La merveilleuse doctrine de la prédestination

Par Alexandre Sarranle 25 septembre 2022

La Bible dit très clairement que ce n’est pas tout le monde qui va passer l’éternité au paradis avec Dieu. Jésus lui-même a dit que le jour venait où une séparation serait faite pour toujours entre tous les humains qui auront jamais existé. Une partie des humains « [recevra] en héritage le royaume qui [leur aura] été préparé dès la fondation du monde », et l’autre partie des humains « [iront] dans le feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges » (Mt 25.34, 41). Ce n’est pas tout le monde qui sera sauvé.

L’Église chrétienne dans l’histoire a toujours affirmé ce point de doctrine. Dans l’éternité, il y aura des gens au paradis, et des gens en enfer.

C’est dur comme idée, n’est-ce pas ? Parce que quand on pense à l’enfer, on ne pense pas seulement à des tortionnaires, des terroristes ou des violeurs d’enfants qui pourraient y passer l’éternité—ça, ça ne nous dérange pas trop. Non, ce qui nous dérange, c’est l’idée que des amis à nous, des proches, des collègues, des membres de notre famille, peut-être même des gens qui viennent à l’Église, pourraient aller en enfer parce que tout simplement ils n’ont pas la foi—la vraie foi. Ça, c’est dur comme idée.

D’autant plus que Dieu est capable de leur donner la foi, non ? Donc si des gens vont en enfer parce qu’ils n’ont pas la foi, et s’ils n’ont pas la foi parce que Dieu ne leur a pas donnée alors qu’il en est capable, eh bien ça veut dire qu’en fin de compte (en bout de chaîne), le salut des uns et la perdition des autres, c’est un truc que Dieu décide. Indépendamment de nos capacités propres, indépendamment de la qualité extérieure de notre vie, indépendamment de notre statut, de notre héritage familial, de nos accomplissements personnels—c’est Dieu qui décide. C’est perturbant ! Comment est-ce qu’on réagit à cette idée ?

Est-ce qu’on est incrédule ? « Ah, non ce n’est pas possible, ça. Je n’y crois pas. La Bible ne peut pas enseigner un truc pareil, qui semble si arbitraire. Je ne sais même pas si je peux croire en Dieu dans ces conditions. » Ou bien est-ce qu’on est angoissé ? « Mais si c’est Dieu qui décide de tout, on n’a pas du tout notre mot à dire ! On est juste des pantins à la merci des décisions imprévisibles d’un dictateur ! » Ou bien est-ce qu’on est indigné ? « Quel scandale ! Dieu violerait le libre-arbitre des humains ! Et en plus, quand il semble solliciter notre volonté dans la Bible, c’est juste pour faire semblant ! » Ou bien est-ce qu’on est cynique ? « Pff, de toute façon c’est Dieu qui décide. M’en fiche si les autres sont sauvés ou pas, ce n’est pas mon problème, c’est celui de Dieu. » Ou bien est-ce qu’on est insensible et dur ? « Bien sûr que Dieu choisit qui il veut sauver—c’est juste de la bonne théologie et si tu n’es pas content, tu n’as qu’à te trouver une autre Église qui ne croit pas à la Bible et qui te chatouillera les oreilles avec ce que tu as envie d’entendre ! »

Eh bien la question qu’on va se poser aujourd’hui, c’est, justement : comment est-ce qu’on devrait accueillir cette idée, que c’est Dieu qui décide qui va être sauvé ? On va se poser cette question, parce que c’est exactement la question que pose l’apôtre Paul dans le passage qu’on va lire dans un instant, et qui est la suite du texte qu’on est en train d’étudier depuis plusieurs mois—à savoir, une lettre que Paul a écrite à une communauté de chrétiens de son époque qui se trouvait dans la ville de Rome, en Italie.

Il y a deux semaines, on s’était arrêté au verset 13 du chapitre 9, juste après que Paul a expliqué, justement, pourquoi il y avait des gens qui pouvaient prendre part pendant longtemps à la vie de l’Église, et qui pouvaient même profiter en apparence de plein de privilèges et de bienfaits que Dieu a donnés à son Église, et qui pourtant ne sont quand même pas sauvés. Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que Dieu ne les a pas choisis.

