Pourquoi c'est si dur ?

Par Alexandre Sarranle 22 mai 2022

Ces dernières semaines, on a beaucoup parlé de ce que ça change à la vie d’une personne, quand on devient chrétien. On a vu ça à travers ce que l’apôtre Paul a écrit dans une lettre à des chrétiens de son époque qui habitaient dans la ville de Rome, au premier siècle.

Et on a vu que quand on devient chrétien, ça devrait entraîner des changements positifs. On devrait pouvoir lever la tête en toutes circonstances, parce qu’on est en paix avec Dieu et qu’on a une espérance indestructible. On sait qu’auprès de Jésus, un autre monde est possible, et qu’il vient—ça devrait nous mettre de bonne humeur (ch. 5). Et donc par la foi en Jésus, c’est notre existence tout entière qui est radicalement réorientée, dès à présent : on ne vit plus pour le mal mais on vit pour le bien. Et on est censé progresser dans notre vie chrétienne en obéissant de plus en plus à Dieu (ch. 6).

Et la semaine dernière, on a parlé du rôle de la loi de Dieu dans notre vie, c’est-à-dire des commandements de Dieu qu’on découvre dans la Bible, et qu’on devrait recevoir avec émerveillement parce qu’ils sont super bons pour nous (Rm 7.1-13).

Et tout ça, donc, ça devrait produire du bon fruit dans notre vie. Ça devrait se voir. On devrait gagner des victoires, et grandir dans notre foi, et devenir des personnes de plus en plus fidèles à Dieu. On devrait pécher de moins en moins, et servir Dieu de mieux en mieux !

Est-ce que tout le monde ici présent peut constater ça dans sa vie aujourd’hui ? Est-ce que ça se passe bien, est-ce que vous êtes super encouragés ? Ou bien, en écoutant les prédications de ces dernières semaines, et en lisant ces textes de l’apôtre Paul, est-ce que vous vous êtes plutôt dit : « Ouah, c’est bien beau tout ça, mais franchement, quand Paul dit qu’on est libéré du péché et qu’on est esclave de Dieu et que dorénavant on a pour fruit la sanctification, eh bien ça n’a pas l’air si simple dans mon expérience ! »

Ce que Paul a dit est très clair : les croyants doivent progresser dans leur fidélité à Dieu. C’est clair. Mais pourquoi est-ce que c’est si dur ?

Et c’est certainement la question que se posent les destinataires de la lettre de Paul au moment où ils arrivent vers le milieu du chapitre 7. Et comme Paul sait que c’est sûrement ce que ses lecteurs se demandent, eh bien il va répondre à cette objection, en livrant un témoignage très personnel de sa propre expérience en tant que croyant. Et vous allez voir que Paul lui-même s’associe à tous les autres chrétiens qui trouvent que c’est vraiment dur de lutter contre le péché et de grandir dans l’obéissance à Dieu.

On dit parfois que Paul apparaît comme quelqu’un de rigide et de désagréable dans ses lettres, mais vous allez voir qu’on a ici un passage où Paul, au contraire, montre un visage très humain, très pastoral, très proche de nous. En fait, je pense que Paul nous décrit ce qui se passe en lui, pour qu’on comprenne ce qui se passe en nous—et qu’en comprenant ce qui se passe en nous, on soit moins perplexe et découragé.

Et qu’est-ce qui se passe en nous, alors ? Eh bien si on est croyant, il existe deux versions de nous-mêmes, qui se mènent une guerre sans merci.

1/ J’approuve le bien (v. 14-16)

Voici donc quelle est l’expérience habituelle d’un croyant, une expérience moralement douloureuse, que Paul nous décrit dans ce passage, et que j’ai résumée en trois points : j’approuve le bien, j’accomplis le mal, j’attends ma délivrance.

Premièrement : j’approuve le bien.

Vous avez vu comment Paul décrit son expérience en tant que croyant. Il dit qu’il veut quelque chose, mais qu’il ne le pratique pas ; et à l’inverse, il y a des choses qu’il déteste, mais il les fait ! Paul est en train de dire tout simplement qu’il continue de pécher en tant que croyant. Il continue de faire des choses qui sont contraires à la volonté de Dieu.

