Tout l'Israël de Dieu sera sauvé

Par Alexandre Sarranle 23 octobre 2022

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, je trouve que les gens qui se disent chrétiens (et j’en fais partie) ont tendance à prendre un peu trop à la légère ce titre qu’ils portent, et la place et le rôle que ça leur confère, normalement, dans le monde et dans l’histoire.

Il n’y a pas très longtemps, on a attiré mon attention sur un sondage tout récent qui portait sur les Français et la religion. D’après ce sondage, parmi les gens qui se disent chrétiens en France, 92% vont à l’église moins d’une fois par mois. 75% jamais. Bon, nous, ce matin, manifestement, on ne fait pas partie de ceux qui ne vont jamais à l’église ! Mais pour autant, est-ce qu’on a vraiment pris la mesure de l’éminence de notre vocation, si on se dit chrétien ?

Être chrétien, c’est quoi ? Est-ce que c’est simplement qu’on a une relation personnelle avec Dieu, on prie régulièrement, on a une Bible dans sa chambre, on va à l’église quand on n’a rien d’autre à faire le dimanche, on écoute un peu de louange dans la voiture, on a un verset biblique en poster à la maison—et puis voilà ? On est chrétien comme on est dentiste ou ingénieur, de gauche ou de droite, amateur de rock ou de jazz, bref, c’est la case « religion » de notre CV, à côté de la case « situation matrimoniale », « profession », et « hobbies ».

Est-ce qu’on se rend compte à quel point notre appartenance au peuple de Jésus-Christ, c’est quelque chose d’incroyablement significatif—un truc absolument inouï ? Et est-ce qu’on est prêt à en tirer les conséquences pour notre vie quotidienne ; ou bien est-ce qu’on a un rapport un peu léger, un peu nonchalant, un peu suffisant, à la religion qu’on prétend être la nôtre ?

C’est la question qui est soulevée dans le passage de la Bible qu’on va regarder ensemble dans quelques instants. On est en train d’étudier cette fameuse lettre que l’apôtre Paul a écrite à la communauté de chrétiens qui habitaient dans la ville de Rome au premier siècle.

Et il faut que je vous donne quelques explications avant de lire le texte, pour bien comprendre ce qui se passe. Dans le contexte, Paul est en train de discuter du fait que beaucoup d’Israélites à son époque ont rejeté le messie, et donc qu’ils ont rejeté aussi ce que le messie était venu leur offrir, c’est-à-dire le salut. L’expression que Paul a employée dans un passage précédent, c’est que les Israélites se sont « heurtés à la pierre d’achoppement » (Rm 9.32). L’image, c’est de se prendre les pieds dans un rocher et de trébucher.

Parallèlement à ça, Paul a dit que beaucoup de non-Israélites, eux, ont cru au messie, et donc ils ont reçu ce que le messie pouvait leur donner, c’est-à-dire le salut. Et devant cette réalité, si vous vous rappelez bien, Paul avait soulevé une objection hypothétique, en se mettant à la place d’un Israélite qui serait indigné que Dieu puisse apparemment rejeter le peuple qui était son peuple dans l’histoire. « Quand même, on est des Israélites ! Dieu a-t-il rejeté son peuple ? » Et on a vu les explications de Paul la semaine dernière.

Or maintenant, Paul va se mettre à la place, non plus d’un Israélite, mais d’un non-Israélite (c’est-à-dire d’un « païen »). Et il va poser une nouvelle question hypothétique, et ça va aussi être l’expression d’une certaine suffisance—mais cette fois, la suffisance d’un non-Israélite.

En gros, la question, ça va être ça : « Du coup, si globalement les Israélites ont rejeté le messie, est-ce que ça veut dire qu’ils sont fichus maintenant ? Est-ce qu’ils ont trébuché afin de tomber définitivement ? Est-ce qu’ils sont maintenant éliminés de la compétition, et c’est nous, maintenant, les païens convertis, qui sommes les favoris dans la course au titre ? Est-ce que Dieu nous a pris pour qu’on remplace les Israélites dans l’histoire ? »

Et donc Paul va répondre à ça, de manière à corriger ce sentiment-là qui s’apparente aussi à de la suffisance. Paul veut faire mesurer aux païens convertis combien leur vocation en tant que chrétiens est absolument inouïe—justement en leur rappelant quelle est, en fait, leur relation aux Israélites, et ce n’est pas du tout une relation de remplacement. Ils ne sont pas du tout supérieurs. Et ils ne devraient pas du tout prendre cette réalité à la légère.