C’est perturbant, mais c’est ce qu’il dit. Et si vous n’étiez pas là il y a deux semaines, je vous encourage à aller écouter ou regarder la prédication sur le site internet, parce qu’on a réfléchi à ce que ça voulait dire en pratique pour nous.

En tout cas, Dieu sauve qui il veut, et ça ne dépend d’aucune manière de quoi que ce soit que nous, on pourrait faire. C’était toute la leçon de la première partie du chapitre 9, qui se termine avec cette citation emblématique de l’Ancien Testament, une citation qui résume tout, où Dieu dit : « J’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü. » (v. 13)

Vous voyez ? Avant même que ces deux frères jumeaux soient nés, Dieu avait déjà fait un choix : l’un serait sauvé, et pas l’autre. Et ce choix préalable, c’est ce qu’on appelle « la prédestination ».

C’est un mot qui fait peur. C’est un mot qui peut nous mettre en colère. C’est un mot qui peut vraiment troubler notre foi et perturber notre relation avec Dieu. Mais moi, ce matin, j’aimerais réhabiliter ce mot. Parce que je pense que l’apôtre Paul parle de ce concept d’une manière extrêmement positive, en fait. Et c’est toute l’idée que j’aimerais qu’on retienne du passage qu’on va lire dans un instant : le fait que Dieu a choisi d’avance qui aurait la foi et qui ne l’aurait pas devrait nous émerveiller et nous réjouir.

D’où le titre de ma prédication : « La merveilleuse doctrine de la prédestination » !

Un choix qui exprime la miséricorde (v. 14-18)

Alors vous avez vu que Paul commence en soulevant explicitement la question, que nous, on se posait dans l’introduction : « Que dirons-nous donc ? » Étant donné que Dieu a fait un choix souverain et préalable entre Jacob et Ésaü, et que—sous-entendu—c’est sa manière de procéder avec les humains, eh bien : « Y a-t-il en Dieu de l’injustice ? »

Et Paul s’empresse de répondre : « Certes non ! » Et son premier argument, c’est que si on y réfléchit bien, le choix de Dieu de sauver des gens et pas d’autres, ce n’est pas un choix injuste, mais un choix miséricordieux. Et ce n’est pas du tout pareil.

En fait, pour bien comprendre ce que dit Paul ici, il faut remonter aux trois premiers chapitres de cette lettre aux Romains, où Paul a expliqué assez longuement que tout le monde sur la terre—tous les humains ordinaires comme vous et moi—on est tous, par nature, des « pécheurs », c’est-à-dire des gens qui ne sont pas naturellement disposés à aimer Dieu ou même à le chercher. C’est même le contraire ! On est naturellement opposé à Dieu !

Depuis l’époque du premier humain—Adam—on est tous naturellement en rébellion contre Dieu. Ça se traduit par notre égoïsme, notre égocentrisme, notre orgueil, notre cupidité, notre jalousie, notre désir d’autonomie et tous les désirs auto-centrés qui remplissent notre cœur, nos pensées, nos émotions, et qui souvent se transforment en actes. Notre condition humaine est « déchue », c’est-à-dire qu’on est par nature abîmés, le mal habite en nous, et on en est coupable. Paul nous a démontré tout ça au début de sa lettre, où il résume cette situation à un moment-donné, en disant : « Tous […] sont sous l’empire du péché (Rm 3.9). […] Il n’y a pas de distinction : tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu (Rm 3.23). »

Et donc dans cette situation, si Dieu choisit de sauver des gens, ce n’est pas de l’injustice mais c’est de la miséricorde. Ce n’est pas que Dieu nous refuserait ce qu’on mérite, mais plutôt qu’il nous épargne ce qu’on mérite. Vous comprenez ?

Imaginez l’entreprise dans laquelle vous travaillez. Imaginez que tout aille bien entre vous et le patron, et qu’il décide de vous licencier du jour au lendemain. Ce serait injuste. Imaginez que vous commettiez une faute grave et qu’il vous licencie—ça, ce serait juste. Mais imaginez maintenant que vous commettiez une faute grave, et qu’il vous garde quand même—ça, ce serait de la miséricorde.

C’est un peu pareil dans notre passage. On n’est pas dans une situation où on serait tous neutres ou innocents (en bons termes avec Dieu), et dans cette situation, on apprendrait que Dieu a choisi d’en envoyer certains en enfer—ça, ce serait injuste. Non, on est dans une situation où tout le monde sans exception mérite d’aller en enfer—mais voilà qu’on apprend que dans sa grande bonté, Dieu choisit d’en envoyer certains au paradis.

