chrétien. On est vraiment appelé à résister au péché, et à grandir dans notre fidélité, à progresser dans notre marche chrétienne, à mener une vie de plus en plus juste, tout au long de notre cheminement sur cette terre. Il faut impérativement qu’on comprenne que si on est un vrai chrétien, on est censé obéir de plus en plus à Dieu. C’est là toute la leçon de ce passage.

1/ Qui est ton maître ? (v. 12-13)

Donc vous avez vu que l’idée principale de ce passage, c’est qu’il faut impérativement qu’on comprenne que si on est un vrai chrétien, on est censé obéir de plus en plus à Dieu. Bon ça peut sembler un peu moraliste, hein ? Eh bien regardons le passage un peu plus en détail, parce qu’en fait, Paul ne veut pas nous décourager, mais bien nous encourager. Il ne veut pas nous accabler d’un poids, mais il veut nous relever et nous donner de la motivation dans notre lutte contre le péché. Et il va le faire en nous incitant à nous poser trois questions successivement : qui est ton maître ? Où est ton cœur ? Et quelle est ta destinée ?

Alors pour commencer, la première chose que Paul veut nous faire comprendre (v. 12-13), c’est que tout être humain est au service de quelqu’un ou de quelque chose, et qu’en fin de compte, il n’y a que deux possibilités : soit on sert le péché, soit on sert Dieu. D’où la première question : « Qui est ton maître ? »

Au début de ce passage, donc, Paul va droit au but. Il nous dit très clairement : « Étant donné tout ce que je vous ai dit jusqu’ici, vous avez bien compris ce que ça voulait dire d’être un chrétien, et donc, vous ne devez plus avoir le même rapport au péché qu’avant. Que le péché ne règne donc pas dans votre vie, n’obéissez pas à ses convoitises, ne vous livrez pas au péché—c’est-à-dire ne vous mettez pas au service du péché—comme instruments d’injustice, mais livrez-vous à Dieu à la place, comme instruments de justice. »

Paul sous-entend ici ce qu’il a déjà (longuement) expliqué plus tôt dans sa lettre, à savoir que les humains à l’état naturel vivent selon les convoitises de leur propre cœur qui est sans intelligence et enténébré (« plongé dans les ténèbres », Rm 1.21-24). Autrement dit, à l’état naturel, quand on agit, on agit naturellement selon nos désirs et selon ce qui nous semble être les meilleurs choix, mais le problème, c’est que tout notre être est détraqué, y compris notre intelligence, nos émotions et même notre perception du monde. Donc nos choix sont gouvernés par des choses qui ne sont pas du tout fiables, et qui sont même néfastes.

On est des êtres déchus, dysfonctionnels, et par conséquent dangereux pour nous-mêmes et pour les autres. C’est ce que la Bible appelle notre état de « pécheurs ». C’est quelque chose dont on a déjà parlé plusieurs fois dans cette série de prédications.

Mais bien sûr, avant d’être un croyant, on ne s’en rend pas forcément compte. On n’appelle pas forcément « péché » les choses qu’on fait en pensant bien faire, mais qui en réalité contreviennent à la volonté de Dieu qui nous a créés, et qui en fin de compte non seulement nuisent à notre intérêt de créatures, mais en plus nous valent d’être visés par le jugement de Dieu. C’est logique : si on fait quelque chose qui offense la justice de Dieu, cette chose doit être un jour châtiée, autrement Dieu ne serait pas juste (et s’il n’est pas juste, il ne serait pas Dieu). Donc vous comprenez : le péché, c’est tout ce qu’on fait, dit, pense, désire ou ressent qui n’est pas conforme à la justice de Dieu—et ce genre de chose, on le fait tout le temps à l’état naturel, sans s’en rendre compte.

À l’état naturel, donc, on est « au service » du péché. Mais quand on est croyant, on est censé être au service de quelqu’un d’autre—de Dieu. Et il n’y a pas d’autre alternative.

C’est comme si en tant qu’êtres humains, on avait un interrupteur général dans le dos, et qu’il n’y avait que deux positions possibles : d’un côté c’est marqué « péché », de l’autre côté c’est marqué « Dieu ». Et c’est cet interrupteur qui va orienter toute notre vie. À l’état naturel, l’interrupteur est sur « péché ». C’est le péché qui nous dirige, et on est des instruments d’injustice à son service. La seule autre position possible pour l’interrupteur, c’est « Dieu ». C’est que Dieu nous dirige, et qu’on soit des instruments de justice à son service.