Et c’est ça le rapport avec la question que je posais au début : est-ce que nous aujourd’hui, on a vraiment pris la mesure de l’éminence de notre vocation (de sa gravité, de sa solennité, de sa véritable nature qui est extrêmement significative)—est-ce qu’on a pris la mesure de l’éminence ou de la gravité de notre vocation si on se dit chrétien, c’est-à-dire si on se revendique du Dieu de Jésus et de la Bible, qui est le Dieu d’Israël ? Ou bien est-ce qu’on est tombé un petit peu dans une forme de suffisance ? Et la réponse à ça, se trouve justement dans notre relation aux Israélites, comme on va le voir dans ce passage.

Et voici toute la leçon de ce passage : c’est que Dieu n’a pas changé de plan, il n’a pas changé de peuple, il n’a pas changé de promesses—Dieu est en train de sauver son peuple, au complet, il poursuivra ce projet jusqu’à son parfait achèvement, et nous, si on est chrétien, on fait partie de ce projet divin plurimillénaire—et ça devrait nous stupéfier, et nous maintenir constamment dans l’humilité et dans l’adoration !

Une vocation à prendre avec sérieux (v. 11-15)

Donc toute la portée de ce passage, vous l’avez compris, c’est de nous montrer combien notre vocation en tant que chrétiens est absolument inouïe. C’est de nous montrer qu’on fait partie d’un projet divin plurimillénaire, un projet que Dieu est en train de conduire à son achèvement ; et cette réalité, elle devrait nous stupéfier et nous maintenir constamment dans l’humilité et dans l’adoration. Oui, Dieu est en train de sauver son peuple, au complet, comme il l’a prévu et comme il l’a promis, et nous on fait partie de ce projet !

Premièrement, donc : notre vocation, on doit la prendre avec sérieux. Regardez le texte (v. 11-15). La première chose que Paul nous explique, c’est que si on est des chrétiens issus des peuples non-Israélites (et c’est le cas de la plupart d’entre nous), eh bien, on doit reconnaître avec beaucoup d’humilité la place qu’on occupe dans le plan de Dieu.

En gros, Paul dit que Dieu a utilisé l’incrédulité des Israélites (qui lui ont tourné le dos) pour présenter son salut aux non-Israélites ; et ensuite, que Dieu compte utiliser l’inclusion des non-Israélites pour attirer à lui les Israélites (qui lui ont tourné le dos) ! Vous avez suivi ?

Paul en parle en termes de « jalousie ». Il dit que Dieu veut rendre jaloux les Israélites qui ont rejeté le messie. Paul dit que c’est pour ça, d’ailleurs, que lui-même « glorifie » son ministère en tant qu’apôtre « des païens » : c’est-à-dire qu’il en parle ouvertement, avec conviction, avec enthousiasme, devant tout le monde, pour donner envie aux Israélites.

Un peu comme si Paul avait un nouvel iPhone et qu’il le sortait tout le temps de sa poche pour prendre des photos, et pour discuter avec ses amis, exprès pour crâner, pour que les gens le voient et qu’ils aient envie d’avoir le même.

Ou bien c’est un peu comme si on vous avait proposé de faire une rando avec un VTT électrique, mais vous avez dit : « Non merci, ça va aller, je n’en ai pas besoin ! », mais que votre conjoint, lui (ou elle), il ait pris le VTT électrique, et que après une heure de montée, vous ayez finalement des regrets parce que vous pouvez voir la différence chez votre conjoint. Ça vous donne envie !

Et donc Paul explique que par ce processus qui consiste à rendre les Israélites envieux par le moyen du salut des non-Israélites, eh bien Dieu a pour projet de sauver des Israélites (et non pas de les laisser tomber)—et à chaque fois qu’un Israélite est sauvé, c’est comme « une vie d’entre les morts » (v. 15), c’est-à-dire que c’est tellement réjouissant et merveilleux ! On se rappelle, n’est-ce pas, au début du chapitre 9, à quel point Paul était affecté d’une « grande tristesse » et d’un « chagrin continuel dans le cœur » parce qu’il y avait tellement d’Israélites qui avaient rejeté Dieu (cf. Rm 9.1-5). Alors c’est tellement réjouissant quand il y en a « quelques-uns » (v. 14) qui sont réintégrés dans la communauté des gens qui sont sauvés !

