Le Christianisme "light"

Par Alexandre Sarranle 11 mai 2006

Introduction

Il y a un phénomène étrange, qu’on peut observer dans toutes les églises. Il y a des gens qui entendent la parole de Dieu prêchée et enseignée, et qui sont tout de suite vachement intéressés. Ils entendent le message de l’Évangile et ils trouvent ça génial. Ils viennent au culte. Ils vont à l’étude biblique en semaine. Ils contribuent au fonctionnement de l’église. Et puis, après un certain temps, leur participation à la vie de l’église commence à faiblir. On ne les voit que le dimanche matin. Et puis, c’est un dimanche sur deux, puis un sur trois, et enfin on ne les voit plus du tout. Je me souviens d’une personne, dans la vie de notre église, qui venait très fidèlement au culte et qui manifestait un intérêt très profond pour la parole de Dieu, jusqu’à ce qu’un jour elle nous dise « merci et au revoir ; ça m’a bien servi pendant ces quelques années, mais aujourd’hui je n’en ai plus besoin ». Un phénomène étrange, mais très répandu, et pas du tout nouveau. L’apôtre Paul, dès le début de son ministère, a été confronté à ce phénomène, et de manière assez dramatique. À Antioche de Pisidie, Paul et Barnabas ont rencontré des gens très sympathiques et accueillants, qui ont manifesté un énorme intérêt pour le message de l’Évangile (v. 42, 43). Paul et Barnabas leur ont annoncé l’Évangile, mais ensuite, ils ont insisté sur un point en particulier : l’importance de rester attaché à la grâce de Dieu. Le texte que nous avons lu va nous montrer en effet combien cette exhortation est vitale et pertinente. Si je ne reste pas vraiment attaché à la grâce de Dieu, l’intérêt que je manifestais pour la parole de Dieu va se dissiper peu à peu, et les conséquences de cette espèce de désengagement peuvent être extrêmement graves. En revanche, lorsque je considère vraiment, jour après jour, quelle est la grâce de Dieu envers moi, cela peut changer complètement le regard que je porte sur ma vie.

Le phénomène étrange : diagnostic (v. 44, 45, 50)

Paul et Barnabas répondent à l’invitation des Juifs qui veulent en savoir plus, qui avaient été très accueillant, très ouverts, très intéressés par le message. Ils étaient même d’accord, et enthousiastes. Ils avaient poursuivi les conversations même après la réunion (v. 42, 43).

Cette fois c’est différent. Ces mêmes personnes, qui avaient été d’abord réceptives, se mettent à s’opposer à Paul, à le contredire, à soulever une persécution contre lui et Barnabas, et finissent par le chasser de la ville. Quel revirement d’attitude ! Que s’est-il passé ?

Le texte dit qu’ils deviennent jaloux en voyant les foules (v. 45). Il y a du monde, et alors, pourquoi est-ce que ça devrait leur poser problème ? Le texte dit qu’ils chassent Paul et Barnabas de leur territoire (v. 50). Le message leur convenait tant que c’était eux qui contrôlaient leur territoire, qui invitaient (v. 42), qui posaient les conditions.

Pour beaucoup de gens, le message de l’Évangile est cool, intéressant, passionnant même parfois, jusqu’à ce qu’on se rende compte de ce que ce message implique vraiment. Peu de gens se souviennent que Justin Timberlake, quand il faisait partie du groupe N’Sync, se disait chrétien et remerciait le Seigneur Jésus dans les pochettes des albums du groupe. Je crois qu’il y a beaucoup de chrétiens qui sont des Justin Timberlake en puissance, dans le mauvais sens ! L’Évangile ? C’est génial ! Je signe ! Et puis un peu plus tard : ah, mais il faut aller à l’église tous les dimanches ? Il faut vraiment chanter avec les autres ? Il faut prier tout fort parfois ? Il faut donner de l’argent aussi ? Le message de l’Évangile c’est sympa tant que ça n’empiète pas sur mon territoire. Mais en adoptant cette attitude, on s’expose à de sérieux problèmes.

Le phénomène étrange : conséquences (v. 46, 47, 51)

Ces gens ne veulent pas céder le contrôle de leur territoire, et se mettent à contredire Paul. Face à cette attitude, Paul leur dit qu’ils sont en train de repousser la parole de Dieu (v. 46). On ne peut pas être intéressé par la parole de Dieu et garder le contrôle de son territoire. On ne peut pas imposer nos conditions à Dieu ! Il est Dieu, et c’est lui qui décide, point final.

Dieu nous invite à lui céder notre vie, mais si on lui oppose des conditions, ou des réserves, c’est comme lui dire qu’il y a quelque chose de plus important pour nous que lui. C’est comme dire qu’on s’estime digne de quelque chose de mieux que ce qu’il nous offre, et en cela, précisément, on se montre indigne de ce qu’il nous offre (v. 46, et voir Luc 14).

La réponse de Paul est frappante : tant pis pour vous ! Vous avez entendu le message et vous finissez par le rejeter. D’autres accepteront. L’important c’est que vous ayez reçu l’invitation, et que tout le monde la reçoive (v. 47). En partant, ils secouent la poussière de leurs pieds selon l’ordre du Seigneur (v. 51, Luc 9 : 5) : dorénavant, c’est entre eux et Dieu.

