Les merveilles de la loi de Dieu

Par Alexandre Sarranle 15 mai 2022

La « loi de Dieu », ça vous évoque quoi ? Je vous propose un petit exercice. Écoutez bien.

« Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain. » (Ex 20.17)

Comment est-ce que vous réagissez à cette parole au moment où vous l’entendez ? Plusieurs possibilités.

D’abord, il est possible que vous entendiez cette parole et que vous ne vous sentiez tout simplement pas concerné. Parce que c’est du baragouin religieux, et que vous êtes ici, ce matin, plutôt en spectateur (étant donné que vous n’êtes pas encore un croyant). Donc, « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, » ça vous laisse de marbre, en fait.

Ou peut-être que vous entendez ça, et que vous reconnaissez que ça vient des Dix Commandements, et vous vous dites : « Ben oui. Dieu est saint. On doit faire des efforts quand même pour être à la hauteur de notre appel en tant que chrétiens. » Et vous réfléchissez à vos performances de cette semaine qui étaient plutôt bonnes, et ça vous met de bonne humeur. Vous vous dites, au fond, que Dieu doit quand même être assez content de vous.

Ou bien à l’inverse, vous entendez ça—« Tu ne convoiteras pas ! »—, et ça vous rappelle des trucs que vous avez faits cette semaine, des choses que vous avez regardées sur internet, ou que vous avez imaginées dans votre esprit. Vous n’y pensiez pas vraiment en vous levant ce matin, ou en venant à l’église, mais maintenant, le souvenir remonte à la surface, et vous vous sentez visé et accusé. Et vous vous dites peut-être : « Pff, je n’en peux plus. C’est trop dur, je suis trop nul, Dieu est trop sévère et je ne serai jamais un bon chrétien ! »

Ou peut-être encore que vous vous dites : « Ah oui, c’est un des Dix Commandements. Heureusement que la loi de Dieu, ça ne s’applique plus à nous, les chrétiens ! Heureusement qu’on vit sous la grâce, et que ce n’est plus du tout important pour nous de savoir si on obéit ou non aux commandements de Dieu ! » Donc pas du tout inquiet.

Comment est-ce que vous réagissez, donc aux commandements de Dieu, qui sont contenus dans la Bible et qui sont enseignés dans l’Église ? Insouciance, arrogance, ou désespérance ?

C’est la question qui nous est posée à travers le texte qu’on va lire dans un instant, dans la suite de la lettre que l’apôtre Paul a écrite à la communauté chrétienne de la ville de Rome, au premier siècle. On a vu ces derniers temps que Paul était dans une section de sa lettre où il voulait montrer que si on avait la foi en Jésus, ça devait normalement entraîner des changements dans notre vie : on va notamment obéir de plus en plus à Dieu. Mais en même temps, il nous a expliqué que ce n’était pas en nous appuyant sur la loi qu’on allait progresser, mais plutôt en nous appuyant sur la grâce (Rm 6.14).

Alors du coup, ça pose bien la question de savoir si la loi de Dieu a une place, quand même, dans notre vie. Et si oui, comment on devrait percevoir les commandements de Dieu et réagir aux commandements de Dieu. Et voici tout simplement la perspective générale que ce texte veut nous transmettre : c’est que les commandements de Dieu, c’est super bon pour nous.

Les commandements de Dieu, c’est super bon pour nous. Et on va voir aujourd’hui, à travers ce texte, en quoi ils sont super bons pour nous, et qu’est-ce que ça devrait changer, en pratique, à notre manière de les considérer, de les étudier et de les suivre.

1/ Libres d’aimer la loi (v. 1-4)

Les commandements de Dieu, c’est super bon pour nous, et on va voir dans ce passage que ce qui est absolument déterminant dans notre façon de considérer la loi de Dieu (ou les commandements de Dieu), c’est le fait d’être ou non attaché à Jésus par la foi, et donc, par ce moyen-là, d’être ou non au bénéfice de ce que Jésus a accompli par sa mort et sa résurrection. Si oui on est un authentique chrétien (disciple de Jésus, greffé à lui par la foi), alors ce qu’on va voir aujourd’hui, c’est qu’on est libre à l’égard de la loi, mais libre dans un certain sens. Libre, en fait, d’aimer la loi de Dieu, libre d’obéir à la loi de Dieu, et libre d’accueillir la loi de Dieu. On va voir ce que ça veut dire plus précisément.