Donc vous voyez : les chrétiens d’origine non-Israélite, ils ont une vocation à prendre avec énormément de sérieux. 1/ Parce que leur vocation leur est parvenue par le moyen du trébuchement des Israélites. Et 2/ parce que leur vocation est le moyen de réattirer les Israélites à Dieu jusqu’à ce que la « plénitude » des Israélites soit atteinte (v. 12)—c’est-à-dire jusqu’à ce que tous les Israélites que Dieu veut sauver le soient.

Donc vous comprenez ? C’est hyper important, ce qui se passe. Si nous, on est d’origine païenne (comme c’est mon cas), et si Dieu nous a appelé à lui et nous a donné le salut (comme c’est mon cas aussi), eh bien on doit reconnaître avec beaucoup d’humilité—beaucoup de sérieux—la place qu’on occupe dans le plan de Dieu. Est-ce que vous vous en rendez compte ?

En fait, Dieu est en train de réaliser à travers nous, aujourd’hui, une des stipulations du contrat d’alliance que Dieu avait conclu avec les Israélites il y a plus de trois mille ans à l’époque de Moïse, quand il avait dit que si les Israélites un jour devaient exciter la jalousie de Dieu en se détournant de lui et en se tournant vers des faux dieux, alors Dieu à son tour exciterait leur jalousie en se détournant d’eux et en se tournant vers d’autres peuples (Dt 32.21).

Alors vous comprenez, c’est hyper grave et significatif, ce qui se passe, quand nous, des païens pour la plupart, on se réunit au nom de l’Éternel, le Dieu d’Israël, comme ce matin, pour lui rendre un culte et pour nous incliner devant Jésus-Christ, le messie d’Israël. On ne doit pas prendre ça à la légère. Ce n’est pas du tout anodin. C’est sérieux !

D’une part, parce que la « défaite » des Israélites a été notre « richesse » (v. 12). L’Église chrétienne dans toutes les nations a été bâtie sur les ruines du temple de Jérusalem, pourrait-on dire. L’Église Lyon Gerland s’élève au milieu des tombeaux des Israélites incrédules—c’est ainsi que Dieu l’a voulu, et on ne devrait probablement pas faire les marioles au milieu de ce cimetière qui a permis à l’Évangile de se propager aux nations. C’est sérieux.

Mais c’est sérieux d’autre part, parce que notre inclusion en tant que païens dans l’alliance avec l’Éternel, et le culte qu’on lui rend au nom de Jésus le messie, c’est un témoignage rendu encore aujourd’hui aux Israélites. L’Éternel est vivant. Le messie d’Israël est venu. Les Israélites peuvent encore se confier en lui. Ils peuvent être sauvés.

Mais quand les Israélites nous regardent, est-ce que ça leur donne envie ? Qu’est-ce qu’ils voient ? Est-ce qu’ils voient de la nonchalance, de la suffisance, de la frivolité, comme si on n’était pas vraiment le peuple de l’Éternel, comme si on ne prenait pas vraiment au sérieux la sainte alliance qu’il a voulu conclure avec son peuple, comme si parfois, on avait des intérêts plus importants que ça ? On doit y réfléchir, à ça.

Notre vocation, voyez-vous, on doit la prendre avec sérieux.

Une vocation à prendre avec crainte (v. 16-24)

Deuxièmement : notre vocation, on doit la prendre avec crainte (v. 16-24). Maintenant, ce que Paul nous explique, c’est que si on est des chrétiens issus des peuples non-Israélites, notre relation à Dieu n’est pas substantiellement différente de ce qu’elle a toujours été pour le peuple de Dieu dans l’histoire. Et si c’est vrai, eh bien on doit s’assurer avec beaucoup de précaution et de vigilance de ne pas chercher à obtenir la faveur de Dieu par nos qualités propres ou par nos performances, mais plutôt et seulement par le moyen de la foi.

