L'Eglise locale : est-ce vraiment important ?

Par Alexandre Sarranle 22 octobre 2006

Introduction

Il est samedi soir. 22h, les enfants sont enfin couchés. Vous vous servez un verre et vous vous installez sur le canapé devant la télévision. Ah, ça fait du bien de se détendre un peu ! À la météo, ils annoncent du grand beau temps pour le lendemain. Sur le répondeur, il y a un message d’un vieil ami qui vous invite pour un barbecue le lendemain en fin de matinée. Ah, ce cher ami… il a bien réussi dans la vie. Sa maison, à la campagne, est superbe. La bouffe est toujours délicieuse chez eux, et ils servent toujours de bons vins. Et la piscine… Les enfants adoreraient se baigner. Oui, mais le dimanche il y a une autre possibilité. Celle de se lever tôt, de préparer tout le monde, de chercher à se garer en ville, de rentrer dans un petit local mal fichu, de voir des gens avec qui on n’a pas forcément de supers affinités, de se sentir obligé de chanter des chants qu’on ne connaît pas ou qu’on n’aime pas, d’écouter la prédication ennuyeuse du pasteur pendant une demi-heure… Quel dilemme. Pas étonnant que vous choisissiez la piscine plutôt que la prédication. Ce texte s’adresse à des chrétiens découragés par leurs églises locales, parce qu’elles sont jeunes, petites, et à leurs yeux, précaires. Ils ont beaucoup de raisons de se demander si l’engagement dans l’église vaut vraiment le coup. Ils sont beaucoup moins nombreux que nous, ils ont moins d’histoire, et à cela s’ajoute la persécution physique. Est-ce que l’église est vraiment importante pour la vocation chrétienne ? Ce texte va nous montrer que l’église locale est plus qu’importante, elle est indispensable à notre vocation et à l’action de Dieu dans notre vie et dans le monde.

Il ne suffit pas d’être « converti »

Paul et Barnabas sont en mission. Ils annoncent un message universel, partout où ils vont : ils ont annoncé, dans différentes villes, le salut par la foi en Jésus (v. 24, 25). "Vous avez un besoin. Jésus peut satisfaire ce besoin. Il vous faut reconnaître votre péché et vous convertir à lui dans la repentance et la foi. Ca y est ? Bon, allez, au revoir". Non ! Paul et Barnabas évangélisent et « disciplent ». Ils affermissent l’âme, ils exhortent à demeurer dans la foi (v. 22).

Ce texte nous rappelle qu’une fois convertis, ce n’est pas fini ! La conversion est un commencement ; la vie chrétienne est une croissance, où l’on est en apprentissage. Notre âme doit être affermie, et nous devons demeurer dans la foi, c’est-à-dire que nous devons grandir en connaissance et en pratique.

C’est bientôt Noël. Imaginez que j’aille acheter mes décorations pour le sapin… boules, guirlandes, etc. Puis, je vais acheter le sapin. "Bonjour, un sapin s’il vous plaît. Mais c’est quoi ce truc ridicule ? --Mais un sapin, monsieur. --Mais il a à peine germé ! --Oui mais c’est un sapin. --Mais il ne va jamais supporter toutes les décorations !" Il ne suffit pas d’être un sapin. Il ne suffit pas non plus d’être un chrétien. Nous sommes faits pour devenir plus grands et plus solides dans la foi.

La première leçon de ce texte, c’est que nous ne devons pas nous satisfaire de ce que nous sommes aujourd’hui. Ce n’est pas par hasard que la Bible emploie l’image de la nouvelle naissance. Lorsqu’on se convertit, on redevient un bébé : on a tout à réapprendre. Notre vision et notre compréhension du monde changent, et il faut réadapter toute notre vie à ce changement de perspective. Lorsque vous avez un bébé, vous ne le mettez pas dans un appartement en lui disant, « bon, maintenant que tu es né, tu n’as plus besoin de moi, salut » (voir Hébreux 5 : 11 – 6 : 1). Il ne suffit pas d’être un chrétien. Est-ce que nous en avons conscience, ou est-ce que nous nous reposons sur nos lauriers ? Est-ce que nous avons un profond désir de tendre vers la perfection (Hé 6 : 1) ? C’est cela, le plan de Dieu pour nous. Et il nous y aide.