C’est comme une visseuse, il n’y a que deux positions possibles : soit ça tourne pour visser, soit ça tourne pour dévisser. Quand on n’est pas croyant, on tourne pour visser, pour démonter, pour détruire, mais quand on est croyant, on tourne pour visser, pour assembler, pour édifier. Il n’y a pas de troisième option.

Donc vous voyez que Paul, déjà, il veut qu’on comprenne qu’il n’y a pas de position intermédiaire. Ce n’est pas comme une voiture où on peut mettre le levier de vitesse sur « neutre ». Non, en tant qu’êtres humains, il y a toujours une vitesse d’enclenchée. La question, c’est : tu roules pour qui ? « Qui est ton maître ? »

Et c’est déjà là que doit commencer notre réflexion ce matin. On doit commencer par mieux se connaître soi-même. On doit comprendre ce que ça veut dire d’être un être humain qui vit dans un monde créé par Dieu—un être humain qui a été créé par Dieu, mais qui est déchu. Un être humain qui est doté d’une raison et d’une volonté, mais dont les facultés ont été perverties au sens strict du terme, c’est-à-dire qui ont été corrompues de manière à se porter vers le mal. C’est aussi ce que dit notre confession de foi :

« Par sa chute dans l’état de péché, l’homme a perdu toute capacité de vouloir un quelconque bien spirituel en vue du salut ; aussi, l’homme naturel, radicalement opposé au bien et mort dans le péché, est-il hors d’état, par ses propres forces, de se convertir ou de s’y préparer. » (Westminster, IX.3)

L’écrivain André Gide, prix Nobel de littérature en 1947, qui n’était pas du tout un chrétien, a lui-même constaté en quelque sorte cette réalité, quand il a dit :

« L’homme est incapable de choix et il agit toujours cédant à la tentation la plus forte. »

Si on ne roule pas pour Dieu, on roule pour le péché. C’est notre état naturel. Jean Calvin dit que le péché est comme un roi, et que les convoitises sont comme « les édits ou les ordonnances » de ce roi, par le moyen desquels il nous gouverne, à l’état naturel. Mais Paul nous dit : « Si vous êtes chrétien, n’obéissez pas ! »

Il faut à la place obéir à un autre maître. À Dieu bien sûr, qui nous a rachetés de cet esclavage au péché, par le moyen de la mort et de la résurrection de Jésus. Mais est-ce que c’est facile d’obéir à Dieu plutôt qu’au péché ? C’est ce qui nous amène au deuxième point.

2/ Où est ton cœur ? (v. 14-18)

Et la deuxième chose que Paul veut nous faire comprendre dans ce passage (v. 14-18), c’est que si on est chrétien, on ne doit pas du tout être intimidé par le péché, on peut même combattre le péché avec beaucoup d’assurance. Et donc en fait, si on veut avoir cette assurance face au péché, il faut qu’on se demande, tout simplement, si on est un chrétien—et la réponse se trouve à l’intérieur. D’où la question : « Où est ton cœur ? »

Regardez ce que dit Paul. Tout de suite après avoir donné ce mot d’ordre aux chrétiens : « N’obéissez pas aux convoitises du péché, mais à la place, mettez-vous au service de Dieu ! », il ajoute cette parole qu’on doit vraiment recevoir comme une puissante consolation et un puissant encouragement :

« Le péché ne dominera pas sur vous, car vous n’êtes pas sous la loi, mais sous la grâce. » (v. 14)

C’est comme si Paul disait : « N’ayez pas peur, vous allez y arriver ! » Et pour quelle raison est-ce que les chrétiens à qui Paul s’adresse vont y arriver ? Parce qu’ils ne sont plus esclaves du péché. Ils ont été libérés du péché, et ils sont devenus esclaves de la justice. Remarquez en passant que Paul dit bien qu’il n’y a que deux possibilités : on est esclave soit du péché, soit de l’obéissance (sous-entendu l’obéissance à Dieu).

Mais là où je veux surtout en venir ici, c’est : à partir de quoi est-ce qu’on peut dire qu’on a effectivement été libéré de l’esclavage du péché, et qu’on est effectivement devenu esclave de la justice ? Est-ce que c’est parce qu’on a arrêté de pécher du jour au lendemain, et qu’on est devenu tout d’un coup des saints, et qu’on ne fait plus rien de mal et qu’on est complètement, à 100%, parfaitement consacré à Dieu ?