Paul va employer une métaphore en particulier pour nous expliquer cette réalité. C’est la métaphore d’un arbre—un olivier—où il y aurait des branches qui ont été retranchées (ça, ça représente les Israélites incrédules), et d’autres branches qui ont été greffées dessus (ça, c’est les gens issus des nations : des non-Israélites qui se rattachent au peuple visible de Dieu). Et ce que Paul veut vraiment nous faire comprendre, c’est que les uns et les autres, on est rattaché à la même racine, et on est alimenté par la même sève.

Il y a donc une unité organique dans le peuple visible de Dieu, depuis que le peuple de Dieu existe dans l’histoire. Dieu n’a pas déraciné un arbre pour en planter un nouveau. C’est le même arbre, les mêmes racines, la même sève.

Et donc ce que ça veut dire, c’est que la vie de l’arbre est la même. Les règles d’inclusion et de retranchement sont les mêmes. On peut faire partie de l’arbre pendant un temps et être finalement retranché si on n’a pas la foi—inversement, on peut être séparé de l’arbre et finalement être greffé dessus si on a la foi. Israélites et non-Israélites, vous voyez : les deux sont logés à la même enseigne.

Imaginez qu’on vous invite un jour à un événement très prisé, très chic, super luxueux, où il y aura toute la jet set lyonnaise, tapis rouge, champagne, foie gras, voitures de luxe, paparazzi… Et on vous dit : « Il y a eu un désistement, donc cette invitation est pour vous, gratuitement. » J’imagine que vous vous sentiriez vraiment privilégié, non ? Vous pourriez vous dire : « Waouh quelle chance ! Je n’ai jamais été à un truc pareil, ça va être une expérience géniale ! » Et tout naturellement, vous allez vous mettre sur votre 31, non ? On vous a offert la place d’un VIP, vous n’allez pas y aller n’importe comment, en tongs et en t-shirt, mal rasé, sans vous être brossé les dents, comme si vous vous en fichiez un peu du truc ?

Non, vous allez être vigilant, vous allez faire attention, vous allez être soigneux—la Bible emploierait le terme de crainte ou de vigilance. Et la crainte ou la vigilance quand on est admis dans le peuple visible de Dieu, quand on est greffé à l’olivier—la crainte ou la vigilance, ça consiste à s’assurer qu’on s’approche de Dieu humblement, par le moyen de la foi, et pas de manière nonchalante, insouciante, ou suffisante.

Jésus a utilisé une illustration similaire, quand il a raconté l’histoire de gens qui avaient été invités à des noces parce que les premiers invités ne voulaient pas venir. Et donc des gens sont venus pour occuper les places VIP qui avaient été laissées libres par les premiers invités qui, eux, s’étaient désistés. Mais voilà, parmi ces gens-là, il y en avait un qui n’avait pas mis un habit de noces, et à la fin il s’est retrouvé pieds et mains liés, et jeté dehors dans les ténèbres où il y aura des pleurs et des grincements de dents ! (Mt 22.1-14)

Et le sens de cette histoire, c’est qu’en fait, on ne s’approche jamais de Dieu, en fin de compte, autrement que par le moyen de la foi. L’habit de noces, c’est le symbole de la prise de conscience qu’on est invité à venir d’une certaine manière. Et cette manière, c’est par le moyen de la foi. C’est-à-dire en ne nous appuyant pas sur nous-mêmes, sur nos qualités, sur nos efforts, sur nos mérites, mais seulement sur Jésus-Christ.

Tout ça, ça a déjà été expliqué par Paul dans sa lettre, et donc quand il parle de la foi (v. 20), et de la bonté et de la sévérité de Dieu (v. 22), il y a plein de choses qui sont présupposées. Paul a déjà expliqué que tous les humains sans distinction étaient séparés de Dieu spirituellement par leur propre faute, et que tous les humains sans distinction étaient destinés à être jugés par Dieu qui est parfait, pur et saint, et donc que personne dans son état naturel ne pouvait soutenir un tel jugement.

Mais il a aussi expliqué que Dieu a voulu sauver des humains en devenant un humain lui-même et en accomplissant lui-même, en tant qu’humain, toutes les exigences de sa loi. Il a fait ça par Jésus-Christ, l’homme parfait, qui s’est substitué aux croyants pour, d’une part, prendre sur lui la peine des péchés des croyants, et d’autre part, pour leur imputer sa justice en échange. Cet échange s’est opéré à la croix où Jésus a souffert et où il est mort.