C’est pourquoi Dieu dit : « Je ferai miséricorde à qui je ferai miséricorde » (v. 15), et il ne dit pas : « J’enverrai à la perdition qui j’enverrai à la perdition. » Parce que le point de départ, ce n’est pas notre innocence, mais notre culpabilité ! C’est super important qu’on comprenne dans quelle situation on se trouve par nature, avant de commencer à réfléchir à la question de la prédestination. Parce qu’en intégrant bien cette réalité qu’on est perdu, eh bien quand on découvre que Dieu a choisi d’en sauver certains, on ne va pas se dire : « C’est injuste ! », mais on va se dire : « Quelle miséricorde ! »

Si Dieu exerçait seulement sa justice, on irait tous en enfer. Heureusement que Dieu exerce aussi sa miséricorde ! « Cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court [c’est-à-dire ni de notre volonté ni de nos performances], mais de Dieu qui fait miséricorde. » (v. 16) Dieu est souverain pour exercer sa miséricorde comme il veut.

Mais ça veut aussi dire, bien sûr, qu’il est souverain pour ne pas exercer sa miséricorde. Donc quand Dieu choisit de sauver des gens, il choisit aussi de ne pas sauver d’autres gens—et on va y venir dans un instant. Mais avant d’y venir, j’insiste sur l’importance de bien poser l’équation.

Depuis la position où on se trouve, nous les êtres humains, la question du choix que Dieu fait de sauver des gens et de ne pas en sauver d’autres, c’est la question de savoir si Dieu va exercer sa miséricorde envers quelqu’un, ou s’il va exercer sa justice. Pour exercer sa miséricorde, Dieu intervient positivement pour sortir quelqu’un du pétrin dans lequel cette personne s’est mise volontairement ; mais pour exercer sa justice, Dieu n’intervient pas—il laisse cette personne dans le pétrin où elle a voulu se mettre.

Imaginez qu’on soit en week-end d’Église, et qu’on parte faire une rando, et que les responsables vous disent bien : « Prenez de bonnes chaussures, et surtout prenez beaucoup d’eau ! » Mais imaginez que vous, vous n’ayez envie d’en faire qu’à votre tête, et donc vous partez en sandales, et vous ne prenez pas d’eau. Cinq heures plus tard sur le sentier escarpé, sous un soleil de plomb, vous n’en pouvez plus. Si le souverain responsable du groupe vous disait alors : « Tiens, prends ces chaussures, je les avais prévues pour toi dans mon sac, et prends cette bouteille d’eau, je l’ai aussi apportée pour toi », ce serait de la miséricorde, n’est-ce pas ? Mais s’il vous laissait vous débrouiller, ce serait de la justice.

Mais en vous laissant vous débrouiller, votre situation ne stagnerait pas—elle empirerait, n’est-ce pas ? Vous auriez de plus en plus mal aux pieds, vous auriez de plus en plus soif, vous vous dessécheriez, et vous vous épuiseriez.

Où est-ce que je veux en venir ? Je veux en venir à ce que dit Paul dans notre texte, quand il dit que Dieu fait miséricorde à qui il veut, et qu’il endurcit qui il veut. Paul ne veut pas dire que Dieu met activement de l’incrédulité ou de la méchanceté dans le cœur—il sous-entend plutôt que Dieu laisse le cœur « se débrouiller », il le laisse à ses penchants naturels (cf. Rm 1.24). Dieu « endurcit » qui il veut, en retenant tout simplement sa miséricorde. Pour nous endurcir, il nous laisse dans l’état où on est, et où on a voulu être—il nous livre à nous-mêmes, avec notre cœur qui est déjà tout sec spirituellement, qui est déjà un cœur de pierre parce qu’il est séparé de Dieu et parce qu’il est insensible à sa voix.

Donc ce premier point est très, très important quand on aborde la question de la prédestination. Le choix de Dieu de sauver des gens et pas d’autres, ce n’est pas un choix injuste, mais un choix miséricordieux. C’est un argument très important pour Paul.

