La force tranquille

Par Alexandre Sarranle 20 janvier 2008

Introduction

Ce n’est pas facile d’être un chrétien. La Bible en parle parfois en termes de combat, de lutte, d’épreuve, de tentation, de persécution… Les difficultés de la vie chrétienne, et les oppositions à la vie chrétienne, ont toujours existé. La question est de savoir : qu’est-ce qu’on fait face à ces difficultés ? Qu’est-ce qu’on fait face à la critique de nos proches, de nos camarades de classe, de nos collègues ? Qu’est-ce qu’on fait face à la désinformation et la calomnie des médias qui cherchent à nous représenter comme une secte dangereuse ? Qu’est-ce qu’on fait face à notre propre paresse spirituelle, à notre découragement ou aux autres tentations, dont le chemin devant nous est inévitablement parsemé ? En fonction de notre tempérament, nous tendons vers deux directions opposées : il y a ceux qui se replient, qui baissent les bras, qui acceptent stoïquement une vie chrétienne médiocre ; il y a ceux, à l’inverse, qui contre-attaquent, dont la véhémence de l’engagement devient proportionnelle à l’opposition, quitte à devenir brutal avec leur environnement, et violent avec eux-mêmes. Mais en racontant cet épisode du livre des Actes, l’auteur veut nous conduire sur une troisième voie, une voie qui n’est ni celle de l’absence d’engagement, ni celle de l’engagement violent ; la voie d’une vie chrétienne efficace, résistante à l’opposition, mais qui n’est pas coercitive. L’Évangile est une force tranquille.

La colère des orfèvres (v. 21 - 28)

Démétrius rassemble ses artisans. Leur activité est compromise du fait de la croissance de l’Église à Éphèse. De plus en plus de personnes se convertissent, renoncent au culte des faux dieux païens, et donc, se désintéressent de ces petites statuettes du temple d’Artémis, porte-bonheur pour les uns, icône pour les autres, ou simple souvenir. L’auteur veut montrer que l’Évangile, dans la vie d’une personne et d’une société, ne reste pas sans effet.

Hier j’avais une migraine terrible. J’ai pris des comprimés, mais ils n’ont eu aucun effet. C’est comme si je n’avais pas pris de comprimés. Finalement, quelques heures plus tard, j’ai pris un autre genre de comprimés, qui ont marché. La valeur d’un médicament est liée à l’effet concret qu’ils ont sur les symptômes de la maladie.

L’auteur veut parler de l’Évangile comme d’une force tranquille. La première chose qu’il fait c’est de montrer, en effet, que l’Évangile est une force efficace : l’Évangile transforme les gens de manière radicale, jusque dans les détails de la vie quotidienne, de telle sorte que la société elle-même en ressent les effets.

L’Évangile agit sur les symptômes du péché dans notre vie. Ce premier paragraphe de l’histoire s’adresse à ceux qui sont tentés de croire que d’être chrétien ça ne change pas grand-chose à la vie de tous les jours. Ce texte contredit ceux qui pensent qu’on peut croire à l’Évangile, céder sa vie à Jésus, et ensuite baisser les bras, se tenir en retrait, subir les épreuves et le péché en attendant le paradis. Non : l’Évangile doit, dès maintenant, transformer notre vie jusque dans les détails. La suite du texte nous montre que cette transformation est liée à la nature même de l’Évangile.

La confusion des Éphésiens (v. 29 - 34)

Tout le monde se précipite au théâtre. Quelques chrétiens sont entraînés. Paul veut se présenter devant le peuple, mais ce sont des responsables païens qui l’en dissuadent ! La confusion règne, beaucoup de gens ne savent pas pourquoi ils sont là ! Païens, Juifs et chrétiens sont là, et les Juifs sentent qu’il y a un coup à jouer : ils poussent en avant Alexandre, semble-t-il un Juif devenu chrétien, pour provoquer un peu plus la colère des païens contre les chrétiens, mais les païens le prennent pour un Juif, ce qu’il est d’ailleurs, et comme ils sont sur la défensive, ils redoublent d’ardeur en exaltant le nom d’Artémis, puisque les Juifs aussi sont contre le culte des idoles. Quel imbroglio ! Un vrai vaudeville.

L’auteur veut montrer, à travers cette anecdote, que l’opposition à l’Évangile est souvent irrationnelle. Il y a une vraie confusion dans cet attroupement. On ne sait pas qui est gentil, qui est méchant, qui est contre qui, ni pourquoi. Un journaliste aurait pu demander à quelqu’un : que faites-vous ? La réponse : Heu… grande est l’Artémis des Éphésiens ! Les gens en veulent aux chrétiens, mais ils ne savent pas par quel bout les prendre. C’est comme la savonnette dont on n’arrive pas à se saisir.

L’Évangile est un peu comme cette savonnette insaisissable : on ne sait pas par quel bout l’attaquer. On pourrait tuer le leader des chrétiens ? Ca a déjà été fait, et il est ressuscité. On pourrait enfermer les chrétiens dans des prisons ? Ils y chanteraient des louanges à Dieu. On pourrait tuer les chrétiens eux-mêmes ? La mort serait pour eux un gain et leur martyre serait un témoignage irrépressible. L’Évangile n’est pas une idéologie que l’on peut étouffer ou contredire : l’Évangile, c’est la manifestation de l’amour de Dieu.

