Des champions de la gentillesse

Par Alexandre Sarranle 20 novembre 2022

Tout comme la semaine dernière, je vais commencer ce matin par une question que je voudrais poser spécifiquement aux gens qui se disent chrétiens parmi nous. Est-ce que votre entourage dirait de vous que vous êtes quelqu’un d’exceptionnellement gentil ?

Vos collègues, par exemple. Est-ce que vous pensez qu’ils diraient : « Ah oui, lui (ou elle), il est vraiment gentil. » ? Ou bien votre patron ? Ou bien vos employés, si c’est vous le patron, ou les personnes qui sont sous votre responsabilité dans la boîte (si vous êtes cadre) ? Et que diraient vos voisins, ou les commerçants à qui vous avez affaire, ou bien vos profs à la fac ou à l’école, ou encore vos camarades de classe ?

Et que diraient les gens que vous fréquentez à l’Église ? Est-ce qu’ils diraient : « Ah, un tel (ou une telle) ! Il (ou elle) est tellement gentil ! Toujours à l’écoute, sensible, généreux, aimable, prêt à aider ; toujours patient, compatissant, disponible ; toujours dans l’encouragement, toujours à croire le meilleur des autres, toujours confiant en Dieu ! » Et que dirait votre conjoint, ou vos enfants, ou vos parents ?

Et si vous n’êtes pas encore un chrétien aujourd’hui, il est possible bien sûr que les gens vous trouvent très gentil ; mais la question que je veux vous poser à vous, c’est plutôt : « Est-ce que vous trouvez que les chrétiens que vous connaissez sont exceptionnellement gentils ? »

Je vous laisse répondre à ces questions dans le secret de vos pensées. J’espère bien sûr que si on est chrétien, on est réputé gentil. Mais je vais vous dire sincèrement : je m’inquiète de ce que dans un monde et une société de plus en plus fracturés et communautarisés—comme c’est de plus en plus le cas de nos jours—eh bien je m’inquiète que les chrétiens deviennent de plus en plus des goujats comme les autres (des gens désagréables, hautains et blessants).

Franchement, parfois je suis vraiment affligé, et profondément découragé, de voir l’attitude, le vocabulaire, le ton, les valeurs, ou la posture, de beaucoup de personnes qui se disent chrétiennes—surtout en ligne, sur des blogs, dans des podcasts, et par-dessus tout sur les réseaux sociaux. Mais aussi parfois dans des conversations IRL. Et vous savez quoi ? Le truc, c’est qu’en lisant ou en entendant ces choses, ça me renvoie très vite à mon propre cœur, à mes propres sentiments, et à ma propre faiblesse.

Le texte qu’on va lire et étudier ce matin—vous allez voir—c’est un de ces passages qui nous dresse un tableau, ou un programme, qui nous semble complètement irréaliste. C’est un de ces passages qui met la barre hyper, hyper haut pour les chrétiens. Et vous allez voir que ce passage est là pour nous dire, en effet, que si on est chrétien—si on est vraiment un chrétien—on devrait viser à être les champions de la gentillesse, ou de la bienveillance !

On est dans la suite de la lettre de l’apôtre Paul aux chrétiens de Rome, et comme je vous le disais la semaine dernière, il y a eu onze chapitres où Paul a expliqué ce que Dieu a fait pour nous sauver, par sa grâce, indépendamment de nos œuvres. Mais maintenant, à partir du chapitre 12, il a commencé à aborder les applications pratiques de tout ça. Autrement dit : si on est chrétien, si on a placé notre confiance en Dieu, si on a été sauvé par sa grâce, alors maintenant, qu’est-ce que ça devrait entraîner comme changements dans notre vie ?

Et on a vu la semaine dernière que Paul a déjà été assez radical dans les toutes premières conséquences pratiques qui—d’après lui—sont censées découler, ou résulter, de la foi. Il faut donc s’attacher totalement à Dieu, s’attacher totalement à l’Église, et s’attacher totalement au service. Bref, si on est chrétien, on ne vit plus pour soi-même mais on vit pour Dieu !

