Élus inconditionnellement par Dieu !

Par Alexandre Sarranle 16 octobre 2022

Imaginez que vous étiez en train de faire un voyage en avion, et qu’il y a eu une explosion et que l’avion s’est écrasé au milieu de la nuit, en plein milieu de l’océan (ou plutôt « abîmé »). Vous ne savez pas s’il y a eu d’autres survivants, mais vous en tout cas, vous vous retrouvez agrippé à un morceau de votre siège qui flotte tant bien que mal dans l’eau glaciale. La mer est très agitée, il y a du vent et de la pluie, et il fait absolument tout noir.

Vous avez été gravement blessé, un de vos bras est totalement inerte, et vous ne sentez déjà plus le bas de votre corps qui est en train de geler sous la surface de l’eau. Curieusement, vous ressentez un peu de chaleur sur votre visage, mais c’est le sang qui est en train de s’écouler d’un trou béant dans votre crâne. Vous êtes en train de perdre connaissance ; dans quelques secondes vous allez lâcher votre bouée de fortune et disparaître pour toujours dans les ténèbres insondables de l’abysse.

Vous croyez alors distinguer une lumière à travers vos paupières presque fermées, et soudain vous vous sentez enserré (ceinturé) par quelque chose—ou quelqu’un—mais dans votre état de conscience altérée, à cause de vos facultés mentales complètement déréglées, votre réaction est de vous débattre de toutes les forces qui vous restent contre cette étrange menace.

Votre résistance est furieuse mais futile. Peine perdue. La lumière s’est rapprochée, l’empoigne est devenue plus ferme, et après ce qui vous semble n’être que quelques secondes, vous vous réveillez dans une chambre d’hôpital, dans une lumière agréable, au chaud, au sec ; vos plaies ont été soignées—vous êtes sain et sauf et en sécurité. Vous avez été sauvé.

Question : est-ce que vous avez contribué quoi que ce soit à votre salut ? Est-ce qu’il y a une partie de votre salut, si infime soit-elle, dont vous pourriez vous vanter ? Est-ce qu’il y a le moindre élément dans votre salut qui résulterait d’une performance de votre part, ou d’un mérite, ou d’un statut qui était le vôtre ?

Sur quoi, en fait, a reposé votre salut ? Sur l’intervention souveraine de quelqu’un d’autre qui seul avait les moyens de vous sauver.

Et je crois que c’est là toute la leçon du passage qu’on va lire dans un instant. Qu’est-ce que ça changerait à notre vie présente, à notre relation à Dieu, à notre relation aux gens autour de nous, à notre perception de l’Église—qu’est-ce que ça changerait à notre attitude et à nos habitudes, si on était vraiment, profondément, persuadé du fait que si un jour, on va aller au paradis, ça dépend à 100% de Dieu et à 0% de nous ?

On va voir ça aujourd’hui à travers la suite du texte qu’on est en train d’étudier depuis plusieurs mois. Il s’agit de la lettre de l’apôtre Paul aux Romains (la communauté chrétienne qui se trouvait à Rome). Et ce qu’il est en train d’expliquer depuis deux chapitres maintenant, c’est que des gens qui semblaient idéalement placés, historiquement, pour connaître Dieu et être sauvés, n’ont finalement pas été sauvés. Il s’agit des Israélites qui, pour beaucoup d’entre eux en effet, n’ont pas cru en Jésus et donc, n’ont pas été sauvés.

Et donc pendant qu’il est en train de parler de ça, maintenant Paul va soulever une question qui est en réalité une objection que certains Israélites pourraient formuler en réaction à ce que Paul est en train de dire. La question, c’est : « Alors comme ça, Dieu aurait rejeté son peuple ? » Et en fait, derrière cette question, il y a une véritable indignation : « Comment ça, Dieu écarterait des Israélites alors que ce sont des Is-ra-é-lites, des descendants directs d’Abraham, les héritiers de Moïse, le peuple historique de Dieu ? Tu sous-entends, Paul, que moi-même, Is-ra-é-lite, je pourrais être rejeté par l’Éternel, le Dieu de l’alliance avec Israël ? »

Donc Paul se met hypothétiquement à la place des Israélites indignés, et il pose cette question à leur place ; et en fait, pour Paul, cette question c’est l’expression d’une certaine arrogance spirituelle, d’une certaine prétention, vous comprenez ? Et c’est en comprenant ce qu’il y a derrière cette question, qu’on va comprendre la portée de ce que Paul va dire en réponse.