Mais la différence par rapport à avant (quand il n’était pas chrétien), c’est que maintenant, il reconnaît que c’est le péché.

Rappelez-vous que le péché, c’est tout ce qu’on fait, dit, pense, désire et ressent qui n’est pas conforme à la volonté de Dieu. Et comment est-ce qu’on peut savoir ce qui est conforme ou non à la volonté de Dieu ? Eh bien grâce à sa loi—la loi de Dieu—qui nous est révélée dans les Saintes Écritures.

Donc Paul est en train de dire : « Voici ce qui a changé entre avant et après que je suis devenu un chrétien. Avant, je faisais le mal, et ça ne me posait pas de problème, parce qu’au fond, c’est ce que je voulais. Maintenant, je fais encore le mal, mais ça me pose un problème. Parce que maintenant, ce n’est plus ça que je veux. Maintenant que je suis un chrétien, j’ai sincèrement envie de suivre Dieu et d’obéir à ses commandements. Le problème, c’est que je n'y arrive pas. Mais si je ne veux pas ce que je fais, ça prouve au moins une chose : c’est que je déclare être d’accord avec la loi de Dieu. » (cf. v. 16)

Je continue de faire le mal, mais le déplaisir ou la désapprobation que j’éprouve envers le mal que je fais, montre que j’approuve le bien, au fond.

Si vous avez déjà essayé d’apprendre à jouer d’un instrument de musique, vous avez certainement connu ce genre de tension et de frustration. En travaillant votre nouveau morceau de musique, il y a des couacs et des fausses notes, et ça peut être super décourageant. Mais votre déplaisir envers les fausses notes—votre désapprobation—c’est la preuve que vous reconnaissez que le morceau tel qu’il a été composé est beau, et qu’il n’est pas censé être comme ça. Vous auriez du souci à vous faire si les fausses notes ne vous dérangeaient pas du tout—ce serait la preuve, à l’inverse, que vous n’avez pas de sensibilité au morceau de musique tel qu’il a été écrit par son compositeur.

Et d’après notre passage, donc, notre expérience en tant que chrétien est habituellement la même, dans la vie. Les commandements de Dieu sont devant nous. C’est une magnifique partition de musique. On veut la jouer correctement. Mais on n’y arrive pas. On fait des fausses notes, et parfois c’est vraiment des couacs horribles ! Mais en convenant que c’est moche, on déclare que la partition est belle.

Ça, c’est l’expérience de Paul dans notre passage. Est-ce que c’est la vôtre ? En fait, c’est une question-diagnostic super utile et super importante qu’on doit se poser ce matin. Est-ce qu’on se reconnaît dans la manière dont Paul parle de son rapport aux commandements de Dieu (ou à la loi de Dieu), dans ce passage ?

Je vous rappelle vite fait ce qu’on a vu la semaine dernière. Si on est vraiment un chrétien, notre rapport à la loi de Dieu a radicalement changé. La loi de Dieu nous disait : « Voici ce que tu dois faire pour aller au paradis, et si tu ne le fais pas, tu vas aller en enfer. » Mais Jésus est venu de la part de Dieu pour satisfaire lui-même, complètement, à toutes les obligations de la loi de Dieu, à la place des croyants. Il a obéi pour nous, et il a été puni pour nous.

Du coup, maintenant, si on a la foi en lui, on est totalement dégagé des obligations de la loi, et la loi devient pour nous quelque chose de merveilleux et d’agréable. Elle n’est plus du tout menaçante ; au contraire on va aimer la loi de Dieu parce qu’on aime le Dieu de la loi.

C’est pour ça que Paul dit que maintenant qu’il est chrétien, il sait que la loi est « spirituelle » (v. 14), il déclare qu’elle est « bonne » (v. 16), et donc il approuve le bien qui est révélé dans la loi de Dieu et il veut l’accomplir (cf. v. 18). Et vous, alors ?