Et maintenant, Paul va poursuivre sur cette lancée, en se concentrant en particulier sur la question de nos qualités relationnelles. Et vous allez voir que oui, vraiment, les gens qui sont attachés à Jésus par la foi sont appelés à avoir des qualités relationnelles exceptionnelles.

1/ Une bienveillance authentique (v. 9-13)

Quel programme, n’est-ce pas ? Le cahier des charges d’un champion de la gentillesse ! Il y a beaucoup de choses dans ce passage, mais en gros, Paul attire notre attention sur trois choses principalement qui concernent le genre de bienveillance (ou de gentillesse) qu’on est appelé à avoir en tant que chrétiens : une bienveillance authentique, une bienveillance surnaturelle, une bienveillance conquérante. Premièrement, une bienveillance authentique.

Regardez le texte (v. 9-13). La première chose qu’on a, ici, c’est Paul qui nous décrit une certaine ambiance qui est censée exister à l’intérieur de l’Église. Paul veut que la vie de la communauté chrétienne soit caractérisée par de la bienveillance à tous les étages—une bienveillance omniprésente, mais pas contrefaite. Une bienveillance véritable et sincère.

En fait, quand on lit le texte en français, on ne se rend pas vraiment compte que le mot d’ordre de ce paragraphe, c’est la toute première chose que dit Paul, à savoir : « Que l’amour soit sans hypocrisie » (v. 9). Tout le reste du paragraphe, en fait (v. 9-13), est constitué de participes présents ou d’adjectifs. Donc littéralement, on a : « Que l’amour soit sans hypocrisie, en ayant le mal en horreur, en s’attachant au bien, affectueux en amour fraternel les uns envers les autres, en usant de prévenances réciproques, etc. »

Donc ce que Paul veut nous dire, c’est qu’on doit avoir un programme global de gentillesse authentique dans l’Église. Ce matin, on n’a pas le temps de s’arrêter sur toutes les expressions qui sont employées par Paul ici, mais on peut au moins retenir cette idée générale. Il doit y avoir de la bienveillance partout dans l’Église, une bienveillance exceptionnelle, mais ce qui est vraiment important pour Paul, c’est que cette bienveillance doit être sincère.

« Que l’amour soit sans hypocrisie. » Littéralement : un amour sans feinte, un amour qui n’est pas contrefait, qui n’est pas simulé.

Pensez à quelqu’un qui sourit, mais c’est un sourire forcé. Vous savez comment c’est : vous croisez quelqu’un à un événement quelconque, c’est quelqu’un que vous connaissez, mais c’est quelqu’un qui vous tape un peu sur les nerfs. Mais comme vous êtes poli, vous saluez cette personne en souriant. Seulement, c’est un sourire crispé, un faux sourire—on pourrait dire un sourire… hypocrite. Ou bien vous recevez un cadeau à Noël (ou à la fin de l’opération « En Avent la prière ! »), et la personne qui vous l’offre est vraiment enthousiaste, mais vous, en voyant le cadeau… eh bien… « Oh, Thérèse ! Une serpillière ! C’est formidable ! » (« Mais non, Pierre, c’est un gilet ! »)

Vous voyez ce que je veux dire ? Des fois, on force le sourire. C’est d’ailleurs un neurologue français, du nom de Guillaume Duchenne, qui a étudié, au 19ème siècle, tous les muscles et les nerfs du visage pour décrire la différence qu’il y avait entre un sourire authentique et un sourire forcé, sur le plan physiologique. Ce qu’il faisait, c’est qu’il branchait des fils électriques sur les visages de ses cobayes pour stimuler les muscles, et voilà ! Il pouvait faire faire différentes grimaces à ces gens dans son laboratoire, simplement en électrifiant les visages aux bons endroits.