Et voici cette réponse. C’est que Dieu ne rejettera jamais les gens qu’il a choisis de sauver—mais ! Il faut bien réaliser qu’il ne choisit pas de sauver des gens en fonction d’une quelconque qualité qu’il y aurait en eux. Ni capacité, ni intelligence, ni ouverture d’esprit, ni aucun mérite ou performance ou statut social, ethnique ou religieux, ni quoi que ce soit qu’on pourrait penser pouvoir contribuer à notre salut.

En théologie, on appelle ça « l’élection inconditionnelle ». Et si Paul en parle ici, dans notre passage, c’est à la fois pour nous dépouiller de toute arrogance et de toute prétention, et en même temps pour magnifier à nos yeux la merveilleuse grâce souveraine de Dieu. Et ça, ça devrait avoir des répercussions pratiques et visibles dans notre vie.

1/ Dieu sauve ceux qu’il a choisis (v. 1-5)

Ce n’est pas forcément super évident de voir où c’est que Paul veut en venir dans ce passage ! Comme je l’ai dit en introduction, il me semble que Paul veut répondre à la prétention qu’on pourrait avoir de penser qu’il y aurait quelque chose en nous qui pourrait nous prédisposer à avoir la faveur de Dieu (comme être un Israélite, par exemple). En réponse à cette prétention, Paul dit que oui, c’est vrai, il y a des gens qui ont pour sûr la faveur de Dieu, mais ce n’est pas du tout en fonction d’une quelconque qualité que ces gens auraient en eux-mêmes.

Et donc voici comment on pourrait résumer ce passage, en trois points : 1/ Dieu sauve ceux qu’il a choisis, 2/ il les a choisis par pure grâce, et 3/ sa grâce est nécessairement souveraine, c’est-à-dire qu’elle est accordée souverainement par Dieu, indépendamment de nous.

Prenons les choses dans l’ordre. D’abord : Dieu sauve ceux qu’il a choisis (v. 1-5). La première chose que Paul veut bien faire comprendre à ses auditeurs, c’est que ce n’est pas parce qu’on fait partie du peuple visible de Dieu sur la terre, qu’on a tous exactement la même relation avec Dieu. Autrement dit, ce n’est pas : soit tout le peuple a la faveur de Dieu, soit tout le peuple a la défaveur de Dieu. En réalité, d’après Paul, ce n’est pas du tout anormal qu’il y ait un mélange dans le peuple : il peut y avoir des non-croyants qui seront en fin de compte condamnés par Dieu, et il peut y avoir des croyants qui seront sauvés.

Paul avait déjà évoqué cette réalité au chapitre 9 : « Tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël. » (Rm 9.6) « Ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu, mais ce sont les enfants de la promesse. » (Rm 9.8) Vous vous rappelez ? Il y a Israël et Israël. Il y a enfants et enfants. Il y a des gens qui se disent croyants, et des gens qui sont réellement croyants. Il y a des gens qui ont l’étiquette extérieure d’un chrétien, et des gens qui ont la réalité intérieure d’un chrétien. Mais tous font partie du même peuple qui est réputé être le peuple de l’Éternel sur la terre, et dans l’histoire.