Je vais vous dire sincèrement, un des indices les plus révélateurs, les plus probants, de votre condition spirituelle, c’est comment vous accueillez les enseignements contenus dans la Bible. Je n’ai pas dit : « comment vous mettez en pratique », mais avant tout : « comment vous accueillez », c’est-à-dire, est-ce que vous êtes « d’accord avec », est-ce que vous souscrivez aux enseignements de la Bible ? Est-ce que vous seriez prêt à parapher toutes les pages de la Bible pour dire : « Oui, je suis d’accord, oui, je suis d’accord, oui, je suis d’accord… »

Et il y a peut-être quelques personnes parmi nous qui n’arrivent pas à dire qu’elles sont d’accord avec les enseignements de la Bible—et peut-être que la raison, c’est tout simplement que vous n’êtes pas encore un chrétien. Ce serait logique, si vous n’êtes pas chrétien, de ne pas reconnaître que la loi de Dieu est bonne !

Si c’est votre cas, je vous supplie de réfléchir à la personne et l’œuvre de Jésus-Christ. Peut-être que vous n’aimez pas la loi de Dieu, parce que vous savez au fond qu’elle vous condamne. Mais regardez ce que Jésus a fait par amour pour les croyants ! Il a supporté le joug pesant de la loi, pour nous en dégager. Maintenant, tous ceux qui placent leur confiance en Jésus ne sont plus condamnés, ils sont rendus justes aux yeux de Dieu, et ils ont la paix avec lui pour toujours.

Et en étant réconcilié avec Dieu, écoutez bien : on est réconcilié avec sa loi ! Maintenant on peut recevoir ses commandements, et au moins être d’accord avec.

Si la Bible dit : « Tu ne dois pas mentir », on est d’accord et on a envie d’accomplir ça. Si elle dit : « Il faut être doux, patient et joyeux », on est d’accord. Si elle dit : « La sexualité est seulement réservée au mariage, et le mariage est entre un homme et une femme, pour toute la vie », on est d’accord. Si elle dit : « Il faut respecter les autorités qui nous gouvernent, même si elles nous gouvernent mal », on est d’accord. Si elle dit : « Tu dois mourir à toi-même et mettre les intérêts des autres avant les tiens », on est d’accord.

On est au moins d’accord, parce qu’on approuve le bien parce qu’on aime la loi de Dieu parce qu’on aime le Dieu de la loi—et sa loi nous révèle ce qui est bien et ce qui est mal. Et donc l’apôtre Paul, il dit : « Même en tant que chrétien je continue de faire le mal. Mais la différence, au moins, c’est que j’approuve le bien et que je veux pratiquer le bien. »

Est-ce que vous aussi, vous voulez pratiquer le bien, tel qu’il est révélé dans la Bible ? Si vous avez cette envie sincère, c’est une indication que vous êtes un chrétien.

2/ J’accomplis le mal (v. 17-20)

Donc dans l’expérience habituelle d’un véritable croyant, il y a d’abord ça : j’approuve le bien. Mais il n’y a pas que ça. Deuxièmement : j’accomplis le mal.

Et c’est bien ça qui est compliqué, n’est-ce pas ? On aime les commandements de Dieu, on reconnaît que sa loi est bonne, on veut l’accomplir, mais… ce n’est pas ça qu’on accomplit. « Je ne fais pas le bien que je veux, mais je pratique le mal que je ne veux pas. » (v. 19) Combien d’entre nous, on pourrait prendre ce verset, et en faire le sous-titre de notre autobiographie ?

Pourquoi est-ce que c’est comme ça ? Paul nous le dit très clairement : c’est parce que le péché continue d’habiter en nous (v.17 et 20). Quand Paul utilise le mot « péché » ici, il veut dire le péché au sens général, ou le péché originel, c’est-à-dire notre attirance pour le péché. En théologie, ou en psychologie, on dit parfois notre inclination au péché, ou notre inclination au mal. Le fait qu’on a quelque chose en nous qui nous porte vers le mal.

Cette « version de nous » qui est inclinée vers le mal, c’est ce que Paul appelle « la chair » (v. 18), et qu’on appelle parfois notre « ancienne nature », ou encore notre « vieil homme », c’est-à-dire « la version de nous d’avant qu’on devienne chrétien ». Et donc il faut bien comprendre, d’après ce que dit Paul ici, que cette « ancienne version de nous » ne disparaît pas instantanément dès qu’on devient un chrétien.