Et avant de passer à la suite, on peut déjà tirer une application pour nous : c’est qu’on doit accepter le verdict de Dieu sur notre vie. On n’est pas des gens innocents, et encore moins des gens méritants ! On a un cœur mauvais et on est perdu. Et on doit entretenir cette conviction en nous, et développer la conscience de notre culpabilité morale devant Dieu. C’est désagréable, mais si c’est vrai, c’est tellement nécessaire qu’on le fasse !

Et pour ça, on doit confronter notre vie aux exigences morales de Dieu contenues dans la Bible—et on doit faire ça avec beaucoup d’honnêteté et d’humilité. C’est d’ailleurs tout le sens de cette partie du culte, vers le début, où on se rappelle la « loi de Dieu » et où on prend le temps de l’examen de soi et de l’humiliation devant Dieu. On a besoin, tout simplement, de se rappeler en permanence que par nature, on n’est pas dignes d’être sauvés par Dieu !

Déjà, ça va placer la question de la prédestination dans la bonne perspective !

Un choix qui vise la gloire de Dieu (v. 19-23)

Mais passons au deuxième point. La deuxième chose que Paul veut nous faire comprendre concernant la merveilleuse doctrine de la prédestination, c’est que le choix de Dieu de sauver des gens et pas d’autres, c’est un choix qui a un but, et qui vise, comme tout ce que Dieu fait, sa propre gloire dans l’éternité.

Alors Paul vient de dire que Dieu est souverain dans le choix qu’il fait (un choix miséricordieux) de sauver des gens parmi tous ces humains qui ne le méritent pas. Mais bien sûr, comme on l’a dit, en choisissant d’en sauver certains, il choisit aussi de ne pas en sauver d’autres. J’aurais pu dire qu’il « ne choisissait pas de les sauver », mais en disant qu’il ne choisit pas de les sauver, ça revient à dire qu’il choisit de ne pas les sauver ! Vous suivez ?

Donc ! Si Dieu choisit souverainement qui va être sauvé, et si il fait ça indépendamment d’une quelconque considération de nos mérites ou de choses que nous on pourrait faire—eh bien, ça peut sembler arbitraire. Ce n’est peut-être pas injuste, mais comme quelqu’un l’a dit dans un groupe de maison il y a deux semaines : ça ne semble pas équitable.

Pourquoi est-ce que Dieu punirait des gens en enfer, alors qu’il avait la possibilité et le pouvoir de les sauver, et qu’en plus, il en a sauvé certains qui ne le méritaient pas plus que les autres ? Si c’est Dieu qui décide de manière totalement souveraine, alors : « Qu’a-t-il encore à blâmer ? Car qui résiste à sa volonté ? » (v. 19) Autrement dit, il ne peut pas reprocher à des gens de ne pas avoir eu la foi, alors que c’est lui qui la donne, la foi !

D’ailleurs, l’exemple que Paul vient de mentionner, c’est celui du Pharaon à l’époque de Moïse. On a dit que Dieu avait endurci le cœur du Pharaon simplement en retenant sa miséricorde et en livrant le cœur du Pharaon à lui-même. Mais puisque ça, c’est quand même la décision souveraine de Dieu, comment est-ce que Dieu, ensuite, peut lui faire le reproche, à Pharaon, d’avoir endurci son cœur ? Vous voyez la difficulté ?

Mais regardons la réponse de Paul. Ça décape. « Toi plutôt, qui es-tu pour discuter avec Dieu ? » (v. 20). Ça ne vous rappelle pas un autre verset, dans un autre livre de la Bible, quand quelqu’un avait laissé entendre que peut-être, Dieu ne gouvernait pas l’univers d’une manière très juste ? « L’Éternel reprit la parole et dit à Job : Le discutailleur va-t-il faire un procès au Tout-Puissant ? » (Jb 40.1-2)

Paul ne répond pas tout de suite à l’objection, et à la place, il nous exhorte assez vigoureusement à aborder la question sous un angle totalement différent. En fait, il prend le problème qu’on a relevé, et qui nous dérangeait, et il le retourne complètement. Suivez bien.

Nous, on est parti de l’observation qu’il y avait des gens qui étaient sauvés, et d’autres non, et comme Dieu est souverain dans cette distinction (discrimination) qui est faite entre les humains, eh bien on se dit que c’est arbitraire et inéquitable, et on finit par mettre en question le caractère ou la compétence de Dieu.