Mais qu’est-ce qui fait qu’on va faire partie de l’une ou de l’autre de ces deux catégories ? C’est le choix de Dieu. Et Paul en veut pour preuve l’histoire du grand prophète Élie, qui avait l’impression à son époque que tout le peuple de Dieu s’était détourné de Dieu, sauf lui, Élie. Mais Dieu lui dit : « Non, non, en fait je me suis réservé sept mille hommes, qui sont restés fidèles. » (v. 4) Littéralement : « Je me suis mis en réserve, j’ai gardé pour moi. »

Notez bien que le texte ne dit pas que « sept mille hommes se sont réservés pour Dieu », ou que « sept mille hommes ont fait le choix de ne pas être infidèles afin d’appartenir à Dieu. » Le texte met l’accent sur le fait que c’est Dieu qui a réservé ces hommes pour lui-même. Et c’est pourquoi Paul appelle ces gens juste après : « le reste selon l’élection de la grâce. »

Et il dit que « dans le temps présent » (c’est-à-dire à son époque), il y a une situation équivalente. Là aussi, il y a une grande partie du peuple visible de Dieu, qui fait l’objet de la condamnation de Dieu, mais il y a aussi une partie qui fait l’objet de sa faveur : c’est « le reste selon l’élection de la grâce ». En réponse à la question, donc : non, Dieu n’a pas rejeté son peuple au sens de tout son peuple visible, sans distinction entre les non-croyants (du peuple) et le reste fidèle. Oui, il rejette les non-croyants, mais il n’a pas rejeté les autres, comme Paul lui-même qui est un Israélite, et qui a la vraie foi en Dieu.

Vous avez compris la logique ? « Dieu a-t-il rejeté son peuple (au sens de tout son peuple visible) ? » C’est la question, ou l’objection hypothétique d’un Israélite indigné par cette éventualité. Mais la réponse de Paul : « Non, Dieu n’a pas rejeté son peuple… au sens de celui qu’il a connu d’avance. » (v. 2) Et là, Paul est en train de désigner l’ensemble des élus.

Le verbe « connaître » dans la Bible, quand c’est appliqué à la relation entre deux personnes, ça désigne habituellement quelque chose de plus que simplement une information intellectuelle. Ce n’est pas simplement que Dieu connaissait d’avance notre nom, notre adresse, notre numéro de téléphone. Connaître, c’est s’attacher à quelqu’un, c’est avoir une relation très forte et intime, qui engage les personnes. Donc pour Paul, il y a « peuple » et « peuple » : il y a tout le peuple visible de Dieu, et il y a le peuple qu’il a connu d’avance. C’est-à-dire les gens qu’il a aimés d’avance, envers qui il s’est engagé d’avance.

En fait, Paul est tout simplement en train de répéter l’argument qu’il avait formulé au chapitre 9, lorsqu’il avait répondu à l’objection : « Mais s’il y a tous ces Israélites qui ne sont pas sauvés, est-ce que ça veut dire que Dieu ne tient pas ses promesses ? » Et la réponse de Paul avait été : « Non, ce n’est pas que la parole de Dieu soit devenue caduque. Car tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël. Dieu tient ses promesses envers Israël—c’est-à-dire envers le vrai Israël. » (Rm 9.6) Et de la même façon dans notre passage : « Est-ce que Dieu a rejeté son peuple ? » « Non, Dieu ne rejette pas son peuple—c’est-à-dire son vrai peuple. »

Et donc c’est super important de comprendre que ce n’est pas parce qu’on fait partie du peuple visible de Dieu sur la terre, qu’on a tous exactement la même relation avec Dieu. Dieu ne sauve pas tout son peuple visible, et il ne condamne pas non plus tout son peuple visible. Dieu sauve ceux qu’il a choisis. Il sauve ceux qu’il s’est réservé. Il sauve le reste selon l’élection de la grâce.

On doit vraiment faire attention de garder cette distinction à l’esprit aujourd’hui encore, si on veut éviter de tomber dans une fausse assurance. Ce n’est pas parce qu’on prend part à la vie du peuple qui est réputé être le peuple de l’Éternel sur la terre, qu’on est par conséquent, pour sûr, en bons termes avec Dieu. Parce qu’au sein de ce peuple, il y a des faux croyants, et des vrais croyants. On ne doit pas se reposer sur nos lauriers, en se disant : « C’est bon ! Je vais à l’Église, je suis baptisé et je prends la sainte cène, tout va bien pour moi ! »

Jésus a dit que le blé et l’ivraie (les mauvaises herbes) allaient pousser ensemble dans le champ du maître jusqu’au temps de la moisson (Mt 13.24-30). On doit rester humble, vigilant, prudent, et se rappeler que ce n’est pas à cause de quoi que ce soit qu’on aurait en nous que Dieu nous sauve—même pas notre membriété à l’Église Lyon Gerland ! Dieu sauve ceux qu’il a choisis. Et… il les a choisis par pure grâce !