D’abord, si on est en Christ, on est libre d’aimer la loi de Dieu.

Si vous regardez le texte (v. 1-4), l’apôtre Paul commence par nous proposer une analogie. Il prend le mariage comme illustration d’un principe important qui concerne notre rapport à la loi de Dieu. Il dit que quand on est marié, on est soumis au régime du mariage, c’est-à-dire à la loi qui encadre le mariage et qui inflige des conséquences à celui qui enfreint les règles du mariage. En l’occurrence, Paul dit que si la femme se met en couple avec un autre homme que son mari alors qu’elle est mariée, eh bien elle commet un adultère et donc, elle s’expose à toutes les conséquences de cet adultère qui est réprimé par la loi.

Mais si son mari est mort, alors elle peut se mettre en couple avec un autre homme, et ce ne sera pas un adultère. Paul veut nous faire comprendre que dans les deux cas, on a la femme qui fait la même chose, mais dans un cas, elle est soumise aux obligations du mariage, et dans le second cas, elle ne l’est plus. Pourquoi ? Parce que la mort du mari a « dégagé » la femme du régime du mariage.

Et ce qui faut bien noter, ici, c’est que ce n’est pas la nature du mariage dans l’absolu qui a changé. Le mariage, c’est toujours l’union d’un homme et d’une femme pour toute la vie. Mais le rapport de la femme au régime du mariage a changé. Paul dit :

« Si le mari meurt, elle est dégagée de la loi qui la liait à son mari. » (v. 2)

La loi ne change pas, mais la femme, elle, elle est dégagée de cette loi.

Et Paul ensuite nous explique le sens de cette analogie : c’est que si on est attaché à Jésus par la foi, nous aussi on est « mort à l’égard de la loi » (v. 4). C’est-à-dire qu’il y a un sens dans lequel on peut dire que par la foi en Jésus, on est dégagé des obligations de la loi de Dieu. La loi de Dieu ne change pas, elle est ce qu’elle est, mais nous, on en est dégagé (cf. v. 6).

Comment ça ? Eh bien, ça nous renvoie à ce qu’on a vu la semaine dernière, et même à ce qu’on a vu ces derniers mois dans les chapitres précédents de cette lettre de Paul.

La loi de Dieu nous dit tout ce qu’on doit faire ou ne pas faire pour plaire à Dieu et pour se montrer digne d’entrer dans son paradis. Le problème, comme on l’a vu, c’est qu’on est totalement incapable de satisfaire aux exigences de la loi de Dieu. Et du coup, sous le régime de la loi de Dieu, on est tous adultères et coupables, et passibles du jugement de Dieu qui est prévu par sa loi. Le châtiment que mérite notre désobéissance, c’est la mort éternelle, loin de Dieu et loin de son paradis. C’est ce qu’on a appelé la malédiction de la loi.

Mais la bonne nouvelle, que Paul a déjà expliquée dans sa lettre, c’est que Jésus s’est présenté pour détourner sur lui-même cette malédiction, au profit des croyants. Jésus a satisfait à toutes les exigences de la loi de Dieu, tant par sa vie d’obéissance parfaite à Dieu, que par ses souffrances et sa mort, où il a subi le châtiment prévu par la loi qui était destiné à notre désobéissance. Et par la foi en Jésus, nous on est associé à ce que Jésus a fait, de sorte que toutes nos désobéissances à Dieu, passées, présentes et futures, ont déjà été punies et elles ne seront pas punies une deuxième fois. On en est débarrassé. Et non seulement ça, mais en plus, l’obéissance parfaite de Jésus à la loi nous est attribuée. Notre désobéissance est acquittée, et en plus l’obéissance de Jésus nous est créditée.