L’église locale est indispensable

Paul et Barnabas font la tournée de ces nouvelles églises. Et quel est le cœur de leur message ? C’est par beaucoup de tribulations qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu (v. 22). « Vous avez reconnu la futilité de votre vie passée, vous avez placé votre confiance en Jésus seul qui peut vous délivrer, et vous comprenez maintenant que Dieu veut vous faire progresser dans la foi, il veut vous faire grandir en direction de la perfection, mais sachez une chose : ça va être très difficile ». Il va y avoir beaucoup d’obstacles, de toutes sortes.

Voilà le cœur du message de Paul et Barnabas. Ils sont réalistes. Il ne faut pas croire que ça va se faire tout seul ; ça va être éprouvant. Et qu’est-ce qu’ils font tout de suite après ? Ils font nommer des anciens dans les églises. Ils structurent les églises, leur donnent de l’ordre, comme si c’est cela précisément, qui va être la principale aide de ces chrétiens pour qui il va y avoir beaucoup de tribulations (v. 22). Paul et Barnabas eux-mêmes, une fois leur mission difficile terminée, retournent à l’église locale d’Antioche et s’y reposent (v. 27, 28).

Vous êtes un alpiniste chevronné, et vous comprenez bien que votre passion ne sera assouvie que lorsque vous aurez gravi l’Everest. Vous en parlez à un guide de haute montagne, qui comprend bien votre désir, mais qui vous dit : tu sais, c’est très, très dur et compliqué. Si tu veux arriver en haut, il va te falloir, 1. un équipement complet (tentes, vêtements, chaussures, piolet, crampons, corde, casque, broches à glace, sangles, dégaines, coinceurs, frontale, couverture de survie, masque à oxygène…, sans parler de toute la nourriture), et 2. une équipe (avec des compétences et des expériences complémentaires) pour t’entourer et t’aider en cas de pépin.

La vie chrétienne, c’est pareil. C’est très, très dur, et pour avancer, il nous faut absolument un équipement complet et une équipe pour nous entourer. Et c’est l’église locale que Dieu nous a donnée pour pourvoir à notre équipement et à notre nourriture, ainsi qu’à l’équipe qui va nous entourer et nous aider en cas de pépin. Mais est-ce que nous avons conscience que la vocation chrétienne est difficile et qu’on n’y arrivera pas tout seul ? Est-ce que nous reconnaissons ce besoin que nous avons d’être mieux équipés, et mieux entourés, et est-ce que nous pensons à notre église comme étant la source de cet équipement nécessaire, et comme occupant la place de l’équipe dont nous avons besoin ? Voir Éphésiens 4 : 11 – 16. L’église locale est indispensable à notre vocation. Mais plus que cela, le texte nous montre aussi combien l’église locale est précieuse et efficace.

L’église locale est l’œuvre et l’outil de Dieu

Versets 26, 27 : Paul et Barnabas retournent au QG, à Antioche. Ils racontent comment ils ont implanté plusieurs églises dans différents endroits. Ils le présentent d’une manière intéressante : tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment Dieu avait ouvert aux païens la porte de la foi (v. 27). Ce n’est pas leur ministère, c’est celui de Dieu. Les églises locales sont l’œuvre de Dieu. C’est lui qui les suscite, et c’est son intention de le faire. C’est dans les églises locales que se voit l’expansion de son royaume.

Non seulement cela, mais on voit que Paul et Barnabas recommandent au Seigneur, avec des jeûnes et des prières, les anciens des églises, dont ils sont les responsables, ou les « surveillants » (v. 23). Paul et Barnabas aussi avaient été recommandés à la grâce de Dieu (v. 26, souvenez-vous, le jeûne et les prières, Ac 13 : 3). C’est dire que les églises locales sont conduites par le Seigneur lui-même. Jésus en est la tête, et il compte agir à travers la structure établie, si du moins nous dépendons de lui. L’église est donc précieuse, car elle est l’œuvre de Dieu, et elle est efficace, car elle est l’outil de Dieu pour étendre son royaume dans notre vie d’abord, puis dans le monde.