2/ Il les a choisis par pure grâce (v. 6)

C’est le deuxième point : il les a choisis par pure grâce. Regardez le verset 6. Paul vient juste d’utiliser une expression très particulière pour désigner les gens que Dieu sauve parmi les Israélites. Il les a appelés : « le reste selon l’élection de la grâce ». Et maintenant, il veut insister sur ce dernier mot : la grâce.

Paul veut absolument insister sur le fait que l’élection de Dieu (le choix que fait Dieu de sauver certaines personnes) est un processus de pure grâce. C’est-à-dire que ce n’est pas un choix qui serait déterminé, même pour une toute petite partie, par des choses que nous, on pourrait mettre dans la balance.

Paul nous fait comprendre dans ce verset que la grâce et les œuvres sont des concepts qui s’excluent mutuellement. Les « œuvres », ça désigne nos bonnes œuvres, nos performances, nos qualités. Et Paul veut vraiment que ce soit clair dans notre esprit : si Dieu nous choisit par grâce, ça veut dire que nous, on ne contribue rien du tout à ce choix (aucune œuvre)—autrement, ce ne serait plus de la grâce.

Imaginez que je vous offre un cadeau, et que je vous dise : « Tiens, je t’ai acheté l’Institution de la Religion Chrétienne de Jean Calvin. Ça me fait plaisir ! Par contre, il faut que tu me donnes 5 EUR pour couvrir une partie du prix. » Ce n’est pas vraiment un cadeau, vous comprenez ? Ce n’est pas pure grâce. Imaginez que je vous dise : « Tiens, l’Institution Chrétienne de Jean Calvin. C’est pour toi ! Tu l’as bien mérité ! Merci pour tout ce que tu fais dans l’Église ! » Ce n’est pas pure grâce non plus, c’est plutôt un salaire, une récompense, une marque de reconnaissance. Imaginez que je vous dise : « Tiens, l’Institution Chrétienne de Jean Calvin. C’est pour toi. Qu’est-ce qu’on dit ? Qu’est-ce qu’on dit ? » Et que j’attende que vous disiez merci avant de vous donner votre cadeau, ce n’est pas non plus pure grâce !

Vous comprenez ? Dieu sauve ceux qu’il a choisis, et il les a choisis par pure grâce. Il n’a pas choisi les gens qu’il voulait sauver en fonction, ou sous condition, de choses qu’on allait faire, ou de qualités qu’on allait avoir. Dieu ne s’est pas dit, dans l’éternité, avant la création du monde : « Tiens, je vais sauver Alex. Il me plaît bien Alex, parce que je vois d’avance qu’il aura des qualités qui me seront utiles pour mon projet. Ou bien : je vois d’avance qu’il va m’aimer quand il entendra parler de moi. Ou bien : je vois d’avance qu’il va être assez intelligent pour comprendre le message de l’évangile et choisir de faire confiance à Jésus. »

Non, si nous, on met quoi que ce soit dans la balance qui contribuerait à faire que Dieu nous choisisse, ou qu’il nous ait choisis, alors « la grâce n’est plus une grâce » ! (v. 6) Vous comprenez ? En théologie, on parle de « l’élection inconditionnelle », parce que pour élire les gens qui seront sauvés, Dieu n’a pas du tout tenu compte de conditions chez ces gens pour faire son choix.