Regardez plutôt ce que Paul dit au verset 17.

« Après avoir été esclaves du péché, vous avez obéi de cœur à la règle de doctrine qui vous a été transmise. Libérés du péché, vous êtes devenus esclaves de la justice. » (v. 17-18)

Paul nous renvoie à la manière dont on a accueilli « la règle de doctrine » dans notre cœur. Il parle de la disposition de notre cœur vis-à-vis de la manière dont Dieu se fait connaître à nous par le moyen de sa Parole—la Bible.

Et Paul est en train de dire : « La preuve que vous êtes des chrétiens, et donc que vous n’êtes plus esclaves du péché, c’est que votre cœur s’est tourné vers Dieu. »

Si votre cœur s’est tourné vers Dieu, si vous accueillez dans votre cœur la vérité de la Bible, si vous avez sincèrement envie de connaître Dieu, si vous aimez Dieu et que vous êtes disposé à vous attacher à lui, si vous vous êtes ouvert à lui pour accueillir dans votre cœur tout ce qu’il veut vous dire et tout ce qu’il veut faire en vous (tout cela sur la base des Écritures saintes)—alors on peut dire que vous êtes chrétien.

Si vous avez « obéi de cœur » à la révélation de Dieu (littéralement, si vous avez « écouté attentivement à partir de votre cœur », ou tout simplement « pris à cœur »), on peut dire que vous avez changé de maître, et qu’objectivement, vous n’êtes plus sous la domination cruelle du péché qui exerce sa tyrannie sur vous par le moyen de la loi, mais vous êtes sous la domination bienfaisante de Dieu qui déploie ses bons soins envers vous par sa grâce !

C’est merveilleux, parce que finalement, c’est si simple, n’est-ce pas, de changer de régime et d’être libéré de l’esclavage du péché ! Ce n’est pas tout un parcours du combattant, ce n’est pas toute une série d’épreuves à réussir, ce n’est pas une longue initiation, il n’y a pas d’exploits à accomplir, ce n’est pas un truc qui se gagne par nos efforts—il suffit que notre cœur se tourne vers Dieu. Pourquoi est-ce que c’est si simple ? Parce que le coût de notre libération de l’esclavage du péché a déjà été payé, et il n’a pas besoin d’être payé de nouveau.

Imaginez un instant avec moi. Le péché, c’est un dictateur cruel et implacable. Il a plein d’esclaves à son service. Il leur donne des ordres par le moyen de convoitises. Et les esclaves obéissent à ces convoitises, ils servent le péché, ils sont à son service comme instruments d’injustice, vous comprenez ? Et le péché tyrannise ses esclaves en utilisant la loi contre eux, puisque la loi (la loi de Dieu) exige que ceux qui commettent le péché soient punis, et c’est pour cette raison que le péché « conduit à la mort », comme dit Paul (v. 16). La loi dit : « Vous devez obéir à Dieu pour vivre, mais si vous obéissez au péché, vous allez mourir. » Et donc le péché tyrannise ses esclaves par le moyen de la loi, tant qu’ils sont sous la loi.

Mais arrive un libérateur, qui n’est pas esclave du péché, et qui obéit parfaitement à la loi. Lui, il n’est pas sous la domination du péché. Il arrive, et il choisit volontairement de supporter la malédiction de la loi à la place de gens qui sont, eux, esclaves du péché. Et donc ce libérateur va mourir à leur place, alors que lui ne le mérite pas. Mais en faisant ça, il désarme le péché et il sabote la tyrannie que ce dictateur exerçait dans la vie de ces gens, puisqu’il lui enlève le levier de la loi que ce dictateur pouvait actionner pour leur faire du mal. Le libérateur, c’est Jésus-Christ, et ces gens-là qu’il est venu délivrer, ce sont les croyants—ceux qui placent leur confiance en Jésus.