Mais il est ressuscité le troisième jour en vainqueur sur la mort, de manière à sceller une fois pour toutes le salut de tous ceux qui placent leur confiance en Dieu sur la base de ses promesses—c’est-à-dire tous les croyants de tous les temps, ceux qui auront vécu avant la venue de Jésus et ceux qui auront vécu après.

Alors en venant à l’Église Lyon Gerland ce matin, vous n’êtes pas venus trouver la jet set lyonnaise, le tapis rouge, le champagne, le foie gras, les voitures de luxe, ou les paparazzi, mais en revanche, vous êtes bien à la place d’un VIP. Vous êtes dans une réunion du peuple saint du Dieu unique et vivant, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Et il n’y a jamais eu qu’une seule condition pour vous approcher de lui : c’est la condition de la foi qui consiste seulement à lui faire sincèrement confiance et à vous reposer de tout votre poids sur lui, car il vous présente le pardon de vos péchés, et la vie éternelle, par sa grâce, à un prix qu’il a voulu payer lui-même. Est-ce que vous avez reçu ce cadeau ?

C’est une application importante de ce point. Autre application : si on participe à la racine et à la sève de l’olivier, est-ce que vous comprenez pourquoi c’est si important pour nous (réformés évangéliques, dans la continuité historique et théologique de la Réforme protestante du XVIe siècle)—pourquoi c’est si important pour nous d’administrer le baptême chrétien aux enfants de l’Église ? Si jamais personne n’a été sauvé autrement que par le moyen de la foi, et si depuis l’époque d’Abraham, le signe de la justification par la foi doit être donné aux adultes qui rejoignent le peuple de Dieu par choix et aux enfants qui naissent directement dans le peuple de Dieu (Rm 4.11), comment est-ce qu’on pourrait maintenant priver les enfants du signe de leur inclusion dans le peuple, sans que ce soit pratiquement un reniement de la continuité organique de l’alliance de grâce, dont Paul nous parle ici ?

Autre application : est-ce que vous comprenez pourquoi pour nous toujours, réformés évangéliques, la loi morale de l’Ancien Testament est encore d’actualité, et pourquoi on a le devoir de l’enseigner dans l’Église ? Les Dix Commandements qui sont le sommaire (le résumé) de la loi, ont été donnés au peuple par Moïse, et ils sont encore pour nous aujourd’hui. Non pas pour qu’on gagne la faveur de Dieu en les observant (ça n’a jamais été leur but—et on n’a jamais été sauvé autrement que par le moyen de la foi seule), mais pour qu’on sache comment vivre au service de Dieu dans la reconnaissance à Dieu pour sa grâce.

Et ça nous amène à une autre application de ce point : si dans notre rapport à Dieu et dans notre vie chrétienne on a tendance à être un peu nonchalant, à prendre tout ça à la légère, est-ce que ce ne serait pas parce qu’on se repose sur nos lauriers, justement, en se disant que puisqu’on est sauvé par la grâce, rien n’est grave, finalement, rien n’est très important—mais ça, est-ce que ce ne serait pas justement une forme de suffisance qui serait contraire à la foi ?

Au lieu de prendre notre vocation à la légère, je ne propose pas de faire des efforts et de l’activisme ; ce que j’oppose à la nonchalance, c’est plutôt l’amour. C’est sûr qu’on n’a rien à accomplir pour être sauvé ; en revanche, si on a vraiment conscience que notre salut repose seulement sur Jésus-Christ, on devrait alors logiquement être fasciné par lui, « pressé » par son amour, et on devrait adorer le contempler et le prier et apprendre à le connaître davantage. Et c’est par ce moyen que l’assurance de notre salut va augmenter—une humble assurance qui s’appuie sur Jésus-Christ plutôt qu’une assurance présomptueuse qui s’appuie sur nous-même.

Une vocation à prendre avec reconnaissance (v. 25-32)

Ce deuxième point a été long, passons au troisième point ! Troisièmement : notre vocation, on doit la prendre avec reconnaissance (v. 25-32). Dans ces versets, ce que Paul nous explique, c’est que si on est des chrétiens issus des peuples non-Israélites, eh bien en recevant le salut, on est intégré au peuple unique et spécial de Dieu, le peuple que Dieu est en train de se constituer pour lui, et qui sera le sien pour toute l’éternité.