Et nous, on n’a pas l’habitude de penser comme ça, en tant qu’humains. Nous, on réfléchit beaucoup plus en termes de mérite et de performance. Par exemple, je connais quelqu’un qui a rejoint l’armée il n’y a pas très longtemps. Il a même rejoint un bataillon qui est assimilé à un groupe d’élite au sein de l’armée. Et pour rejoindre ce bataillon, il fallait passer par des tests très, très difficiles. À la fin, un des officiers a dit : « Chez nous, on prend vraiment la crème de la crème. On aime travailler avec les nouvelles recrues, parce qu’on sait que chez nous, on reçoit les meilleurs. »

Et on se dit : « Ben oui, c’est parfaitement normal. On doit se dépasser et prouver sa valeur pour accéder à l’élite. On doit performer, on doit montrer ses qualités, on doit convaincre qu’on est motivé et capable ! » Mais ce n’est pas du tout comme ça avec Dieu. Dieu sauve des gens indépendamment de quoi que ce soit qu’il y aurait chez ces gens !

Et ça, c’est la raison pour laquelle tous les Israélites ne sont pas sauvés. Écoutez bien. On pourrait se dire : « Mais pourquoi est-ce que Dieu s’est constitué un peuple visible sur la terre, si à la fin il ne les sauve pas tous ? Pourquoi est-ce qu’il y aurait cette catégorie de personnes un peu ‘intermédiaire’ : des gens qui ne sont pas complètement des non-croyants de l’extérieur, mais qui ne sont pas non plus des véritables croyants de l’intérieur ? Ce sont plutôt des non-croyants de l’intérieur ! Pourquoi cette mixité au sein du peuple visible de Dieu ? »

Eh bien voici pourquoi. C’est pour prouver que Dieu a choisi ceux qu’il allait sauver, par pure grâce. Dieu a voulu se faire connaître au monde à travers des moyens de révélation spéciale (comme les prophéties, le système des sacrifices, ou la loi d’Israël)—des moyens qui devaient être administrés sur la terre par un peuple. Dieu a dit que ce peuple serait « un royaume sacerdotal », c’est-à-dire un royaume qui aurait un rôle de médiateur auprès du reste du monde, pour faire connaître Dieu au monde. OK. Donc c’est important qu’il y ait un peuple visible de Dieu sur la terre, un peuple qui porte son nom.

Mais en même temps, Dieu ne voulait pas qu’on puisse penser, à aucun moment, que l’appartenance externe à ce peuple pouvait suffire pour être sauvé. Dieu ne voulait pas qu’on puisse penser qu’il suffisait de faire partie du peuple (du fait de son hérédité, ou du fait d’une simple adhésion formelle) pour se considérer comme « élu » au sens le plus fort du terme, parce que ça voudrait dire alors qu’on pourrait faire peser son statut ethnique ou son héritage familial ou son zèle religieux dans la balance. Et alors, la grâce ne serait plus une grâce.

Si vous vous rappelez, Paul a déjà expliqué pourquoi tout le monde dans le peuple visible de Dieu n’était pas sauvé : « Afin que le dessein de Dieu demeure selon l’élection qui dépend non des œuvres mais de celui qui appelle, il fut dit à Rébecca : L’aîné sera asservi au plus jeune. » (Rm 9.12-13)

Donc on doit être persuadé de ça aussi, vous voyez ? Dieu sauve ceux qu’il a choisis, et il les a choisis par pure grâce. Les élus n’ont aucun mérite. Et donc encore une fois, on doit s’humilier devant cette réalité. Comme l’a dit Jonathan Edwards, un prédicateur très connu du XVIIIe siècle : « Je n’ai rien contribué à mon salut sinon le péché qui l’a rendu nécessaire. » Si je suis sauvé, ce n’est pas parce que je vaux mieux que les autres. Ce n’est pas parce que je suis utile ou intelligent. Ce n’est pas parce que je suis beau ou désirable. Ce n’est pas parce que meilleur ou supérieur de quelque façon que ce soit par rapport à d’autres gens. C’est seulement, intégralement, purement par la grâce de Dieu—et cette grâce est nécessairement souveraine.

3/ Sa grâce est nécessairement souveraine (v. 7-10)

C’est le troisième et dernier point. La grâce de Dieu est nécessairement souveraine, c’est-à-dire qu’elle est accordée souverainement par Dieu, indépendamment de nous.