On est donc totalement dégagé de la loi de Dieu au sens de sa tyrannie et de ses menaces, puisqu’au regard de la loi, si on est véritablement attaché à Jésus par la foi, eh bien c’est comme si on avait satisfait à toutes ses exigences. La loi de Dieu ne nous condamne plus, vous comprenez ? Elle ne nous dit plus : « Fais ceci et ne fais pas cela pour plaire à Dieu et pour te montrer digne d’entrer dans son paradis, autrement tu seras condamné. »

Dans ce sens, vous comprenez, on est dégagé des obligations de la loi. On a été « libéré » de la loi. Mais voici ce qu’il faut comprendre : c’est que la loi de Dieu reste la loi de Dieu. C’est notre rapport à la loi qui a changé. La loi de Dieu, dans la mesure où elle provient de Dieu et qu’elle est l’expression de son caractère et de sa justice—la loi de Dieu est immuable.

Je me rappelle un film ou un téléfilm que j’ai vu il y a très longtemps. Je ne me rappelle plus son titre, mais peut-être que ça vous dira quelque chose. C’est l’histoire d’une femme qui se fait condamner à une longue peine de prison pour le meurtre de son mari. Le truc, c’est que en fait, c’est le mari qui a manigancé pour faire croire qu’il avait été assassiné et que sa femme était la coupable. La femme est donc condamnée à tort et elle purge une peine de prison pour un meurtre qui n’a même pas eu lieu. Mais quand elle sort de prison, elle est très en colère contre son mari, et la question se pose : si elle arrive à retrouver son mari, est-ce qu’elle va le tuer, puisqu’elle pourrait le faire sans être inquiétée, étant donné que la peine du meurtre a déjà été purgée, et qu’on ne peut pas être condamné deux fois pour le même crime ? Et c’est un dilemme moral pour la femme, puisque son rapport à la loi a changé, mais le meurtre, ça reste quand même mal.

Alors ça fait une histoire intéressante dans un film. Mais notre situation est un peu similaire en tant que chrétiens, nous dit Paul dans ce texte. On est dégagé de la loi de Dieu parce que les obligations de la loi de Dieu qui nous incombent ont déjà été satisfaites en Jésus. Et ça, ça ne va jamais changer. Mais la loi de Dieu continue d’être ce qu’elle est, et elle continue de nous dire ce qui est bien et ce qui est mal. La question qui se pose à nous maintenant, c’est donc : comment est-ce que je vais percevoir la loi de Dieu maintenant que je sais qu’elle ne peut pas me condamner ?

Eh bien maintenant que je n’ai plus rien à craindre de la loi de Dieu, je suis en fait réellement libre de l’aimer (la loi de Dieu). Jésus m’a rendu libre d’aimer la loi de Dieu qui est l’expression du caractère et de la justice du Dieu qui m’a sauvé. Je suis libre d’aimer la loi de Dieu, parce qu’elle est la loi du Dieu que j’aime.

Est-ce que vous pouvez dire ça aujourd’hui ? Quand vous lisez les commandements de Dieu dans la Bible, ou quand vous les entendez dans les prédications ou ailleurs, ou quand vous vous les rappelez dans vos pensées, est-ce que ces commandements sont des tyrans qui vous condamnent ? Est-ce que ce sont des huissiers de justice implacables, qui vous font peur, tout prêts à vous infliger des amendes et à vous poursuivre devant les tribunaux ?

Si c’est comme ça que vous percevez les commandements de Dieu, c’est peut-être que vous avez besoin de vous tourner vers Jésus, aujourd’hui, parce que vous ne l’avez encore jamais fait. Vous avez besoin de lui dire dans la prière que vous avez désespérément besoin de lui. Demandez-lui de vous délivrer de la malédiction de la loi, et il le fera !

Ou peut-être que vous êtes déjà attaché à Jésus par la foi, mais que vous avez mal compris jusqu’à présent à quel point Jésus avait réellement satisfait à toutes les exigences de la loi de Dieu pour vous ! Et qu’il n’y a absolument rien que vous puissiez y ajouter, ou en retrancher. Ou peut-être que vous aviez quelque peu perdu de vue cette réalité, et que vous étiez en train de reglisser petit-à-petit sous le régime de la loi et que vous étiez en train de vous imposer ses obligations et ses menaces, et en fin de compte… sa condamnation !