Bref, tout ça pour dire qu’on peut faire semblant d’être gentil, on peut faire semblant de sourire, on peut faire semblant d’avoir de la bienveillance. Mais Paul ne veut pas qu’on fasse ça. Il veut qu’on soit authentiquement bienveillant, si on est chrétien.

En fait, quand on lit ce que dit Paul, ici, à travers cette accumulation d’exhortations (qui sont des adjectifs et des participes présent), on a vraiment l’impression qu’il veut qu’on soit bienveillants, en étant animés d’une grande ferveur. C’est comme s’il liait notre gentillesse à notre consécration. En gros, plus on va être des chrétiens fervents, plus on va être gentils.

Pour le dire encore autrement : l’amour sans hypocrisie procède d’une relation sans hypocrisie à Dieu. L’amour fervent et sincère procède d’une relation fervente et sincère à Dieu. Un peu comme les cobayes du professeur Duchenne, nous aussi on a besoin d’être branché à quelque chose : on a besoin d’être branché à l’Évangile, et en étant branché à l’Évangile, on va être électrifié par la grâce de Dieu—par « les compassions » de Dieu (cf. Rm 12.1)—et ça va stimuler exactement les bons muscles de notre âme pour qu’on produise ensuite l’amour authentique que ce passage nous appelle à produire.

Pensez-y un instant. Pendant onze chapitres, Paul nous a expliqué qu’on était tous coupables aux yeux de Dieu et passibles de sa colère pour toute l’éternité, mais que Dieu a voulu supporter lui-même le coût de notre salut, par pur amour pour nous—et qu’il a fait ça en s’approchant de nous par Jésus-Christ, en vivant une vie parfaite à notre place, en souffrant et en mourant sur la croix à notre place, et en ressuscitant le troisième jour de façon à ce que tous ceux qui lui font confiance puissent être pardonnés, et justifiés, et destinés à vivre en communion avec Dieu pour toute l’éternité.

C’est ça, l’Évangile ! C’est Dieu qui nous présente notre salut en cadeau. Il n’y a pas de plus beau cadeau ! On ne peut rien espérer de meilleur sous le sapin ! C’est le cadeau dont on avait le plus besoin, le cadeau de rêve, le cadeau qu’on aurait toujours voulu avoir mais qu’on était incapable de s’offrir à soi-même ! Et Dieu nous l’offre !

Et vous comprenez que ce cadeau, on l’ouvre, et on le contemple, et on l’admire, au moins chaque dimanche, et ce n’est pas une serpillière (ou un gilet) ! C’est notre salut éternel, notre place au paradis, notre communion au Père, au Fils et au Saint-Esprit pour toute l’éternité, qui nous sont offerts en Jésus-Christ. Et si on a reçu ce cadeau par la foi, et si on prend le temps—au moins chaque dimanche mais pourquoi pas chaque jour—si on prend le temps de penser à ce cadeau, ça devrait illuminer notre vie, ça devrait stimuler notre âme et nous donner un amour véritable, un amour sans hypocrisie.

La bienveillance chrétienne, c’est un truc qui est assez facile à simuler, en fait. On peut se forcer à sourire, de la même façon qu’on peut s’exercer à prier avec beaucoup d’éloquence, qu’on peut s’astreindre à donner beaucoup d’argent aux pauvres ou à l’Église, et qu’on peut se discipliner à accueillir des gens chez soi tous les dimanches midi. C’est possible, de contrefaire la charité, et de déployer une magnifique piété de façade. Et en faisant ça, de se donner bonne conscience !