Regardez le texte de nouveau (v. 7-10). Paul est encore en train de mettre en évidence cette distinction au sein du peuple d’Israël entre ceux qui sont infidèles, et ceux qui sont élus, et il dit donc que les infidèles ont cherché à obtenir le salut mais qu’ils ne l’ont pas obtenu (parce qu’ils l’ont cherché de la mauvaise manière, comme Paul l’a expliqué au chapitre 10 : ils l’ont cherché par les œuvres), tandis que les élus, eux, ont obtenu le salut. Littéralement dans le texte en grec, Paul dit : « Ce qu’Israël cherche, il ne l’a pas obtenu, mais l’élection l’a obtenu. » (v. 7)

Paul veut vraiment souligner le fait, ici, que la cause première de notre salut, si on est sauvé, c’est vraiment Dieu par son décret d’élection, et pas du tout nous par quelque chose qu’on ferait. Bien sûr, il y a des causes secondes, des causes accessoires, comme le fait d’entendre l’évangile, et de répondre à l’évangile—mais ces choses-là sont les moyens que Dieu a utilisés pour nous conduire au salut. Même notre foi n’est pas la cause de notre salut. La cause repose en Dieu seulement, dans le fait qu’il a choisi les élus avant même la création du monde. Et notre foi est elle-même un don de Dieu—on va y revenir dans un instant.

Mais d’abord, on doit comprendre pourquoi la grâce de Dieu est nécessairement accordée souverainement par Dieu, indépendamment de nous. Pourquoi est-ce qu’il ne peut pas en être autrement ? Pourquoi est-ce qu’on est totalement dépendant d’une intervention souveraine de Dieu dans notre vie pour être sauvé ?

Eh bien c’est à cause de l’état dans lequel on est par nature. Dans le texte, Paul décrit la situation des gens qui ne sont pas sauvés—ce sont « les autres », comme il dit (v. 7). Et comment est-ce qu’ils sont ? Ils ont été « endurcis ». Si vous vous rappelez ce qu’on a dit il y a quelques semaines, on a vu que l’endurcissement du cœur, c’était un processus naturel pour les humains parce que notre cœur est déjà dur par nature. C’est déjà un cœur de pierre, insensible à Dieu, et il s’endurcit tant que Dieu n’y déverse pas sa grâce.

Mais cet endurcissement du cœur, Paul le décrit en des termes assez spécifiques ici, en parlant tout particulièrement de l’incapacité que ça entraîne chez les non-croyants de voir, d’entendre et de comprendre la vérité.

Vous avez remarqué (v. 8-10) ? Paul va citer trois passages des Écritures, tirées des trois grandes sections de l’Ancien Testament, la loi (Dt 29.3), les prophètes (És 29.10) et les psaumes (Ps 69.23-24), pour décrire cette idée qui est commune aux trois passages : c’est que sans Dieu, on est naturellement et spirituellement aveugle, sourd et anesthésié ! On a des yeux qui ne voient pas, des oreilles qui n’entendent pas, et un esprit assoupi !

Donc vous voyez : si Dieu fait grâce, il doit nécessairement le faire souverainement, parce que nous, par nature, on ne peut pas du tout faire le premier pas vers Dieu. On est dans un genre de coma. En fait, l’image que la Bible utilise pour décrire notre état naturel, c’est qu’on n’est pas seulement dans un coma, mais qu’on est mort spirituellement. On est comme Lazare dans le tombeau, on est totalement inerte et incapable, on est même déjà en décomposition, mais Dieu peut exercer sa grâce souverainement, et il suffit d’un mot de sa part pour que la vie nous soit donnée.