Alors oui, quand on devient chrétien, la Bible dit que c’est comme si on naissait de nouveau. Dans un autre passage, Paul dit même qu’on est « une nouvelle création » (2 Co 5.17). Eh oui, parce que si on devient chrétien, c’est le résultat d’un miracle opéré par le Saint-Esprit, qui vient en nous pour nous donner la vie spirituelle, pour changer notre cœur insensible en un cœur sensible à la voix de Dieu, pour déboucher nos oreilles et ouvrir nos yeux, pour nous convaincre de la vérité de l’Évangile, pour nous montrer notre besoin de Jésus-Christ, pour nous inspirer la repentance, pour nous donner la foi, et finalement pour venir habiter en nous.

Il y a une différence radicale entre quelqu’un qui est véritablement un chrétien, et quelqu’un qui ne l’est pas. Mais celui qui est véritablement un chrétien, en plus de tout ce qu’il a reçu et de tout ce qui a changé, eh bien il continue d’avoir en lui des choses qui sont propres à l’état du non-chrétien. Il y a comme deux natures qui cohabitent en nous : une nouvelle nature, née du Saint-Esprit, qui veut le bien, et en même temps une ancienne nature, une nature corrompue, qui se porte vers le mal.

Et c’est la cohabitation des deux qui est difficile à vivre. D’un côté, j’aime la loi de Dieu et je veux l’accomplir, mais il y a autre chose en moi, qui résiste à ça, et qui m’attire dans une autre direction. C’est « le péché qui habite en moi », comme dit Paul.

C’est un peu comme dans le roman de Robert Louis Stevenson : L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mister Hyde, où le Dr Jekyll se transforme parfois en Mr Hyde quand son désir de faire le mal devient trop fort en lui. Et donc il devient un monstre, il fait des choses horribles, et c’est une expérience traumatisante. Mais c’est toujours la même personne, en réalité. Et dans le roman, le Dr Jekyll va parler de Mister Hyde à la troisième personne, comme si c’était quelqu’un d’autre, bien que c’est lui-même, en fait—et c’est ça qui le tourmente, jusqu’à désirer la mort.

Pour les plus jeunes, pensez à Bruce Banner qui se transforme parfois en Hulk. Vous avez peut-être remarqué que Bruce Banner parle de Hulk à la troisième personne comme étant « l’autre gars », alors qu’il sait très bien qu’ils sont tous les deux la même personne.

Bref, Paul parle lui aussi de ce péché qui habite en lui comme d’une monstrueuse anomalie—il en parle à la troisième personne, mais c’est quand même lui, Paul, qui accomplit le mal. Et c’est bien nous, chrétiens, qui accomplissons le mal selon notre ancienne nature, en contradiction avec ce que nous voulons selon notre nouvelle nature.

D’ailleurs, on a plein d’expressions qui reflètent cette réalité. On dit parfois : « C’était plus fort que moi ! Je ne sais pas ce qui m’a pris ! J’ai perdu la tête ! J’étais complètement aveugle ! Je n’ai pas pu résister ! » C’est une façon de dire : « Ce n’est pas ça que je veux être. Je veux que ce soit clair que je veux me distancer avec ce que j’ai fait, mais ce n’est pas pour dire que ce n’est pas moi qui l’ai fait et qui en suis totalement responsable… »

Et donc on fait l’expérience de cette lutte intérieure en tant que chrétiens, comme Paul, comme le Dr Jekyll, et comme Bruce Banner—une lutte intérieure entre notre approbation du bien, et notre inclination au mal. Et cette lutte perpétuelle, cette tension en nous, c’est super difficile, non ? Mais ça aide déjà, de comprendre ce qui se passe en nous.

Même si on aime Dieu sincèrement, on a encore notre ancienne nature qui se porte vers le mal et qui nous fait éprouver des désirs qui sont (dans un sens) contraires à notre volonté. Oui, vous avez bien entendu : parfois on ne veut pas ce qu’on désire. Honnêtement, je suis sûr que la plupart d’entre nous, si on est chrétien, on a déjà fait cette expérience, et pas qu’une fois, quand on a été face à la tentation. « Je désire ce truc. Mais je sais que ce n’est pas bien, ce truc. Mais je désire ce truc. Mais je voudrais ne pas désirer ce truc. Mais je désire ce truc. Mais je ne veux pas ce truc ! Mais je désire ce truc ! »

La meilleure image qui m’est venue pour illustrer cette guerre entre nos désirs et notre volonté, c’est celle du régime (alimentaire). Si vous avez déjà suivi un régime, vous savez que par moment, c’est dur, parce que vous désirez des choses que vous ne voulez pas. Vous ne voulez pas manger le croissant aux amandes, mais vous le désirez.