Mais Dieu ne veut pas ça. « Que l’amour soit sans hypocrisie, en ayant le mal en horreur, en vous attachant fortement au bien, avec de l’affection fraternelle, en vous faisant honneur réciproquement, avec de l’empressement, avec de la ferveur, en servant Dieu pour de vrai, avec une joie à toute épreuve, en étant patient quand ça va mal, en priant, en persévérant, en étant solidaires et généreux et hospitaliers. »

Dieu veut quelque chose de bien plus solide et de bien plus radical qu’une simple charité de devoir. Il veut une bienveillance authentique à tous les étages de l’Église, quelque chose qui ne peut venir que si nos cœurs sont bouleversés par l’Évangile, et illuminés par l’Évangile, et nourris perpétuellement de l’Évangile. Et ça, ça ne va arriver que si on continue, par la grâce de Dieu, de maintenir la personne et l’œuvre de Jésus au centre de tout ce qu’on fait, ici, à l’Église Lyon Gerland.

2/ Une bienveillance surnaturelle (v. 14-16)

Donc premièrement : une bienveillance authentique et fervente dans l’Église, qui découle d’une relation authentique et fervente avec Dieu. Deuxièmement : une bienveillance surnaturelle.

Revenons au texte (v. 14-16). Paul va poursuivre sa liste d’exhortations qui semble assez irréaliste, mais maintenant, justement, ça devient tellement gros qu’on est censé se rendre compte que ces qualités-là, elles ne peuvent tout simplement pas venir de nous-mêmes !

D’abord, Paul lâche tout d’un coup un truc énorme en disant : « Au fait, vous savez, les gens qui vous persécutent ? Vous savez, ces gens qui vous accusent faussement et qui vous font condamner à être torturés en public, mangés par des lions ou égorgés ? Eh bien bénissez-les ! Je le répète : bénissez-les, c’est-à-dire dites du bien à leur sujet et pas du mal ! » En grec, le mot pour « bénir », c’est eulogeo (littéralement : parler bien, dire de bonnes choses) qui a donné par exemple le mot « éloge » en français.

Alors deux choses : premièrement, vous avez remarqué que tout d’un coup, Paul élargit son propos et commence à parler de qualités relationnelles qui doivent exister vis-à-vis de gens qui sont en-dehors de l’Église. Deuxièmement, on a là quelque chose qui semble beaucoup, beaucoup plus difficile à simuler !

En fait, Paul est dans une sorte d’escalade ou de surenchère. Il a parlé d’une bienveillance déjà assez extraordinaire qui devait exister en interne dans l’Église, et là il pousse le bouchon un peu plus loin. Si on est chrétien, on devrait être si exceptionnellement gentils, qu’on devrait même être gentils envers des gens non-chrétiens qui nous font intentionnellement du mal. De plus, on devrait être totalement empathiques envers les gens de notre entourage, quelle que soit notre humeur ! On devrait se réjouir avec ceux qui se réjouissent et pleurer avec ceux qui pleurent. Et on ne devrait pas discriminer entre les gens dans nos pensées—et même ! Dans nos relations, on devrait être attiré plutôt par ce qui n’est pas attirant. Bref, pour résumer, comme il est écrit dans le livre des Proverbes : « Ne soyez pas sages à vos propres yeux » !

Vous voyez le côté vraiment extravagant des exhortations de Paul, ici ? Ne soyez pas sages à vos propres yeux ! N’allez pas croire que vous pouvez trouver en vous-mêmes, naturellement ou intuitivement, ce dont vous avez besoin pour pouvoir vivre comme Dieu vous le demande.

Non, ce n’est juste pas possible avec notre propre sagesse et nos propres forces. La gentillesse que Dieu attend de nous est une gentillesse surnaturelle. Mais ce qui est merveilleux, c’est que si on est un vrai croyant, si on est vraiment attaché à Jésus par la foi, eh bien Dieu a promis qu’il nous donnerait les ressources surnaturelles pour vivre surnaturellement ! Cette puissance, c’est la puissance du Saint-Esprit.