Combien d’entre vous avez le téléphone chez vous ? Mais vous savez que ce n’est pas obligatoire d’avoir le téléphone ! Pourtant vous payez chaque mois un abonnement. Pourquoi ? Parce que vous savez bien que le téléphone c’est hyper efficace, et que vous vous compliqueriez la vie si vous essayiez de vous en passer. C’est comme la solidarité : « c’est pas obligatoire, c’est juste essentiel ». L’église aussi, c’est pas obligatoire, c’est juste essentiel. Se passer d’église, c’est comme se passer de téléphone : ça rend la vie impossible. Négliger l’église, c’est comme négliger le téléphone si vous voulez inviter vingt personnes chez vous pour le lendemain. C’est négliger quelque chose qui est précieux et efficace.

Conclusion

Ce texte veut nous encourager dans notre engagement, en tant que chrétiens, dans notre église locale. Nous avons dit qu’il ne suffisait pas d’être chrétien, mais que l’intention de Dieu pour nous est de nous faire grandir, pour nous faire porter toujours plus de fruit à sa gloire. Nous avons dit que le chemin de la vie chrétienne est un chemin difficile, que nous ne pouvons pas affronter sans équipement et tout seuls, mais que l’église locale est la source de notre équipement et de notre équipe. Et nous avons dit enfin que nous devons changer notre regard sur l’église, qui, en dépit de la difficulté à se garer en ville, du local mal fichu, des chants qu’on ne connaît pas, et des prédications du pasteur qui sont toujours trop longues, est infiniment précieuse car elle est l’œuvre de Dieu, et incroyablement efficace car elle est l’outil de Dieu pour nous faire grandir et pour étendre son royaume. Vous avez peut-être des enfants qui sont ado, ou vous en avez eu. Il a 14 ans, il rentre en 3ème, l’année du brevet. À la rentrée, vous allez au magasin, vous lui achetez le super agenda à 30 euros, le classeur Olympique Lyonnais à 15 euros, le super stylo plume, les feuilles à grands carreaux, la trousse, le sac à dos dernier cri, et tous les livres qui sont au programme. La note est salée, mais ça vaut le coup, c’est pour lui donner les meilleures conditions de réussite. Mais votre ado n’a pas envie de travailler. Il pense que le brevet ça ne sert à rien, ni l’école d’ailleurs. Il pense que les profs sont nuls. Ce qui l’intéresse, c’est le hip hop, le foot et les jeux vidéo, et il n’a pas d’autre ambition dans la vie que d’arriver au prochain niveau de Tomb Raider III. Le Seigneur aussi nous offre, à grand prix, les meilleures conditions de réussite pour notre vie. Mais sommes-nous aussi aujourd’hui dans une « crise d’adolescence spirituelle » ? Est-ce que nous n’avons d’autre ambition que de nous rassasier au lait plutôt que de reconnaître l’ambition de Dieu pour notre vie, lui qui veut nous faire tendre vers la perfection, qui veut nous nourrir d’une nourriture solide pour nous faire grandir et porter toutes sortes de décorations à sa gloire. Si vous êtes chrétien ce matin, quelle est donc la place de l’église dans votre vie, par rapport, disons, à la télévision ? Vous savez qu’un français passe une moyenne de vingt heures par semaines devant la télé, alors que le culte, c’est une heure et demie seulement par semaine ? Est-ce que nous reconnaissons vraiment la valeur de l’église locale en tant qu’œuvre précieuse de Dieu, et outil efficace entre ses mains ? Enfin, la Bible dit que Dieu veut nous faire parvenir à l’état d’homme fait (Ép 4 : 13). D’être humain complet. Vous vous dites peut-être qu’il manque quelque chose à votre vie ce matin. Nous avons dit que Jésus est la tête de l’église, l’église étant un outil précieux et efficace entre les mains de Dieu pour nous bénir. Mais c’est bien Jésus qui est le commencement de tout. Finalement, ça ne sert à rien de s’engager dans une église si notre vie n’appartient pas d'abord à Jésus. C’est auprès de lui qu’il faut accourir en tout premier lieu pour commencer une vie nouvelle. (Les apôtres ont annoncé Jésus avant de structurer l’église). Puissiez-vous, si vous ne l’avez jamais fait, considérer le message de l’Évangile, et recevoir de la part de Dieu le pardon qu’il vous offre au prix de la mort de Jésus à la croix. Et puissions-nous tous, humblement, lâcher les rennes de notre vie, placer en Jésus notre entière confiance, et nous laisser conduire par lui, là où il veut nous emmener.

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