Et donc le péché—ce dictateur—ne peut plus utiliser la loi contre les croyants pour les tyranniser, puisque toutes les exigences de la loi ont déjà été remplies par Jésus au profit des croyants. Jésus a supporté jusqu’à la malédiction de la loi sur la croix où il a agonisé pour délivrer les croyants—et Jésus a fait ça par pure grâce, parce qu’il nous aimait. Comme on le chante souvent dans notre église : « Mais par quel amour extrême, de là-haut, tu es venu, tu t’es dépouillé toi-même, pour secourir les perdus ! Tu as montré ta puissance, et nourris les affamés, puis, supporté en silence le coût de leur liberté. »

Et c’est pour ça que Paul nous dit, pour nous encourager : « Ne soyez pas intimidé par le péché. Allez-y, résistez à ce dictateur, ne lui obéissez plus. Il ne dominera pas sur vous, car vous n’êtes pas sous la loi, mais sous la grâce. » Ce dictateur a beau gesticuler et brandir toutes sortes de menaces, ce n’est que du vent. Vous n’êtes plus les esclaves de ce despote cruel et implacable—vous êtes les esclaves de celui qui vous a délivrés à ses propres frais, les esclaves d’un roi miséricordieux qui vous aime.

Vous lui appartenez… si votre cœur s’est attaché à lui. Est-ce que c’est le cas ? « Où est ton cœur ? » Est-ce que ton cœur est ému par la grâce de Dieu ? Est-ce que ton cœur est attiré par Jésus ? Est-ce que tu reçois volontiers, dans ton cœur, la vérité de l’évangile (Jésus mort et ressuscité pour te délivrer) ? Et est-ce que par conséquent tu as envie de le suivre et de lui obéir ? Si oui, alors bonne nouvelle : tu es libre de l’esclavage du péché !

Attention, bien sûr : être libéré de l’esclavage du péché, ça ne veut pas dire qu’on arrête de pécher. Ça veut plutôt dire, en fait, que quand on pèche, ça ne peut pas être retenu contre nous dans le tribunal de Dieu, parce qu’on n’est plus sous la loi, mais sous la grâce. Ça ne veut pas dire que le péché n’a jamais de conséquences pratiques, ici-bas, qu’on doit assumer parfois dans la douleur ; mais ce que ça veut dire, c’est que le péché ne pourra plus jamais nous tyranniser par la moyen de la loi, ou nous ramener sous sa domination.

3/ Quelle est ta destinée ? (v. 19-23)

Et c’est ce qui nous amène au dernier point. La troisième et dernière chose que Paul veut nous faire comprendre dans ce passage (v. 19-23), c’est que si on est chrétien, Dieu a garanti notre destination finale. Notre existence a été radicalement réorientée vers la vie éternelle, et au fur et à mesure qu’on intègre cette réalité (dans notre cœur et dans nos pensées), on va chercher de plus en plus à vivre en conformité avec la vocation incroyable qu’on a reçue de Dieu par sa grâce ! D’où cette troisième question : « Quelle est ta destinée ? » En nous rappelant notre destinée, on va être motivé à changer notre façon de vivre.

Revenons une dernière fois au texte. Paul fait une drôle de remarque, quand il dit :

« Je parle à la manière des hommes, à cause de la faiblesse de votre chair. » (v. 19)

Paul veut dire qu’il est en train d’adapter son langage à ses destinataires pour leur faire comprendre quelque chose d’important, mais qu’il a conscience que ce qu’il va dire est peut-être un peu risqué. Mais l’intérêt, c’est qu’on puisse comprendre, donc il va le dire quand même.

Et en effet, Paul va faire un parallèle qui est peut-être un peu trop simpliste, mais qui est quand même utile. Il nous fait comprendre qu’avant qu’on devienne chrétien, et après qu’on est devenu chrétien, on est sur deux trajectoires qui se ressemblent à certains égards.

Avant qu’on devienne chrétien, on était esclave du péché, et donc on était dans un sens « libre » à l’égard de la justice (c’est-à-dire que c’était une liberté ironique, puisque la justice n’exerçait pas de pouvoir sur nous, et donc on ne pratiquait pas la justice !). On était donc esclave du péché, et on pratiquait l’injustice (l’impureté et l’iniquité, v. 19), et donc on produisait des mauvais fruits, des fruits honteux, et la fin—ou le but—de tout ça, c’était quoi ? La mort (v. 21). La mort, qui est le « salaire » du péché, selon le régime de la loi.

Mais après qu’on est devenu un chrétien, maintenant on est esclave de Dieu, et donc libre à l’égard du péché qui ne peut plus exercer sa domination sur nous puisqu’il n’a plus le levier de loi pour le faire, et donc produit maintenant un fruit différent que Paul appelle le fruit de la « sanctification » (v. 19 et 22), et la fin—ou le but—de tout ça, c’est quoi ? La vie éternelle (v. 22-23). La vie éternelle, qui est le « don gratuit » de Dieu, selon le régime de la grâce.