Ça me rappelle une histoire que j’ai entendue quand j’étais petit et qui m’a beaucoup marqué. J’ai entendu cette histoire à l’Église, donc j’imagine que c’est une histoire vraie. Je ne me rappelle pas tous les détails, mais en gros, c’est l’histoire d’un chrétien, quelque part, qui s’est retrouvé face à des agresseurs très menaçants qui voulaient vraiment lui faire du mal, peut-être même le tuer. C’était sûr que le petit chrétien, il ne faisait pas le poids, alors ce qu’il a fait, c’est qu’il est resté là, debout, il a fermé les yeux, et il a prié. Les méchants (je ne sais pas, ils devaient être trois ou quatre), ont continué d’insulter le chrétien, de le menacer, de brandir leurs armes et de lui dire qu’ils allaient lui casser la figure. Mais au bout d’un moment, ils ont commencé à hésiter, en se demandant si le gars avec les yeux fermés—le visage paisible et presque souriant—, il n’était pas en train de préparer une attaque avec une technique de combat d’art martial qui allait leur faire très, très mal. Et du coup, ils ont fini par prendre la fuite, sans que le chrétien ait levé le petit doigt !

J’aimerais bien que cette histoire soit vraie ! Ça ne veut pas dire que Dieu va toujours répondre à nos prières de cette manière, mais en tout cas, c’est une histoire qui illustre bien l’idée que Dieu nous a donné un pouvoir surnaturel. C’est le pouvoir du Saint-Esprit. Paul en a parlé quelques chapitres plus tôt (chapitre 8). Il avait dit que les vrais croyants, ceux qui vivaient selon l’Esprit, avaient les tendances de l’Esprit. Il avait dit qu’avoir les tendances de l’Esprit, c’était la vie et la paix.

Et dans un autre passage, Paul dit que le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi (Ga 5.22).

Vous comprenez ? Si on est chrétien, on a un super-pouvoir, en fait. On est comme des super-héros ! On n’a pas été piqué par une araignée radioactive, mais on a été saisi par Dieu, on s’est attaché à Jésus par la foi, et on a reçu la troisième personne de la Trinité qui est venue habiter en nous ! Le Saint-Esprit qui est pleinement Dieu comme le Père et le Fils, égal en autorité, en puissance et en gloire, habite en nous !

Et donc on doit vraiment croire, si on est vraiment des chrétiens—on doit vraiment croire qu’on a reçu le pouvoir surnaturel de vivre surnaturellement !

Qu’est-ce que ça veut dire en pratique ? Parce que moi, je n’ai pas l’impression qu’en devenant chrétien, j’ai été transformé, comme ça, en un claquement de doigts ! Tous les mauvais fruits de ma vie n’ont pas été instantanément remplacés par le beau fruit de l’Esprit. Je ne vous dis pas le nombre de fois où, en tant que chrétien, je me suis énervé, j’ai perdu patience, j’ai été égoïste, j’ai été dur, et j’ai maudit la pauvre vieille dame au volant de la voiture devant moi, qui allait trop lentement à mon goût. Alors je ne vous parle même pas des gens qui ont pu me faire intentionnellement du mal !

Qu’est-ce que ça veut dire en pratique, alors, d’avoir le Saint-Esprit qui habite en nous ? Comment faire pour progresser vers une vie de bienveillance surnaturelle ? Je vais vous donner quelques astuces. Vous êtes prêts ?

Premièrement, faites tomber le masque. Vous savez bien au fond que vous êtes quelqu’un de fragile. Il y a des choses dégoûtantes dans votre cœur. Acceptez que la lumière se pose réellement sur votre vie et que des choses soient dévoilées. Vous avez peut-être peur d’avoir honte, mais la honte est un épouvantail. C’est l’ultime menace du diable : « Imagine si les gens savaient vraiment qui tu es, comme tu aurais honte ! » Quel mensonge. C’est la vérité au contraire qui nous rend libre ! Donc faites tomber le masque. Un groupe de croissance, par exemple, ça peut vraiment aider à amener nos péchés dans la lumière et à vivre dans la vérité.