Pourquoi est-ce qu’on est dans cet état ? Parce que la Bible nous explique que le genre humain est déchu, c’est-à-dire qu’on a été séparé de Dieu par notre propre faute. On a voulu vivre dans l’autonomie, indépendamment de notre créateur, mais le problème, c’est que puisque c’est ce qu’on a voulu, eh bien Dieu nous a livrés à nous-mêmes, et ça, c’est catastrophique pour nous. Parce qu’en étant séparé de Dieu, on est mort spirituellement, et qu’en étant livré à nous-mêmes, on ne fait que s’endurcir, et donc on est vraiment par nature totalement insensible à la voix de Dieu, et aveugle et sourd à la vérité.

Mais parce que Dieu, de toute éternité, a choisi de sauver des gens, il a mis en œuvre les moyens de leur salut. Il s’est approché par Jésus-Christ, l’homme parfait, qui a vécu dans l’obéissance parfaite à Dieu, et qui s’est offert en sacrifice sur la croix pour prendre sur lui la peine des péchés des gens que Dieu voulait sauver, et en régler une fois pour toutes le prix. Il est ressuscité le troisième jour en vainqueur, au profit des élus, et il est monté au ciel s’asseoir à la droite de Dieu le Père, au profit des élus.

Là-haut, il intercède pour les élus. Il leur prépare une place dans son royaume. Et en attendant, cette bonne nouvelle est annoncée dans le monde entier, conformément aux ordres de mission que Jésus a donnés à ses disciples avant de les quitter.

Et aujourd’hui, cette bonne nouvelle vous est annoncée aussi, et elle est assortie d’une invitation : tournez-vous vers Dieu, placez votre confiance en Jésus, et vous serez sauvé. Est-ce que vous comprenez ce message ? Est-ce que vous êtes sensible à ce message ? Est-ce que vous voyez la lumière ? Est-ce que vous êtes attirés par Jésus ? Est-ce que vous avez envie de vous reposer de vos œuvres, et de vous reposer en lui ? Est-ce que vous désirez qu’il vous soulage du fardeau de vos performances qui vous tyrannisent et qui ne vous permettront jamais d’accéder à Dieu, et est-ce que vous voulez à la place vous réfugier en Jésus et compter seulement sur lui pour votre salut ?

Je ne peux pas répondre à ces questions à votre place, mais si la réponse est sincèrement oui, alors ça veut dire que Dieu vous a ressuscité spirituellement, il a éclairé votre intelligence, il vous a donné des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Bref, il vous a donné la foi. Il a exercé sa grâce souverainement, alors que par nature, vous étiez absolument insensible à Dieu. Si vous regardez à Jésus-Christ et que vous vous voyez en lui, c’est l’indication que vous êtes sauvé, et que vous êtes élu.

Oui, même la foi est un don de Dieu. « C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » (Ép 2.8-9) Ou encore : « Il vous a été fait la grâce non seulement de croire en Christ, mais encore de souffrir pour lui. » (Ph 1.29).

Vous comprenez ? La grâce de Dieu est nécessairement souveraine, elle est accordée souverainement par Dieu, indépendamment de nous, parce que nous, sans la grâce de Dieu, on est morts spirituellement. On a besoin que Dieu fasse tout pour nous : qu’il nous choisisse dans l’éternité, qu’il envoie son Fils mourir et ressusciter pour nous, qu’il mobilise tous les moyens pour nous conduire à lui, qu’il régénère notre cœur et qu’il réveille notre esprit, qu’il nous donne la vue et l’ouïe pour voir la vérité et entendre et comprendre l’évangile, et qu’il nous donne même la foi—parce que toutes ces choses ne peuvent pas venir de nous-mêmes.

On n’est pas dans la situation de quelqu’un qui voudrait acheter un objet super cher et qui a un peu d’argent mais pas assez—mais heureusement, quelqu’un d’autre vient compléter ce qui nous manque. Non, en fait on n’a pas « un peu d’argent » devant Dieu—on est au contraire infiniment endetté. On n’est pas non plus dans la situation de quelqu’un qui voudrait gravir une montagne et qui arrive à en faire une partie du chemin, mais heureusement quelqu’un arrive d’en-haut et vient nous porter pour qu’on puisse arriver au sommet. Non, en fait on n’est même pas capable de faire une partie du chemin vers Dieu, non seulement on n’est est pas capable, mais en plus on n’en a pas envie !