Vous voyez le parallèle ? Et Paul semble dire : « Rappelez-vous comment ça marchait avant, pour comprendre comment ça devrait marcher maintenant, mais dans une orientation totalement nouvelle. » Rappelez-vous l’esclavage que vous aviez au péché, et en quelque sorte, reproduisez ça, mais dans un esclavage nouveau, cette fois à Dieu, pour pratiquer la justice et produire du bon fruit.

Mais voilà où c’est risqué. C’est qu’il y a une grosse, grosse différence entre les deux. Et c’est là-dessus que Paul veut attirer notre attention à la toute fin de notre passage. C’est que dans le premier cas, la « fin » de notre esclavage au péché, la destination finale, c’est un salaire, c’est-à-dire que c’est une récompense ou une rétribution parfaitement juste et méritée, et c’est la mort—et ça correspond, comme je l’ai dit, au régime de la loi.

En revanche, et de manière tout-à-fait différente, la « fin » de notre esclavage à Dieu, la destination finale, ce n’est pas un salaire, mais c’est un don gratuit, c’est-à-dire un cadeau totalement immérité, quelque chose qui procède seulement de la grande libéralité de Dieu et de son amour pour nous, et c’est la vie éternelle—et ça, ça correspond, comme je l’ai dit, au régime de la grâce.

Où est-ce que je veux en venir avec tout ça ? Là où je veux en venir, c’est que la sanctification qu’on est censé produire en tant que chrétiens aujourd’hui, ce n’est pas une condition pour obtenir la vie éternelle, comme si la vie éternelle venait récompenser notre obéissance (à la manière de la mort qui venait récompenser le péché). Non, la sanctification n’est pas une condition mais plutôt une conséquence de la vie éternelle qui nous est déjà donnée gratuitement en Jésus-Christ.

Dieu nous a saisis là où on était, dans notre état de perdition et d’esclavage au péché, il nous a délivré, et il nous a fait déménager dans son royaume de miséricorde et de grâce. Maintenant, on est sur une trajectoire totalement différente, sous un régime différent, avec une destination différente, et on est appelé tout simplement à refléter cette réalité dans notre vie quotidienne.

Vous savez, avec Suzanne on a vécu dix ans dans une maison dans les Monts du Lyonnais. On a beaucoup pris la voiture pendant ces dix années, et on a dû faire le trajet entre Lyon et notre maison, sûrement des centaines de fois. Et il y a six ans maintenant, on a déménagé, et vous savez quoi ? Encore aujourd’hui, quand je prends la voiture et que je me retrouve sur certaines routes ou sur certains ronds-points, eh bien par automatisme, si je ne réfléchis pas, je prends le chemin de mon ancienne maison !

C’est un peu pareil dans la vie chrétienne. On n’habite plus sous la domination du péché ! On n’est plus destiné à la mort spirituelle ! Et pourtant, on continue de prendre cette direction, par automatisme. Mais ce qui est merveilleux, c’est que notre lieu de résidence ne se déplace pas en conséquence. Si on est croyant, rien ne pourra nous faire perdre notre place dans la maison du Père, une place que Jésus lui-même nous a réservée et qu’il est en ce moment-même en train de nous préparer (Jean 14.2).

Qu’est-ce qu’on doit faire alors ? Eh bien on doit se rappeler quelle est notre destinée. Comme quand je suis au volant de ma voiture, je dois me concentrer parfois pour me rappeler où est-ce que je vais, en fait. Ce n’est pas la fin du monde si je me trompe de tournant—et ça va arriver parfois. Mais si je pense à où je vais, je vais être un peu plus motivé à faire des choix de conduite qui seront cohérents avec ma destination.

Et si on est croyant, c’est pareil. C’est tellement important qu’on se rappelle, en permanence, quel est le cadeau de la grâce de Dieu en Jésus-Christ. On est destiné à la vie éternelle en lui, parce qu’on a été libéré de la malédiction de la loi et de la tyrannie du péché, et maintenant, on appartient pour toujours à Dieu qui est si bon et si patient et si tendre et si miséricordieux et si doux avec nous ! Quel bonheur et quelle dignité d’être son esclave !