Deuxièmement, demandez pardon souvent. Je ne dis pas qu’il faut demander pardon artificiellement à la moindre occasion (« Oh, je te demande pardon parce que je suis arrivé deux minutes en retard—est-ce que tu me pardonnes ? »), mais plutôt, arrêtez de balayez sous le tapis les choses dont vous savez pertinemment qu’elles ne procédaient pas d’un bon cœur, en vous disant : « Bof, ce n’était pas très grave, ce sera vite oublié ». Non, si vous avez fait le mal, demandez pardon. Demandez pardon à Dieu, puis demandez pardon à la (les) personne(s) que vous avez blessée(s). Je pense particulièrement aux conjoints et aux enfants !

Troisièmement, imprégnez vos pensées de la tendresse de Dieu. Mémorisez les passages de la Bible qui soulignent combien Dieu est riche en bonté et en compassion. Lisez aussi de bons livres qui vont entretenir ces pensées, ou bien écoutez de bonnes prédications, et entourez-vous de gens qui vous reflètent l’amour de Jésus. Par contre, supprimez de votre vie les influences contraires—je ne parle pas de vous couper du monde, mais d’arrêter de suivre avec fascination des auteurs, des prédicateurs, des podcasteurs, qui font profession de foi chrétienne mais qui sentent mauvais l’arrogance, la provocation et l’agressivité.

Quatrièmement, venez à l’Église. Franchement, que le dimanche soit réellement pour vous le jour du Seigneur. Le jour où vous allez retrouver d’autres chrétiens pour rendre un culte à Dieu, pour vous rappeler ses promesses, pour « veiller les uns sur les autres pour nous inciter à l’amour et aux œuvres bonnes » (Hé 10.24). On a tellement, tellement besoin les uns des autres, et on a tellement besoin des moyens de grâce ordinaires. Notre vie est comme une terre fertile si on est chrétien ; la Parole de Dieu est une semence ; et le Saint-Esprit c’est la vie surnaturelle de cette semence—mais tout ce qu’on reçoit dans la vie de l’Église, ça c’est la pluie qui vient arroser tout ça, et faire pousser la semence, et lui faire porter du fruit !

Donc c’est vrai, que les qualités relationnelles décrites dans ce passage ne peuvent tout simplement pas venir de nous-mêmes. Dieu nous appelle à une bienveillance surnaturelle, mais heureusement : il nous donne par le Saint-Esprit la puissance surnaturelle de vivre surnaturellement.

3/ Une bienveillance conquérante (v. 17-21)

Troisièmement et dernièrement : une bienveillance conquérante.

On revient une dernière fois au texte (v. 17-21). Et vous pouvez voir que là, Paul va élaborer un peu plus sur cette question qu’il a déjà soulevée au verset 14, qui est celle de notre rapport aux gens qui nous veulent du mal. On a déjà vu que la posture qui consistait à répondre au mal par le bien, c’était une posture surnaturelle—quelque chose qui ne nous venait pas naturellement. Mais là, Paul va ajouter quelque chose, c’est le résultat que ça peut produire, quand on vit de cette manière tout-à-fait radicale et surnaturelle. Regardez le texte.

Paul dit qu’il ne faut jamais rendre le mal pour le mal, toujours rechercher le bien quels que soient les gens qu’on a en face de nous, toujours viser la paix, ne jamais se venger—c’est-à-dire ne jamais riposter ou contre-attaquer dans l’intention d’infliger le mal en guise de rétribution pour le mal qui nous a été fait—mais au contraire, dit Paul, il faut répondre à celui qui nous fait du mal, ou qui nous veut du mal, en lui faisant du bien. En lui donnant à manger et à boire, dit Paul ! (v. 20 en citant un passage du livre des Proverbes)

Donc on a bien compris que c’est surnaturel. Mais qu’est-ce que ça va produire comme résultat ? Paul dit que ça va servir à « amasser des charbons ardents » sur la tête de nos ennemis, et qu’on va de cette manière « vaincre le mal par le bien ».