On n’est même pas dans la situation d’un naufragé dans la mer à qui on enverrait une bouée et qui serait libre de la saisir ou non. Et à la fin, qui pourrait dire : « Oui, j’ai eu la présence d’esprit de saisir la bouée. J’ai eu les forces nécessaires pour m’y agripper. » Non, en fait on est déjà sous l’eau et notre intelligence est altérée et on repousse la bouée parce qu’on n’en veut pas. Mais Dieu nous sauve quand même.

Dieu sauve ceux qu’il a choisis ; il les a choisis par pure grâce ; et sa grâce est nécessairement souveraine. Parce que nous, on est absolument perdus sans Dieu.

Et on a vraiment besoin de comprendre tout ça pour que la fameuse devise du protestantisme historique ait tout son sens : d’après les Écritures seules, on est sauvé par la grâce seule par le moyen de la foi seule en Jésus-Christ seul, pour la gloire de Dieu seul.

Vous voyez donc que toute la moralité de ce passage, finalement, en réponse à cette indignation de certains Israélites qui n’arrivaient pas à imaginer que Dieu puisse rejeter son peuple, c’est que certes, Dieu ne rejettera jamais les gens qu’il a choisis de sauver—mais ! Il faut bien réaliser qu’il ne choisit pas de sauver des gens en fonction d’une quelconque qualité qu’il y aurait en eux.

Et ça, vraiment, ça doit informer notre vie de piété, par exemple. On doit s’approcher de Dieu dans la prière avec une infinie reconnaissance pour sa grâce. Il a tout fait pour nous, on n’a aucun mérite à faire valoir, on n’a aucune raison de se vanter. Quelle chance de connaître Dieu, quel privilège incroyable ! Quelle chance de pouvoir lui rendre un culte en esprit et en vérité chaque dimanche—ce n’est pas parce qu’on est plus intelligent que les autres ! C’est parce que Dieu est venu nous chercher dans le bourbier où on était par notre propre faute.

Et ça doit aussi informer notre relation avec notre prochain. On n’est pas supérieur aux autres. Quelle insulte à la grâce de Dieu que d’aborder les gens avec arrogance—que ce soit d’autres chrétiens ou des non-chrétiens—comme si on valait mieux qu’eux ! Si on connaît la vérité (et on la connaît, la vérité), ce n’est pas du tout le fruit de notre intelligence. C’est seulement l’effet de la grâce souveraine de Dieu dans notre vie. À lui seule la gloire—et nous, nous devons vivre dans l’humilité et la reconnaissance.

John Newton était un esclavagiste au XVIIIe siècle, qui s’est converti et qui a milité ensuite pour l’abolition de l’esclavage. Il a aussi composé le cantique Amazing Grace. Il a dit :

« Parmi tous ceux qui prennent part à des débats, nous qui sommes réputés calvinistes, nous sommes les plus expressément liés par nos propres principes à l’exercice de la douceur et de la modération. »

On doit vraiment prendre à cœur cette parole, mes amis, si on croit à la doctrine de l’élection !

Je termine avec deux autres citations. D’abord notre confession de foi :

« Avant que ne soit posé le fondement du monde, Dieu a choisi en Christ, selon son dessein éternel et immuable, et selon le conseil secret et le bon plaisir de sa volonté, les êtres humains prédestinés à la vie et à la gloire éternelle. Il l’a fait par sa seule et pure grâce, par amour, et non par une considération préalable de leur foi, ou de leurs bonnes actions, ou de leur persévérance, ou de quelque autre condition ou cause que ce soit ; le tout à la louange de sa grâce glorieuse. » (Westminster III.5)

Enfin l’apôtre Paul dans un autre passage, qui va exactement dans le même sens.

« Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et sans défaut devant lui. Dans son amour, il nous a prédestinés par Jésus-Christ à être adoptés, selon le dessein bienveillant de sa volonté, pour célébrer la gloire de sa grâce qu’il nous a accordée en son bien-aimé. » (Ép 1.4-6)

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