Alors j’avoue que ces quelques versets (v. 25-26 en particulier), c’est un passage compliqué, qui a fait couler beaucoup, beaucoup d’encre, et qui a donné lieu à pas mal d’interprétations assez différentes. Paul utilise un terme particulier ici, pour qualifier ce qu’il est en train de dire : c’est un « mystère », dit-il. Un mystère dans la Bible, ce n’est pas quelque chose de difficile à comprendre, mais c’est quelque chose qui n’était pas très clair auparavant, et qui maintenant est devenu plus clair. Quelque chose qui était voilé, et qui maintenant est dévoilé.

Qu’est-ce que c’est que ce mystère, alors, dans le texte ? C’est qu’il y a « endurcissement partiel d’Israël jusqu’à ce que la plénitude des païens soit entrée. Et ainsi tout Israël sera sauvé. » Alors, avec un certain nombre d’autres commentateurs beaucoup plus intelligents que moi, je pense que ce que Paul est en train de dire, c’est que le projet de Dieu qui consiste à sauver un peuple par la puissance de l’Évangile, par le moyen de la foi, est en train de se réaliser précisément par l’endurcissement partiel d’Israël et par l’inclusion des païens, qui elle-même est venue par l’endurcissement d’Israël.

Autrement dit : le mystère, c’est que Dieu a un nombre exact de païens qu’il veut sauver, et qu’il va les sauver, et qu’il va les intégrer pleinement à son peuple racheté, et qu’en faisant ça, en prenant le nombre complet des Israélites élus (la plénitude des Israélites, v. 12), et le nombre complet des non-Israélites élus (la plénitude des païens, v. 25), Dieu est en train de constituer ce peuple unique, cette famille de Dieu, cette cité céleste, cette humanité nouvelle, que Paul appelle ici : « tout Israël ».

Je vous rappelle que cette grande section de la lettre de Paul avait commencé par cette affirmation : « Tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël » (Rm 9.6), et maintenant, à la fin de cette section, Paul nous explique comment « tout cet Israël-ci, et non cet Israël-là » sera sauvé, c’est-à-dire comment le véritable Israël de Dieu sera sauvé. Comment ? C’est par l’endurcissement partiel de l’Israël terrestre, et l’inclusion dans l’Israël céleste de tous les païens que Dieu veut sauver. Ce peuple, c’est celui que Paul appelle « l’Israël de Dieu » dans un autre passage du Nouveau Testament (Ga 6.16).

Dans un autre passage encore, Paul dit :

« Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance des fils des hommes dans les autres générations, comme il a été révélé maintenant par l’Esprit à ses saints apôtres et prophètes : les païens ont un même héritage, forment un même corps et participent à la même promesse en Christ-Jésus par l’Évangile. » (Ép 3.5-6)

Donc pour faire simple. La question sous-jacente à toute cette section de la lettre, c’était : comment ça se fait que tant d’Israélites ne sont pas sauvés alors qu’il leur appartenaient l’adoption, la gloire, les alliances, la loi, le culte, les promesses, les patriarches et le messie ? Est-ce que le plan de Dieu a échoué ? Et finalement la conclusion de Paul à la fin de cette section : non, non, non, pas du tout, au contraire ! Par le salut des élus-issus-des-Israélites et des élus-issus-des-nations, ainsi tout l’Israël de Dieu sera sauvé.

C’est comme si on regardait un film de Christopher Nolan. On assiste à des événements qui se succèdent dans l’histoire, et on arrive assez bien à suivre, mais quand même, il y a certaines questions qu’on n’arrive pas à résoudre. Et puis arrive un moment où enfin on a une information hyper importante qui nous permet de comprendre tout ce qui est en train de se passer. Et là on a notre cerveau qui explose, vous savez, comme dans ces petits emojis qu’on voit parfois. Parce que là on se rend compte que l’histoire est parfaite, que tout a du sens, que le réalisateur nous a amenés exactement là où il voulait, et que tout était prévu et réfléchi depuis le départ. Et à la fin du film on reste scotché dans notre siège, dans l’admiration.