De la même façon, il faut qu’on reconnaisse que selon notre ancienne nature, on a un appétit pour le mal, et c’est ça qui suscite en nous tout plein de désirs qui sont contraires à la volonté de Dieu. La Bible appelle ça parfois des « convoitises ». Et de pouvoir les identifier, ces désirs ou ces convoitises, ça va déjà nous aider. Ça aide de reconnaître, déjà, le visage de notre ancienne nature. Ça aide, de pouvoir dire : « Ça, c’est un mauvais désir qui procède du péché qui habite en moi. »

Pourquoi est-ce que j’ai tellement envie, des fois, de choses qui contredisent la volonté de Dieu ? Et en plus, je sais que ça contredit la volonté de Dieu, et je suis d’accord que ce n’est pas bien, et je ne cherche même pas à rationaliser le truc… Mais j’en ai tellement envie ! Eh bien, c’est « le péché qui habite en moi », dirait Paul.

Ça aide, parfois, de comprendre d’où viennent nos désirs. Ça aide, de reconnaître le visage de Mr Hyde. Ça aide, de pouvoir identifier l’ennemi. Pensez-y la prochaine fois que vous êtes troublé par une pensée, une émotion ou une envie qui vous porte vers quelque chose de contraire à la volonté de Dieu : comprenez ce qui se passe, et rappelez-vous que vous avez encore cette ancienne nature qui cherche la satisfaction ailleurs qu’en Dieu.

3/ J’attends ma délivrance (v. 21-25)

Il y a donc en nous, si on est croyant, deux versions de nous-même, et la cohabitation conflictuelle des deux, c’est ça qui fait que la vie chrétienne, ça peut être si dur, parfois, intérieurement. Et donc l’apôtre Paul nous décrit ce qui se passe en lui (et en nous), pour qu’on comprenne mieux pourquoi c’est si dur. 1/ J’approuve le bien, mais 2/ j’accomplis le mal. Troisièmement : j’attends ma délivrance.

Remarquez bien que l’apôtre Paul, après avoir décrit cette lutte intérieure, eh bien il ne s’arrête pas là, et cette introspection douloureuse aboutit soudain à une exclamation :

« Malheureux que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort ? » (v. 24)

On sent, n’est-ce pas, combien Paul est tourmenté par ce conflit intérieur qui existe, entre ce qu’il veut selon sa nouvelle nature, et ce qu’il désire selon son ancienne nature ! Il y a une véritable guerre à l’intérieur, entre la loi de son intelligence et la loi du péché (v. 23). Entre deux choses qu’il aime, en fait : d’un côté la loi de Dieu à laquelle il prend plaisir dans son for intérieur, selon sa nouvelle nature donc (v. 22), et d’un autre côté, eh bien tout simplement le péché auquel il prend plaisir selon son ancienne nature !

Quel horrible tiraillement ! Est-ce que vous avez déjà souffert comme ça moralement ? Est-ce que vous avez déjà eu ce sentiment d’être écartelé entre des choses incompatibles, mais vers lesquelles se portaient puissamment et simultanément vos affections ?

Paul ne cache pas sa souffrance et son désarroi. Il est tellement mal qu’il lâche cette exclamation qui vient interrompre, presque, ce qu’il est en train de dire. Mais remarquez aussi que dès qu’il lâche ce cri du cœur, tout de suite après, la réponse s’impose à son esprit.

« Malheureux que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort ? Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur ! » (v. 24-25)

Mes amis, je veux qu’on remarque à quel point l’apôtre Paul est convaincu, et imprégné, de la vérité de l’Évangile, si bien que même quand il remue et analyse ces choses horribles à l’intérieur de lui, eh bien le constat de sa faiblesse et de sa vulnérabilité le conduit immédiatement à Jésus-Christ.

Paul va nous parler plus longuement du secours que Dieu nous offre ici-bas pour notre vie chrétienne, et pour progresser dans notre lutte contre le péché. Il le fera au prochain chapitre, où il va nous parler notamment du rôle du Saint-Esprit dans la vie des croyants. Mais là, tout de suite, c’est juste sous la forme d’une exclamation qu’on voit que Paul est convaincu que sa délivrance se trouve auprès de Jésus.