Vous avez besoin de réfléchir de nouveau, et chaque jour, à ce que Jésus a réellement accompli pour vous par sa mort et sa résurrection. Jésus vous a délivré des obligations de la loi de Dieu de sorte que vous êtes maintenant réellement libre d’aimer la loi de Dieu, qui n’a plus rien d’effrayant ou de menaçant pour vous, mais qui représente au contraire le caractère bienveillant de notre grand Dieu et Sauveur. Comment ne pas aimer les commandements d’un Dieu qui nous a voulu tant de bien, au point de supporter lui-même toutes les obligations de sa loi, y compris sa malédiction, pour nous rendre libres ?

2/ Libres d’obéir à la loi (v. 5-6)

Mais ce n’est pas tout. Jésus nous a rendus libres d’aimer la loi de Dieu, et il nous a aussi rendus libres d’obéir à la loi de Dieu. C’est le deuxième point.

Regardez les versets suivants (v. 5-6). Paul ajoute une idée, ici, qu’il vient de mentionner à la fin du verset 4 : c’est que si on est chrétien, on est censé porter du fruit pour Dieu. D’accord, on est « dégagé de la loi » (v. 6), comme il vient de l’expliquer à travers son analogie avec le mariage et la mort du mari, mais ce n’est pas pour rester « célibataire » (pour ainsi dire), mais c’est pour « appartenir à un autre ». C’est pour appartenir à Christ et pour porter un fruit nouveau, qui n’est plus comme celui d’avant.

Et Paul nous explique la différence entre avant et après. Avant, on avait un certain rapport à la loi de Dieu, mais à cause de ce que Paul appelle « les passions des péchés », ce rapport à la loi était un rapport mortifère (qui aboutit à la mort). C’est-à-dire qu’on avait un truc en nous qui ne tirait pas du tout dans le même sens que la loi de Dieu, et donc la confrontation des deux était explosive.

Avant d’être chrétien, on pouvait faire tous les efforts possibles et imaginables pour obéir à la loi de Dieu, le problème, c’est que ces efforts ne faisaient qu’exciter « les passions des péchés » qu’il y avait en nous, et qui tiraient dans l’autre sens, et qui nous faisaient échouer, et qui infectaient même nos semblants de réussite, de sorte qu’en fait, tout ce qu’on était capable de produire, c’était du fruit « pour la mort » (v. 5). « Tous nos actes de justice [étaient] comme un vêtement pollué, » aurait dit le prophète Ésaïe (És 64.5).

Mais après qu’on est devenu un chrétien, si on est un chrétien authentique, véritablement attaché à Jésus par la foi, alors nous dit Paul, on est dégagé de ce rapport mortifère à la loi, mais ce n’est pas pour rester passif ou immobile—c’est pour servir et pour porter du fruit, mais de manière tout-à-fait différente.

Paul utilise (ou plutôt réutilise) un terme très fort pour décrire notre service en tant que chrétiens libérés de la loi, c’est un terme qui veut dire servir comme esclave (douleuo en grec, et pas diakoneo). Donc c’est très clair pour Paul, qu’on est dégagé de la loi de Dieu non pas pour arrêter de lui obéir, mais au contraire pour lui obéir, mais sous un régime qui est bien meilleur. Vous suivez ?

Et Paul appelle ce régime « le régime nouveau de l’Esprit » (v. 6). Il dit littéralement : « de sorte que nous servons en nouveauté de l’Esprit et non en ancienneté de la lettre. » Paul nous indique ici quelque chose d’extrêmement important auquel il va revenir au chapitre suivant, c’est que les croyants—ceux qui sont morts et ressuscités spirituellement avec Jésus par le moyen de la foi, et donc qui ont été libérés de la tyrannie et de la malédiction de la loi—les croyants ont aussi reçu en eux le Saint-Esprit qui a changé leur cœur, et qui leur a donné une vie nouvelle et une puissance intérieure nouvelle, et qui a radicalement réorienté leur cœur et leur volonté vers Dieu.

Ça veut dire que si on est chrétien, notre rapport à la loi de Dieu est devenu très, très différent. Avant, les commandements de Dieu c’étaient des mots gravés dans de la pierre, on était totalement démuni pour les accomplir, et ces mots nous condamnaient. Mais maintenant, ces mêmes commandements ne nous condamnent plus, ils ne sont plus gravés dans de la pierre mais sur notre cœur (puisqu’on les aime !), et on a en nous le Saint-Esprit qui nous dispose à les accomplir et qui nous en rend capables.