Et c’est ce qu’on a ici dans notre texte. Le plan de Dieu est parfait, et on le comprend mieux maintenant. Oui, c’est bizarre, les Israélites sont ennemis et amis en même temps (v. 28), mais c’est parce que le salut des païens est venu par leur opposition à l’Évangile (donc ennemis), mais en même temps le salut des païens vient des Juifs puisque le libérateur est venu de Sion (donc amis). Le salut des païens consiste à entrer dans la nouvelle alliance qui était promise à Israël. Les païens sont intégrés à l’Israël de Dieu, ils reçoivent l’héritage promis à Israël, la substance de l’alliance, l’objet des promesses de Dieu, tout comme les Israélites qui ont la foi.

Puisque les dons gratuits et l’appel de Dieu sont irrévocables (v. 29), Dieu n’a pas fait table rase, comme on dit, pour tout recommencer à zéro. Le salut des païens, c’est leur inclusion dans l’alliance de grâce avec les Israélites qui ont la foi, et ce n’est pas le remplacement des Israélites par les païens. Dieu demeure parfaitement fidèle à son alliance, et tout ce qu’il a promis à Israël par la venue du messie, il va le donner à son peuple qui fait tout entier l’objet de sa miséricorde—Israélites et non-Israélites réunis, sauvés par grâce, en vertu de Jésus-Christ, par le moyen de la foi.

Donc notre vocation, on doit la prendre avec reconnaissance, notamment si on est des croyants issus des nations (des peuples non-Israélites). Dieu nous a ouvert son royaume. Il nous a greffés sur l’olivier. Nous sommes l’Israël de Dieu, en communion spirituelle avec tous les croyants véritables de toute l’histoire, Israélites et non-Israélites réunis.

Et si tel est l’Israël de Dieu, le véritable Israël que Dieu est en train de sauver, alors ça a des répercussions notamment dans notre rapport à Israël aujourd’hui en tant que nation ou en tant qu’ethnie. On devrait se méfier tant de l’Israélomanie que de l’Israélophobie !

On n’est pas des Israélophobes, parce que justement, notre libérateur est venu de Sion. On aime Israël, par qui notre salut est venu. On aime Israël parce que nous, par la miséricorde de Dieu, on a été intégré au peuple saint de Dieu et on est entré au bénéfice des promesses faites à Israël. L’Église chrétienne n’a pas remplacé Israël, mais l’Église chrétienne représente la continuité du véritable Israël, constitué de croyants Israélites et de croyants issus des nations.

On n’est pas des Israélophobes, mais on n’est pas non plus des Israélomaniaques. D’abord, parce que l’État d’Israël aujourd’hui, ou l’Israël ethnique, ce n’est pas la même chose que l’Israël selon l’alliance. On n’a pas été greffé à un régime politique ou à un groupe ethnique—on a été greffé au peuple qui invoque le nom de l’Éternel et qui prête allégeance au messie de l’Éternel, à savoir Jésus-Christ. Ça veut dire qu’on n’est pas du tout appelé à essayer de revenir aux origines hébraïques de notre religion, en rétablissant par exemple certaines lois cérémonielles comme les fêtes religieuses d’Israël, les interdits alimentaires, les règles sur la pureté, la circoncision, et ainsi de suite, ou en observant le sabbat le samedi plutôt que le dimanche, ou en intégrant des mots hébreux dans notre vocabulaire.

On doit se méfier, en réalité, de ces mouvements qui existent et qui ont une véritable fascination pour l’Israël de l’ancienne alliance, ou pour l’État moderne d’Israël. Non, le messie est venu au premier siècle, et on est maintenant l’Israël de la nouvelle alliance, et ce n’est pas à nous, païens convertis, de chercher à retourner au régime de la loi de Moïse, ou de soutenir l’Israël moderne, c’est plutôt aux Israélites qui ont été retranchés de l’olivier de venir à Jésus-Christ, et de trouver auprès de lui leur liberté.

On a été intégré à l’Israël de Dieu, le véritable Israël, que Dieu est en train de sauver au complet, et cette vocation, on doit la prendre avec reconnaissance !

Une vocation à prendre avec émerveillement (v. 33-36)

Et mon quatrième et dernier point… ce sera tout simplement ma conclusion, en fait ! Comme c’est la conclusion de l’apôtre Paul dans ce passage ; et en réalité, c’est la conclusion des onze premiers chapitres de cette lettre. Qu’est-ce qu’on peut dire d’autre, en arrivant ici, sinon qu’on doit s’émerveiller devant le projet de Dieu et la place qu’il nous donne dans ce projet ?