Et je suis censé lui obéir de plus en plus au cours de ma vie chrétienne, non pas pour obtenir quoi que ce soit en retour, non pas non plus pour lui rembourser le prix de mon salut, mais tout simplement parce que cette sanctification à laquelle je suis appelé est le reflet logique de la dignité que j’ai en Jésus. Quand je vais pécher, ça va être moche, ça va faire tâche, c’est tout simplement inapproprié au statut qui est le mien en tant qu’enfant de Dieu—et ça va m’attrister et je vais en avoir honte, et ça, c’est super bon signe !

On doit accueillir cette tristesse, et on doit s’appuyer dessus pour haïr le péché de plus en plus. Mais c’est tellement merveilleux de savoir que ce péché, et tous ces péchés qu’on continue de commettre, sont complètement désarmés et impuissants pour nous séparer de l’amour de Dieu, et même pour amoindrir un tant soit peu l’amour que Dieu a pour nous, ou pour remettre en question notre destinée finale ! Dieu est toujours disposé à nous pardonner, à nous relever, à nous purifier et à nous remettre en route.

Et donc si j’en reviens, pour terminer, à la question du départ : où est-ce qu’on en est dans notre combat pour résister au péché et pour grandir dans notre fidélité à Dieu ? Peut-être que ce matin on était vraiment découragé, et peut-être que ça fait longtemps qu’on est découragé, et qu’on a quelque peu baissé les bras. Peut-être qu’on a laissé s’installer dans notre vie une espèce d’insensibilité au péché—on a subtilement arrêté de s’en soucier vraiment.

Mais j’espère qu’on a vu dans ce passage combien il était impératif qu’on comprenne que si on est un vrai chrétien, on est censé obéir de plus en plus à Dieu. On ne peut pas se satisfaire du statu quo. On ne peut pas juste baisser les bras. On ne peut pas juste se contenter de l’état de notre vie. On a un combat à mener, et on peut le gagner !

Comment le gagner ? Eh bien avant tout, ce n’est pas en redoublant d’efforts et de discipline et en multipliant les bonnes résolutions, parce qu’en faisant ça, vous êtes en train de tendre le bâton de la loi au péché pour vous faire battre avec. Non, avant tout, le combat contre le péché se mène et se gagne par le fait d’intégrer, d’intérioriser, de s’approprier de plus en plus, au plus profond de notre âme, la réalité de la grâce.

Cette semaine, vous allez être confronté de nouveau aux tentations ordinaires de votre vie. Je ne sais pas ce que c’est pour vous en particulier ; et ça peut valoir le coup de vous poser quelques minutes, demain matin, par exemple, dans la prière, et de demander à Dieu de vous montrer les habitudes qu’il y a dans votre vie qui lui déplaisent, et avec lesquelles vous avez peut-être pactisé.

Les images pornographiques ou obscènes que vous regardez parfois sur internet. Le temps que vous pouvez gaspiller en secret. L’inflexibilité et l’agacement que vous pouvez manifester à votre conjoint ou à vos enfants. Les excès de table. La petite médisance soi-disant inoffensive. La tricherie à l’école ou au travail. Etc.

La tentation va se présenter. Rappelez-vous à ce moment-là le prix que Jésus a payé pour que si vous tombez, le péché ne puisse pas vous frapper de la malédiction de la loi. Réfléchissez à la grâce de Dieu, réfléchissez au « don gratuit de Dieu » qui est la vie éternelle en Christ-Jésus notre Seigneur, et curieusement, paradoxalement, le péché vous sera alors moins attrayant, parce qu’il vous semblera dissonant par rapport à qui vous êtes en Christ—vous qui êtes un vivant revenu de la mort (v. 13), un esclave de Dieu, libéré du péché, ayant pour fruit la sanctification et pour fin la vie éternelle.

J’ai commencé cette prédication avec une citation d’Oscar Wilde, je vais terminer avec une autre citation d’Oscar Wilde, qui n’a pas seulement dit des bêtises, mais qui, avant de mourir, après avoir traversé des choses difficiles dans sa vie, y compris certaines conséquences très pratiques et douloureuses de ses propres péchés, a peut-être acquis une certaine lucidité sur le monde et sur la condition humaine. Il a dit :

« La vraie valeur d’un homme réside, non dans ce qu’il a, mais dans ce qu’il est. »

À nous, si nous sommes chrétiens, de nous rappeler chaque jour qui nous sommes en Christ, et la dignité qui nous a été conférée en lui. Et c’est comme ça qu’on va gagner petit à petit contre le péché, et qu’on va progresser dans notre marche chrétienne. Levons la tête pour refixer nos yeux sur Jésus, et remettons-nous en route, par sa grâce.

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