Imaginez que vous offriez à un enfant une maquette d’avion à assembler soi-même. Sur le couvercle de la boîte, la maquette a l’air trop bien en photo, et l’enfant est très excité d’avoir ça entre les mains. Mais il ouvre la boîte, et il se retrouve avec plein de petites pièces détachées, et un petit manuel d’instructions. Si ça se trouve, ça ne fait même pas très longtemps que cet enfant a appris à lire. Et cet objet qui avait l’air trop bien au départ, devient vite pour lui une source de frustration, de tristesse et de désespoir—parce qu’il n’arrive tout simplement pas à assembler les morceaux tout seul ! Ça, c’est le régime de la lettre.

Mais le régime de l’Esprit, c’est quand vous, vous vous asseyez par terre à côté de l’enfant, et que vous le consolez, que vous l’encouragez, que vous lui expliquez et que vous l’aidez. Alors, ce qui était pour lui une frustration va devenir une joie—parce que la tyrannie de ce qu’il n’arrivait pas à accomplir a été remplacée par la liberté de pouvoir l’accomplir. Parce que quelqu’un de capable est venu au plus près de lui pour le rendre capable.

Notre confession de foi nous dit :

« [La] capacité [des croyants] à faire des œuvres bonnes ne vient pas d’eux-mêmes mais entièrement de l’Esprit de Christ. Et, pour qu’ils puissent avoir cette capacité, il leur faut, en plus des grâces déjà reçues, une influence effective du Saint-Esprit œuvrant en eux pour qu’ils veuillent et fassent selon son bon plaisir ; ils ne doivent pas cependant se laisser gagner par la négligence comme s’ils n’avaient à s’acquitter d’aucun devoir sans une impulsion spéciale de l’Esprit ; ils doivent, au contraire, s’appliquer à mettre en œuvre la grâce de Dieu qui est en eux. » (Westminster XVI.3)

Donc vous voyez, si on est chrétien, non seulement on a été rendus libres d’aimer la loi de Dieu, mais on a aussi été rendus libres de lui obéir. C’est un esclavage volontaire et joyeux, parce que, justement, la loi n’est plus un tyran qui nous condamne, mais c’est une justice qu’on désire parce qu’elle est belle et qu’elle est l’expression de la beauté de Dieu lui-même.

On a été rendus libres d’obéir à la loi de Dieu, mais attention bien sûr, ça ne veut pas dire qu’on a été rendus parfaitement obéissants à la loi de Dieu. Ce que ça veut dire, c’est que quand on lit les commandements de Dieu dans la Bible, on quand on en entend parler à l’Église, si on est chrétien, on ne doit pas les considérer comme un idéal inatteignable et rester les bras croisés à ne rien faire, en se disant : « Bof, ce n’est pas pour moi, de toute façon je m’en fiche un peu puisque j’ai été dégagé de la malédiction de la loi, donc je n’ai pas vraiment besoin de me soucier des commandements de Dieu dorénavant. »

Non, au contraire, les commandements de Dieu sont pour vous, pour que vous portiez du fruit pour Dieu, non sous la menace de la condamnation, mais comme conséquence de votre délivrance, justement parce que vous avez été rendu libre de leur obéir, à ces commandements, pour la gloire de Dieu et pour votre plus grande joie.

3/ Libres d’accueillir la loi (v. 7-13)

Ce qui nous amène au dernier point. On a été rendu libre d’aimer la loi de Dieu, libre d’obéir à la loi de Dieu, et enfin, troisièmement, libre d’accueillir jour après jour la loi de Dieu.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Revenons au texte pour essayer de comprendre (v. 7-13). Toute cette partie du texte est un peu compliquée, mais globalement, on voit que Paul insiste sur deux choses : d’un côté, que la loi de Dieu est bonne, et d’un autre côté, que la loi de Dieu révèle des choses mauvaises en nous.