Alors attention, il ne faut surtout pas mal interpréter cette expression un peu bizarre où Paul dit qu’en faisant le bien envers nos ennemis, on va « amasser des charbons ardents » sur leur tête. On pourrait se dire : « Ah ouais, j’ai compris : en fait, c’est machiavélique ! On fait le bien, mais en réalité, c’est pour le faire souffrir ! C’est une manière perfide de se venger, finalement. On va faire semblant de lui vouloir du bien, et en fait, on va lui brûler le crâne ! »

Non, attention ! Si on a bien lu le reste, on a compris que la teneur générale de ce passage est complètement à l’opposé de cette manière de penser. En fait, la meilleure façon de comprendre cette expression, il me semble, c’est tout simplement que Paul est en train de dire que quand nous, on va faire du bien à ceux qui nous persécutent, eh bien en fait, ça va les mettre mal à l’aise, ça va les faire réfléchir, ça va les perturber dans leur conscience, et ça va peut-être même les rendre sensibles à la vérité.

Il y a deux ans, l’association Portes Ouvertes qui œuvre en faveur des chrétiens persécutés dans le monde, a rapporté le témoignage d’une Église au Kenya qui a été brûlée deux fois en deux ans par des islamistes radicaux. Le pasteur a témoigné auprès de Portes Ouvertes : « Nous n’avons pas maudit les agresseurs. Nous avons prié pour eux afin que le Seigneur les délivre de la haine et de l’aveuglement. » Et la conclusion de l’article de Portes Ouvertes dit ceci : « Malgré les dégâts très importants et la perte de l’équipement audio tout neuf, la communauté chrétienne a décidé de continuer à offrir ses services. Située à 200 mètres de la mosquée, cette église est aujourd’hui devenue aussi un lieu de culte pour d’anciens musulmans. Le pardon, l’amour et la prière ont porté leurs fruits. »

Et en fait, ce n’est pas un témoignage isolé ! En Asie, l’année dernière, dans un pays majoritairement musulman, un homme à témoigné auprès de Portes Ouvertes de la façon dont il a été intimidé, humilié, battu, mais au lieu de rendre le mal pour le mal, il est resté patient dans la tribulation et il s’est confié en Dieu. Sa situation a été d’ailleurs partagée par Portes Ouvertes, et il y a de fortes chances qu’on ait prié pour lui ici-même à l’Église Lyon Gerland ! En tout cas devant sa persévérance et sa bienveillance surnaturelles, les soldats qui l’avaient battu au point de lui casser la mâchoire, ont été touchés, et finalement, ils ont commencé à le défendre face aux mauvais traitements ! Le Seigneur a exaucé nos prières !

Mais en tout cas, c’est un peu ça, la bienveillance conquérante. « Ne sois pas vaincu par le mal, mais vainqueur du mal par le bien. »

Qu’est-ce que ça veut dire pour nous, aujourd’hui en France ? Ça veut dire qu’on doit être encouragé à viser cette attitude totalement contre-intuitive, mais efficace selon la promesse de Dieu—efficace pour porter du bon fruit.

Dans le couple, dans les familles, entre parents et enfants, entre frères et sœurs, au travail, dans la voiture, dans les magasins, sur les réseaux sociaux, et à l’Église… est-ce qu’on pourrait chercher à être des artisans de paix (cf. Jc 3.18) ?

Imaginez. Quelqu’un nous dit quelque chose de travers. Quelqu’un nous fait une remarque pleine de sous-entendus. Quelqu’un n’a pas tenu son engagement. Eh bien, au lieu d’en vouloir à cette personne dans notre cœur, au lieu de lui répondre avec sarcasme, au lieu de lui faire la tête, au lieu de riposter en cherchant à lui nuire, au lieu d’aller parler dans son dos à quelqu’un d’autre… et si on priait pour notre relation avec cette personne ? Et si on réfléchissait à tout ce qu’il y a de positif chez cette personne ? Et si on cherchait un moyen concret de faire du bien à cette personne ?