Et on voit combien Paul aspire à cette délivrance, parce que la présence résiduelle du péché dans sa vie le rend tellement malheureux.

Vous savez, dans la vie, parfois on attend désespérément la fin d’une expérience désagréable. On n’en peut plus, mais heureusement, on sait que la fin arrive, et qu’on va être délivré. Et ça nous aide à tenir. La fin d’un long voyage en voiture ou en avion. La fin d’une longue randonnée en pleine canicule. La fin de l’année scolaire. La fin d’une opération chez le dentiste. La fin d’une prédication barbante à l’église. On n’en peut plus, mais on attend la délivrance, parce qu’on sait qu’elle approche. Nos espoirs se portent vers cette délivrance.

Mes amis, est-ce qu’on est suffisamment convaincu et imprégné de la vérité de l’Évangile, pour savoir, pour sûr, que notre délivrance approche, si on est attaché à Jésus par la foi ? Et pas seulement notre délivrance des ennemis extérieurs comme la maladie, le handicap, la pauvreté, l’insécurité, la persécution… mais notre délivrance aussi de nos ennemis intérieurs, c’est-à-dire notre ancienne nature, notre vieil homme, l’ancienne version de nous-même, le péché qui habite encore en nous avec toutes ses convoitises.

« Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur ! » Car le jour vient où Jésus nous prendra auprès de lui et on sera tout entiers à lui. Il n’y aura plus aucun tiraillement intérieur, on sera totalement, pleinement satisfait en lui. Toutes nos affections se porteront vers lui. Le jour vient, où on ressuscitera avec un corps incorruptible, c’est-à-dire avec un corps incapable de pécher.

Est-ce que vous pouvez imaginer ? Ce corps qu’on a aujourd’hui, qui est le théâtre perpétuel de nos péchés, et l’instrument perpétuel de nos péchés, sera purifié et glorifié, et servira dans toute l’éternité seulement à louer Dieu et à nous procurer le plaisir de le faire ! Est-ce que vous pouvez imaginer avoir une langue incapable de pécher ? Des oreilles et des yeux incapables de pécher ? Des mains incapables de pécher ? Un cerveau incapable de pécher ?

Le jour vient où on aura la liberté d’exister pleinement, et de profiter de la création, et d’avoir des relations les uns avec les autres, sans qu’il n’y ait plus jamais de danger qu’on pèche—sans qu’il n’y ait plus jamais de tiraillement entre ce qu’on veut et ce qu’on désire, parce que tout notre être, nos actes, nos paroles, nos pensées, nos désirs et nos émotions s’accorderont parfaitement avec la volonté de Dieu, pour notre plus grand bonheur !

Est-ce qu’on aspire suffisamment à cette délivrance ? Je me demande si parfois, on n’a pas tendance à juste s’arrêter au deuxième point de cette prédication. « Oui, je suis chrétien, donc j’approuve le bien, mais malheureusement, j’accomplis le mal, parce que je suis encore un pécheur. Je suis réaliste. C’est ma condition ici-bas. C’est triste mais c’est comme ça. Point. »

Mais chez Paul ça ne s’arrête pas là. Il est profondément, profondément insatisfait de cette situation, il est révolté et malheureux, et il crie à Dieu qui lui répond immédiatement avec la consolation de l’évangile.

Mes amis, n’ayez pas peur de regarder en face le visage de votre ancienne nature, même s’il est hideux. N’ayez pas peur d’observer le combat violent qui vous déchire à l’intérieur. Ne le recouvrez pas de faux-semblants, de rationalisation, ou pire, de religiosité superficielle. Au contraire, soyez lucide sur votre condition misérable de pécheur qui est constamment sollicité par les convoitises du péché. N’ayez pas peur de vos états d’âme, mais faites comme Paul : criez-les à Dieu ! Criez votre fatigue et votre désespoir à Dieu, criez-lui votre impatience d’être délivré, et ce sera déjà une victoire.