« J’ai connu le péché par la loi (v. 7). Par le commandement, le péché a produit toutes sortes de convoitises (v. 8). Quand le commandement est venu, le péché a pris vie (v. 9). Par le commandement, le péché m’a séduit et m’a fait mourir (v. 11). Par le commandement, le péché est apparu démesurément péché (v. 13). »

Mais aussi :

« La loi est sainte, et le commandement saint, juste et bon. » (v. 12)

Donc vous voyez ce qui se passe d’après Paul quand on se rapproche de la loi de Dieu ? Ça révèle des choses en nous, des choses mauvaises. Vous vous rappelez que j’avais dit que la loi de Dieu, c’était un peu comme un microscope avec lequel on examinerait un morceau de fromage, et on y verrait tout d’un coup toute la prolifération de petits acariens qui habitent sur la croûte de ce fromage. Quand on se rapproche de la loi de Dieu, c’est pareil : on commence à voir toutes ces mauvaises choses qui habitent en nous.

C’est aussi un peu comme une belle pièce de viande fraîchement découpée et saignante qu’on rapprocherait de la surface d’une rivière infestée de piranhas (ces petits poissons carnivores). Le lit de la rivière a l’air tout calme, jusqu’à ce que le morceau de viande se rapproche assez de la surface pour que les piranhas commencent à s’agiter frénétiquement et que la rivière semble se mettre en ébullition ! Eh bien la loi de Dieu ça produit à peu près la même chose en nous quand on s’en rapproche. C’est-à-dire que la loi de Dieu révèle, réveille, découvre, produit, fait apparaître nos « piranhas » intérieurs—je veux dire par là nos passions et nos mauvais désirs, tout ce qui est en nous et qui est mauvais.

Jean Calvin dit :

« [La loi de Dieu] a découvert en moi toute concupiscence, alors que, tant que celle-ci était cachée, il semblait, par manière de dire, qu’il n’y en eût point du tout. »

Et donc ce que Paul est en train de nous expliquer dans notre passage, c’est que la loi de Dieu a cet effet-là sur nous. La loi révèle toute l’étendue et toute la gravité de ce qui est mauvais en nous. Et Paul ne sous-entend pas que cet effet de la loi, c’est quelque chose de pas bien qu’il faudrait qu’on essaie d’éviter, puisque c’est désagréable. Non, il sous-entend plutôt que oui, c’est désagréable, mais c’est quelque chose de positif pour nous.

Paul a déjà expliqué que la loi ne pouvait plus nous condamner si on était chrétien. Donc on n’a aucune raison d’avoir peur de la loi de Dieu, et on est donc libre de l’accueillir, vous voyez, pour qu’elle opère en nous cet effet de dévoilement et d’enseignement par rapport à ce qu’il y a en nous.

Et c’est très, très bon pour nous, parce qu’au fur et à mesure qu’on se rend compte de tout ce qu’il y a de mauvais en nous—au fur et à mesure que le péché apparaît démesurément péché—eh bien ça va nous humilier, ça va nous montrer combien on a besoin d’être secouru, et ça va nous inciter toujours plus à nous rapprocher de Jésus et à nous attacher à lui et à nous réfugier en lui, parce que notre seul espoir est en lui !

Traditionnellement, en théologie, on dit que la loi de Dieu a trois usages dans la vie des chrétiens. Elle est une glace, un garde-fou et un guide. Une glace dans laquelle on se regarde et qui nous montre tous nos défauts, de façon à ce qu’on soit humilié et contrit et qu’on se tourne vers notre sauveur et rédempteur Jésus-Christ. Elle est aussi un garde-fou qui nous avertit sur les dangers du péché, afin de nous empêcher de tomber trop profondément dans le péché. Et elle est aussi, troisièmement, un guide qui nous montre, positivement, comment vivre au service de Dieu, et quel fruit on est appelé à porter pour sa gloire.

Mais vous voyez, dans notre passage, c’est surtout l’usage de la loi de Dieu en tant que glace (ou miroir), qui est visé par l’apôtre Paul. Et à ce titre en particulier, on est libre d’accueillir la loi de Dieu dans notre vie, jour après jour, pour qu’elle nous enseigne sur nous-mêmes et qu’elle nous conduise perpétuellement à Jésus-Christ.