Alors attention : cette bienveillance radicale, ça ne veut pas dire non plus qu’on accepte de se laisser marcher dessus en permanence. Dieu nous appelle aussi à la vérité et à la justice—mais il nous appelle à dire la vérité avec amour (Ép 4.15). Il y a donc des moments où il faut dénoncer le mal, résister au mal, et se protéger ou protéger les autres du mal. Mais il y a une façon de faire ça avec amour, joie, paix, patience, bonté bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi.

« Autant que cela dépend de vous », dit Paul, « soyez en paix avec tous les hommes. » (v. 18)

Alors tout ça pour dire quoi ? Tout ça pour dire que si on est chrétien—si on est vraiment un chrétien—on devrait viser à être les champions de la gentillesse, ou de la bienveillance ! Tout le message de ce texte, c’est vraiment ça : les gens qui sont attachés à Jésus par la foi sont appelés à avoir des qualités relationnelles exceptionnelles.

On avait commencé en se demandant si les gens autour de nous nous voyaient comme des personnes exceptionnellement gentilles. On se demandait si aux yeux des non-chrétiens, notamment, les chrétiens avaient la réputation d’être exceptionnellement gentils. Et après avoir lu ce passage, j’espère que personne n’est en train de se dire : « Ah oui, eh bien je pense que moi, ça va ! Oui, oui, ça ressemble bien à ma vie, ça ! »

Non, j’espère qu’on mesure tous l’écart qu’il y a entre ce programme suprême de bienveillance chrétienne—ce cahier des charges d’un champion de la gentillesse—et l’état actuel de notre vie.

Mais si tout ce que vous avez entendu aujourd’hui, c’est : « Oh là là, je suis tellement mauvais, je suis tellement nul, je suis tellement coupable, je ne sais pas si je vais pouvoir fournir les efforts nécessaires pour redresser la barre, et faire ce que Dieu attend de moi ! Il va falloir que je me fasse violence et que je me discipline encore plus—mais en réalité, j’ai plutôt envie de tout abandonner ! »

Si c’est ça que vous avez entendu aujourd’hui, c’est que vous n’avez pas entendu le plus important.

Le plus important, c’est que Jésus s’est approché de nous pour nous secourir alors qu’on est tous, précisément, dans cette situation d’échec, de culpabilité et de honte devant Dieu. Mais vous comprenez, Jésus, lui, a parfaitement réalisé ce passage. Son amour a été sans hypocrisie, il a eu de l’affection pour nous, il a été fervent dans son service, il a prié pour ceux qui le persécutaient, et au lieu de nous rendre le mal pour le mal, il a vaincu le mal qu’il y avait en nous, par le bien qu’il y avait en lui.

Le plus important à entendre aujourd’hui, c’est que oui, on n’est pas capable par nous-mêmes de réaliser ce qui nous est décrit dans ce passage. Mais la bonne nouvelle, c’est que le pardon se trouve auprès de Jésus. Non seulement le pardon, mais la justification aussi, c’est-à-dire que si on se repose en Jésus par la foi, sa justice à lui nous est imputée (attribuée), de sorte qu’aux yeux de Dieu, la bienveillance décrite dans ce passage est déjà mise à notre compte !

Ce que ça veut dire, tout simplement, c’est que oui, on n’arrive pas à accomplir tout ce qui est écrit là, mais si notre foi est en Jésus, Dieu ne nous accuse pas. Il est déjà pleinement satisfait de nous, il est content de nous, parce qu’il nous voit en Jésus, son Fils bien-aimé.

Et ça, ça veut dire qu’on est libre maintenant de toute condamnation, et qu’on est en position idéale pour grandir dans la foi et progresser dans notre obéissance à Dieu, parce que Dieu nous a accordé le Saint-Esprit, l’Esprit d’adoption par lequel nous appelons Dieu notre tendre Père, et qui rend témoignage à notre esprit que nous sommes ses enfants pour toujours.

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