Paul, lui, il veut qu’on fasse le trajet inverse. Il veut qu’on parte de la conviction que Dieu est parfait dans tous ses attributs, et que tout ce qu’il fait est bon, et comme il a souverainement choisi de sauver certaines personnes et pas d’autres, eh bien on devrait se dire que ça, ça fait partie d’un plan parfait, et si ça nous dérange, c’est notre compréhension du grand projet de Dieu qu’on devrait mettre en question—plutôt que le caractère ou la compétence de Dieu.

Vous voyez la différence ? Spontanément, on part de ce qui nous dérange, et on finit par douter de Dieu. Mais en fait, on devrait faire l’inverse : partir de ce qui ne fait aucun doute, à savoir que Dieu est Dieu, et puisqu’il est Dieu, il est parfait, pur, immuable, incompréhensible, tout-puissant, très sage, très saint, très libre ; il est juste et bon dans tout ce qu’il décide, dans tout ce qu’il dit, dans tout ce qu’il fait.

Pour citer notre confession de foi : « Dieu possède en lui-même et par lui-même toute vie, gloire, bonté et bonheur ; il se suffit parfaitement à lui-même et n’a besoin d’aucune des créatures qu’il a faites ; il ne tire d’elles aucune gloire, mais il manifeste seulement sa propre gloire en, par, vers et sur elles ; il est l’unique origine de tout être ; tout est de lui, par lui et pour lui ; il détient l’autorité souveraine sur toutes choses et accomplit par elles, pour elles et en elles tout ce qui lui plaît ; sa connaissance est infinie, infaillible, et ne doit rien à ses créatures ; aussi pour lui rien n’est-il contingent ou incertain ; toutes ses pensées, toutes ses œuvres et tous ses commandements sont très saints. » (Westminster II.2)

On devrait partir de ça, qui ne fait aucun doute, et ensuite regarder autour de nous à travers ces lunettes-là. Et si on voit quelque chose qui nous dérange, on ne devrait pas douter de Dieu, mais douter de nous !

Vous avez déjà remarqué la facilité qu’on a à s’agacer quand on est en voiture, par exemple, et qu’il y a quelqu’un devant nous qui va tout doucement, et qu’on ne comprend pas pourquoi ? « Mais flûte ! Allez, avance ! » C’est vraiment bizarre, cette réaction qu’on a, n’est-ce pas ? Parce qu’on ne peut pas savoir, en fait, si la personne devant a peut-être une très, très bonne raison d’aller doucement. Peut-être que c’est la première fois qu’elle reprend le volant après avoir eu un très grave accident de voiture. Peut-être qu’elle est en train de chercher son chemin et qu’elle ne peut vraiment pas se permettre de se perdre et de louper un rendez-vous super important. Peut-être qu’il y a un policier qui est en train de lui faire signe de ralentir et que nous, on ne l’a pas vu, ou peut-être qu’il y a un enfant qui s’est évanoui au milieu de la route et que nous, on ne l’a pas vu !

On s’énerve contre la personne, alors qu’on devrait peut-être rester calme et se dire qu’il y a peut-être quelque chose qu’on ne sait pas. À plus forte raison avec Dieu, non ? Parce qu’avec Dieu, c’est sûr qu’il est parfait, et c’est sûr que nous, il y a des choses qu’on ne sait pas !

Et ça, c’est exactement la logique de Paul. Il veut qu’on aborde la question de la prédestination de cette manière. Non seulement en nous rappelant qui on est en tant que pécheurs qui ne méritons pas d’aller au paradis (c’était le premier point), mais en nous rappelant aussi qui est Dieu en tant que créateur et gouverneur souverain de l’univers, qui est le « maître de l’argile » (v. 21), pour faire avec la même pâte ce qu’il veut en vue d’accomplir son merveilleux projet. Et quel est ce projet ? En fin de compte, c’est que dans tout l’univers, et pour toute l’éternité, on célèbre sa gloire. Parce que Dieu est Dieu.

Et c’est ça, c’était mon deuxième point. La prédestination, c’est merveilleux, parce que le choix de Dieu de sauver des gens et pas d’autres, c’est un choix qui a un but, et qui vise, comme tout ce que Dieu fait, sa propre gloire dans l’éternité.