Lisez les commandements de Dieu dans la Bible de cette manière-là. Accueillez-les de cette manière-là. N’ayez pas peur de ce qu’ils vont dévoiler en vous. Ça peut être humiliant et désagréable sur le moment, mais si vous êtes à Christ, les commandements de Dieu ne vont pas vous conduire au désespoir—ils vont vous conduire à Christ ! Ils vont vous rapprocher de lui. Et ils vont faire augmenter votre joie en lui et votre reconnaissance pour sa grâce.

Et bien sûr, accueillez aussi la loi de Dieu chaque jour, non seulement comme cette glace qui vous montre votre besoin de Jésus, mais aussi comme ce garde-fou qui vous préserve du mal, et ce guide qui vous conduit progressivement sur le chemin de la justice.

Alors tout ça pour dire quoi ? Tout ça pour dire que les commandements de Dieu, c’est super bon pour nous. C’était toute la leçon de ce passage, n’est-ce pas ?

Revenons à ce qu’on disait au début.

« Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui soit à ton prochain. » (Ex 20.17)

Comment est-ce que vous réagissez maintenant à cette parole, au moment où vous l’entendez ?

Insouciance ? « Ça ne me parle pas, ou j’en n’ai rien à cirer puisque de toute façon les chrétiens ne sont pas sous la loi ! »

Arrogance ? « Eh ben, je trouve que je ne m’en tire pas trop mal, je pense que je fais partie des meilleurs chrétiens dans la salle, et Dieu doit être content de moi ! »

Désespérance ? « J’ai encore chuté cette semaine, je suis vraiment trop nul, franchement je n’arriverai jamais à plaire à Dieu ! »

Mais que diriez-vous de réagir avec… émerveillement ? « Quel incroyable miracle ! Toutes les obligations de la loi de Dieu ont été satisfaites par Jésus-Christ à ma place, je n’ai plus rien à craindre de la loi, je n’ai ni orgueil ni culpabilité à recevoir de la loi, Dieu m’a réellement rendu libre à l’égard de la loi ! Mais pas libre pour l’ignorer ou la rejeter ou l’oublier… »

« Non, libre au contraire d’aimer la loi de Dieu, comme j’aime ce concerto magnifique de Vivaldi même si je suis incapable de le jouer moi-même sur mon violon. Je suis libre d’aimer ce commandement, "Tu ne convoiteras point…", parce qu’il est beau est désirable, comme Dieu lui-même est beau et désirable, lui qui m’a sauvé à un si grand prix. »

« Non seulement ça, mais je suis libre d’obéir à la loi de Dieu par la puissance du Saint-Esprit qui habite en moi, comme un enfant qui progresse dans la vie grâce à la fidélité de mon tuteur qui se tient à côté de moi et qui m’aide en permanence, qui me relève, qui me motive et qui me montre comment faire. "Tu ne convoiteras point…", c’est quelque chose que Dieu lui-même, par le Saint-Esprit, va réaliser progressivement en moi, et je peux compter sur lui dans la prière, à chaque fois que je vais me repentir de mes chutes : il va me relever, et me remettre en route, et me faire grandir—parce que lui-même habite en moi ! »

« Et enfin, je suis libre d’accueillir la loi de Dieu chaque jour, comme je me soumettrais volontiers à un électrocardiogramme qui va diagnostiquer l’état de mon cœur, et qui va me faire apprécier davantage le traitement que j’ai reçu et qui m’a sauvé la vie. Merci Seigneur pour ta loi, contenue dans les Saintes Écritures, et enseignée dans ton Église—merci pour ce commandement, "Tu ne convoiteras point…" qui me rappelle à quel point je suis perdu sans toi, et à quel point tu m’as aimé en Jésus-Christ ! »

Bref, les commandements de Dieu, c’est super bon pour nous, et j’espère qu’on a vu aujourd’hui en quoi ils étaient super bons pour nous, et ce que ça devrait changer, en pratique, à notre manière de les considérer, de les étudier et de les suivre.

Puissions-nous prier chaque jour comme l’auteur du Psaume 119 :

« Ouvre mes yeux, [Seigneur,] pour que je contemple les merveilles de ta loi ! »

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