Le message de l’Évangile exige que nous cédions notre vie toute entière à Dieu et que nous le laissions contrôler tous les recoins de notre territoire. Mais c’est dur de l’accepter. Est-ce qu’on se rend compte de ce qu’on est en train de dire à Dieu parfois ? Merci Seigneur, c’est vrai que c’est bien de se réunir avec le reste de ton église le dimanche matin pour te louer et écouter ta Parole, mais ce weekend je préfère faire la fête avec quelques amis à la maison. Seigneur, tu mérites sans doute de recevoir toute la gloire contenue dans les paroles de ce chant, mais tu m’excuseras : moi j’aime pas chanter. Merci Seigneur, c’est vrai que c’est toi qui me donnes tout ce qui est nécessaire pour vivre, et je sais bien que tu attends de moi que je t’offre seulement un dixième de mes revenus en retour, pour les besoins matériels de ton Église et pour l’avancement de ton royaume, mais franchement en ce moment j’ai mieux à faire de mon argent. « Seigneur, je t’aime bien, mais parfois il y a quelque chose de plus important pour moi que toi ». Comment peut-on en arriver là ? On en arrive là quand on ne reste pas attaché à la grâce de Dieu.

L’alternative : rester attaché à la grâce de Dieu (v. 48, 49, 52)

Heureusement, le texte présente aussi des gens qui réagissent très différemment au message de l’Évangile. Certains se réjouissent et glorifient la parole du Seigneur (v. 48). Le message n’est pas juste resté « intéressant ». Ils ont vraiment considéré le sens du message de l’Évangile. Le salut est un don gratuit qui nous sauve d’un châtiment terrible et mérité, mais si le salut est un don gratuit pour nous, il a coûté cher à Dieu. Il faut considérer ce prix.

Rester attaché à la grâce de Dieu, c’est aussi considérer que cette grâce est entièrement à l’initiative de Dieu. Tout est de Dieu, par Dieu et pour Dieu. Voyez le changement de perspective concernant ceux qui sont vraiment convertis à Jésus : ceux qui étaient destinés à… (v. 48), la parole du Seigneur se répandait… (v. 49), les disciples étaient remplis… (v. 52). C’est Dieu qui nous invite, pas l’inverse. La grâce de Dieu est complètement de Dieu.

Rester attaché à la grâce de Dieu, c’est considérer à chaque instant ce que c’est vraiment que la grâce de Dieu. Le prix de cette grâce. La souveraineté totale de Dieu. Et ainsi, ce qui devient le plus important pour nous dans la vie, c’est ce que Dieu dit et ce que Dieu fait. Glorifier la parole (v. 48), c’est l’élever, lui donner une importance suprême, Laisser se répandre la parole (v. 49), c’est la communiquer, l’appliquer dans tous les domaines, Être rempli de l’Esprit Saint (v. 52), c’est laisser Dieu prendre possession du territoire.

Conclusion

Ce texte a donc dressé une espèce d’opposition entre deux camps. Tous ont entendu le même message de la grâce, prêché par Paul. Les uns l’ont reçu comme un message fort intéressant, interpellant même, mais quand ils ont commencé à se rendre compte que Dieu comptait prendre le contrôle de leur territoire tout entier, ils ont pris du recul et ils ont fini par s’opposer à la parole du Seigneur. C’est ce fameux phénomène étrange que l’on observe encore aujourd’hui fréquemment dans les églises. Les autres en revanche ne se sont pas contentés de « s’intéresser » au message de l’Évangile. Ils ont écouté, ils ont réfléchi, ils ont considéré quel était le prix, pour Dieu, de sa grâce, ils ont réfléchi à ce que c’était vraiment que cette invitation que Dieu leur adressait de sa propre et souveraine initiative, et ils n’ont pas posé leurs conditions, ils n’ont pas émis de réserves, ils n’ont pas cherché des excuses mais ils se sont approchés humblement et ils ont déposé leur vie tout entière aux pieds du Seigneur Jésus, ils se sont réjouis, et ils ont glorifié sa parole (v. 48). Avant de terminer, une petite histoire dont j’ai assez honte. Il y a quelques années, lorsque je suis tombé amoureux de Suzanne, je suis allé voir son père, en privé, pour lui demander s’il était d’accord pour que je demande à Suzanne de sortir avec moi. Il m’a dit d’attendre et qu’en attendant, on allait réfléchir. Sept mois plus tard, je n’avais toujours pas demandé à Suzanne de sortir avec moi, et son père et moi on s’est rencontré de nouveau, cette fois avec la maman de Suzanne. Tout heureux, ils m’ont dit Alex, on trouve que tu es un garçon formidable ; si tu veux, on va t’inviter à venir chez nous le 1er janvier, pour le jour de l’an, et puis tu iras te promener avec Suzanne et tu pourras lui demander de sortir avec toi. Ma réponse ? Heu, on pourrait pas repousser au 3 janvier, parce que le 1er janvier j’ai prévu d’aller skier avec mes copains ! Quelle insolence de ma part en réponse à la proposition gracieuse des parents de Suzanne. Quelle déception pour eux et quelle douche glaciale qu’ils ont dû se prendre. Mais combien pire encore la tristesse de Dieu lorsqu’en réponse à sa grâce on cherche à poser nos propres conditions, et qu’en faisant cela, on lui montre qu’en fait, il y a quelque chose de plus important et de plus précieux pour nous que lui. Paul et Barnabas avaient raison d’insister sur l’importance de rester attaché à la grâce de Dieu ; c’est en considérant à chaque instant la nature et la valeur de cette grâce que je pourrai céder à Jésus tous les domaines de ma vie et dire sans la moindre réserve et la joie dans le cœur que je suis un « esclave de Dieu » (Rm 6 : 22).

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