Même les non-croyants vont glorifier Dieu dans l’éternité, en recevant le châtiment de leurs fautes, un châtiment parfaitement juste et parfaitement proportionné (ou ajusté) à la gravité de leurs péchés. Paul appelle ça la « colère » de Dieu, mais ça ne désigne pas un sentiment chez Dieu (comme s’il devenait tout rouge et qu’il pétait un câble !). La colère de Dieu, ça désigne simplement ce qui se passe quand les fautes d’une personne rencontrent la justice parfaite de Dieu. Certes, c’est… atroce pour la personne qui porte cette culpabilité. Mais il n’y a personne en enfer, qui, en faisant l’expérience de la colère de Dieu, va dire : « Ce n’est pas juste ce qui m’arrive ». Et personne non plus au paradis qui va dire : « Ce n’est pas juste ce qui leur arrive, en enfer. » On sera tous dans l’admiration de ce que Dieu fait.

C’est mystérieux, on a du mal à l’appréhender, mais le jour vient où tout le monde verra la perfection du projet de Dieu, et tout le monde glorifiera Dieu, que ce soit pour sa justice exercée à l’encontre des uns, ou pour sa miséricorde exercée en faveur des autres—tout cela selon son choix souverain. C’est ce qui nous amène au dernier point.

Un choix qui va peupler le paradis (v. 24-33)

Et ce dernier point, je le trouve super intéressant. Paul a dit que Dieu faisait miséricorde à qui il voulait, et qu’il endurcissait qui il voulait (1er point). Ensuite il a dit qu’il faisait ça pour manifester sa gloire, d’une part à travers les gens qui ne sont pas sauvés, d’autre part à travers ceux qui sont sauvés (2ème point). Mais maintenant, il va nous inviter à réfléchir surtout à cette seconde catégorie de personnes : ceux qui sont sauvés. Il va supposer que les gens à qui il s’adresse peuvent savoir qu’ils sont sauvés, et il veut tout simplement que ces gens s’émerveillent du fait que Dieu les a choisis.

Parce que le choix de Dieu de sauver des gens et pas d’autres, c’est ce qui permet que toutes sortes de gens puissent aller au paradis. Regardez la logique de Paul.

Il dit tout de suite (v. 24) que parmi les « vases de miséricorde que Dieu a d’avance préparés pour la gloire », dont il vient juste de parler, il y a des Juifs et des non-juifs. C’est-à-dire qu’il y a des gens qui, historiquement, avaient reçu plein de révélations de la part de Dieu, et il y a des gens qui, historiquement, ne savaient pratiquement rien sur Dieu. Dieu a choisi souverainement, et préalablement, de sauver des Israélites et des païens, c’est-à-dire des humains que tout opposait, des humains hyper différents—c’est une manière de représenter tout le spectre du genre humain.

Et ensuite, Paul va citer plusieurs passages de l’Ancien Testament (c’est-à-dire des extraits de cette révélation spéciale que les Juifs avaient reçue historiquement), pour démontrer quel était le plan de Dieu. Et il y a deux choses qu’il veut démontrer : 1/ que Dieu avait le projet de sauver des gens qui semblaient impossibles à sauver, et 2/ que si Dieu n’avait pas eu ce projet, personne n’aurait été sauvé à la fin.

Autrement dit, écoutez bien : sans la prédestination, vous et moi, on ne pouvait pas être sauvé.

Et regardez ce qui se passe dans le texte. Au verset 30, Paul repose la question du départ : « Que dirons-nous donc ? » Dieu a fait un choix souverain et préalable pour sauver Jacob et pas Ésaü. « Que dirons-nous donc ? » Il sauve des gens en les prédestinant au salut. « Que dirons-nous donc ? Y a-t-il en Dieu de l’injustice ? »

Et la réponse, maintenant, après la démonstration de Paul, c’est : « Mais quelle merveille ! Grâce à la décision souveraine de Dieu, grâce à son décret irrésistible, toutes sortes de gens sont sauvés qui étaient impossibles à sauver ! Les païens qui ne recherchaient pas la justice, qui s’en fichaient complètement de Dieu, en fait, sont appelés par Dieu, et Dieu leur donne la foi ! Et les Israélites qui recherchaient la justice mais qui la recherchaient au mauvais endroit et par les mauvais moyens, ces Israélites qui se dirigeaient tout droit vers la perdition parce qu’ils s’appuyaient sur leurs performances—heureusement que Dieu a souverainement prédestiné un reste (v. 27), ou un germe (v. 29), parce que sinon, aucun d’entre eux ne serait sauvé ! Ils ont rejeté le messie, mais heureusement que Dieu a décidé d’en sauver certains quand même et de leur donner la foi. »