Depuis le début de sa lettre, Paul a voulu présenter ce projet incroyable de Dieu qui consiste à sauver des gens de toutes origines, par la personne et l’œuvre de Jésus, et par le moyen de la foi (Rm 1.16-17). Il a voulu nous parler de l’évangile, la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec. En effet, la justice de Dieu s’y révèle par la foi et pour la foi, selon qu’il est écrit : « Le juste vivra par la foi. » Et Paul a développé cette thèse, en nous parlant successivement de l’état naturel des humains, tous pécheurs et séparés de Dieu (ch. 1-3) ; puis de la manière dont Dieu peut nous rendre justes à ses yeux par sa grâce, par le moyen de la foi, en vertu de Jésus qui s’échange avec nous (ch. 3-5) ; puis de la manière dont les croyants peuvent marcher avec Dieu et progresser dans la foi avec l’aide du Saint-Esprit (ch. 6-8) ; et maintenant, de la manière dont Dieu est en train d’accomplir son plan et de se constituer un peuple saint qui lui appartienne pour toujours, conformément aux promesses que Dieu avait faites aux patriarches au tout début de cette grande histoire—et même, conformément à son décret dans l’éternité passée, où Dieu a aimé un peuple d’avance, et où il a aimé des croyants d’avance, et où il a déterminé qu’il mettrait tous les moyens nécessaires en œuvre pour les sauver (ch. 9-11).

Oui, à l’époque de Paul, et aujourd’hui encore, Dieu est en train de sauver son peuple, au complet, il poursuivra ce projet jusqu’à son parfait achèvement, et nous, si on est chrétien, on fait partie de ce projet divin plurimillénaire—et oui, ça devrait nous stupéfier, et nous maintenir constamment dans l’humilité et dans l’adoration !

Et c’est pourquoi Paul n’en peut plus à la fin du chapitre 11, il est scotché dans son siège, sidéré par la perfection du plan de Dieu, et il laisse éclater sa louange à Dieu. Comme Dieu est grand ! Comme Dieu est sage ! Il a tout prévu, il a tout coordonné, il a tout conduit, et on n’aura pas assez de temps dans l’éternité pour louer les richesses de sa sagesse et de sa connaissance ! Tout est de lui, c’est-à-dire que tout procède de ses décrets dans l’éternité ; et tout est par lui, c’est-à-dire que tout se réalise par sa seule puissance ; et tout est pour lui, c’est-à-dire que tout vise en fin de compte sa louange dans toute l’éternité ! « À lui la gloire dans tous les siècles, amen ! »

Alors je sais qu’on a abordé des choses assez techniques ce matin. Vous avez pu trouver que c’était un peu compliqué. Mais voici ce qu’il faut surtout retenir.

Notre vocation en tant que chrétiens est absolument inouïe—elle est éminente, grave, solennelle, incroyablement significative. Et par conséquent, ce n’est pas juste une case à cocher sur notre CV, à côté de « situation matrimoniale », « profession » ou « hobbies ». Si on en prend conscience, on ne pourra pas continuer d’être nonchalants ou suffisants et de prendre tout ça à la légère. On va plutôt avoir de l’empressement.

On va être pressé d’apprendre à connaître Jésus-Christ. Pressé de venir à l’Église tous les dimanches et de participer au groupe de maison. Pressé de chanter les louanges de notre grand Dieu et Sauveur. Pressé de passer du temps avec nos amis dans la foi. Pressé de témoigner de Jésus auprès des non-croyants. Pressé de servir dans le peuple de Dieu pour l’avancement des intérêts de Dieu.

Résumons en quelques phrases tout ce que Paul nous a dit dans ce passage :

1/ Prends ta vocation avec sérieux parce que les Israélites peuvent encore être sauvés, et tu as un rôle déterminant là-dedans ; 2/ Prends ta vocation avec crainte, parce que tu as été admis à une place exceptionnelle, où la foi reste indispensable ; 3/ Prends ta vocation avec reconnaissance, parce que tu participes à la plénitude de l’Israël de Dieu, conformément au plan de Dieu ; 4/ Prends ta vocation avec émerveillement, parce que le plan de Dieu, et la place que tu y occupes, ça devrait t’émerveiller à perpétuité.

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