Voici comment l’amour de Dieu a été manifesté envers nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui (1 Jn 4 : 9). Paul dit que la parole de la croix est folie pour ceux qui périssent, mais pour nous qui sommes sauvés elle est puissance de Dieu (1 Co 1 : 18). Qui a jamais entendu parler d’un Dieu qui quitte la gloire du ciel pour s’approcher des hommes et supporter à leur place le poids de leurs péchés ? Comment attaquer, comment contredire une absurdité pareille ? Mais le but de l’Évangile, pour ceux qui croient, c’est que nous vivions par Jésus. La folie de Dieu, c’est de nous transformer par la puissance de l’Évangile, à l’image de son Fils Jésus. Comment cette puissance opère-t-elle ?

Le calme du secrétaire (v. 35 - 40)

Voilà que quelqu’un intervient, c’est un dignitaire païen. Il calme tout le monde en leur rappelant que les chrétiens n’ont fait de mal à personne. Il n’y a rien à leur reprocher, en fait. Par contre, s’il y a des reproches qui peuvent être faits, c’est à l’encontre de cet attroupement injustifié. Les autorités romaines pourraient même les accuser de sédition, un crime méritant la peine de mort. À travers la bouche du secrétaire, l’auteur fait contraster l’énervement et la violence des incroyants, et le régime coercitif des romains, avec la sérénité des chrétiens.

Observons le monde du travail aujourd’hui : il y a deux façons de travailler. Ceux qui travaillent sous la contrainte, avec la peur du licenciement : ils comptent leurs heures, n’en font pas une de plus, font le strict nécessaire, ne pensent qu’à une chose, finir la semaine. Ceux, à l’inverse, qui ont la chance d’avoir un travail qui les passionne, pour lequel ils sont faits, et un patron tendre, patient, compréhensif : ils font des heures sup sans s’en rendre compte, ils se donnent à fond dans leur travail et ne se fatiguent même pas.

L’auteur veut montrer que l’Évangile n’est pas un régime coercitif ; c’est un régime d’amour. L’Evangile, c’est la solution de Dieu pour nous réconcilier avec lui-même et nous permettre s’assumer ce que nous sommes sensés être : des hommes et des femmes à son image. Dieu est un patron tendre, patient, compatissant, et il nous confie le travail pour lequel on est fait. Mais sans amour, ce travail est impossible.

Je crois qu’il y a des gens qui cherchent à avancer sur le chemin de la vie chrétienne, mais sans amour. Il y a des gens qui cherchent à conformer leur vie aux exigences de l’Écriture, quitte à se faire violence parfois, mais ils ont oublié l’amour pour Dieu. Il y a des gens qui cherchent à évangéliser le monde, à transformer les sociétés, en utilisant la manipulation ou la contrainte parce qu’il n’y a pas, ou peu, d’amour pour Dieu. Mais le message de ce texte, c’est que l’Évangile agit du bas vers le haut. La transformation opérée par l’Évangile commence dans l’intimité de notre cœur, par une relation authentique de confiance et d’amour avec Dieu.

Conclusion

En introduction, on s’était posé la question de savoir quoi faire, comment réagir, face aux obstacles à la vie et à la mission chrétiennes. On avait vu qu’il y avait deux tendances : l’une vers le désengagement, l’autre vers l’excès d’engagement, c’est-à-dire vers un engagement parfois brutal et coercitif. Mais si l’on peut résumer le message de ce texte, on a vu que l’auteur nous présentait la voie authentique. On a vu que l’Évangile était censé agir sur les symptômes du péché dans notre vie de façon manifeste, à un tel point que même les détails de notre vie quotidienne en seraient transformés, et la société qui nous entoure finirait par en mesurer les effets. On a vu ensuite que cette transformation radicale était liée à la nature même de l’Évangile, qui est une solution sans pareil, offerte par Dieu pour nous réconcilier avec lui-même et nous transformer à l’image de son Fils Jésus : folie pour ceux qui périssent, mais pour nous qui sommes sauvés, puissance de Dieu. Enfin on a vu que cette puissance de Dieu dans notre vie, pour nous faire progresser dans la foi et dans la mission qui nous est confiée, s’opérait sous le régime de l’amour et non de la coercition ou de la contrainte ; la transformation de notre vie, comme la transformation de la société, s’opère du bas vers le haut, ou elle ne s’opère pas. La notion de l’Évangile comme force tranquille doit nous remplir d’assurance et de sobriété en même temps. De l’assurance et du courage face aux épreuves et aux tentations, sachant que le but de l’Évangile ce n’est pas le statut quo mais de nous faire surmonter ces obstacles par la puissance de Dieu ; de la sobriété et de la retenue face à la tentation de lutter par nos propres forces et d’abandonner notre premier amour. La transformation se fait de bas en haut : Éphésiens 4 : 20 – 24.

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