Donc là où Paul veut en venir, c’est qu’il veut que ses destinataires s’émerveillent devant la prédestination. Il parle à des païens qui professent la foi, et à des Juifs qui professent la foi, et il leur dit : « Si vous professez la foi, si vous connaissez Jésus, si vous aimez Dieu, si vous êtes convertis et que vous êtes sauvés, c’est parce que Dieu vous a choisi ! N’est-ce pas merveilleux que Dieu vous a choisi ? Autrement, vous n’auriez aucun espoir ! »

Dieu a choisi de sauver des gens et pas d’autres, et devant cette réalité, on est dépouillé de toute prétention, on se rend compte qu’on ne peut rien faire pour nous sauver nous-mêmes—et ça, en fait, c’est une bonne nouvelle parce que ça veut dire que rien ne nous empêche non plus d’être sauvé par Dieu ! Mais comment savoir si on est sauvé ?

On va le vérifier tout de suite, si vous voulez bien.

Écoutez attentivement : Dieu est venu sur la terre en la personne de Jésus. Il a vécu une vie parfaite, sans jamais commettre le mal. Et ensuite il s’est présenté à la croix pour offrir un sacrifice parfait—le sacrifice de lui-même, pour supporter la peine des péchés des gens qu’il voulait sauver, à leur place. Il s’est substitué à ces gens-là sur la croix, pour payer le prix de leur salut. Alors que Jésus était cloué sur la croix, Dieu le Père a déversé sur lui sa colère—c’est-à-dire que les péchés des gens que Dieu voulait sauver ont rencontré la justice de Dieu en Jésus sur la croix. Ça a été atroce pour Jésus—il a fait l’expérience de l’enfer à la place des gens que Dieu voulait sauver, pour que ces gens-là n’y aillent pas, en enfer, et qu’à la place, ils soient définitivement pardonnés par Dieu, et rendus justes aux yeux de Dieu, et qu’ils reçoivent l’assurance d’aller au paradis un jour.

Jésus a complètement expié, sur la croix, les péchés de toutes les personnes de toute l’histoire que Dieu voulait sauver—c’est-à-dire que Jésus a réglé jusqu’au dernier centime la facture de leurs péchés. Après quoi, il est mort, il a été enseveli, et le troisième jour, il est ressuscité des morts. Il est ensuite monté au ciel et il s’est assis à la droite de Dieu le Père, et il prépare maintenant une place dans le paradis pour tous ceux qu’il est venu sauver.

Maintenant, je vous pose une question. Est-ce que ça vous parle, ce que je viens de dire ? Est-ce que ça vous touche ? Est-ce que votre cœur est remué par ce que Jésus a fait ? Est-ce que vous désirez que ce soit pour vous ? Est-ce que vous vous rendez compte qu’il n’y a aucun autre espoir pour vous que ce que Jésus a fait ? Et quand vous pensez à Jésus sur la croix, est-ce que vous vous sentez personnellement, existentiellement concerné ? Autrement dit, est-ce que vous pouvez reconnaître en Jésus, sur la croix, vos propre péchés qui sont en train d’être expiés ? Et quand vous pensez à Jésus resuscité, et élevé à la droite de Dieu le Père, est-ce que vous avez un languissement intérieur pour le paradis ? Est-ce que vous désirez être auprès de lui ? Est-ce que vous reconnaissez en Jésus celui qui vous représente et qui vous prépare une place pour l’éternité ?

Jean Calvin dit que pour avoir l’assurance du salut, il faut regarder à Jésus-Christ, tel qu’il nous est présenté dans les Écritures, et il faut nous regarder en lui comme dans un miroir, et nous demander : « Est-ce que je reconnais mon visage ? Est-ce que je me vois en Jésus, mort et ressuscité ? »

Si oui, c’est que vous avez été prédestiné au salut. Si non, par contre, ça ne veut pas dire que vous n’avez pas été prédestiné au salut, ça veut juste dire que vous n’avez pas encore la foi ; mais personne ne peut vous dire si vous allez l’avoir un jour ou non.