Ce sera déjà une victoire, parce que ce sera une déclaration solennelle à l’encontre de votre vieil homme, qu’il est votre ennemi et qu’il sera détruit un jour. Ce sera déjà une victoire, parce que ça va porter vos espoirs sur la délivrance que Dieu vous promet en Jésus-Christ.

Je ne dis pas que ça va faire disparaître instantanément la tentation, ou que ça va vous empêcher de pécher, mais déjà, ça va rendre Dieu plus présent à votre esprit dans le combat que vous menez contre le péché, et ça va vous reconduire à Jésus-Christ, votre Sauveur fidèle et le doux berger de votre âme, qui a déjà tout accompli et qui revient bientôt.

Alors pour conclure.

C’est clair que les croyants sont censés progresser dans leur fidélité à Dieu, et pécher de moins en moins, et obéir à Dieu de mieux en mieux. C’est exactement ça, le fruit de la sanctification dont l’apôtre Paul a parlé à la fin du chapitre 6. C’est clair. Mais pourquoi est-ce que c’est si dur ?

Eh bien on a vu pourquoi. C’est à cause de ce qui se passe en nous actuellement. Si on est croyant, il existe deux versions de nous-mêmes, qui se mènent une guerre sans merci. On a besoin de comprendre ça, pour pouvoir mieux identifier les protagonistes de ce conflit intérieur.

D’un côté, j’approuve le bien, parce que je suis un chrétien, j’ai été sauvé par Jésus-Christ et j’ai été dégagé de la menace et de la condamnation de la loi de Dieu, et maintenant j’aime la loi de Dieu parce que c’est la loi du Dieu que j’aime. Et donc le bien que j’approuve, c’est la justice de la loi de Dieu. C’est par l’étude fidèle des Saintes Écritures, que je vais de plus en plus savoir ce qui est bien, et vouloir ce bien par mon intelligence, et y prendre plaisir en mon for intérieur, selon ma nouvelle nature en Jésus-Christ.

Est-ce que, donc, je nourris consciencieusement ma nouvelle nature, mon nouvel homme, par les moyens de grâce que Dieu a mis à ma disposition comme la lecture de la Bible, la prière, le culte à l’église, la sainte-cène, le groupe de maison en semaine, et le temps que je peux passer avec mes frères et sœurs dans la foi ? J’approuve le bien, donc.

Mais d’un autre côté, j’accomplis le mal, parce que mon ancienne nature est encore là, mon vieil homme n’est pas encore mort, et j’ai encore en moi des désirs qui contredisent la justice de Dieu. Je dois être lucide sur l’existence de ces désirs, qui pour certains peuvent même me sembler innés. Je dois être honnête comme Paul. Et peut-être que je peux parler de l’existence de ces désirs avec quelqu’un dans le cadre d’un groupe de croissance.

Les groupes de croissance, c’est quand deux personnes de même sexe (deux chrétiens ou chrétiennes qui en sont à peu près au même stade de la foi) se retrouvent régulièrement, chaque semaine idéalement, pour partager sur leur marche avec Dieu, s’encourager, s’exhorter et prier ensemble. C’est un lieu propice pour le partage de choses vraiment personnelles en toute confidentialité. C’est vraiment un outil super pour progresser dans la foi.

Et s’il y a des problématiques particulièrement difficiles auxquelles vous êtes confronté dans votre vie chrétienne comme des problèmes d’addiction, de comportement à risque, ou de santé mentale, n’hésitez pas à en parler en privé à un des anciens de l’église, on sera heureux au moins de prier pour vous, peut-être de vous conseiller, et si nécessaire, de vous orienter vers un thérapeute.

Enfin, même si on progresse doucement dans la foi, et souvent en dents de scie, eh bien de toute façon, la lutte va continuer jusqu’au jour de notre délivrance. Heureusement que ma délivrance approche, et que j’attends ma délivrance, avec foi.

En attendant, je peux crier à Dieu mes états d’âme, je peux être honnête avec Dieu, et ce sera une manière pour moi de l’inviter dans le combat—si j’ose dire. Comme l’a prié un poète, inspiré par ce passage qu’on a vu aujourd’hui :

« Viens dompter dans mon corps cette obscure impulsion / Qui retient ma pensée en ses puissantes griffes ; / Permets-moi d’amputer toute indue affection, / Et d’ainsi mettre à mort ces envies apocryphes. »

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