Si vous avez la foi, notre texte d’aujourd’hui vous invite à vous émerveiller et à vous réjouir de la grâce surabondante de Dieu, lui qui a voulu faire connaître la richesse de sa gloire à ce vase de miséricorde que vous êtes, et qu’il a d’avance préparé pour la gloire. « Merci Seigneur de m’avoir choisi, d’avoir accompli mon salut à un si grand prix, et de m’avoir appelé irrésistiblement à toi ! »

Si vous n’avez pas encore la foi, notre texte d’aujourd’hui nous rappelle que le décret d’élection de Dieu est secret, mais que son invitation est publique. C’est-à-dire que personne ne peut aller consulter les registres de Dieu dans le ciel, pour obtenir la liste des personnes qu’il a prédestinées au salut—en revanche, l’invitation est publique, le message de l’évangile est annoncé à tous, sans discrimination, et aujourd’hui, cette bonne nouvelle de Jésus qui est mort et ressuscité pour le salut des croyants vous a été annoncée. « Et celui qui croit en lui ne sera pas confus. » (v. 33)

L’invitation est devant vous, et votre volonté est aujourd’hui sollicitée par Dieu, authentiquement, réellement ; et si vous placez votre confiance en lui, si vous faites ce choix—un choix réel selon votre condition de créature—c’est que Dieu vous aura fait miséricorde. Sinon, c’est que votre cœur, livré à lui-même, est en train de s’endurcir.

Voilà donc pour cette merveilleuse doctrine de la prédestination, telle que l’apôtre Paul nous en parle dans ce texte, et tel qu’il en parle positivement ! La prédestination nous exprime la miséricorde de Dieu, la prédestination vise la gloire de Dieu dans l’éternité, et la prédestination va peupler le paradis. C’est une bonne nouvelle que la prédestination ! Le fait que Dieu a choisi d’avance qui aurait la foi et qui ne l’aurait pas devrait nous émerveiller et nous réjouir.

Qu’est-ce qu’on doit faire de tout ça ? Premièrement, on doit s’exercer à avoir une vision du monde qui est centrée sur Dieu et pas sur nous-mêmes. Colin nous rappelait la semaine dernière que le monde tourne autour de Dieu et pas autour de notre nombril. On doit se rappeler perpétuellement que tout est « de lui, par lui et pour lui ». Il n’a pas de compte à nous rendre. Tout ce qu’il fait est bon et sage et parfait. Et la doctrine de la prédestination nous rappelle que si on existe, c’est pour sa gloire. Il ne nous doit rien, alors quelle grâce de sa part de nous avoir créés, de nous avoir donné de la dignité, de ne pas nous avoir abandonnés malgré nos péchés, et de nous aimer et de nous sauver par Jésus-Christ !

Ensuite, on doit prendre très au sérieux la vocation que Dieu nous adonnée d’être ses témoins dans le monde. Si Dieu nous a sauvés, en nous appelant efficacement à lui à travers la prédication de l’évangile, alors à notre tour, on doit annoncer cet évangile autour de nous, parce que c’est le moyen ordinaire par lequel Dieu va attirer à lui tous ceux qu’il a choisi de sauver. On ne sait pas qui ce sera—mais si le décret d’élection est secret, l’invitation est publique. On doit s’investir dans le témoignage. Si vous voulez avoir des idées de comment on peut faire ça, allez voir Sophie ou Stéphane, par exemple, qui coordonnent différents efforts et projets dans ce domaine—comme le projet de discussions autour de la Bible.

Enfin, la merveilleuse doctrine de la prédestination peut vraiment nous réconforter dans notre condition humaine instable et fragile. Heureusement que notre salut ne dépend pas de nous. Heureusement que Dieu a tout prévu, que Dieu maîtrise tout, et que tout s’accomplira selon son projet parfait.

Comme il est dit dans notre confession de foi : « La doctrine de ce profond mystère de la prédestination doit être maniée avec une sagesse et une précaution particulières afin que ceux qui prêtent attention et obéissent à la volonté de Dieu révélée dans sa parole puissent, dans la certitude de leur vocation efficace, être assurés de leur élection éternelle. Ainsi, à tous ceux qui obéissent sincèrement à l’Évangile cette doctrine donnera matière à louange, respect et admiration ; ainsi qu’humilité, zèle et solide assurance. » (Westminster III.8)

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